Les politiques linguistiques en Turquie kémaliste
Entretien avec Emmanuel Szurek — Maître de conférences — EHESS (CETOBAC)
Le 1er décembre 1928, la Une de Cumhuriyet est publiée en caractères latins. Emblématique de la réforme linguistique qui a vu disparaitre l’alphabet arabe, cet événement signe la purge lexicale à laquelle s’est livré le régime autoritaire de Mustafa Kemal, avec le concours des élites turques. Renvoyant l’alphabet utilisé jusque-là à une sorte d’« ignorance crasse orientale », et imposant, au-delà de l’écriture, une nouvelle grammaire du pouvoir, la Turquie kémaliste a pensé s’inscrire dans une forme de modernité occidentale qu’Emmanuel Szurek interroge ici.
Résumé
De l’abandon de l’alphabet arabe à la machinisation de l’écriture et la féminisation des emplois de secrétariat, Emmanuel Szurek propose, à partir du cas turc, une analyse des processus et modalités de transnationalisation linguistique. Travaillant sur les ouvrages et manuels de grammaire, ainsi que sur toutes les traces écrites présentes dans l’espace public, il interroge les conséquences sociales, politiques et culturelles du passage de l’alphabet arabe à l’alphabet latin sous le régime kémaliste.
Entretien publié le 15-03-2017
Dernière modification le 06-07-2017
Langue originale : French Lire la version English
  • Bibliographie de Emmanuel Szurek

(à paraître 2017), « Connaissez-vous la théorie de la langue-soleil ? Une histoire européenne du fantasme scientifique dans la Turquie des années 1930 », in D. Couto, S. Péquignot (dir.), Les Langues de la négociation. Approches historiennes, Rennes, PUR.

« Le linguiste et le politique. La TDK et le champ du pouvoir à l’époque du parti unique », in M. Aymes, B. Gourisse, É. Massicard (dir.), L’Art de l’État en Turquie. Arrangements de l’action publique de la fin de l’Empire ottoman à nos jours, Paris, Karthala, 2014, p. 75-101.

(avec Günes Işıksel), Turcs et Français. Une histoire culturelle 1860-1960, Rennes, PUR, 2014.

« Appeler les Turcs par leur nom. Le nationalisme patronymique dans la Turquie des années 1930 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 60-2, 2013, p. 18-37.

« Dil Bayramı. Une lecture somatique de la fête politique dans la Turquie du parti unique », in N. Clayer, E. Kaynar (dir.), Penser, agir et vivre dans l’Empire ottoman et en Turquie. Études réunies pour François Georgeon, Peeters, Louvain, 2013, p. 497-523.

« À quand une histoire sociale des orientalistes ? », Actes de la table-ronde « Lorientalisme à bâtons rompus. Autour de Robert Irwin », Paris, IISMM-EHESS, 2 mars 2012.

« Trans-, Méta- et Post-. Pour un usage contrôlé de ‘l’orientalisme intérieur’ », in F. Pouillon, J-C. Vatin (dir.), Après l’orientalisme. L’Orient créé par l’Orient, Paris, IISMM-Karthala, 2011, p. 53-60.

« Go West. Variations sur le cas kémaliste », in F. Pouillon, J-C. Vatin (dir.), Après l’orientalisme. L’Orient créé par l’Orient, Paris, IISMM-Karthala, 2011, p. 303-323.

(avec Birol Caymaz), « La révolution au pied de la lettre. L’invention de ‘l’alphabet turc’ », European Journal of Turkish Studies, n° 6, 2007.