L’État face au réseau : politiques numériques et bureaucratisation du gouvernement de l’internet

« Déconnexion des élites », « gouvernance du net » ou « hacktivisme transnational », les catégories mobilisées pour analyser ou commenter la régulation de l’internet ont tôt fait d’affirmer une disparition des États, jugés impuissants, illégitimes et inefficaces face au développement du réseau. L’architecture décentralisée, le déploiement international de l’internet, et l’émergence de nouvelles participations en ligne participeraient ainsi à la crise des modes étatiques d’organisation de la société. Pourtant, de la lutte contre le téléchargement illégal à la surveillance des communications électroniques, les États contribuent bien à la mise en ordre de l’internet. 

Cette thèse enquête donc sur les mécanismes qui président à l’élaboration d’une intervention publique sur les réseaux numériques. Elle s’intéresse aux entreprises bureaucratiques, aux alliances inter-champs et à la production de savoirs spécifiques qui conditionnent la mise en place de nouvelles politiques publiques, dans un domaine jusqu’alors peu investi par les acteurs politiques et administratifs. D’abord pensé contre l’État, le gouvernement de l’internet s’inscrit progressivement dans les structures mêmes de la bureaucratie. 

Terrain aux États-Unis : entre hackers et professeurs de droit

 

L’enquête réalisée dans le cadre de la mobilité Tepsis vise à objectiver les circulations d’idées entre militants et juristes américains à l’origine d’une théorie politique des réseaux. Dans les universités américaines, des centres pluridisciplinaires d’études du numérique développent une réflexion sur le gouvernement de l’internet qui articule savoirs juridiques et informatiques, production académique et engagement militant. À partir d’entretiens compréhensifs, de l’observation de séminaires et de réunions militantes, je mets en évidence les échanges qui s’opèrent pour promouvoir une gouvernance technique de l’internet.

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