Introduction. 2020, une marée rouge en Sibérie

Cet atelier est le premier d’une série dédiée à la crise environnementale et à ses acteurs dans les espaces post-communistes russe et européen. Il prend appui sur la catastrophe écologique survenue à Norilsk en 2020 (une fuite d’hydrocarbures) pour démêler les fils qui relient le présent russe au passé soviétique, et pour identifier des changements récents, en devenir ou possibles dans le gouvernement de la nature arctique.

 

Atelier coordonné par Laurent Coumel

 

images satellitaires enregistrées le 23 mai
images satellitaires enregistrées le 31 mai
images satellitaires enregistrées le 1er juin

Images satellitaires enregistrées le 23 mai, le 31 mai et le 1er juin 2020 par Sentinel 2 pour l’Agence spatiale européenne (ESA).

Source : https://www.esa.int/ESA_Multimedia/Images/2020/06/Arctic_Circle_oil_spill

Une « marée rouge » (appelée ainsi dans les médias), provoquée par le déversement accidentel de près de 20 000 tonnes de gazole dans une rivière, s’est produite à l’été 2020 aux environs de Norilsk. Cette ville industrielle du nord de la Sibérie, la plus grande située au-delà du cercle polaire arctique, est entourée par des espaces de toundra marécageuse, traversés par le réseau hydrographique du fleuve Piassina. La catastrophe a suscité de nombreux commentaires dans les médias régionaux et nationaux, des réseaux sociaux à la presse écrite et aux grandes chaînes de télévision contrôlées par le pouvoir, forçant ce dernier à réagir devant l’émotion perceptible dans l’opinion publique face à la pollution. Nornickel, l’entreprise multinationale propriétaire du réservoir accidenté, tenue pour responsable des dégâts infligés aux écosystèmes, a été condamnée en février 2021 par la justice russe à payer une amende record de 146 milliards de roubles (1,6 milliard d’euros). Elle avait dans un premier temps mis en avant la fonte du pergélisol (ou permafrost, sol gelé en permanence qui couvre 60% du territoire russe), donc le changement climatique, comme une des causes du sinistre, sans qu’une expertise scientifique indépendante ait pu confirmer ou infirmer cette hypothèse. L’épisode de 2020 pourrait ainsi préfigurer une nouvelle étape de l’anthropocène dans cette partie du continent eurasiatique, déjà touché par un réchauffement spectaculaire des températures et par une aggravation des incendies de forêt chaque été.

Lors de précédentes alertes survenues dans l’Arctique, avant comme après la fin de l’URSS en 1991, des controverses écologiques avaient traversé l’opinion publique soviétique, puis russe. Qu’en est-il à l’heure des réseaux sociaux, mais dans un contexte de retour de l’autoritarisme en Russie ? Quels sont les acteurs de cette crise, et comment les sciences humaines et sociales peuvent-elles l’éclairer, en mettant en relation les héritages du passé et les reconfigurations en cours ?

La marée rouge sibérienne de 2020 constitue une étude de cas féconde pour réfléchir à l’anthropocène à l’Est, dans une perspective d’histoire environnementale interdisciplinaire.

Sommaire 

 

  • Marée rouge de 2020 : l’histoire soviétique de l’Arctique russe se répète-t-elle ? Entretien avec l’historien Alexander Ananyev
  • Le débat climatique en Russie et l’accident de Norilsk : quels héritages ? (Katja Doose)
  • L’environnementalisme russe et la marée rouge de 2020 : un rebondissement ? (Laurent Coumel)

      

          ► Publications à venir :

  • Alertes et expertise environnementales : un axe scientifique Norilsk-Novossibirsk ? (Marie-Hélène Mandrillon)
  • Réseaux sociaux et marées noires dans l’Arctique russe : les réactions à la catastrophe de 2020 (Perrine Poupin)

 

Précision sur la transcription et la translittération des noms russes

 

Pour faciliter la lecture des articles de cet atelier, la transcription du russe vers le français adoptée pour les noms propres (lieux et personnes) est soit la transcription dite « conventionnelle », pour ceux dont l’usage est attesté en français (dans les médias notamment), soit la translittération de l’American Library Association et de la Library of Congress (ALA-LC).

 

En revanche, dans la bibliographie et dans les titres d’ouvrages ou d’articles cités en notes, comme pour les termes techniques indiqués en caractères latins ainsi que les noms d’organisations, c’est la translittération ISO 9 qui est appliquée.