Du Musée au Panthéon en Argentine
Investigadora Principal del Conicet

(Museo de La Plata-UNLP )

Les destins des collections anthropologiques dans l’Argentine contemporaine

En 1878, l’ancien président argentin Domingo Faustino Sarmiento (1811-1888), après avoir gravi soixante-dix marches bien comptées à un rythme lent mais régulier, atteignit le premier étage du Théâtre Colón à Buenos Aires, capitale de la province du même nom1 . Dans une sorte de délire, peut-être dû à son âge, il a cru se trouver devant la porte de l’enfer de Dante, du moins tel que la présentaient les illustrations de Gustave Doré.

Théâtre Colon

Le Théâtre Colón, avec, dans son angle supérieur droit, l’emplacement du musée anthropologique du jeune Francisco Moreno

Il s’agissait, en réalité, de l’entrée du Musée anthropologique et archéologique de la Province, installé aux étages supérieurs du théâtre, situé, depuis 1857, sur l’un des côtés de la Place 25 de Mayo (aujourd’hui Place de Mayo), à l’emplacement d’un cimetière colonial, plein de fantômes et connu comme le « creux des âmes » (« hueco de las ánimas »). Le Musée avait été inauguré en août 1878, après que le ministre Vicente Quesada (1830-1913)2  eut accepté la collection de Francisco Pascasio Moreno (1852-1919) et les conditions stipulées dans l’acte de donation : « plus de quinze mille spécimens d’archéologie et d’anthropologie argentines ou de sciences naturelles liées à leur étude » recueillis « personnellement lors de mes voyages, en en garantissant l’authenticité »3 . Dans ce document, Moreno présentait les dons d’autrui comme étant le fruit de son propre travail et subsumait sous son autorité les découvertes d’origines diverses4 .

Traversée du Cocyte selon Gustave Doré (1/2)
Traversée du Cocyte selon Gustave Doré (2/2)

Traversée du Cocyte selon Gustave Doré

(L’Enfer de Dante Alighieri, avec les dessins de Gustave Doré, traduction française de Pier Angelo Fiorentino,

accompagnée du texte italien, Paris, Hachette, 1862)

« La comédie humaine selon le jeune Moreno », disait Sarmiento, en pensant probablement à la traversée des eaux glacées du lac Cocyte, dans le neuvième cercle de l’enfer, où les yeux des traîtres à la famille regardaient les poètes en émergeant des eaux. Au musée de Moreno, en revanche, les yeux vides et les crânes, sans peau ni cheveux, de plusieurs dizaines d’Indiens et de quelques Blancs regardaient Sarmiento d’en haut, alignés dans des étagères. Sarmiento, pour sa part, faisait la différence entre les images infernales évoquées par la poésie et l’exhibition scientifique des ossements d’êtres réels :

« Avec ces réflexions, les poètes modernes, qui n’alignent pas les mots en vers mais des objets naturels en séries qui fournissent des causes, pénètrent dans l’ossuaire anthropologique. [...] De tous les angles du vaste panthéon, un millier de crânes humains vous regardent sans voir, les yeux creux, noirs, sombres et toujours fixes »5 .

Sarmiento reconnaissait ainsi l’importance de la série dans la science du XIXe siècle et la possibilité d’extraire, à partir de la quantité et non pas des noms ou des individus, les clés régissant la vie des groupes humains6 .

Les corps, ou plutôt les os des squelettes, étaient ailleurs, pour certains en Patagonie, d’autres abandonnés dans des tiroirs, quelques-uns exposés au public. Ensemble ou séparément, les collections anthropologiques semblaient évoquer ces vieux malheurs de l’homme mort qui poursuivirent Sénèque et, plus tard, Francisco de Quevedo : l’eau le défait, l’air l’essuie, le feu le dessèche, les vers le dévorent, les animaux le dépècent, les oiseaux le piquent, les poissons l’avalent. Ce n’est pas pour rien que les anciens disaient : facile est la perte de la sépulture, inventée pour écarter de notre vue les corps puants7 . Le musée du XIXe siècle a conçu un lieu pour les regarder. Sans odeur, avec la promesse de les préserver pour l’éternité. Cependant, comme le montrent les collections anthropologiques du Museo de La Plata, cela ne suffirait pas pour se présenter au Jugement dernier.

À travers quelques épisodes de l’histoire de ces collections, cet article vise à montrer le désordre constitutif de leur conformation pour mettre en lumière la façon dont les débats actuels naturalisent une histoire qui n’a existé que dans les hagiographies et les célébrations de la vie de leur fondateur. Il vise aussi à montrer comment des approches très diverses se rejoignent dans la remise en question de l’exhibition et la conservation des crânes et des squelettes. À cette fin, sur la base d’entretiens et de recherches sur le terrain menées en 1989, je prendrai le cas du Panthéon mapuche de la ville de Trenque Lauquen, au nord-ouest de la Province de Buenos Aires, à 450 km de la capitale nationale.

Les collections de Moreno et le Musée de La Plata (1878-1910)

Francisco Moreno, le propriétaire de la collection offerte à la Province, était un jeune homme d’une famille suffisamment aisée pour disposer de son temps, de l’argent de son père et de la possibilité de l’utiliser pour satisfaire ses lubies. En même temps, il jouissait des faveurs du ministre, partisan des études historiques et ami de son progéniteur8 . « Il est un protégé de Sarmiento », disaient ses détracteurs catholiques, l’accusant par ailleurs d’être un « chevalier de la nuit », profanateur de tombes et de cimetières9 . Il avait en effet son approbation, exprimée au travers d’articles de presse du quotidien El Nacional. Moreno était aussi soutenu par l’entomologiste prussien Hermann Burmeister (1807-1892), qui dirigeait depuis 1862 le Musée Public de la province, fondé en 1823 et situé, en 1877, à quelques centaines de mètres de la Place 25 de Mayo. Burmeister, cependant, n’a guère consacré d’efforts aux affaires préhistoriques et anthropologiques. D’autres jeunes hommes s’y adonnaient : parmi eux, Estanislao Zeballos (1854-1923), étudiant en ingénierie et en droit à l’Université de Buenos Aires, l’instituteur Florentino Ameghino (1853-1911) et, plus âgé que les deux premiers, Juan Martín Leguizamón (1833-1881), homme politique et commerçant originaire de la province de Salta. Chacun possédait une collection privée, des échantillons de squelettes, crânes, os et antiquités. Ils se disputaient l’étude de l’antiquité de l’homme dans la région du Rio de la Plata10 . Moreno fut le premier à obtenir que le gouvernement de la province s’y intéresse.

Jusqu’en 1878, date à laquelle les collections de Moreno furent transférées au centre de la ville, elles avaient été stockées dans différentes dépendances de la propriété familiale, à six pâtés de maisons du quartier actuel de Parque Patricios, à la limite sud-ouest de la ville de Buenos Aires11 . L’estancia du grand-père maternel de Moreno dans la région de Chascomús avait été, dans l’oisiveté de son adolescence, la source de plusieurs pièces paléontologiques, partagées avec ses frères, qui les délaissèrent plus tard pour le monde de la finance. Le don à la Province n’impliquait pas la remise inconditionnelle des objets. Au contraire, Moreno restait uni à leur destin par un acte de gouvernement : « sa » collection ne pouvait pas « être fractionnée ni transférée à d’autres établissements qu’à celui qui servira de base, qui ne pourra jamais être refondu dans un autre ». Contrairement aux magnats américains, fondateurs de véritables établissements privés, Moreno conçut le musée comme une entreprise subventionnée par l’État, en l’occurrence la Province. Le 13 novembre 1877, le ministre de gouvernement et le Gouverneur signaient sa nomination au poste de directeur du Musée anthropologique et archéologique avec un salaire de 5000 pesos par mois. Le budget de la Province de Buenos Aires pour l’année 1883 prévoyait, en plus du poste de directeur, un assistant et un concierge avec des salaires de 1 000 et de 500 pesos par mois respectivement, soit un total de 6 500 pesos par mois ou 78 000 par an. Il prévoyait, par ailleurs, des dépenses de 24 000 pesos par an pour la location des locaux et 6000 en frais de bureau, soit un total de 108 000 par an. On consacrait, d’autre part, 193 800 pesos au Musée public, alors que le ministre de gouvernement en gagnait 17 500 par mois, soit 210 000 par an12 .

Le directeur s’engageait à présenter un mémoire annuel rendant compte de l’augmentation des collections et du résultat de ses voyages d’exploration dans le territoire de la République. Il devait en outre constituer et conserver des archives des communications spéciales se rapportant au même établissement et procéder à la rédaction des catalogues, plutôt qu’à la classification scientifique des objets. Les collections, jusqu’au déménagement, seraient conservées dans la propriété de la famille du donateur, le Directeur étant obligé d’en prendre soin, de les conserver et les augmenter. Ces collections se composaient d’objets et de crânes d’origine différente qui rendaient compte des itinéraires du donateur, de ses correspondants et de ses fournisseurs (voir encadré à la fin de l'article).

Ces collections, celles visitées par Sarmiento en 1878, seront fusionnées quelques années plus tard dans un autre musée, selon les nouveaux projets de son directeur qui, s’adaptant aux circonstances, allaient à l’encontre de leur lettre mais aussi de celle des lois. En effet, suivant les conseils de Quesada, Moreno s’est réfugié à Paris en 1880, après avoir déserté un de ses voyages en Patagonie13 . Le ministre Quesada lui recommanda d’approfondir ses études anthropologiques en Europe le temps de faire oublier à Buenos Aires la cause de son départ. Selon la notice nécrologique écrite par Ernesto Quesada – fils de Vicente – Moreno n’a suivi que la deuxième partie du conseil, se consacrant au contraire à développer d’autres aspects de sa personnalité14 . C’est en Europe qu’il commença à esquisser l’idée d’un musée monumental et national dans la ville de Buenos Aires, devenue désormais la capitale fédérale du pays. L’emplacement futur de l’administration provinciale et la relocalisation des institutions existantes – dont les musées public et anthropologique, la bibliothèque et les archives – étaient encore inconnus. L’oubli ayant fait son travail, Moreno, de retour en 1881, s’empressa de présenter un projet de création d’un « Musée National d’Archéologie, Anthropologie et Histoire Naturelle » (Museo Nacional de Arqueología e Historia Natural), qui, malgré son approbation par le Parlement, resta lettre morte15 .

En revanche, le vétuste Musée Public devint national en 1884, ce qui anéantissait les plans de Moreno, lequel se précipita pour renégocier le projet avec les autorités de la ville encore inexistante de La Plata, la nouvelle capitale provinciale qu’on avait commencé à bâtir en 1882, à 60 km au sud de Buenos Aires. C’est ainsi qu’est né le nouveau Musée Général (et provincial) de La Plata, qui perdait, avec son bâtiment monumental, son caractère spécifique centré sur l’anthropologie et l’archéologie : le musée englobait l’évolution de l’histoire sud-américaine, de la géologie aux productions industrielles modernes. Fondé à plusieurs reprises, il a dû à chaque fois redéfinir ses objectifs afin de survivre à l’évolution des contextes politiques et aux crises administratives récurrentes dans le pays. En 1885, à l’occasion de l’une de ses inaugurations, Sarmiento se rendit à La Plata, cette fois pour célébrer « l’exposition scientifique » de cette pampa sauvage en voie d’extinction16 .

Le bâtiment monumental du Musée Général de La Plata

Le bâtiment monumental du Musée Général de La Plata

L’onéreux bâtiment construit spécialement à cet effet ne finissait jamais de se remplir et les gouverneurs successifs de la Province n’étaient pas toujours prêts à le financer. Les lettres du directeur aux naturalistes voyageurs abondent en instructions en ce sens : rassembler de grosses pièces, recueillir des centaines de crânes pour impressionner les hommes politiques, et obtenir ainsi les fonds nécessaires pour avancer. Dans ce contexte, les anomalies les plus atroces se sont produites, qui remplissent aujourd’hui des pages, des documentaires et des romans qui les recréent à leur goût : des prisonniers indigènes qui vivent et meurent dans le musée, des conflits avec les autorités municipales17 , des affrontements entre le directeur et les employés, qui lui désobéissent, vendent des collections et réalisent leurs propres projets grâce aux autorisations de chasser et de collecter octroyées par le gouvernement provincial. Les crânes et les squelettes qui sont entrés dans la seconde moitié de 1880 en témoignent, de même que du désordre administratif que connaît le musée et de l’incapacité d’enregistrer ce qui entre – mort ou vivant – mais aussi ce qui sort pour être vendu ailleurs.

Dans le cadre de l’antagonisme entre Francisco Moreno et Florentino Ameghino (1853-1911), ancien sous-directeur du musée qui était devenu une autorité internationale dans le domaine de la paléontologie, ce dernier a répondu, en juin 1889, à une lettre d’un vendeur de fossiles et d’antiquités du nord du pays, en l’autorisant à disposer de sa réponse selon son bon vouloir. Le destinataire, cherchant à faire du bruit pour promouvoir la vente de sa collection à l’Etat, l’a publiée dans deux journaux de Buenos Aires : La Nación – le journal de l’ancien président Bartolomé Mitre (1821-1906), qui censura les paragraphes consacrés au Musée de La Plata –, et le Fígaro, journal matinal argentin, où elle parut dans son intégralité le 28 juin 1889. Elle décrit une situation qui, vraie ou fausse, révèle une dynamique institutionnelle marquée par la nécessité de survivre afin de justifier l’existence de l’institution :

« Je vous déconseille de choisir le Musée de La Plata. Cet établissement n’offre aucune garantie de sérieux, car il est entre les mains d’un mégalomane qui rêve et a des délires de grandeur, qui, avec son incessant bavardage fait de phrases stéréotypées, creuses et dénuées de sens, ridiculise notre pays à l’étranger, où souvent à cause d’un échantillon de mauvais aloi, on juge l’ensemble dans un sens défavorable. Cet établissement est un désordre, un chaos dont seul le mont-de-piété Las tres bolas (les trois boules) peut donner une pâle idée. Les petits objets y deviennent plus subtils que la fumée et les grands prennent un aspect uniforme, à la forme sphérique [...]. Il serait préférable que par tous les moyens possibles vous essayiez de rassembler toutes vos collections au Musée National de Buenos Aires. Il est vrai qu’il n’y a pas de place pour les exposer, mais au moins elles seront soigneusement conservées, car l’austérité du Directeur de cet établissement ne le pousse pas à constituer des trophées d’objets, ni à faire son autopromotion, ni à produire des communiqués faits de grandes phrases recherchées et tendancieusement inspirées par l’objectif de demander des sommes importantes aux Pouvoirs Publics ; il ne fait pas monter non plus d’énormes pièces qui ne méritent même pas d’être jetées à la poubelle dans des cadres coûteux, destinés à être contemplés par des sénateurs et des députés qui n’y comprennent rien, pour qu’ils restent la bouche ouverte et libèrent ensuite les sommes qu’il veut. Il n’y a là aucun danger qu’un objet calchaquí n’apparaisse demain dans une collection fuégienne. Il n’y a pas des squelettes de Tobas avec des côtes de Fuégien, ni des squelettes de Fuégiens avec des têtes de Tobas. Il n’y a pas des insectes de Chine dans les boîtes d’insectes argentins. Il n’y a pas des couteaux algériens de faucille à la place d’anciens couteaux chinois, ni des contrefaçons de vases péruviens, ni des cloches calchaquís fondues à Buenos Aires, ni des armes polynésiennes qui passent pour américaines, ni des fossiles humains datant de hier, ni des squelettes fossiles montés avec des pièces de genres différents ; on n’y confond pas les os d’éléphant avec ceux du cheval, on ne mesure pas les fossiles en mètres cubes, on ne compte pas les crânes par milliers et il n’y a pas des crânes de Basques qui passent pour des crânes d’Indiens. Il n’y a pas des fœtus de Péruviens déjà déformés avec lesquels on essaie de prouver que les déformations péruviennes (l’aymara) sont naturelles ni des fœtus de Mylodon trouvés dans le ventre de leur mère et avec la cuspide des molaires déjà fortement attaquée par la mastication... mais cela suffit car on ne finirait jamais. Il est certain que le Musée National ne tombera jamais entre les mains d’un vulgaire charlatan »18 .

Ainsi les collections, loin de répondre à un plan scientifique ou à un projet de l’État, apparaissaient comme le résultat du caprice et, surtout, du désordre provoqué par le manque de soutien gouvernemental comme par le corps de salariés chargés de conduire l’institution. Dans le tourbillon de ces affrontements, toujours en 1889, Estanislao Zeballos, homme politique, romancier et promoteur des études scientifiques en Argentine, fit don au Musée de La Plata de sa collection de crânes et d’antiquités constituée lors de son voyage dans le pays des Araucans à la fin de la décennie précédente.

Zeballos, frontispice
Estanislao Zeballos, caricature

Estanislao Zeballos, représenté en explorateur en couverture de son Voyage au pays des Araucans (1881), et caricaturé dans le journal satirique argentin El Mosquito (1883).

En effet, en 1879, Zeballos avait collectionné des vestiges matériels divers des indigènes : le bouclier du cacique Callvucurá et des documents concernant sa chefferie, ainsi que les restes des corps des Indiens qui avaient été assassinés peu de temps auparavant, dans le cadre de ce qu’on a appelé la « Conquête du désert » – la campagne militaire menée en 1879 pour étendre la domination de l’État national au-delà du fleuve Negro. Zeballos visita le champ de bataille avec son guide indien :

« La Rosa Herrera m’avait proposé de me montrer le champ de bataille auquel j’ai fait référence et de m’offrir quelques objets que l’on y avait recueillis, pour le musée dont tout le monde s’était déjà déclaré collecteur [...]. À mesure que nous nous en approchions, il lisait sur les indices du sol la scène sinistre qui avait eu lieu à cet endroit six mois auparavant [...] des chevaux morts, avec leur peau encore presque intacte, des lances cassées, des harnais, des ponchos et des cadavres d’Indiens, tout apparaissait ici et là dispersé dans le désordre [...] Les cadavres des Indiens étaient encore en décomposition et la plupart d’entre eux avaient encore de la chair attachée aux os et certains conservaient leur tête fraîche, avec des cheveux, et les traits du visage presque intacts [...]. Le Correntino Salazar avait pris part à ce combat, et avait abattu le cacique Gerenal, le commandant des Indiens dans l’action. Je me souvenais [...] que l’Indien était tombé près des ravins de la rivière, de sorte qu’il était impossible de ne pas le trouver. Je m’y intéressais vivement, de même qu’à son crâne. Nous l’avons finalement trouvé, et l’identité du cadavre fut rapidement établie par les soldats [...]. J’ai sorti le crâne avec six vertèbres lombaires. C’est un crâne de type véritablement araucanien, pour ses formes grotesques, sans symétrie, enfoncées ou saillantes, et pour son remarquable volume. La peau était encore épaisse de trois millimètres dans les os pariétaux et frontal jusqu’à la narine, avec les cheveux entre le noir et le gris. La putréfaction avait respecté cette partie, qui était restée en contact avec la saline, et l’ayant lavée avec de l’alcool et aspergée d’acide phénique, j’ai pu la conserver tout au long du voyage, pour l’offrir ensuite pour son étude aux professeurs, comme un souvenir précieux de mes pèlerinages dans le désert de la patrie, que je souhaitais connaître, et aussi comme le crâne du dernier cacique mort en héros en défendant sa tanière dans le refuge le plus reculé : dans l’inhabitable traversée »19 .

On s’est rarement demandé comment Zeballos a pu donner un nom à ces cadavres décomposés recueillis au milieu de la pampa pour être déposés dans son musée privé, avant d’arriver, plus tard, à celui de La Plata. Il suffisait de donner au crâne le nom de Gerenal, cette « figure prédatrice » déjà présente dans la littérature et les descriptions picturales du malón – l’attaque rapide et soudaine d’une troupe indigène à cheval contre un groupe ennemi, des villages, des fortifications ou des établissements de créoles pour piller du bétail, des provisions et des prisonniers20 . Ce procédé serait complété plus tard par l’utilisation des noms des caciques et de leurs « dynasties » pour intituler d’autres livres de Zeballos : « Callvucurá », « Painé » et « Relmu », autant de chroniques de leur défaite mais aussi du parcours de Zeballos vers la littérature, le droit et la politique21 .

D’autre part, ces esprits matérialistes savaient bien que dans les musées – celui de La Plata entre autres –, de même que dans les églises, les squelettes et les reliques des saints étaient montés avec des os d’animaux ou d’individus peu apparentés entre eux ou à ceux investis de sainteté. La description de l’identification du corps de Gerenal devient, en fait, le procédé rhétorique déterminant sur lequel prend appui toute l’histoire ultérieure. Zeballos n’avait pas besoin de témoins, d’instruments ou de mesures pour « prouver » des associations ou certifier ses trouvailles. Et ses lecteurs, y compris les critiques postcoloniaux, l’ont cru.

Lorsque Zeballos fait don des crânes au Musée de La Plata, ils arrivent déjà baptisés et s’ajoutent à ceux des indigènes qui y étaient morts (avec une identité connue et enregistrée) et aux centaines de crânes accumulés par Moreno depuis les années 187022 . Le Musée de La Plata, avec ses collections non cataloguées, soumis au changement permanent d’objectifs – sa seule garantie de survie –, est entré dans le XXe siècle avec des sections entières dépourvues d’inventaire et sans avoir fait l’objet d’aucune étude. Les séries – mélangées par le désordre – étaient utiles, dans ce cas, pour faire ouvrir la bouche et le portefeuille aux politiciens.

Collections anthropologiques à l’époque de Francisco Moreno, correspondant aux années de la description par Ameghino

Collections anthropologiques à l’époque de Francisco Moreno, correspondant aux années de la description par Ameghino

En 1897, incapable de trouver du travail dans son pays, le jeune anthropologue allemand Robert Lehmann-Nitsche (1872-1938) arrive à La Plata pour prendre en charge la section anthropologique du musée. En 1910, alors que Moreno s’était déjà éloigné de la direction du Musée, lequel faisait maintenant partie de la nouvelle Université Nationale de La Plata23 , Lehmann-Nitsche publia le premier catalogue des collections24 , où le caractère contingent de leur constitution devient évident ; on y trouve, par exemple, celles provenant du Musée dit Bennati-Sampayo, musée itinérant d’un charlatan italien qui parcourut le cône sud entre 1870 et 1886, se faisant passer pour un naturaliste voyageur au service du roi de son pays25 . Ce n’est pas tout : le catalogue montre aussi comment le simple enregistrement des objets ratifie leur caractère, selon le processus que l’historien suisse Jakob Tanner a désigné comme le « pouvoir créateur des archives »26 . Dans le cas des crânes araucaniens, l’œuvre littéraire de Zeballos est devenue centrale : bien que Lehmann-Nitsche, lorsqu’il énumère les crânes araucaniens, mette les noms propres donnés par Zeballos entre guillemets, il ne les supprime pas27 .

Robert Lehmann-Nitsche, Catálogo de la Sección antropológica del Museo de La Plata, La Plata, 1911, p. 31.

Catalogue des collections anthropologiques du Musée de La Plata, 1910

Plus encore, il consolide l’ordre de certaines réunions ostéologiques résultant d’un manque, de la précipitation, du provisoire, de la fiction et de l’urgence politique de donner un sens à l’accumulation d’objets dans un espace mis en cause à plusieurs reprises, aussi bien par le gouvernement que par les scientifiques rivaux ou par la presse. Cet ordre inclut les identités données aux crânes à des moments différents de leur histoire et jamais vérifiées, ce qui, si on prend le cas des collections du Musée Lombroso de Turin, n’est pas une moindre affaire en raison des conséquences que cela entraîne encore aujourd’hui28 .

En 1927, le même Lehmann-Nitsche rédigea un guide de visite de la salle anthropologique du Musée de La Plata, décrivant la vitrine où les crânes étaient exposés comme une sorte de niche en hommage aux « héros du désert » qui avaient défendu la patrie contre l’invasion étrangère29 . Ainsi, non seulement ce « savant allemand de souche créole » ratifiait des identités, mais il engageait les crânes dans le culte du héros né de la terre, dans lequel le gaucho et l’Indien incarnaient l’esprit courageux de la pampa. La réforme des salles qui suivit sa retraite en 1932 démontera cette disposition et les crânes héroïques seront utilisés dans les cours d’anthropologie physique pour pratiquer l’usage du compas et d’autres instruments anthropométriques.

Jusqu’à présent, il n’existe pas d’études historiques retraçant comment on est arrivé à admettre l’identité qui a été attribuée à ces restes dans les catalogues réalisés ultérieurement et dans les contextes évoqués ci-dessus. Au contraire, sans connaître ces histoires, le Musée de La Plata est perçu et critiqué comme étant un projet figé, ancré dans les visées de son fondateur et de son époque, ce qui n’a jamais existé en réalité, puisque Moreno, comme beaucoup de directeurs de musée, a suivi la devise « s’adapter ou périr ». Dans ce cadre, les plans fondateurs et ceux qui ont suivi 1884 se sont souvent évanouis. Les réclamations contemporaines endossent, comme au début du XXe siècle, l’autorité du catalogue et, d’autre part, une version historiographique sur le rôle de Francisco Moreno inventée par lui-même et ratifiée par les nationalistes de droite dans les années 1940, lorsque Moreno, personnage scientifique peu respecté par ses contemporains, apparut comme un archétype de l’argentinité, défenseur de la souveraineté argentine dans le sud du pays30 . Une fois encore, cette version forgée par les panégyriques de la droite est celle qui apparaît dans les critiques, sans autre remise en cause que la récusation des valeurs qu’elle incarnait.

Protestation, diffusée dans plusieurs journaux, contre la débaptisation de la salle Francisco Moreno de l’Université nationale de Comahue (1988)

Protestation, diffusée dans plusieurs journaux, contre la débaptisation de la salle Francisco Moreno de l’Université nationale de Comahue (1988).

. Depuis les années 1930, Moreno est une figure emblématique de la droite argentine qui en a fait un héros scientifique, un croyant et un emblème national.

Le Musée de La Plata à l’ère des réclamations du XXe siècle

En 1989, cent ans après la donation de Zeballos au Musée de La Plata, le Congrès archéologique mondial, dont le siège est à Southampton, organisa une réunion à Vermillion, dans le Dakota du Sud, pour discuter des revendications autochtones en cours en Australie et aux États-Unis afin de retirer les os, crânes et objets funéraires des cultures autochtones en exhibition31 . Au même moment, en Argentine, un mouvement issu de revendications locales remettait en question les mêmes choses, mais avec d’autres arguments. Dans cette section, j’ai l’intention de montrer les diverses voies par lesquelles s’est articulé, de façon contingente, un type de réclamation qui reliait les crânes du XIXe siècle aux événements nationaux et internationaux des années 1970 et 1980. Ce discours, loin d’être issu des communautés, s’est constitué par l’interaction de différents acteurs, tous formés dans la culture et le vocabulaire de la mémoire dans le style du XIXe siècle français : dans ce cadre, les crânes ont été utilisés pour réclamer des panthéons, des cimetières, des plaques commémoratives, des monuments, des musées historiques et des tombeaux avec des noms. Dans le contexte de la restauration démocratique des années 1980, les débats sur le patrimoine et les reformulations de l’archéologie anglo-saxonne ont convergé avec les lois sur les droits des indigènes et l’éclaircissement du sort des disparus pendant la période de la dictature militaire.

« Je ne suis pas ici pour réclamer ou vendre quoi que ce soit », affirmait Philippe Boiry (1951-2014), journaliste français qui, exhibant le titre de « Prince de l’Araucanie », visitait l’Argentine en 1989.

« Je suis ici pour poser la première pierre du Panthéon Mapuche à Trenque Lauquen. Dimanche, je participerai à un acte de protestation qui aura lieu devant le Musée des Sciences Naturelles de La Plata, lieu où se trouvent les crânes de nombreux Pampas et caciques mapuches, qui, à une époque, ont été des trophées de guerre et doivent maintenant être restitués pour intégrer le Panthéon Mapuche à Trenque Lauquen… Je ne suis pas ici pour revendiquer des droits territoriaux ou politiques, même si je défends l’authenticité du royaume fondé en 1860. Je m’inquiète de la situation des Araucans qui souffrent de discrimination, d’injustice et vivent dans la misère, et je considère que nous devons préserver leur culture parce que le problème des aborigènes ne cesse de s’aggraver. Cependant, ce n’est pas en refaisant l’histoire qu’on le résoudra, mais en corrigeant les erreurs »32 .

Philippe Boiry (en veste et cravate) et Lorenzo Cejas Pincén, Baron de Carhué (à côté de lui sur la photo inférieure)

Philippe Boiry (en veste et cravate) et Lorenzo Cejas Pincén, Baron de Carhué (à côté de lui sur la photo inférieure).

Photocopie de documents conserves par Lorenzo Cejas (archives personnelles de l’auteure).

L’arrivée de Boiry coïncida avec les derniers mois du gouvernement de Raúl Alfonsín (1927-2009, président de l’Argentine entre le 10 décembre 1983 et le 8 juillet 1989) et avec la clôture des procès intentés en 1985 contre les membres des trois premières juntes militaires de la dictature qui s’était autodénommée Proceso de Reorganización Nacional (Processus de réorganisation nationale, 1976-1983)33 . Dans le contexte du retour à la démocratie, dont le premier lustre arrivait alors à son terme, le sénateur national Fernando de la Rúa (1937-, un futur ex-président qui connut un triste départ en 2001) avait présenté en 1985 une « Loi pour la protection et le soutien des aborigènes et des communautés indigènes » (Ley de la protección y apoyo a los aborígenes y a las communidades indígenas). Avant même l’approbation de la loi par la Chambre des députés, la Communauté indigène Cacique Pincén de Trenque Lauquen initia les démarches auprès du gouvernement de la province de Buenos Aires pour se faire attribuer des terrains fiscaux ainsi qu’un bâtiment de la ville, en mauvais état de conservation et d’hygiène, afin d’y installer, après rénovation, un « Musée indigène » et un foyer temporaire pour personnes, poètes, historiens et « quiconque souhaite connaître la vie des habitants naturels de cette immense pampa »34 . Dans des documents internes, cependant, les revendications étaient plus larges : en tant que descendants directs du cacique Pincén, ils réclamaient toutes les terres depuis l’océan Atlantique jusqu’aux Andes au sud de la ligne des fortifications, déclarant qu’ils n’avaient jamais accepté la saisie illégale de ces terres par la République Argentine depuis 1810. Curieusement, l’ordre colonial n’était pas remis en cause et, dans les cérémonies organisées par la communauté, on chantait l’hymne national, on utilisait le drapeau du pays et on invoquait les héros de l’indépendance (Manuel Belgrano, José de San Martín)35 . La même année, une pension de vieillesse était accordée à « grand-mère Marcelina Pincén de Cejas, authentique relique historique des Trenquelauquenches »36 .

Depuis 1988, Lorenzo Cejas, arrière-petit-fils du Cacique Pincén, « Baron de Carhué » dans le monde du nouveau Prince de l’Araucanie et chef de la Communauté Cacique Pincén, promouvait la construction du Panthéon Mapuche pour lequel la municipalité de la ville examinait deux projets concurrents : une pyramide et une colonne avec des niches. Ce fut alors, avec la visite du Prince – Pincén s’arrogeant la paternité de l’idée du Panthéon avec le soutien de plusieurs sénateurs, députés et politiciens provinciaux –, que la querelle éclata. Du moins à Trenque Lauquen, et parmi les différents leaders indigènes regardant avec méfiance ceux qui se mettaient dans l’ombre de Philippe Boiry.

Les journaux de Trenque Lauquen publièrent un article dans lequel ils rapportaient que le soi-disant Prince venait usurper un « vieux projet », né sous la dernière administration du maire Juan Jaime Ciglia (1973-1976, gouvernement de Juan D. et Isabel Perón) et son ordonnance no 78 de 1974. En vertu de celle-ci, la commune avait cédé un terrain situé à l’extrémité nord-occidentale du cimetière pour y construire le Panthéon Mapuche, à une époque où la droite la plus nationaliste dominait les initiatives culturelles et éducatives du pays.

Le projet appartenait en fait à l’historien local José Francisco Mayo, pharmacien, aviateur et archéologue amateur de la ville. Autour de 1964, celui-ci avait rendu visite à son collègue Alberto Rex González (1918-2012), chef de la Division Archéologie du Musée de La Plata, avec lequel il avait collaboré dans plusieurs projets. Mayo, auteur d’innombrables notes sur les « seigneurs des pampas », avait découvert, à cette occasion, les crânes des caciques sur la table de travail et des salles des enseignements dispensés par la Division. À sa demande, Rex González lui envoya « la liste des crânes des Indiens “célèbres” que nous avons au Musée », en citant leur numéro selon le catalogue de 1910.

Copie de la lettre d’Alberto Rex González à José Francisco Mayo

Copie de la lettre d’Alberto Rex González à José Francisco Mayo, conservée par Lorenzo Cejas

(archives personnelles de l’auteure)

González regrettait de ne pas avoir été présent lors de sa visite et terminait en souhaitant que la liste puisse lui être utile37 . Avec ces données, Mayo commença à élaborer l’idée d’un Panthéon Mapuche pour Trenque Lauquen, en obtenant à cette fin une parcelle de terrain dans le cimetière municipal38 .

En pleine dictature militaire, en mai 1978, un an avant le centenaire de la « Conquête du désert », largement célébré en Argentine à l’époque, José F. Mayo s’est réuni avec les responsables de la division d’anthropologie et d’archéologie, Horacio Calandra et Bernardo Dougherty (1941-1997), ratifiant ensuite les points discutés lors de la rencontre dans une lettre où il soulignait que la ville de Trenque Lauquen, « sensible aux questions indigènes, souhaite mettre en valeur de façon significative son lien avec le passé indigène argentin et pour cela elle a conçu l’idée d’ériger un PANTHÉON Mapuche dans le périmètre du cimetière local ». La forme architecturale du panthéon devait s’inspirer du dessin des franges des tissus pampas, et l’inauguration était prévue pour avril 1979, lors de la célébration d’un nouvel anniversaire de la fondation de Trenque Lauquen39 . Celle-ci avait eu lieu le 12 avril 1876 grâce à l’initiative du général d’artillerie et de cavalerie Conrado Villegas (1841-1884), futur expéditionnaire du Désert. La nouvelle ville fut en effet l’un des centres des opérations de la Division Nord du Commandement de la Frontière dans l’avancée militaire engagée cette même année.

La lettre de cet « apothicaire de village » précisait ensuite ce qu’il fallait entendre par « Mapuche » et quels étaient les caciques qui devaient être placés dans le panthéon. Il s’appuyait sur Esteban Erize et son dictionnaire mapuche-espagnol commenté40 . Pour ce dernier, les Mapuches occupaient une vaste zone qui comprenait le sud des provinces actuelles de Mendoza, San Luis, Córdoba, Santa Fe, la totalité de Buenos Aires, La Pampa, Río Negro et Neuquén et le nord du Chubut, un scénario qui coïncidait avec celui de la campagne dite du désert : « Nous tenons pour Mapuches les caciques dont les tribus couvraient le territoire que j’ai indiqué ». Le Musée avait identifié les restes de Mariano Rosas, Gherenal, Indio Brujo (parent de Baigorria), Chipitruz, Inacayal et Callfucurá, « le Grand Seigneur de la Pampa, un peu comme un San Martín Mapuche qui traitait – il paraphrasait ici Zeballos – d’égal à égal avec Rosas et Urquiza, qui lui a offert le sceau “royal” bien connu ». Il demandait également

« la liste des autres Caciques ou Capitanejos dont les restes identifiés se trouvent dans ce Musée et qui pourraient être mis sous la tutelle de la ville, selon les conditions que le Musée voudra bien fixer et avec les mesures nécessaires pour assurer leur parfaite conservation comme nous en avons déjà discuté. Si la liste est très longue, on pourra sélectionner les principaux d’entre eux en raison de leur action face à l’armée expéditionnaire ou leur adhésion à la fraction “huinca” ».

Il sollicitait une liste des Chefs dont les dépouilles pourraient être cédées afin d’être incorporées à la demande officielle. Il aurait suffi pour cela de se rendre à la bibliothèque du Musée et de lire le catalogue de 1910, où ils étaient tous peu ou prou répertoriés.

La démarche n’a cependant pas abouti. Mayo fit une deuxième tentative en 1986, cette fois par l’intermédiaire du muséologue Roberto Crowder (1942-2009), né à Trenque Lauquen, alors employé de la municipalité de La Plata. Auparavant, en 1984, le Conseil municipal de Trenque Lauquen avait décrété l’utilisation gratuite et perpétuelle du terrain de la nécropole locale où reposaient les restes de Paula Rinkel. Il fut déclaré monument public et on ordonna la construction d’un mausolée commémoratif, dont la conservation restait à la charge de la municipalité41 . En 1986, Crowder avait déjà rencontré à deux reprises le doyen de la Faculté et du Musée, mais il promettait désormais un dénouement heureux : « Les autorités actuelles du Musée sont conscientes du souci de restituer le patrimoine culturel accumulé depuis tant d’années afin de favoriser le développement des différentes régions du pays ». Selon Crowder, le Doyen y voyait un événement prometteur qui non seulement rendrait justice à une partie de « notre population de la pampa, mais donnerait aussi une grande impulsion à la communauté et au travail actuel du Musée de La Plata ». Crowder inventait en outre un argument, une méthodologie qui n’était

« peut-être pas la plus orthodoxe, mais j’ai insisté non seulement sur le droit en raison de l’appartenance à cette région, mais sur un aspect plus sensible, d’un individu qui sollicite les restes de ses proches pour les honorer et les vénérer. C’est pourquoi je te demande de m’envoyer une liste avec les noms et prénoms des descendants actuels des caciques, que j’utiliserai si c’est nécessaire en leur nom pour demander formellement au Musée ce qui n’appartient qu’à eux… »42 .

Pour la première fois dans cette histoire, la stratégie suivie recourait aux « descendants » comme si la revendication venait d’eux, peut-être en décalquant les actions des organismes des droits de l’homme et des familles des disparus sous la dictature militaire.

À la même époque, M. Pilia, Directeur des Musées, Monuments et Lieux Historiques de la Province de Buenos Aires, alors entre les mains du Parti Justicialista/Peronista, se disait prêt à « se battre de toutes ses forces pour le financement de l’ouvrage, en revendiquant la race aborigène, un des piliers de notre programme politique ». Il demandait une copie des projets afin de déterminer « lequel d’entre eux serait le plus conforme à la réalité historique, géographique et des coutumes de la race mapuche »43 . La municipalité estimait que la construction du panthéon était « NÉCESSAIRE ET VITALE »44 . Nécessaire, « en raison de la justice que représente la disposition de ces restes dans un lieu de recueillement respectueux », en l’occurrence un panthéon – c’est-à-dire, littéralement, un monument funéraire destiné à l’enterrement de plusieurs personnes. Les restes de ces Mapuches y trouveraient la paix des tombeaux et, dès lors qu’ils se trouveraient dans le cimetière situé près de l’accès à la ville par la route no 33, les visiteurs de Trenque Lauquen verraient

« à gauche, la Vierge du Désert, et à droite, le Panthéon Mapuche […] Peu de villes peuvent se targuer d’une gloire comme la nôtre : avoir les restes du fondateur et de son épouse, la maison où il a vécu, autrefois le siège du Commandement Militaire, et aussi le Panthéon où pourront reposer ceux qui furent les grands seigneurs des pampas…Vitale, parce qu’elle marquerait un exemple d’UNION et de respect pour une race qui aimait sa terre, qui est morte pour elle, et qui, même si ce n’était pas dit, devait maintenant se contenter d’une parcelle de terrain dans le cimetière. »45

En 1988, alors que les crânes étaient encore à La Plata, Zita Rodríguez de Louge, architecte à Trenque Lauquen conseillée par Mayo, envoya un mémoire descriptif du futur panthéon élaboré sur la base des considérations suivantes : primo, le peuple mapuche n’avait pas laissé de traces de structures bâties, mais on disposait, en revanche, d’abondants dessins artistiques dans des ponchos, des tapisseries, des bandeaux et des pièces en céramique. Secundo, il y avait un nombre réduit d’« urnes funéraires » puisque seulement cinq caciques avaient été identifiés – Mariano Rozas, General (sic), Chipitruz, Calfucurá, Inacayal. On en réservait une pour Pincén au cas où ses restes apparaîtraient un jour, de sorte que le dessin comportait six niches, et si à l’avenir on trouvait d’autres personnages, on pourrait porter le nombre jusqu’à dix. Il était envisagé d’ajouter María Roca, apôtre de la religion mapuche, Paula Rinkel, considérée comme l’épouse de Pincén, et Nahuel Pan, l’« Indien Trompa », tous enterrés dans le cimetière. La colonne pouvait être reproduite en modules de dix niches, comme un exemple de l’esthétique mapuche, en imitant la « frange » décorative de cette culture. Si les fonds l’avaient permis, les côtés auraient été revêtus d’une mosaïque en céramique, « afin de créer l’image d’un poncho pampa qui, tombant d’en haut, recouvrirait les restes de ceux qui l’avaient porté lorsqu’ils étaient en vie. La face antérieure de chaque cube-niche aurait une plaque de marbre ou similaire, avec le nom gravé de celui qui repose à l’intérieur »46 .

Croquis pour le Panthéon Mapuche au cimetière de Trenque Lauquen

Croquis pour le Panthéon Mapuche au cimetière de Trenque Lauquen

La deuxième proposition, caractérisée en outre par le jargon typique des discours de l’époque sur le patrimoine, avait une « conception systématique » articulée par trois éléments : une pyramide tronquée qui symbolisait le pouvoir et l’organisation politique de la culture mapuche construite à partir de la figure du cacique, avec ses quatre côtés respectivement orientés selon les points cardinaux et ayant chacun une porte. À l’intérieur de la pyramide, on prévoyait une structure cylindrique pour les niches avec les restes des caciques, lieu symbolique de vénération et de diffusion de la culture mapuche. Un mur devait servir de support visuel,

« produisant une fermeture virtuelle de la vue sur la porte Ouest, en la niant. Il dispose d’une ouverture visuelle sur la Porte Sud, symbolisant ainsi la fenêtre de la Civilisation mapuche, qui se développe dans le Sud de notre pays. La base constitue l’élément sur lequel reposent toutes les symboliques et représente la terre, seule source de richesse des Mapuches et toujours motif de revendication. Sur celle-ci, on a tracé une fissure formée par deux lignes. La ligne droite symbolise la culture blanche et le progrès […], la ligne courbe, la civilisation mapuche existante »47 .

Le Panthéon Mapuche n’a jamais vu le jour sous aucune de ses formes. Or l’idée de la pyramide réapparut quinze ans plus tard dans le monument funéraire de Mariano Rosas, dans la province de La Pampa. On y érigea en 2001 un lieu de sépulture avec une base formée de troncs, de 2 mètres de côté, ce qui résultait d’un calcul à la pseudo-Corbusier selon lequel ce multiple de 4 exprimé dans le système métrique français, représentait un chiffre significatif dans la cosmogonie des Ranquels. De cette base émerge une pyramide, sculptée à la main dans du bois de caldén, dont les quatre faces sont orientées selon les points cardinaux. Elle symbolise les quatre dynasties les plus importantes de l’ancienne nation Ranquel : la lignée Carripilum (au nord), la lignée Pluma de Pato (à l’ouest), la lignée des Zorros (à l’est), la lignée des Tigres (au sud). Sur la face qui correspond à la dynastie des Zorros se situe l’ouverture où les restes de Mariano Rosas, qui appartenait à cette dynastie, ont été introduits sur de la terre de Leuvucó. La forme de la pyramide représente, selon le projet, le voyage du « nombril de la terre vers la lumière »48 .

La Nación, 21 juin 2001 article
La Nación, 21 juin 2001 photo

Article de La Nación, 21 juin 2001, illustré d’une photographie monument érigé, dans lequel les niches sont utilisées, comme le prévoyait le projet de panthéon de Trenque Lauquen.

Cérémonie à Leubucó (Restitución de Mariano Rosas, 2001) 1/3
Cérémonie à Leubucó (Restitución de Mariano Rosas, 2001) 2/3

Cérémonie à Leuvucó (« Restitución » de Mariano Rosas, 2001) 

Cérémonie à Leubucó (Restitución de Mariano Rosas, 2001) 3/3

Cérémonie à Leuvucó (« Restitución » de Mariano Rosas, 2001)

Coda

Le tableau présenté ici semble se situer aux antipodes du schéma imaginaire foucaldien que l’on a si souvent utilisé pour décrire les musées et l’ordre qu’ils sont censés incarner et soutenir. Au contraire, le musée, en tant que lieu de conflits et de rivalités, apparaît comme un monde où prédominent le chaos, le vol, l’opportunisme et la volubilité des individus, le défaut d’administration et la bureaucratie d’État. Cette affaire pourrait peut-être servir à se demander dans quelle mesure il s’agit d’une caractéristique argentine et si le moment n’est pas venu d’accepter que les collections s’inscrivent dans une logique de l’État envers les universités, les musées et les institutions culturelles moins structurée, beaucoup plus labile que ce que les discours prétendent. Reste aussi la question du rôle joué par cette histoire auprès de l’opinion publique et de la recherche, où, en fin de compte, les faits et la fiction se mélangent et où les récits et les médias du XXe et XXXIe siècles créent des réalités qui n’ont jamais existé.

Presque tous les protagonistes de cette histoire sont déjà morts : certains d’entre eux il y a plus d’un siècle, d’autres il y a quelques années à peine. Reste le témoignage de ces photocopies. Les archives municipales de Trenque Lauquen n’existent peut-être plus. Les crânes vus par Mayo dans le laboratoire de Rex González (qui avaient été retirés de l’exposition depuis les années 1940), ont été disséminés dans différentes communautés et connurent des destinations diverses – parfois monumentales, une simple mise en terre dans d’autres cas. Les années 1990 ont vu la prolifération des réclamations aux États-Unis et en Australie visant à faire cesser l’exhibition des objets considérés comme sacrés dans les musées de ces pays et des combats pour le rapatriement de ceux qui étaient dispersés à travers le monde. Le rôle des organisations internationales de peuples autochtones et du Congrès Archéologique Mondial (WAC), qui dès le début a intégré les indigènes à ses forums, n’a pas été négligeable.

En 1989, peu d’archéologues et d’anthropologues du Musée de La Plata connaissaient l’existence des revendications des différents acteurs mentionnés ici. Aujourd’hui, la situation est tout autre : au cours des années 2000, elle s’est confondue avec un nouveau pli du discours, celui des disparus sous la dictature militaire. Dorénavant, personne, ou presque, ne se souvient des réclamations initiées dans les années 1970, ni de l’origine de beaucoup de choses que l’on dit et l’on répète. Pourtant, comme on peut le voir dans la pyramide, le passé adhère à tout ce qu’il peut et survit, sournoisement, mélangé aux résidus des projets les plus contradictoires. La revendication pour l’éclaircissement du sort des disparus coexiste là avec la culture de la mémoire propre à la France du XIXe siècle et avec les idées du monde protestant, où les temples sont dépourvus d’images et les paroissiens ignorent non seulement la forme des reliques des saints mais aussi celle du cadavre qui préside aux cérémonies de l’Eglise catholique, apostolique et romaine.

Document de donation de Francisco Moreno à la P. de Buenos Aires pour la formation d’un Musée Anthropologique et Archéologique, 8 novembre 1877

 

(« Dtor Del Museo eleva listas de objetos que integran colección donada », 1877, 19, Exp. 1015/1, AHPBA)49 .

Deux cent cinquante-deux crânes humains extraits des anciens cimetières indigènes de la vallée du fleuve Negro. Ils représentent plusieurs types de races de Patagones, actuelles et éteintes. – Vingt crânes d’indigènes actuels de Patagonie (Tehuelches et Pampas). Un crâne de Huarpe (Calingasta). – Deux crânes des anciens indigènes de la vallée de Calchaquí (Granadillas, province de Catamarca). – Un crâne d’un ancien indigène de la province de Santiago del Estero (dans les environs du fleuve Dulce). – Un crâne d’indigène incomplet, extrait du même endroit. – Un crâne d’indien Toba (Gran Chaco). – Un crâne d’indigène de race péruvienne. – Un crâne de Malais. – Deux crânes de provenance encore inconnue. Ces crânes ont été envoyés par le Professeur Broca, mais la lettre avec les détails a été perdue. – Six crânes d’Européens. – Un crâne d’enfant montrant le changement de la dentition. – Cinq crânes de fœtus humains. – Six moulages crâniens (en plâtre) de Chiriquis, Chinook, Aymaras, Quichuas, envoyés par Quatrefages. – Trois moulages envoyés par le professeur van Benden, de Liège, représentant le crâne et la cavité cérébrale de l’homme de Neandertal et le crâne de celui d’Engis. – Quinze moulages de crânes envoyés par le professeur Paul Broca représentant un Esquimau, deux Mongols, un habitant de Singapour, un Mande, deux d’habitants de la caverne ou grotte de Baye, âge de la pierre polie. Trois d’Orrouy. Un de Quiberon, deux du dolmen de Roknia, le crâne d’Engis et un crâne trépané de la grotte de Baye. Six bustes en plâtre peint représentant un Charrúa noir, un Charrúa métis, une Chinook, femme, un Ottowas, homme, et deux Chippeway, homme et femme, envoyés par Monsieur Quatrefages. Un indien Moluche, momifié, recueilli près du fleuve Negro. Une momie exhumée à Punta Walicho « Lac Argentin » Patagonie (race Fuégienne). Sept squelettes plus ou moins complets d’indigènes Tehuelches et Araucans, un squelette d’Européenne. Deux cents os longs, plusieurs bassins, des sacrums, des omoplates et autres os détachés du squelette extraits des anciens cimetières du fleuve Negro. Une collection complète de trente-sept spécimens de l’âge de la pierre polie, du Danemark, comportant des poignards, des couteaux, des haches, des marteaux, des pointes de lance et des flèches envoyés par le Musée de Copenhague. Une collection composée de vingt-six outils en pierre utilisés par l’homme quaternaire de Belgique et de France, envoyés par le Professeur E. van Benden de Liège. Une collection composée de plus de quatre cents objets, tels que des arcs, des flèches, des lances, des masses, des haches, des ustensiles domestiques, des ornements, etcétéra, des indigènes actuels du Gran Chaco, des Pampas, de la Patagonie, de la Bolivie et du Brésil. Une collection de pointes de flèches en pierre, de harpons en os et d’ornements faits avec des mollusques et des ossements d’oiseaux des indigènes de la Terre de Feu. Une collection d’objets appartenant aux anciens habitants de la province de Buenos Aires, représentant des armes en pierre et des objets en terre cuite. (Environ) cinq mille silex taillés représentant des pointes de flèches, des fléchettes, des grattoirs, des hachettes, etcétéra, des anciens habitants de Patagonie, recueillis dans la vallée du fleuve Negro, le Chubut, Puerto Deseado, le fleuve Santa Cruz, le détroit de Magellan, etcétéra. – Une collection de trois cent cinquante objets recueillis dans les vallées Calchaquís et dans la province de Santiago del Estero, représentant des armes en pierre et en cuivre, ainsi qu’un cubrediscos en cuivre, des mortiers en pierre, des figures animales et humaines en pierre, des verres, des vases et des assiettes, en terre cuite, et des urnes funéraires. – Une collection de plus de mille fragments de poterie peinte, recueillis sur les rives du fleuve Dulce, Province de Santiago del Estero. – Quatre pots en terre cuite des anciens Péruviens. – Cent dix objets appartenant aux anciens Patagons, représentant plusieurs types de mortiers, des disques pour écraser les racines et les fruits, des outils pour préparer les peaux, des boleadoras, des marteaux, etcétéra, recueillis dans la vallée du fleuve Negro, le Chubut et Santa Cruz. – Plusieurs échantillons de poterie ancienne des Charrúas, Minuanes, Corondas. – Quinze objets anciens des habitants de la Province de Salta [...].

Un grand morceau de bois peint trouvé dans un abri dans le « Lac Argentin » Patagonie. – Deux Cervus chilensis (huemuls) mâle et femelle embaumés, chassés sur les rives du fleuve Limay, près de Nahuel Huapí. – Une peau complète du même animal et un crâne avec des cornes, chassé près de la cordillère des Andes à l’ouest du « Lac Argentin ». – Un Felis concolor (puma) embaumé. – Un Canis jubatus (Aguará) adulte et un autre jeune, embaumé. – Une lutra patagonienne embaumée. – Un condor mâle embaumé.  – Dix crânes et une partie du squelette de divers cétacés qui vivent sur la côte patagonienne. – Soixante crânes de mammifères de la République Argentine. – Vingt crânes de Rhéa Darwinii. – Une collection d’animaux en alcool avec plus de cinq cents spécimens. – Une collection de mollusques patagoniens actuels. – Une collection de crustacés et zoophytes patagoniens et exotiques. – Cinq crânes d’Otarias ou lions de mer. – Deux jambes de Dinornis de la Nouvelle-Zélande. – Un crâne, un fémur, un tibia, un bassin, le sacrum, deux défenses, plusieurs vertèbres et des os des mains du Mastodon Humboldtii. – Un crâne complet, une partie du squelette et de la carapace du Panochtus tuberculatus. – Un crâne de Glyptodon asper. – Une branche de la mandibule inférieure d’un jeune glyptodon. – Des os détachés d’animaux des genres Mylodon, Glyptodon, Toxodon, etcétéra. – Des vestiges fossiles de mammifères ternaires patagoniens. – Une partie du squelette et de la carapace de l’Eutatus Seguini. – Une partie du squelette d’une grande tortue de l’âge quaternaire. Des os fossiles de cerfs, viscaches, etcétéra. Une collection de mollusques fossiles étrangers. – Une collection de mollusques fossiles argentins. – Une collection de zoophytes fossiles. – Cinq boîtes contenant des insectes étrangers. – Un squelette de Cervus tarandus (renne) envoyé par Monsieur E. van Volxen de Bruxelles. – Une collection de minéraux argentins. – Une collection de roches à étudier. – Une collection de roches recueillies dans l’intérieur de la République et le Territoire Patagonien.

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1

Cet article, écrit pendant mon séjour au Département 3 du Max-Planck-Institut für Wissenschaftsgeschichte, fait partie des projets PIP-CONICET 0153 et PICT 2015-3534. La deuxième partie s’appuie sur des matériaux appartenant à mes archives personnelles, collectés il y a trente ans dans la ville de Trenque Lauquen, dans la province de Buenos Aires, en Argentine, au cours de mes recherches doctorales, en raison des revendications de la Communauté Cacique Pincén. À cette époque et dans le cadre d’une des pires inondations de la région, j’ai visité les archives locales (presse, municipalité) et interviewé José F. Mayo et Lorenzo Cejas, que j’avais rencontrés lors d’une réunion à Buenos Aires. Les documents relatifs à la restitution de Mariano Rosas, d’autre part, proviennent de l’acte d’inhumation de sa dépouille en 2001 à Leuvucó, dans la province de La Pampa, à laquelle j’ai pu assister grâce à l’invitation de Silvia Ametrano, alors directrice du Musée de La Plata et au Tango 03, l’avion présidentiel mis à disposition pour cette occasion. Je dois tout d’abord remercier Fernando Devoto et Silvia Sebastiani pour leurs commentaires et la possibilité de revisiter ces documents dans la perspective des événements du XXIe siècle. Le texte final doit beaucoup à leurs suggestions et à celles de Pietro Corsi, Rafael Mandressi, Elodie Richard, Fernando Ramírez Rozzi et des autres participants au colloque « L’humanité exposée », tenu à l’EHESS à Paris en décembre 2018. Je le dédie à mes grands-mères, ma mère et ma fille, avec lesquelles, hier et aujourd’hui, nous nous accompagnons partout, quelle que soit la destination. Parmi celles-ci, Trenque Lauquen, quand la pampa était devenue une mer morcelée : en 1989, plus de 220 000 des 550 000 hectares du département avaient été touchées. La route n° 5 était alors un pont sur le néant, une métaphore de l’histoire, une catastrophe sans précédent par laquelle les gauchos du désert ont appris à pêcher.

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2

Sur Quesada, voir: Pablo Buchbinder, Los Quesada. Letras, ciencias y política en la Argentina, 1850-1934, Buenos Aires, Edhasa, 2012.

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3

« Dtor. del Museo eleva listas de objetos que integran colección donada », 1877, 19, Exp. 1015/1, AHPBA (Archivo Histórico de la Provincia de Buenos Aires, La Plata).

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4

Irina Podgorny, M. Margaret Lopes, El desierto en una vitrina. Museos e historia natural en la Argentina, Mexico, Limusa, 2008 (2e éd., Rosario, Prohistoria, 2014) ; Máximo Farro, La formación del Museo de La Plata. Coleccionistas, comerciantes, estudiosos y naturalistas viajeros a fines del siglo XIX, Rosario, Prohistoria, 2009.

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5

Domingo F. Sarmiento, « El Museo Antropológico Argentino », in Obras Completas, Discursos populares, vol. 22, Buenos Aires, Luz del Día, 1951, p. 135-136.

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6

Nathan Schlanger, « Series in progress: Antiquities of Nature, Numismatics and Stone Implements in the emergence of prehistoric archaeology », History of Science, vol. 48, no 3-4, 2010, p. 343-369.

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7

Diego de Torres Villarroel, Sueños morales: Los desahuciados del mundo y de la gloria: sueño místico, moral y físico. Útil para cuantos desean morir bien, y conocer las debilidades de la naturaleza. Trasladólo de la fantasía al papel, t. 3, Madrid, Viuda de Ibarra, 1794.

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8

Voir: Pablo Buchbinder, Los Quesada. Letras, ciencias y política en la Argentina, 1850-1934, Buenos Aires, Edhasa, 2012 ; Irina Podgorny, El sendero del tiempo y de las causas accidentales. Los espacios de la prehistoria en la Argentina, Rosario, Prohistoria, 2009.

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9

Irina Podgorny, « La derrota del genio. Cráneos y cerebros en la filogenia argentina », Saber y Tiempo, vol. 20, 2006, p. 63-106 ; Irina Podgorny, Máximo Farro, Alejandro Martínez, Diego Ballestero, « Caballeros de la noche. Antropología y museos en la Argentina de las últimas décadas del siglo XIX », in Las ciencias en la formación de las naciones americanas, Madrid, Iberoamericana, 2014, p. 201-228.

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10

Irina Podgorny, Florentino Ameghino y Hermanos. Empresa Argentina de Paleontología ilimitada, Buenos Aires, Edhasa, 2020.

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11

Máximo Farro, La formación del Museo de La Plata. Coleccionistas, comerciantes, estudiosos y naturalistas viajeros a fines del siglo XIX, Rosario, Prohistoria, 2009 ; Irina Podgorny, M. Margaret Lopes, El desierto en una vitrina. Museos e historia natural en la Argentina, Mexico, Limusa, 2008 (2e éd., Rosario, Prohistoria, 2014).

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12

« Inciso 40 del Departamento de Gobierno, ítem 7º » et « Museo Antropológico Departamento de Gobierno, inciso 60: ítem 15 », in Presupuesto General de gastos y recursos de la Provincia de Buenos Aires, Buenos Aires, Imprenta La República, 1883.

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13

Irina Podgorny, « Ser todo y no ser nada. Paleontología y trabajo de campo en la Patagonia Argentina », in Historia y estilos del trabajo de campo en la Argentina, Buenos Aires, Antropofagia, 2002, p. 31-77.

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14

Irina Podgorny, « Embodied institutions: La Plata Museum as Francisco Moreno’s autobiography », 34th CIMUSET Conference, symposium « Os modos de interpretação de personagens emblematicos », Rio de Janeiro, 2006.

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15

Irina Podgorny, M. Margaret Lopes, El desierto en una vitrina. Museos e historia natural en la Argentina, Mexico, Limusa, 2008 (2e éd., Rosario, Prohistoria, 2014).

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16

Domingo F. Sarmiento, « El Museo de La Plata. Discurso en la inauguración de una parte del Museo de La Plata, 20 de julio de 1885 », in Obras completas Discursos Populares, vol. 22, Buenos Aires, Luz del Día, 1951, p. 302. Voir : Irina Podgorny, « Una exhibición científica de la Pampa (Apuntes para la historia de la formación de las colecciones del Museo de La Plata) », Idéias, vol. 5, no 1, 1998, p. 173-216.

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17

La mort des indigènes retenus au Musée n’a pas été enregistrée officiellement, ce qui fut dénoncé par la presse locale, qui accusa Moreno et le gouvernement de la province d’agir contre la loi et les dispositions municipales. Voir : Irina Podgorny, Florentino Ameghino y Hermanos. Empresa Argentina de Paleontología ilimitada, Buenos Aires, Edhasa, 2020.

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18

Irina Podgorny, Florentino Ameghino y Hermanos. Empresa Argentina de Paleontología ilimitada, Buenos Aires, Edhasa, 2020.

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19

Estanislao Zeballos, Viaje al país de los araucanos [1881], Buenos Aires, Hachette, 1960, p. 282-283. Voir aussi: Irina Podgorny, Gustavo Politis, « ¿Qué sucedió en la historia? Los esqueletos araucanos del Museo de La Plata y la Conquista del Desierto », Arqueología Contemporánea, vol. 3, 1991-1992 ; et I. Podgorny, « Historia, minorías y control del pasado », Boletín del Centro de la Provincia de Buenos Aires, vol. 2, 1991, p. 154-159.

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20

L’image canonique de ces attaques apparaît dans l’œuvre du bavarois Mauricio Rugendas (1845) et dans La vuelta del malón (1892) de l’argentin Ángel Della Valle. Voir Laura Malosetti Costa, « Comentario sobre La vuelta del malón » [en ligne]

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21

Estanislao Zeballos, Callvucurá y las dinastía de los Piedra [1884], Buenos Aires, Hachette, 1953 ; Id., Painé y la dinastía de los zorros [1886], Buenos Aires, Hachette, 1952 ; Id., Relmu, reina de los Pinares [1888], Buenos Aires, Hachette, 1952.

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22

Voir : Irina Podgorny, Gustavo Politis, « ¿Qué sucedió en la historia? Los esqueletos araucanos del Museo de La Plata y la Conquista del Desierto », Arqueología Contemporánea, vol. 3, 1991-1992 ; Irina Podgorny, Florentino Ameghino y Hermanos. Empresa Argentina de Paleontología ilimitada, Buenos Aires, Edhasa, 2020.

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23

Susana V. García, Enseñanza científica y cultura académica. La Universidad de La Plata y las ciencias naturales (1900-1930), Rosario, Prohistoria ediciones, 2010.

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24

Robert Lehmann-Nitsche, Catálogo de la Sección antropológica del Museo de La Plata, La Plata, 1911. Voir : Irina Podgorny, « De la antigüedad del hombre en el Plata a la distribución de las antigüedades en el mapa: los criterios de organización de las colecciones antropológicas del Museo de La Plata entre 1897 y 1930 », História, Ciências, Saúde-Manguinhos, vol. 6, no 1, 1999, p. 81-101.

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25

Irina Podgorny, « Momias que hablan. Ciencia, colección de cuerpos y experiencias con la vida y la muerte en la década de 1880 », Prismas, vol. 12, no 1, 2008, p. 45-65.

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26

Jakob Tanner, « Akteure, Akten und Archive », in C. Kaufmann, W. Leimgruber (dir.), Was Akten bewirken können, Zürich, 2008, p. 150-160.

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27

Robert Lehmann-Nitsche, Catálogo de la Sección antropológica del Museo de La Plata, La Plata, 1911, p. 31.

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28

Sur l’identification « erronée » des crânes dans les musée, voir : Silvano Montaldo, « En finir avec Cesare Lombroso » dans ce numéro, ainsi que la bibliographie et la discussion de Maria Teresa Milicia, « Retour vers le futur Royaume des Deux-Siciles », Passés futurs, no 4, 2018 [en ligne].

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29

Luis María Torres, Guía para visitar el Museo de La Plata, La Plata, 1927. Voir : Irina Podgorny, Gustavo Politis, « ¿Qué sucedió en la historia? Los esqueletos araucanos del Museo de La Plata y la Conquista del Desierto », Arqueología Contemporánea, vol. 3, 1991-1992.

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30

Voir : Irina Podgorny, « Embodied institutions: La Plata Museum as Francisco Moreno’s autobiography », 34th CIMUSET Conference, symposium « Os modos de interpretação de personagens emblematicos », Rio de Janeiro, 2006.

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31

WAC First Inter-Congress : Archaeological Ethics and the Treatment of the Dead, Vermillion, South Dakota, 7-11 August, 1989. Voir aussi : Irina Podgorny, Laura Miotti, « El pasado como campo de batalla », Ciencia Hoy, vol. 5, 1994, p. 16-19.

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32

Diario Popular, 1er avril 1989, p. 10.

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33

Voir : Marina Franco, El final del silencio. Dictadura, sociedad y derechos humanos en la transición (Argentina, 1979-1983), Buenos Aires, Fondo de Cultura Económica, 2018.

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34

« Excelentísima Señora Vice-Gobernadora de la Provincia de Buenos Aires, Arquitecta Elva Roulet, carta de Lorenzo Cejas Pincén, Trenque Lauquen, 7 de septiembre de 1985 ».

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35

« Evocación en Trenque Lauquen », La Opinión, 23 avril 1985 ; « Se creará la Comisión de Asuntos indígenas. Luego de cien años de paz ».

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36

Résolution no 14/85 ; 24 juillet 1985, H. Concejo deliberante de Trenque Lauquen.

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37

« Alberto Rex González a José Mayo », La Plata, 10 juin 1964 (?).

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38

« Solicitud de reserva de una fracción de terreno en el lote exterior del Cementerio Local para la Construcción Panteón Mapuche- Fecha de Iniciación diciembre 4 de 1973 ».

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39

« José Mayo al Jefe de Antropología del Museo de La Plata », Trenque Lauquen, 17 mai 1978, EXP. 3437.

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40

Diccionario comentado mapuche-español: araucano, pehuenche, pampa, picunche, rancülche, huilliche, Yepun, 1960.

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41

« Ordenanza n° 161/84 », Trenque Lauquen, 14 décembre 1984.

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42

« Roberto Jorge Crowder a Pepe Mayo, La Plata, marzo de 1986 », souligné dans original (la date et l’auteur du soulignage sont inconnus).

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43

Rapport de María de Guerrero, Directrice Culture et Éducation, adressé au maire de Trenque Lauquen, 3 février 1988.

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44

Rapport de María de Guerrero, Directrice Culture et Éducation, adressé au maire de Trenque Lauquen, 3 février 1988.

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45

Rapport de María de Guerrero, Directrice Culture et Éducation, adressé au maire de Trenque Lauquen, 3 février 1988.

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46

« Memoria descriptiva: tema Panteón Mapuche », Trenque Lauquen, 4 février 1988, Exp 4115-59/88.

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47

Anteproyecto Panteón Mapuche del Arquitecto José Lucio Moralli, departamento de Planeamiento Urbano de Trenque Launquen, 6 janvier 1988, Exp 4115, 59/88.

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48

Document publié par le Sous-secrétariat à la Culture, Ministère de la Culture et de l’Éducation, Gouvernement de la Province de La Pampa, 2001.

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49

Aussi dans : Francisco P. Moreno, Viaje a la Patagonia Austral, 1876-1877, Buenos Aires, Imprenta de La Nación, 1879, p. 132-135. Voir : Irina Podgorny, M. Margaret Lopes, El desierto en una vitrina. Museos e historia natural en la Argentina, Mexico, Limusa, 2008 (2e éd., Rosario, Prohistoria, 2014).

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