Du Museum pictum au specimen dans les musées : Conclusions
professeur d’Histoire des sciences / directeur d’études

(Oxford University / EHESS)

Dans son article inaugural, Anne Lafont retrace la transition entre les dessins de femmes ou d’hommes africains, et l’exposition publique de leurs corps comme objets de curiosité « scientifique » et, parfois, morbide, en l’espace d’un siècle, des années 1740 aux années 1840. Elle souligne avec justesse l’impact du commerce des esclaves sur les codes de représentation, implicites et explicites, de la différence (prétendument totale) de leur humanité. Nombreux étaient ceux qui doutaient du fait que les esclaves, de simples marchandises, étaient de vrais humains. L’acte de dessiner devenait par conséquent une forme de propriété ; dans une large mesure, les dessins constituaient un prélude à des formes courantes d’exploitation commerciale et idéologique des femmes et des hommes représentés.

Pour compléter les apports passionnants d’Anne Lafont, je voudrais ajouter rapidement que les dessins et les peintures étaient déterminants dans une longue tradition de représentation de l’exotique, y compris des formes humaines exotiques. Les dessins pouvaient être transportés aisément et servaient de base à des compositions picturales plus élaborées ; le dessin et la peinture faisaient partie intégrante des collections d’histoire naturelle et des cabinets de curiosité. Dès le milieu du XVIe siècle, les dessins et les tableaux étaient au cœur des énormes collections accumulées par Ulisse Aldovrandi (1522-1605) ; et pour citer un exemple encore plus célèbre, le Museo cartaceo [le musée de papier] rassemblé par Cassiano dal Pozzo (1588-1657) incluait également des représentations d’objets d’histoire naturelle, à côté de spécimens naturels1 . Les dessins étaient la deuxième meilleure source d’information disponible sur les objets naturels et artificiels, que seule αὐτοψία [autopsia], l’examen sensible en personne, dépassait. On attribuait aux dessins exécutés sous le regard de l’observateur, ou par l’observateur lui-même, un statut ontologique et épistémologique de premier plan. C’est ainsi qu’Aldovrandi incluait des dessins et des images en tout genre de monstres humains vivant dans les déserts ou les forêts épaisses, attestés par des sources antiques ou plus récentes prétendant les avoir observés.

La création de vastes Musées d’histoire naturelle vers la fin du XVIIIe siècle, ainsi que le succès des musées et des collections d’histoire naturelle ou encore de musées d’acclimatation durant le XIXe siècle – autant de symboles de la puissance des gouvernements coloniaux –, n’ont fait qu’accroître le rôle du dessin dans la pratique de l’histoire naturelle. S’appuyant sur les riches collections amassées par les armées révolutionnaire puis impériale, Cuvier lança depuis le Muséum national d’histoire naturelle à Paris une recherche de descriptions et de représentations peintes des fossiles à l’échelle mondiale. Il eut recours aux Annales du Muséum, et à la série des Mémoires (qui n’étaient pas publiés par le Muséum, comme on le croit souvent, mais par une sorte de coopérative dont les Professeurs étaient les actionnaires) pour commander l’impression d’environ un millier de copies supplémentaires des tables d’illustrations qui accompagnaient ses articles de paléontologie. Les lithographies de dessin étaient la monnaie employée sur le marché de l’histoire naturelle contre des informations. Enfin, dans des domaines tels que la paléontologie, les dessins sont restés l’instrument principal de représentation des découvertes ou des propositions taxonomiques jusqu’à l’introduction de l’imagerie électronique sophistiquée. Ils permettaient la représentation d’une sélection des traits du fossile, ceux sur lesquels étaient ensuite fondés les diagnostics et les prises de décision taxonomiques. Même la photographie n’a pas entamé la centralité du dessin : en réalité, les photographies n’ont jamais atteint son objectif épistémologique ni son raffinement taxonomique2 .

En ce qui concerne les êtres humains, depuis les bestiaires médiévaux jusqu’aux XVIIe et XVIIIe siècles, les sirènes ou encore les singes, mâles comme femelles, à l’apparence humaine, étaient représentés à l’aide de dessins et de gravures, parfois même exposés : peu nombreux étaient ceux qui doutaient du fait qu’ils représentaient fidèlement les êtres naturels observés par les marins et les voyageurs. Linné certifiait l’existence d’humains cachés dans les forêts (homo feralis) ; jusqu’au début du XIXe siècle, les naturalistes spéculaient sur la capacité de l’humanité à conquérir les profondeurs des mers d’où elle avait émergé très longtemps auparavant, au moyen d’opérations chirurgicales menées sur des nouveaux-nés permettant de les réadapter de sorte qu’ils puissent à nouveau respirer sous l’eau. Durant une bonne partie du XIXe siècle, les dessins, peintures, lithographies de créatures exotiques continuèrent d’alimenter l’imagination populaire, indépendamment du fait que les naturalistes travaillant dans les institutions d’État voulaient s’arroger le monopole du savoir taxonomique. De la même manière, l’exposition publique de femmes et d’hommes velus, de nains, d’enfants sauvages des deux sexes, ou encore de singes présentés comme le chaînon entre les hommes et les animaux continua à engendrer des revenus pour les entrepreneurs du marché aux merveilles, fort rentable.

Comme l’a montré Anne Lafont, Saartje Baartman, la Vénus hottentote mesurée et disséquée par Georges Cuvier et ses collègues, était simultanément un « objet » d’exposition – de fait, elle avait été conduite en Europe dans ce but – et d’étude. Durant les premières décennies du XIXe siècle et au-delà, plusieurs sortes d’expositions publiques d’humains exotiques ou merveilleux et de phénomènes de la nature étaient revendiqués par la communauté scientifique qui tentait d’établir son autorité sur une opinion publique avide de cette forme de spectacle. Les « scientifiques » devaient conquérir leur droit à représenter et à interpréter l’exotique et le merveilleux. En 1846 par exemple, l’Académie des Sciences de Paris convoqua sans succès la « femme électrique », qui montrait ses extraordinaires pouvoirs magnétiques pour un tarif raisonnable, afin qu’elle soit examinée par une commission très éclairée ad-hoc. La « femme électrique » et son agent refusèrent tout simplement de se présenter3 . Ainsi, il est problématique d’introduire une distinction trop nette entre le naturaliste professionnel et le public général, et le public cultivé en particulier, puisque le premier partageait assurément nombre des intérêts du second ; les naturalistes aspiraient à démontrer la compétence de leur jugement sur les sujets merveilleux qui attiraient très largement l’attention, devenant par conséquent eux-mêmes une partie du spectacle et de l’actualité.

Je voudrais souligner, pour finir, et contrairement à ce que l’historiographie a affirmé d’une seule voix jusqu’à présent, que la fascination pour les êtres merveilleux et prodigieux ne s’est pas tarie avec le XVIIIe siècle. Les contes médiévaux romains et septentrionaux concernant l’existence du Kraken, un poulpe géant soi-disant capable de faire sombrer les navires, n’a jamais perdu de son pouvoir d’attraction. Au début du XIXe siècle, Pierre-Denys de Montfort (1766-1820) fournit des preuves taxonomiques en faveur de l’existence de cette bête gigantesque, à laquelle il attribuait la disparition de plusieurs navires. Cet épisode, considéré aujourd’hui comme la fantaisie d’un naturaliste amateur fantaisiste (il était en réalité un conchyliologue en vogue assez compétent, ainsi qu’un spécialiste des invertébrés marins) attira en fait énormément l’attention du public et des « scientifiques » – il inspira même Jules Verne. De Montfort se référait en fait à l’observation très rare de restes du calamar géant des profondeurs marines, Architeuthis4 . De manière plus générale, l’exposition publique de frères siamois, de nains ou de porteurs de difformités, de même que l’exposition de fœtus monstrueux, se poursuivit en France (et ailleurs) tout au long du XIXe siècle, comme le confirme la consultation de la Gazette médicale5 .

En ce qui concerne la diversité supposée des êtres humains, comme Anne Lafont l’a bien mis en avant, certains naturalistes ont tenté d’introduire de la rigueur et de la précision dans leur classification des populations : l’angle facial, mesuré par Peter Camper (1722-1789), ou l’angle occipital préféré par Louis-Jean-Marie Daubenton (1716-1800), convoquaient la géométrie pour introduire des hiérarchies dans la répartition des crânes, et partant, de la valeur morale et intellectuelle, séparant les groupes humains les uns des autres, et les porteurs des angles les « plus bas » des animaux [image 1]. Aux yeux des avocats de la rigueur et de la précision mathématique, la couleur de la peau ou la texture des cheveux étaient moins démonstratives de cette hiérarchie que la géométrie, en apparence « neutre ».

Paul Topinard, Anthropologie

« La moitié antérieure représente le crâne intact, de façon à montrer le bord inférieur de l’orbite ; la moitié postérieure représente le crâne ouvert par le milieu, de façon à laisser voir le trou occipital et ses deux points médians antérieur et postérieur. »

O, opisthion ou bord postérieur du trou occipital caché par le centre du cadran du goniomètre ;

B, basion ; D, bord inférieur de l’orbite ou point déterminant antérieur de la ligne de Daubenton ;

N, point nasal préféré par M. Broca ; D’DOD’’, ligne de Daubenton ;

ABOA’, plan du trou occipital prolongé dans les deux sens ; AOD, angle occipital de Daubenton ;

AOC, angle occipital de Broca ; AEB, angle basilaire de Broca ;

K, gouttière basilaire ; L, selle turcique ;

I, protubérance occipitale externe ou inion ; J. protubérance occipitale interne.

 

Paul Topinard, Anthropologie, avec Préface du Professeur Paul Broca, Paris, C. Reinwald, 1876, p. 54.

Et pourtant, les traités populaires sur l’homme s’approprièrent immédiatement ces paramètres géométriques (Camper, Daubenton ou Johann-Friedrich Blumenbach (1752-1840) étaient en réalité monogénistes), pour arguer en faveur de l’existence d’espèces séparées d’êtres humains. Ils offrirent ainsi une large publicité à des stéréotypes raciaux courants sur les apparences physiognomoniques et les postures du corps. Les illustrations de l’Histoire naturelle du genre humain (1801) de Julien-Joseph Virey (1776-1845), par exemple, furent réimprimées par la littérature raciale en Europe et aux États-Unis. Dans le cas de Virey, ou d’un autre polygéniste populaire, Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent (1778-1846), dans un moment marqué par les événements survenus à Saint-Domingue, où les troupes françaises et britanniques avaient été vaincues par les troupes d’anciens esclaves conduites par François-Dominique Toussaint Louverture (1743-1803), les stéréotypes raciaux transformés en une « science » de la race fonctionnaient comme un véritable appel idéologique à l’action préventive. La violence systématique contre les esclaves et le renforcement de la dureté de leur condition pourraient permettre de prévenir le danger de rébellions futures. Virey est célèbre pour avoir insisté sur le fait que les noirs étaient beaucoup moins sensibles que les blancs, et que pour cette raison il fallait les battre très fort lorsqu’on les punissait.

Spécimens et musées

Dans l’économie de ce numéro, la contribution stimulante d’Anne Lafont a mis en avant les pré-requis visuels à la création des plus grandes collections anthropologiques et ethnographiques, et à la pratique d’exhibition de femmes et d’hommes vivants pendant une bonne part du XIXe siècle.

Le présent dossier est constitué d’études de cas portant sur des institutions fondées, ou en cours de développement durant la seconde moitié du XIXe siècle, alors que l’anthropologie et l’ethnographie connaissaient leur âge d’or, ou bien dans le contexte d’une critique apparemment radicale de leur présupposés – ainsi du musée ethnographique relativement récent de Suita, Osaka (1974). En dépit de la variété et de la distribution globale des institutions retenues (deux en Italie, une en Argentine, une au Mexique et une au Japon), plusieurs traits communs se font jour : l’histoire tout sauf linéaire des institutions en question ; la relation à l’histoire des pays où ces institutions ont fleuri avec plus ou moins de succès ; la question des réactions des membres vivants des groupes ethniques exposés ; celle, épineuse, de la réclamation des restes humains ; et la mise en cause de l’existence même d’institutions de ce type, comme l’illustrent les tentatives de fermer le Musée Lombroso de Turin. Mes commentaires ne suivront pas forcément l’ordre dans lequel les différentes contributions sont présentées dans l’ouvrage, et ils seront de longueur variable, du fait de mon manque de compétence sur de nombreux sujets abordés, en particulier ceux concernant les musées latino-américains et japonais.

L’Italie : une nouvelle puissance dans l’Europe du XIXe siècle ?

Trois contributions de ce numéro traitent de cas italiens : le musée fondé par Cesare Lombroso, son héritage complexe et sa présence dans la presse italienne aujourd’hui, fait l’objet de deux études, tandis qu’une autre est consacrée au Museo nazionale di antropologia e di etnologia [Musée national d’anthropologie et d’ethnologie] de Florence et à sa mauvaise réputation, à la collection de masques faciaux d’individus provenant d’Afrique et d’Extrême-Orient acquis par le musée entre le milieu du XIXe siècle et les trois premières décennies du XXe. Pour commencer par ce dernier, Lucia Piccioni reconstitue l’histoire du musée depuis ses débuts en 1870, à partir de l’activité de collectionneur de l’anthropologue et intellectuel public Paolo Mantegazza (1831-1910). Comme cela sera le cas pour des musées similaires en Amérique Latine, le Museo était dans un premier temps (presque) une coquille vide, auquel les restes de l’expédition du Capitaine Cook, acquis par les princes de la maison de Lorraine, donnèrent de la valeur.

L’Italie était devenue en mars 1861 un État européen unifié et vaste, quoiqu’arriéré. En 1864-1865, la capitale avait été transférée de Turin à Florence et la ville fit l’objet d’un programme de rénovation urbaine qui dura plusieurs décennies, y compris après 1871, lorsque Rome fut finalement couronnée capitale du Royaume. La Florence que les touristes admirent aujourd’hui aurait paru méconnaissable à ceux qui habitaient la ville en 1860. Les élites piémontaises et leurs alliés au parlement de Turin et de Florence – puis de Rome – ont débattu des mesures infrastructurelles et culturelles indispensables à la modernisation et à l’unification de la péninsule. Mantegazza profita de cette ferveur de création et établit pratiquement seul le Musée d’Anthropologie et d’Ethnologie, une institution que toute puissance moderne se devait de posséder afin de soutenir son expansion coloniale, inévitable et indispensable.

L’Italie, tout comme l’Allemagne, arrivait tard dans le moment de frénésie coloniale, et ce malgré une longue tradition de voyages d’exploration du continent africain et de l’Extrême-Orient6 . Les autorités piémontaises essayèrent dès la fin des années 1860 et tout au long des années 1870 d’acquérir des terres en Extrême-Orient, tout d’abord pour trouver des territoires lointains où reléguer les criminels et les brigands, à l’image de ce que l’Angleterre avait fait en Australie7 . À la fin du siècle et durant le fascisme, la conquête d’un « posto al sole », d’une place au soleil, apparaissait comme un devoir patriotique seyant à une puissance mondiale en herbe. Cela se termina mal pour l’Italie comme pour « nos » colonies, plusieurs milliers de morts plus tard.

Lucia Piccioni raconte l’histoire du musée en la reliant à l’arrière-plan de la politique italienne, de l’Unité au fascisme et jusqu’au passé le plus proche. Le sort du musée reflète les aléas des théories anthropologiques et raciales, ses collections devenant invisibles lorsque leur vue elle-même apparaissait (et c’est bien compréhensible) moralement et politiquement insoutenable. Cela arriva aux masques de visage que Mantegazza avait collectionnés et principalement achetés au colonialiste allemand et ornithologue amateur devenu ethnographe Otto Finsch (1839-1917). Finsch exploitait à des fins anthropologiques et commerciales la technique du moulage au plâtre – une pratique plutôt déplaisante et potentiellement dangereuse, de l’aveu même de Finsch, pour ceux qui, de manière plus ou moins consentie, se soumettaient à l’application du plâtre8 .

Tout comme Finsch, Mantegazza préférait les masques (soigneusement peints pour restituer la couleur originale de la peau et sa texture) aux crânes, se démarquant ainsi de Lombroso qui s’appuyait plus volontiers sur ces derniers. Mantegazza, il faut le souligner, compta parmi les rares naturalistes de son époque à démontrer par l’expérience combien les crânes pouvaient être trompeurs : des anthropologues physiques expérimentés soumis à un test à l’aveugle échouèrent dans les grandes largeurs, attribuant des crânes précis à tel ou tel autre groupe ethnique. De plus, comme Finsch l’avait avancé, l’observation sur le terrain montrait combien la catégorisation craniologique pouvait se révéler abstraite et peu fiable. Les types de races décrits dans les manuels ne reflétaient pas la variété infinie des formes de crâne, de couleur de peau et de cheveux que le voyageur rencontrait dans une région géographique donnée, y compris dans une même île. L’échelle chromatique de Paul Broca pour définir la couleur de peau des différentes races ne fonctionnait que dans des contextes savants métropolitains, elle n’était d’aucune utilité sur le terrain9 . Les masques faciaux étaient perçus comme un remède face aux abstractions de l’anthropologie physique théorique.

Hilary S. Howes, « “It is not so !” Otto Finsch, Expectations and Encounters in the Pacific, 1865-85 », Historical Records of Australian Science, 22, 2011, p. 33.
Otto Finsch, Masks of Faces of Races of Men from the South Sea Island and the Malay Archipelago, Rochester, N. Y., Ward’s Natural Science Establishment, 1888.

à gauche : Hilary S. Howes, « “It is not so !” Otto Finsch, Expectations and Encounters in the Pacific, 1865-85 »,

Historical Records of Australian Science, 22, 2011, p. 33.

à droite : Otto Finsch, Masks of Faces of Races of Men from the South Sea Island and the Malay Archipelago, Rochester, N. Y., Ward’s Natural Science Establishment, 1888 [https://wardproject.org/items/show/894].

Il est intéressant de noter que les institutions scientifiques européennes et états-uniennes ne furent pas les seules à acquérir tout ou partie de la collection de 157 masques présentés par Finsch dans un catalogue auquel la préface de Rudolph Virchow (1821-1902) conférait de l’autorité10 . Brouillant la frontière entre musée « officiel » (ou anthropologie savante) et le marché du merveilleux, des copies des masques en plâtre de Finsch étaient également exposées par les frères Castan, propriétaires du Panopticon (Berlin), un établissement populaire combinant musée de cire et jardin exotique. J’ai mentionné plus haut le présupposé historiographique selon lequel le cabinet de curiosités et l’attirance populaire pour l’exotique, le morbide et le monstrueux s’éclipsent à la fin du XVIIIe siècle, avec la croissance de la science contemporaine. Pour souligner encore une fois la nature anachronique de ce présupposé, je me limiterai à citer un article passionnant de Hilary Howes, auquel je dois beaucoup : « le Panopticon de Castan (ouvert de 1869 à 1922) crût rapidement pour inclure des objets ethnographiques, des statues médicales représentant “des organes sexuels malades et en bonne santé”, et des performances exécutées en direct par des “raretés” “ethniques et monstrueuses” [freaks] », ainsi que des « curiosités telles que des trompes d’éléphant, des momies, des aligators empaillés, des gorilles »11 .

Finsch, Masque

Numéro : inconnu, numéro dans le catalogue Finsch : 128.

Photographie et légende aimablement fournies par le Dr. Hilary Howes, Australian National University, College of Arts and Social Sciences

 

Voir Otto Finsch, Anthropologische Ergebnisse einer Reise in der Südsee und den malayischen Archipel in den Jahren 1879-1882. Beschreibender Catalog der auf dieser Reise gesammelten Gesichtmasken von Völkertypen, herausgegeben mit Unterstützung der Berliner anthropologischen Gesellschaft, Berlin, A. Asher & Co., 1884, p. 25.

 

Information issues du catalogue : Catégorie : Nouvelle-Zélande (Maori). Nom de la personne : Ngapaki Puni. Lieu de résidence : Pitone [Petone] près de Wellington. Description : « Aucun des peuples du Pacifique ne m’a causé autant de difficulté dans l’obtention de moules en plâtre que les Maori. Le fait que j’y parvienne enfin, après de nombreuses tentatives vaines et parfois fort coûteuses, ne tient qu’à la médiation de mon ami le Dr. W. Buller à Wellington. C’est seulement par amitié et par respect pour lui que plusieurs habitants natifs ont fini par s’autoriser à se laisser convaincre de se soumettre à cette procédure assez désagréable […] Ngapaki Puni, chef de la tribu Ngatiawa [Ngāti Awa] […] L’un des chefs Maori les plus âgés toujours vivant et l’un des derniers avec un tatouage facial complet […] Un homme fort digne de 65 ans environ, les cheveux lisses et gris […] et une barbe blanche […] Ngapaki Puni est l’aîné des fils du célèbre chef Honiana Te Puni, un ami loyal des premiers colons, dont la mémoire est honorée par un monument en pierre financé publiquement et situé sur le bord de mer près de Pitone [Petone]. L’histoire de ce grand chef se trouve chez [Edward Jerningham] Wakefield, son portrait est au Colonial Museum de Wellington, et il est l’habitant natif dans la peinture à l’huile représentant en taille réelle le Dr Featherston, Surintendant de Wellington, et Mr. Jaks. »

Le « scandale » Lombroso

La collection criminologique rassemblée par Lombroso a connu un sort pratiquement inverse à celui des masques rassemblés à Florence. Portée aux nues du vivant de Lombroso, condamnée durant le fascisme (pour la mauvaise raison que Lombroso était un juif de Vérone), restaurée et ramenée à la vie dans un musée pédagogique magnifique au cours des années 1980-1990, elle fait maintenant l’objet de tentatives répétées de confinement dans des caves, comme pour les masques florentins. Silvano Montaldo et Maddalena Carli ont reconstitué avec une impeccable rigueur et une grande clarté les vicissitudes du musée Lombroso, ils ont détaillé la coalition improbable d’arguments et de forces politiques qui demandent aujourd’hui sa suppression. Je mentionnerai plus bas les échanges polémiques et les pétitions qui demandent la fermeture du musée.

Avant cela, je souhaiterais souligner l’utilité du musée Lombroso (je déclare ainsi ma position sur le sujet), qui résulte d’un important travail de recherche et de choix muséographiques innovants, étant donné le climat idéologique et politique aujourd’hui – ou, justement, l’« échauffement » dudit climat. Durant les discussions qui se sont tenues en décembre 2018 à l’occasion de la présentation des textes du colloque centrés sur Lombroso, un laps de temps considérable a été consacré à discuter les tendances néo-lombrosiennes qui ont vu le jour dans les dix-quinze dernières années, et l’usage endémique du préfixe « neuro » pour signaler le programme radical de transformation des sciences humaines grâce à l’adoption de méthodes vraiment scientifiques dérivées des neurosciences contemporaines : la neuro-histoire, neuro-éthique, neuro-économie, neuro-justice, neuro-criminologie, etc. Au cours de la discussion, Rafael Mandressi est intervenu au sujet de plusieurs de ces étiquettes et de ces revendications, et je me limiterai à inviter les lecteurs à consulter les contributions qu’il a publiées sur cette question et qui révèlent la substance et le détail de sa position critique12 .

Pour l’historien, le revival récent des idées néo-lombrosiennes est à la fois fascinant et inquiétant. Il est fascinant, en effet, de voir comment des styles de raisonnement « scientifique » du passé se voient aujourd’hui accorder une deuxième jeunesse ; inquiétant du fait du manque de complexité des affirmations scientifiques et des applications politiques mises en avant. Durant les quelques siècles qui nous précèdent, différentes « sciences » ont été convoquées pour expliquer le crime en termes de dysfonctionnement organique situé quelque part dans le corps humain – physiognomonie, phrénologie, craniologie, génétique, endocrinologie, etc. Nous avons, dans l’ensemble, abandonné la physiognomonie, la phrénologie et la craniologie, exactement comme plus personne aujourd’hui ne croit que la taille du crâne, et par conséquent la taille du cerveau et son poids, sont déterminants en matière d’intelligence ou de comportement. Mais nombreux sont ceux qui pensent à présent qu’une meilleure compréhension du fonctionnement neuronal va dévoiler à la longue – entre autres – le mystère du comportement anti-social systématique.

Le dernier et le plus populaire parmi les représentants de cette tendance étiquetée à juste titre « neurocriminologie » est sans aucun doute Adrian Raine, l’auteur de The Anatomy of Violence. The Biological Roots of Crime (2013)13 . On manque de place pour se lancer dans une discussion de la thèse principale de Raine : en deux mots, les PET scans qu’il a recueillis de 41 criminels violents comparés aux PET scans de 41 individus « normaux » ont révélé des anomalies presque imperceptibles dans les zones pré-frontales du cortex – à bonne distance de la « fossette occipitale de médiane » de Lombroso, certes.

Pour Lombroso comme pour Raine, les porteurs d’anomalies sont des criminels « organiques » pour lesquels on ne peut pas grand chose si ce n’est les enfermer une fois pour toutes. Toutefois, il est clair que les commentateurs du type de Lombroso ou de Raine oublient de préciser de quels crimes violents ils sont en train de parler – ils semblent simplement, et avec une bonne dose de naïveté, croire que les crimes sont exclusivement commis par des bandits et des tueurs, des voleurs et des agresseurs présentant un dysfonctionnement qui fait d’eux ce qu’ils sont. Enfermez-les et tous les problèmes seront résolus. Il y a quelques années, Raine a déclaré dans une interview qu’il n’hésiterait pas à faire enfermer son propre fils dans une institution spécialisée s’il repérait chez lui certains des facteurs congénitaux conduisant à la violence criminelle14 .

Je ne prendrai pas part ici au débat scientifique sur l’activité neuronale en général et sur la neurocriminologie en particulier. Même si de nombreux défenseurs des vertus épiphaniques du préfixe « neuro » ne sont pas eux-mêmes des neuroscientifiques, mais des lecteurs sélectifs et partisans de la littérature neuroscientifique (de préférence populaire), je ne les suivrai pas dans leur tentative d’évaluer les avancées contemporaines de la neuroscience. Je suis même disposé à concéder, aux fins de la discussion, que certains individus ont peut-être des prédispositions à la violence, du fait – pour prendre un exemple – d’une surproduction d’adrénaline, ou d’un raccordement particulier des centres impliqués dans le contrôle des émotions. Mais ceci est loin de constituer une explication d’ensemble de la violence criminelle. Les individus ainsi affectés représentent sans doute une minorité de ceux qui commettent des crimes violents. Les 41 individus examinés par Raine qui présentaient ces soi-disant anomalies, étaient-ils nés avec ? Plusieurs formes d’actions humaines altèrent les réseaux neuronaux et la géographie de leur distribution dans le cortex humain, la plasticité neuronale est en outre aujourd’hui un principe reconnu parmi les neuroscientifiques. Est-ce que des recherches plus complexes et plus systématiques ont été tentées, pour prendre un exemple, sur des auteurs de crimes violents qui se sont comportés raisonnablement bien dans les années qui ont suivi ? Est-ce que de nouveaux PET scans ont été effectués à quelques années d’écart ? Étant donné la multiplicité bien connue des réseaux neuronaux activés durant toute action consciente ou inconsciente, est-il vraiment possible que des actions violentes, exigeant l’activité coordonnée de différents systèmes senso-moteurs, d’association et de neurotransmission dans le cerveau, soient contrôlées par une seule zone, fort petite de plus ? Mais, comme je l’ai dit plus haut, je n’entre pas dans le débat « scientifique ».

J’ai avancé l’hypothèse que les individus potentiellement prédisposés à commettre des crimes représentent sans doute une minorité parmi ceux qui s’adonnent à la violence. De nombreux criminels nazis, bien connus, sont morts dans leur lit, en citoyens pacifiques et respectueux des lois, sans parler de tous les responsables publics qui peuvent tuer ou torturer, dans plusieurs pays, sans être jamais considérés comme criminels. De même, les crimes économiques sont généralement perpétrés par une pluralité d’acteurs dont les neuro-criminologues ne semblent pas se préoccuper du tout15 . Au contraire, les phrénologues s’inquiétaient de ce genre de criminel en col-blanc : la consultation phrénologique mise en place dans les années 1860 au sein du Museum of Fowler and Wells, au numéro 753 sur Broadway, New York, était souvent sollicitée par les employeurs qui avaient besoin de savoir si un employé de banque potentiel, par exemple, présentait une croissance anormale de la partie du crâne correspondant à la zone de l’avidité dans le cerveau – une raison suffisante pour ne pas l’employer16 .

Vues du « Musée phrénologique de Fowler et Wells », The New York Illustrated News, 18 février 1860 (1/2)
Vues du « Musée phrénologique de Fowler et Wells », The New York Illustrated News, 18 février 1860 (2/2)

Vues du « Musée phrénologique de Fowler et Wells », The New York Illustrated News, 18 février 1860.

P. Corsi (dir.), The Enchanted Loom. Chapters in the History of Neuroscience, Oxford-New York, Oxford University Press, 1991, p. 192.

Les criminels auxquels s’intéressent les néo-lombrosiens sont tout au plus responsables d’une petite part des crimes commis chaque jour. Tout comme leurs prédécesseurs, les néo-lombrosiens ont peur de la violence des citadins pauvres, des minorités, des bandes qui traînent dans les villes. À leurs yeux, le crime n’implique pas de dimension sociale, culturelle, identitaire, mais uniquement des dysfonctionnements constitutifs pour lesquels il n’existe pas d’autre solution que l’incarcération à vie ou la surveillance. Ce n’est pas un hasard si les États-Unis ont la population carcérale la plus vaste du monde occidental, et si un jeune afro-américain encourt avec une probabilité bien plus haute le risque d’être suivi, arrêté et enfermé que les citoyens blancs. Encore une fois, comme c’était le cas pour les élucubrations de théorie raciale, ce n’est pas la science qui guide l’opinion mais l’opinion qui guide la science.

Approfondir la compréhension du travail de Lombroso et son legs complexe est très important à mes yeux, essentiel même, afin de montrer combien il est facile d’adhérer à une vision simplifiée de la nature humaine, de nos sociétés et des dispositions politiques, au nom d’une vision de la science tout aussi simpliste. Comme Maddalena Carli l’a souligné, il se trouvait même à l’époque de Lombroso des criminologues pour critiquer le réductionnisme biologique de leur collègue italien. Mais plus nombreux encore, dans l’ensemble du monde occidental, étaient ceux qui considéraient que tout phénomène humain et social pouvait s’expliquer en termes de lois naturelles, en partant de l’étude géométrique des crânes humains ou de l’évaluation mathématique et statistique des phénomènes d’héritage.

Cela va sans dire, les phénomènes humains et sociaux ne sont pas organisés de façon providentielle par des pouvoirs surnaturels ni par des processus totalement chaotiques. Et néanmoins ni la forme du crâne, ni l’ADN individuel, ni une image sur un moniteur de scanner ne peuvent fournir la clé définitive pour la compréhension de comportements individuels et collectifs extrêmement complexes. En réalité, le réductionnisme biologique refuse la complexité de la biologie elle-même, sans parler de celle des sociétés, et ses partisans choisissent une explication monocausale tout sauf scientifique – autrefois comme aujourd’hui.

Éclairer la carrière de Lombroso et son impact immense des décennies durant est une contribution importante à la compréhension d’une période de l’histoire européenne qui nous touche encore. Nous expérimentons les conséquences troublantes et dangereuses de la période coloniale et postcoloniale. Les théories et le vocabulaire raciaux ont de nouveau la cote, souvent soutenus par les chefs de puissants États, tout comme on voit resurgir des initiatives pour se lancer dans des formes nouvelles de colonialisme. Les décennies au cours desquelles Lombroso a vécu ont vu la production massive d’une littérature « scientifique » démontrant les fondements naturels et incontournables des hiérarchies raciales, sociales et géopolitiques, fournissant des preuves « irréfutables » nécessaires à la justification de la conquête et du génocide.

Les conflits sociaux étaient également inclus dans le vaste projet de recherche d’une explication scientifique pour les phénomènes humains : les dictatures et les conflits coloniaux entre grandes puissances étaient doublés par des affrontements tout aussi mortels sur la scène nationale. William Rathbone Greg (1809-1881), l’un des fondateurs de The Economist et contributeur aux meilleurs journaux de l’époque, se plaignait en 1868 que l’action caritative et l’aide sociale (même le peu qui existait alors) avaient affaibli l’action de la sélection naturelle dans les sociétés avancées : le surplus de population aurait dû être élagué en laissant la nature faire son travail, tandis que les élites auraient dû recevoir une aide financière de la part de l’État de sorte qu’elles puissent avoir plus d’enfants17 . Les politiques d’extermination active ou passive apparaissaient comme la bonne solution aux conflits géographiques et sociaux.

La publication de Hereditary Genius (1869) de Francis Galton18 , pratiquement contemporaine des premiers travaux de Lombroso – un livre encore estimé par certains comme une contribution pionnière à l’étude scientifique de l’hérédité – fondait son propos sur des présupposés tout à fait ridicules : les statistiques prouvaient que les fils de grands magistrats tendaient à devenir de grands magistrats. Galton aurait sans nul doute approuvé le déterminisme génétique de l’intelligence brandi aujourd’hui par les « scientifiques » d’extrême droite tels que Richard Lynn (1930) pour qui le Sud de l’Italie est pauvre parce que le QI moyen de ses habitants est très bas, digne de n’être comparé qu’au QI moyen des populations de nombreux pays africains19 . Pour faire court, d’après Galton et ses épigones d’aujourd’hui, si vous êtes riches c’est que vous êtes intelligents, et si vous êtes pauvre c’est que vous êtes bêtes. Les analyses sociales et politiques de l’inégalité sont déclarées non scientifiques et, en dernière analyse, dangereuses pour la société. Somme toute, Lombroso était en bonne compagnie, il était même un modéré plutôt bienveillant, si on le compare aux intellectuels publics radicaux d’extrême droite particulièrement populaires tels qu’Arthur Gobineau (1816-1882), Gustave Le Bon (1841-1931) ou Houston Stewart Chamberlain (1855-1927).

Le musée Lombroso est un superbe exemple d’une démarche de conservation d’une importante collection, qui sache simultanément remplir un rôle éducatif tout aussi important. Ceux qui se prononcent en faveur de la fermeture du musée Lombroso, de même que ceux qui s’obstinent à négliger les collections du musée ethnographique de Florence, ne sont pas capables de prendre la mesure du rôle majeur de la mémoire, assistée d’une recherche historique solide, pour notre vie présente dans les sociétés multiethniques et multiculturelles. Les appels politiques et culturels en faveur de la décolonisation, l’opposition au racisme comme à la naturalisation des inégalités et de l’injustice sociale bénéficieraient grandement d’une compréhension de cette période de notre histoire récente : de puissants discours étaient alors déployés pour étayer et justifier le caractère inévitable du conflit ainsi que la domination violente dans les colonies comme en métropole. Il serait stupide d’ignorer cette histoire à un moment où plusieurs composantes culturelles et « scientifiques » d’un héritage, que la majorité voudrait dépasser, sont au contraire remotivées par certains politiciens et par des médias sociaux puissamment manipulés, se frayant un chemin dans l’opinion publique de plusieurs nations occidentales. Notre collègue Joe Cain, professeur d’histoire des sciences à l’University College de Londres, a lancé une pétition pour changer le nom du Francis Galton Hall dans son université, étant donné le racisme non dissimulé de celui qu’on appelle le « père de l’eugénisme ». Toutefois, il a souligné avec netteté que : « UCL conserve la collection Galton comme une ressource muséale. Cette dernière n’est pas affectée par la proposition [de changement de nom de Galton Hall]. La collection représente un instrument d’une immense valeur pour la réflexion et l’enquête critique en histoire des sciences et en histoire des relations entre la science et la société. Par son intermédiaire, UCL avance vers ses objectifs en matière d’égalité »20 .

Loin de l’Europe

Comme je l’esquissais plus haut, cette dernière section, concernant les contributions d’Irina Podgorny (le Musée de La Plata et le Panthéon Mapuche à Trenque Lauquen, en Argentine), de Johannes Neurath (le Musée National d’Anthropologie à Mexico), et d’Alice Berthon (le Musée National d’Ethnographie à Osaka) sera plus brève, du fait de ma moindre expertise. Ces trois cas, importants et novateurs, s’imposent néanmoins même au lecteur non-spécialiste, qui ne peut que remarquer les ressemblances et les différences par rapport aux récits contenus dans les autres textes. Premièrement, malgré la différence considérable en matière de cadre géographique et historique, tous les cas étudiés montrent que les musées et les collections des musées ethnographiques et anthropologiques objets de l’enquête avaient clairement pour visée de représenter la variété des cultures et des groupes ethniques qui composent l’humanité ou une nation. En effet, dans plusieurs cas, l’objectif plus ou moins déclaré était de déterminer le droit de certains groupes à être inclus dans la communauté au nom de leur traits physiques ou de leur « niveau » de civilisation. Ainsi, le musée mexicain décrit par Johannes Neurath a exposé des objets appartenant aux Wixarika, une peuplade pré-colombienne disparue à tout jamais, affirmait implicitement l’exposition, en dépit de la preuve irréfutable du contraire fournie par le fait que les Wixarika eux-mêmes visitaient le musée pour y honorer leurs dieux ; le musée d’Osaka considéra tout d’abord la minorité autochtone des Ainu, principalement située dans l’île septentrionale d’Hokkaido (plus connue des Occidentaux pour les Jeux Olympiques qui se sont tenus dans sa ville principale en 1972, Sapporo), comme une ancienne peuplade barbare n’ayant rien en commun avec l’identité ethnique du Japon. Lombroso affirmait que les « criminels » formaient un groupe appartenant à un stade antérieur de la civilisation, voire qu’ils partageaient certains de leurs traits principaux avec les animaux – ils étaient les bêtes sauvages parmi nous. Les masques de Cipriani à Florence étaient destinés à fournir des preuves visuelles frappantes de la position inférieure occupée par plusieurs peuplades humaines dans l’échelle des races, rassurant de la sorte les Italiens contemporains sur la noblesse de leur état (alors mise en doute par une affirmation des autorités gérant l’immigration aux États-Unis qui avaient remis en question la prétention des Italiens à être considérés comme « blancs »).

Les deux musées latino-américains étudiés dans ce volume ont en partage, malgré une issue divergente, une origine très précaire. Ils ont tous deux été fondés comme des signes de la modernité et des ambitions nationales des groupes promoteurs de leur création. Les moyens toutefois n’étaient pas à la hauteur des ambitions. Dans le cas du musée de Mexico, Johannes Neurath se réfère avec à propos à l’étude récente de Miruna Achim, From Idols to Antiquity. Forging the National Museum of Mexico (2018), où l’histoire des premières décennies de l’existence du musée, complexe et loin d’être linéaire, est soupesée de façon critique21 . La recherche de Miruna Achim apporte une nouvelle confirmation à la longue persistance de la tradition du cabinet de curiosité. Au terme de la description des possessions du musée dans les premières décennies de son existence, elle conclut : « À cette époque, le musée rassemble une série d’objets taxonomiquement variés : des antiquités d’avant la Conquête, des documents et des tableaux coloniaux, des momies, des coquillages, des insectes, des fossiles, du minerai d’argent, des météorites, des gravures de la famille impériale française et des présidents des États-Unis, des armures, des animaux empaillés – et même quelques animaux vivants. Tous ces éléments se trouvaient si proches les uns des autres que l’un des premiers visiteurs du musée s’exclama que la collection nationale n’était guère plus qu’“un méli-mélo de fragments” »22 .

La reconstitution ironique des événements ayant conduit à la fondation du musée de La Plata sous la plume d’Irina Podgorny, de ses débuts jusqu’au récent projet concurrent d’un Panthéon Mapuche dans la ville de Trenque Lauquen, explore l’ensemble extraordinaire de transactions, d’une opacité certaine, qui ont permis à Francisco Pascasio Moreno (1852-1919) de convaincre les autorités d’acheter sa collection de spécimens liés à l’histoire naturelle et à l’histoire de sa région. Comme Irina Podgorny le montre, la collection ne lui appartenait qu’en partie, et un nombre substantiel de spécimens ne présentait pas d’informations suffisantes en matière de provenance, voire même une simple étiquette. Plus encore, ainsi que les critiques l’ont alors souligné, les spécimens paléontologiques et humains étaient en réalité un assemblage de morceaux appartenant clairement à différents organismes ou individus. Lorsqu’un catalogue fut rédigé longtemps après la fondation, les faux et les diagnostics posés en dépit de toute compétence sont devenus eux-mêmes, grâce à la distance, des objets patrimoniaux.

Le musée de La Plata constitue sans nul doute un cas à part, qui suscite plusieurs réflexions. Alors que le musée mexicain fut entrepris dans le contexte de l’affirmation postcoloniale de l’identité d’une nation nouvelle (bien que les moyens ne soient cruellement pas à la hauteur de l’entreprise), l’institution de La Plata a vu le jour grâce à une initiative privée, sans doute un peu suspecte. Indépendamment du statut épistémologique précaire et réel de ses contenus, il a rapidement été élevé au statut de symbole de la fierté nationaliste. On peut néanmoins envisager le musée de La Plata comme une sorte d’institution performative, exerçant sa capacité d’action [agency] par l’intermédiaire de la rhétorique politique et sociale qui formule les raisons de son existence. En matière muséale, le lieu est un échec, et pourtant l’institution de La Plata a remarquablement bien fonctionné (en dépit de tout) pour Moreno, qui s’est forgé la réputation d’un scientifique patriote tourné vers l’avenir, comme Irina Podgorny le démontre magistralement. Après tout, son nom est connu de tous les voyageurs et amateurs de merveilles naturelles, comme le célèbre glacier éponyme à l’extrémité de la Tierra del Fuego. Et, comme Irina Podgorny me l’a indiqué, il est un personnage encore révéré aujourd’hui, peu ou prou l’archétype du scientifique patriote argentin.

En poussant la réflexion jusqu’à son terme, la capacité d’action des institutions muséales dans des cadres coloniaux et postcoloniaux, avec leurs fonctions performatives évidentes, pourrait paradoxalement servir de repère pour procéder à l’évaluation des modèles européens et occidentaux. Si le lecteur est prêt à se lancer dans une expérience de la pensée, je suggèrerais volontiers que les modèles métropolitains ne remplissent pas vraiment leur fonction performative, tandis que leurs imitations dans les colonies ou dans des régions où le pouvoir colonial avait officiellement disparu, si. L’imitation des institutions métropolitaines qui fleurissaient dans les capitales européennes a servi d’aiguillon aux élites locales pour l’établissement de leur autorité ethnique et donc morale. C’est là où la forme n’a pas de contenu que la fonction de la forme devient centrale. Dans une certaine mesure, les contenus comptent peu, au point que dans le cas extrême du musée de La Plata une part conséquente de la collection était faite de spécimens d’origine inconnue ou suspecte. Mantegazza n’était pas Moreno, et à coup sûr il n’exposa pas de faux, mais il avait bien peu de choses à présenter lorsque son musée ouvrit à Florence – quoiqu’il puisse effectivement mettre en avant les précieux restes de l’expédition du capitaine Cook. Il a acheté sur le marché sa collection de masques en plâtre telle qu’elle était (comme le jardin des merveilles de Berlin avant lui), et le musée a crû lentement par la suite. Le personnel apporta des collections nouvelles, permettant aux nouvelles élites italiennes de jauger leur appartenance rassurante aux échelons les plus élevés de la race humaine. À La Plata, des fossiles composés à partir d’animaux différents, ou des spécimens dont nul ne savait d’où ils provenaient, demeurèrent dans les collections du musée, et leur statut suspect n’empêcha pas les visiteurs de les admirer. De la même manière que les copies des masques réalisées par Finsch étaient admirées par les visiteurs du musée à Florence mais aussi par les foules profitant d’une sortie au Panopticon de Berlin, aux côtés de nains, de jumeaux siamois et de modèles en plâtre d’organes sexuels difformes.

Pour mentionner une dernière fois le thème de l’attirance sur le long terme du public – populaire comme cultivé – pour l’exotique, le rare, l’objet investi de valeur spirituelle, les visiteurs ne semblent pas avoir accordé plus d’importance que cela à la « véridicité » des objets exposés. Le fait que les masques soient bien des copies, de « vraies » copies authentifiées certes, alors que les spécimens vendus par Moreno à l’État n’en étaient pas, ne change en rien leur valeur comme marchandise à exploiter pour des raisons personnelles, commerciales ou plus généralement idéologiques.

Comme dans d’autres musées, l’action performative et la rhétorique des musées anthropologiques et ethnographiques procuraient aux visiteurs la conviction (ou mieux, l’illusion réifiée) que les objets exposés parlaient pour eux-mêmes. Mais c’est au contraire l’ordre du discours institutionnel qui leur faisait raconter une histoire : les objets étaient de simples porte-voix plutôt que des acteurs. Les crânes étaient exposés depuis des siècles dans des contextes religieux ou pour commémorer des batailles et des victoires, ou encore pour honorer la relique inestimable d’un philosophe de premier plan tel que l’était Descartes. Il revient toutefois à la craniologie d’avoir inventé des crânes qui montrent « objectivement » la hiérarchie de la taille de la tête, et donc de l’intelligence, entre les différents groupes humains. Des preuves expérimentales, inversement, ne changeaient ni la science ni les croyances des visiteurs. Dans le monde contemporain, la certitude scientifique des mesures du QI et des racines génétiques de l’intelligence continue d’être affirmée et crue en dépit de doutes sérieux quant à ce qui est mesuré, et au sens exact de fonctions mentales vagues, décrites de façon assez simpliste.

Un autre sujet important qui relie certains des textes est la question de l’exposition des restes humains, qui pose des problèmes juridiques, moraux et politiques complexes. Il faut souligner que l’un des mérites du numéro thématique commenté ici est de mettre en avant la multiplicité des variantes locales. L’attention est portée sur des cas italiens, latino-américains et japonais, et le lecteur invité à prendre de la distance par rapport à l’habitude de se concentrer sur des exemples français, britanniques ou nord-américains. La question de la restitution des restes humains a été centrale dans le débat italien sur la proposition de suppression du musée Lombroso. En 1870, Lombroso étudia le crâne de Giuseppe Villella (1802-1864), un « brigand » mort à Pavie six ans auparavant. Lors de l’ouverture du musée en 2009, la ville de Motta Santa Lucia, lieu de naissance de Villella, a entamé une procédure judiciaire pour revendiquer le droit de rapatrier les restes de son héros local : non pas un brigand mais un combattant de la liberté contre les troupes coloniales piémontaises. En 2012, le tribunal a décidé que le crâne pouvait demeurer au musée23 .

Sans répéter ce que Silvano Montaldo et Maddalena Carli ont écrit dans leurs textes, il est évident que le contentieux – quel qu’en soit le bien-fondé – portait sur le « vrai » crâne d’un « vrai » individu (même si des doutes ont aussi surgi sur ce point). Et pourtant, le fait que les crânes ou les restes appartiennent bien aux individus précis mentionnés dans les procédures de réclamation n’a parfois presque pas d’importance. Dans le cas du musée de La Plata, des crânes déclarés comme ceux de héros indigènes sur la base des preuves les plus improbables, sont aujourd’hui réclamés par la ville de Trenque Lauquen pour être placés dans le Panthéon Mapuche. Les politiciens locaux et les entrepreneurs n’ont pas besoin de convaincre leurs compatriotes que c’est leur devoir de rapatrier et d’honorer leur chef tombé au champ de bataille. Encore une fois, les présupposés idéologiques et politiques déterminent l’« objectivité » et la fiabilité des specimens à exposer.

On peut, pour conclure sur une note heureuse, rapprocher le musée de Mexico et le musée ethnographique d’Osaka. Dans le cas du Japon, Alice Berthon interroge avec raison la revendication d’une posture postcoloniale radicale de la part des fondateurs du musée. Cette revendication est objectivement complémentaire du mouvement négationniste japonais, très populaire, suivant lequel le pays n’a jamais été impliqué dans la moindre domination coloniale – alors qu’il s’agissait d’une domination particulièrement féroce. Ce n’est que très récemment, et avec un retard considérable, que le gouvernement japonais a « regretté » le viol de Nanjing (13-19 décembre 1937).

En dépit du fait que le personnel du musée se targue d’avoir mis au point une muséographique innovante, multicentrique, permettant une circulation libre, je trouve personnellement cette revendication exagérée. Mais je ne peux juger qu’à partir des photographies disponibles en ligne et des illustrations fournies par notre collègue. Les vitrines et les reconstitutions d’intérieurs de maison et de scènes vivantes semblent plutôt traditionnelles et en tout point semblables à celles que l’on peut observer au musée de Florence ou au musée Pitt Rivers d’Oxford. Ce n’est toutefois qu’une impression fondée sur des photographies. Ce qui est remarquable cependant, j’y ai déjà fait allusion, c’est que la minorité ethnique Ainu est, enfin, en train de gagner sa bataille pour la reconnaissance – ils n’ont pas disparu, ils n’appartiennent pas au passé lointain de l’archipel, et récemment le parlement japonais leur a pleinement reconnu le statut d’habitants autochtones de leur île et du Japon.

Le succès des Wixarika, la peuplade autochtone mexicaine décrite par Johannes Neurath, est encore plus frappant. Les artefacts appartenant à leur tradition et à leur culture étaient exposés, comme c’était le cas pour les matériaux Ainu au Japon, comme des reliques du passé. Et pourtant, l’ordre du monde formulé par la religion Wixarika conférait une sainteté aux objets de culte aujourd’hui devenus spécimens de musée, soumis à l’ordre du discours ethnographique affiché par les conservateurs. Toutefois, les Wixarika croient que leurs dieux ont élu le bâtiment du musée pour abri : les reliques mortes d’un ancien culte sont devenues, pour les Wixarika vivants, autant d’expressions du divin. Un divin de loin supérieur à la prétention des conservateurs de musée qui ne se sont pas rendu compte que les dieux avaient décidé de devenir des objets du musée. La résilience humaine ne pouvait trouver un exemple offrant meilleure consolation.

Le sort de la collection du musée que Mantegazza et ses successeurs ont rassemblée à grand renfort de temps et d’argent reflète les changements en matière de priorités de la recherche et d’intérêt public. Au début du XXe siècle, les masques et les crânes ont été remisés au grenier, à côté de l’aire réservée à la recherche. Sous le fascisme, entre les mains de Lidio Cipriani (1892-1962), les intérêts anthropologiques et la méthode de Mantegazza ont acquis une implication raciale, devenant des preuves « expérimentales » des différences marquées entre les groupes humains. En 1938, Cipriani, fasciste fervent, était l’un des signataires du « Manifesto della Razza » [Manifeste de la Race]. Sous son égide, les masques redescendirent du grenier pour être de nouveau exposés. Après la Deuxième Guerre mondiale, la collection de masques, le lot entier, fut discrètement remisée dans des boîtes et déplacée dans les caves. Balayée sous le tapis du fait de la gêne occasionnée, si l’on peut s’exprimer ainsi. Exactement le contraire de ce qui arriva aux collections Lombroso.

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1

Voir l’ouvrage classique de Giuseppe Olmi, L’inventario del mondo. Catalogazione della natura e luoghi del sapere nella prima età moderna, Bologne, Il Mulino, 1992. On peut observer les images en haute définition ici : « Il Teatro della natura di Ulisse Aldrovandi » (Le Théâtre de la nature d’Ulisse Aldovrandi) [en ligne].

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2

Des manuels enseignant aux étudiants de premier cycle universitaire en géologie comment dessiner des fossiles continuent d’être imprimés de nos jours, voir par exemple : E. W. Nield, Drawing & Understanding Fossils. A Theoretical and Practical Guide for Beginners with Self-assessment, Oxford, Pergamon Press, 1987.

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3

« The Electrical Girl. Strange Phenomena of Repulsion and Attraction », The Athenaeum, 957, 28 Février 1846, p. 230. L’article rapporte comment l’Académie des sciences de Paris a intimé à un Comité de haut-vol, présidé par François Arago, d’enquêter sur le cas

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4

Pierre Denys de Montfort, Histoire naturelle, générale et particulière, des mollusques. Ouvrage faisant suite aux Œuvres de Leclerc de Buffon, et partie du cours complet d’Histoire naturelle rédigée par C.S. Sonnini, 5 vols, Paris, 1801-1805, vol. 2, 1802, p. 386-402. Sur Sonnini et l’édition Sonnini de Buffon, voir : Pietro Corsi, Lamarck. Genèse et enjeux du transformisme 1770–1830, Paris, CNRS Éditions, 2001.

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5

Voir, par exemple, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, « Nain d’Illyrie », Gazette médicale de Paris, 2e série, 4, 1836, p. 600. Saint-Hilaire informait également le public que le nain exposé parlait cinq langues, « Jumeaux siamois arrivés à Paris », Gazette médicale de Paris, 2e série, 3, 1er décembre 1835, p. 796. Voir aussi : Irina Podgorny, « L’inquiétante étrangeté des musées ambulants et des collections d’anatomie populaire du XIXe siècle », in P. González Bernaldo, L. Hilaire-Pérez, Les Savoirs-mondes. Mobilités et circulation des savoirs depuis le Moyen Âge, Rennes, PUR, 2015, p. 99-107.

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6

Sandra Puccini, Andare lontano. Viaggi ed etnografia nel secondo Ottocento, Rome, Carocci, 1999.

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7

Felice Giordano, un ingénieur des mines, ami proche du scientifique et homme politique Quintino Sella, avait été nommé en Sicile en 1860. Il insistait auprès de Sella sur le fait qu’une colonie très lointaine pourrait être une solution au problème de la mafia, en y envoyant tous les suspects. P. Corsi, « Felice Giordano », Dizionario Biografico degli Italiani, 55, 2001, p. 264-266.

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8

Hilary Howes, « Between wealth and poverty : Otto Finsch on Mabuyag, 1881 », in I. J. McNiven, G. Hitchcock (dir.), Goemulgaw Lagal, Cultural and Natural Histories of the Island of Mabuyag, Torres Strait, numéro spécial de Memoirs of the Queensland Museum – Culture, 8, 2015, p. 221-251, en particulier p. 236.

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9

Paul Broca, « Instructions générales pour les recherches et observations anthropologiques (anatomie et physiologie) », Mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris, 2, 1865, p. 69-204.

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10

Otto Finsch, Anthropologische Ergebnisse einer Reise in der Südsee und dem malayischen Archipel in den Jahren 1879-1882 : beschreibender Catalog der auf dieser Reise gesammelten Gesichtsmasken von Völkertypen, Berlin, Asher 1884. Le catalogue a rapidement été traduit en anglais. De façon significative, la dernière partie du titre allemand est devenue le point de départ dans la version anglaise : Masks of Faces of Races of Men from the South Sea Islands and the Malay Archipelago, taken from Living Originals in the Years 1879-82 [Masques de visages de races d’hommes des îles de la mer du Sud et de l’archipel malaisien, forgés sur des originaux vivants durant les années 1879-82], Rochester, NY, Ward’s Natural Sciences Establishment, 1888.

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11

Hilary Howes, « “It is Not So!” Otto Finsch, Expectations and Encounters in the Pacific, 1865-85 », Historical Records of Australian Science, 22, 2011, p. 44. Howes (p. 51, note 100) se réfère aux sources secondaires pertinentes.

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12

Rafael Mandressi, « Le temps profond et le temps perdu. Usages des neurosciences et des sciences cognitives en histoire », Revue d’histoire des sciences humaines, no 25, 2011, p. 165-202 ; Id., « L’historien, le cerveau et l’ivresse des profondeurs », Tracés. Revue des sciences humaines, no 14, 2014, p. 113-126, une note de lecture saisissante de Daniel L. Small, On Deep History and the Brain (University of California Press, 2007).

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13

Adrian Raine, The Anatomy of Violence. The Biological Roots of Crime, New York, Pantheon Books, 2013.

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14

Clint Witchalls, « Are we born to be bad ? », The Independent, 29 mai 2013 [en ligne] : « Si quelqu’un disait que mon enfant a 50 % de risque de devenir un délinquant violent, j’agirais », dit Raine. « Je n’aurais pas le choix. 50 % de risque de détruire sa vie, la mienne, celle de son frère, celle de la victime. En ce qui me concerne, je crois que ce serait irresponsable de ne rien faire, au moins j’essaierais, même s’il s’agissait d’un programme en internat de deux ans, même si le programme était potentiellement stigmatisant ». Tim Adams, « How to Spot a murderer’s brains », The Guardian, 12 mai 2013 [en ligne].

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15

Neil Fligstein, Alexander F. Roehrkasse, « The Causes of Fraud in the Financial Crisis of 2007 to 2009 : Evidence from the Mortgage-Backed Securities Industry », American Sociological Review, 81, 2016, p. 617-643, p. 621. En se référant à la prédisposition au crime, et aux études de Raine, entre autres, l’auteur souligne à juste titre que « de telles découvertes permettent des plongées convaincantes dans des cas individuels. Mais si elles ne s’accompagnent pas de théories fortes sur la sélection professionnelle ou l’apprentissage et la diffusion, elles ne sont pas en mesure d’expliquer des crimes qui présupposent la coordination complexe d’acteurs multiples, un trait caractéristique de tout délit financier majeur ».

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16

Lorenzo (1811-1896) et Orson Squire Olson (1809-1887) ont ouvert leur établissement phrénologique en 1835, au 138 Nassau Street. Samuel Robert Wells (1820-1875) a rejoint leur partenariat et l’établissement s’est déplacé sur Broadway.

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17

William Rathbone Greg, « On the Failure of Natural Selection in the Case of Man », Fraser’s Magazine, 78, 1868, p. 353-362.

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18

Francis Galton, Hereditary Genius, an Inquiry into its Law and Consequences, London, Macmillan, 1869 [en ligne].

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19

Richard Lynn, « In Italy, north–south differences in IQ predict differences in income, education, infant mortality, stature, and literacy », Intelligence, 38, 2010, p. 93-100 ; Richard Lynn, Tatu Vanhanen, IQ and the Wealth of Nations, Praeger, Wesport, CT, 2002. Le 14 avril 2018, l’University of Ulster a retiré son statut de professeur émérite à Richard Lynn, en tenant également compte d’interviews qu’il a accordées dans la presse et les publications néo-nazies allemandes et anglaises.

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20

J. Cain devant le UCL Estates Management Committee, 14 octobre 2014 [en ligne]. Sur la formation d’un Committee on the History of Eugenics [Comité sur l’histoire de l’eugénisme] à l’University College London, le 8 décembre 2018, voir aussi : https://www.ucl.ac.uk/news/2018/dec/inquiry-launches-history-eugenics-ucl.

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21

Miruna Achim, From Idols to Antiquity. Forging the National Museum of Mexico, Lincoln-Londres, University of Nebraska Press, 2018. Voir aussi Miruna Achim, « The National Museum of Mexico: The Trial Years, 1825-1867 », Museum History Journal, 9, 2016, p. 13-28.

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22

Miruna Achim, From Idols to Antiquity. Forging the National Museum of Mexico, Lincoln-Londres, University of Nebraska Press, 2018, p. 14 ; et Miruna Achim, « The National Museum of Mexico : The Trial Years, 1825-1867 », Museum History Journal, 9, 2016, p. 15.

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23

Pour un récit de cette procédure judiciaire, voir : Maria Teresa Milicia, « La guerra del cranio, il museo Lombroso e il coraggio della verità », Micromega, 7 juin 2017 (http://lameladinewton-micromega.blogautore.espresso.repubblica.it/2017/06/07/la-guerra-del-cranio-il-museo-lombroso-e-il-coraggio-della-verita/). Très récemment, en juin 2019, la sentence de la Cour de cassation a reconnu la pleine légitimité du musée Lombroso à posséder sa collection anatomique. Mais cela n’a pas mis un terme à la controverse. Voir la contribution de Silvano Montaldo dans ce numéro.

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Faire des sciences sociales

Guidés par quelques intuitions et armés de leur réflexivité, les chercheurs en sciences sociales construisent leurs objets, élaborent des dispositifs d'enquête, interprètent les données de terrain. La démarche scientifique est ainsi une contribution à l'interprétation du monde.

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Sciences sociales et migrations

Au cœur de l’actualité, enjeux publics et politiques majeurs mais aussi objets de débats et d’instrumentalisations sans cesse renouvelées, les migrations se sont depuis longtemps imposées à l’attention des chercheurs en sciences sociales. En témoignent ici l’histoire comparée des mouvements migratoires défendue par Nancy Green, l’approche ethnographique des zones frontalières par Chowra Makaremi, et l’analyse des migrations contraintes dans les espaces soviétique par Catherine Goussef.