Les femmes en guerre dans l’Armée rouge
Maîtresse de conférences

(Université de Paris I Panthéon-Sorbonne)

Les femmes en guerre dans l’Armée rouge
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Résumé
Consacré aux femmes combattantes dans l’Armée rouge entre 1941 et 1945, ce texte étudie la manière dont l’État soviétique a géré leur mobilisation, leur intégration dans l’armée et leur démobilisation. Cette recherche, qui s’appuie sur des archives soviétiques, développe une dimension comparative, partant de l’hypothèse que les États sont partout confrontés aux mêmes questions lorsqu’il s’agit de recruter des femmes pour la guerre. Leur mobilisation obéit le plus souvent à une logique de remplacement des hommes, et force l’institution militaire à des adaptations. Une approche en termes de genre offre ainsi un nouvel éclairage sur le fonctionnement des armées et sur ce qui se passe sur les champs de bataille ; elle met aussi en lumière les difficultés spécifiques de l’après-guerre pour les femmes combattantes.
Auteur(s)
Maîtresse de conférences

(Université de Paris I Panthéon-Sorbonne)

Notice publiée le 07-06-2017
Dernière modification le 09-11-2017
Langue originale : French Lire la version English

Dans leurs souvenirs, les officiers et soldats soviétiques qui ont défendu Sébastopol en 1941-1942 évoquent souvent la figure de Nina Onilova. Cette ouvrière dans une usine textile se porte volontaire dès le début de la guerre, et sert d’abord comme infirmière avant d’apprendre à tirer à la mitrailleuse. Elle devient célèbre parmi eux sous le surnom d’« Anka-la mitrailleuse » (Anka-Pulemëchitsa), en référence à l’un des plus célèbres films soviétiques des années 1930, Tchapaev, des frères Vassiliev. Sa méthode, telle que rapporté par ses anciens camarades de combats, était en effet proche de celle de l’héroïne du film : laisser avancer l’ennemi au plus près, et tirer le plus tard possible pour en tuer le plus grand nombre1 .

Chapaev (film, 1934).

Le film a-t-il influencé ces vétérans soviétiques au point qu’ils plaquent sur leurs souvenirs de guerre des images du film ? Ou est-ce au contraire le film, sorti en 1934, qui a inspiré l’action de Nina Onilova lorsqu’elle s’est retrouvée une mitrailleuse à la main ? Toujours est-il que son histoire permet de mettre en perspective la question des femmes et de la guerre en Union Soviétique.

Nina Onilova est une des 800 000 femmes qui ont servi dans l’Armée rouge entre 1941 et 19452 . Si tous les Alliés ont mobilisé des femmes lors de la Seconde Guerre mondiale, l’URSS fait figure d’exception en ce qu’elle est le seul pays à former spécifiquement des femmes aux fonctions de combat (aviation, infanterie, tireuses d’élite). Déjà, pendant la Première Guerre mondiale, quelques femmes s’étaient engagées et l’armée tsariste avait accepté la création d’un bataillon de femmes sous la direction de Maria Bochkareva3 . Pendant la guerre civile, de nombreuses femmes se retrouvent dans les rangs de ce qui deviendra ensuite l’Armée rouge. Dans les années 1930, l’URSS se prépare à une guerre perçue comme inéluctable et les jeunes femmes sont appelées comme les hommes à maîtriser l’aviation, le parachutisme et le tir4 . Cette figure de la soldate rouge est alors mise en scène dans la littérature ou au cinéma. Dans une nouvelle de 1934, Vassili Grossman met en scène la Commissaire Klavdia Vavilova, qui laisse son fils nouveau-né pour retourner combattre5 . La même année les frères Vassiliev créent dans Tchapaev le personnage d’Anka-la-Mitrailleuse, personnage fictif mais inspiré de la présence des nombreuses femmes volontaires dans les groupes armés de l’époque6 .

Le film, et surtout la scène du combat contre les Blancs présentée ci-dessus, permet également de mettre en lumière les ambiguïtés de cet accès des femmes aux armes et au combat. La mécanisation croissante des armées, la disparition de la force physique comme critère déterminant sur un champ de bataille permet d’imaginer une place pour les femmes. Dans le film, Anna montre une maîtrise de l’arme impeccable, un grand sens tactique et beaucoup de sang-froid. Pour autant, Anna n’est pas un combattant comme les autres : elle est amenée à tirer par défaut, uniquement parce que le soldat chargé de la mitrailleuse est touché, ses camarades masculins la houspillent et expriment des doutes sur ses compétences, et ce sont finalement des hommes, Tchapaev et sa cavalerie – accueillis par une Anna extatique – qui mettent en fuite les Blancs.

Le film suggère ainsi que – quand bien même elles sont capables de les utiliser – l’accès des femmes aux armes constitue une exception, une parenthèse, et que celles-ci sont des combattantes de second rang, des soldats par défaut. On retrouve ainsi l’ambiguïté et les questions (statut, capacités, reconnaissance par le groupe) qui se posent de manière plus générale dans les pays occidentaux à propos de l’accès des femmes à l’armée. Il s’agira ici, en étudiant différentes dimensions de l’expérience des femmes soviétiques dans l’Armée rouge entre 1941 et 1945, de montrer comment leur expérience et les questions soulevées recoupent celles qui se posent plus généralement dans l’étude des rapports entre femmes et guerre.

On ne cherchera pas à brosser un tableau complet des différentes manières dont les femmes sont touchées par la guerre et mobilisées par l’État7 , mais plutôt à étudier une seule de ces dimensions : les femmes dans l’armée et sur le champ de bataille. Plus que l’expérience vécue par les femmes, pour lesquelles les sources restent parcellaires et marquées par leur condition de recueil8 , c’est la politique de mobilisation de l’État et la manière dont celui-ci recrute, intègre puis démobilise les femmes qui nous intéresseront ici. Non seulement parce que les sources sont nombreuses9 , mais aussi parce que c’est ici que la dimension comparative se déploie le mieux : les questions qui se posent aux institutions soviétiques ne sont pas très différentes de celles qui se posent aux États européens et aux États-Unis aux XXe et XXIe siècle quand ils recrutent des femmes. On éclairera ainsi le cas soviétique par des exemples et des analyses empruntées à d’autres contextes, en espérant que l’expérience soviétique permettra à son tour de tirer des conclusions plus générales.

Si, au-delà de la diversité géographique et historique, des parallèles peuvent être tracés entre les différentes politiques envers les femmes en temps de guerre, c’est bien que la dimension du genre constitue une entrée pertinente. Il s’agira ainsi « d’étudier les conflits comme espace de formation, de reproduction ou de transformation des rapports sociaux de sexe »10 , de « saisir ce que la conduite de la guerre révèle de la condition féminine et des rapports de genre » mais aussi dans le même temps de s’interroger « sur ce que l’étude des combattantes nous apprend sur les conflits »11 .

Le plan adopté suit les différentes étapes chronologiques, de l’entrée en guerre à la période post-conflit, et rappelle d’abord que la mobilisation des femmes obéit le plus souvent à une logique de remplacement des hommes. L’intégration des femmes au sein de l’institution militaire soulève également la question des adaptations de celle-ci et de la gestion des relations hommes-femmes. L’expérience des femmes soviétiques au feu permet de remettre en contexte les débats sur la force physique et sur l’accès des femmes au combat. Enfin, l’après-guerre semble constituer partout une expérience douloureuse pour des femmes combattantes, confrontées le plus souvent à un rétablissement brutal de la division sexuelle du travail et à une réécriture de leur rôle pendant la guerre.

Mobiliser des femmes pour remplacer les hommes

Dans Ici les aubes sont plus douces, publié en 1977, l’écrivain soviétique Boris Vasiliev met en scène un commandant de batterie anti-aérienne, Fedor Vaskov, cantonné dans un petit village du Nord de la Russie. Alors que de nombreuses femmes sont restées seules dans le village, Vaskov a beaucoup de mal à faire régner la discipline et réclame inlassablement à ses supérieurs qu’on lui envoie des soldats qui ne boivent pas et ne s’intéressent pas aux filles. « Des eunuques, ou quoi ? » lui demande le major qui finit par lui faire parvenir les renforts demandés : un bataillon formé exclusivement de jeunes femmes.

Ici les aubes sont plus douces (film, S. Rostockii, partie 1, 1972).

Ici les aubes sont plus douces (film, S. Rostockii, partie 2, 1972).

Le début du livre suggère ainsi que c’est lorsque les hommes ne sont plus capables d’assurer leur rôle de défenseur que des femmes sont recrutées. Il s’agit là en effet d’une constante que l’on observe tant en URSS que dans d’autres contextes de guerre : les femmes sont le plus souvent mobilisées en remplacement des hommes. Même s’il s’agit de volontaires, ce recrutement ne se fait pas sans tensions. Quelles femmes remplacent quels hommes, et pour quelles fonctions ?

Les femmes sont tout d’abord mobilisées dans les usines et sur le front du travail. En France, dès le début de la Première Guerre mondiale, le président du Conseil René Viviani appelle les femmes de paysans à remplacer les hommes pour assurer les moissons12 . En URSS, cinq jours après l’invasion allemande, la Pravda du 26 juin 1941 titre : « Les femmes, les sœurs, les filles remplacent dans les usines et les kolkhozes leurs maris, frères et pères »13 . L’appel à remplacer les hommes se retrouve tant sur les affiches soviétiques que sur les posters américains incitant les femmes à reprendre les emplois laissés derrière eux par les hommes.

We Will Replace Them ! (poster, USSR, 1941)
Women! STudy Industry, Replace the Workers Who left for the War! (poster, USSR, 1941)
Do the Job HE Left Behind - Apply U.S. Employment Service (poster, United States, 1941)
Enlist in the Wawes - Release the Man to Fight at Sea (poster, United States, 1941)
Release Men to Fight ! Serve in the WAAC - Woman's Army Auxiliary Corps (poster, United States, 1942)
Be a Marine... Free a Marine to Fight (poster, United States, 1943)

Les affiches soviétiques et américaines (1941-1943).

On y appelle également les femmes à joindre les corps auxiliaires de l’armée américaine afin de « libérer un homme pour le combat », de même qu’en France la création à partir de 1942 du Corps des Françaises libres répond bien à la nécessité de recruter des femmes pour « réserver le feu » à un nombre maximum d’hommes14 .

La mobilisation en URSS se fait selon la même logique. Si quelques femmes s’engagent dès 1941, la politique de mobilisation ne commence véritablement qu’au printemps 1942 – pour compenser les pertes énormes du début de la guerre. Le Comité d’État pour la défense de l’URSS (GKO) adopte une série de mesures visant à remplacer les hommes par des femmes dans des fonctions non combattantes, afin de pouvoir envoyer les hommes au front. Le 25 mars 1942, le décret sur « la mobilisation des jeunes femmes komsomoles dans les unités de défense anti-aérienne » précise qu’il faut « utiliser les soldats ainsi libérés, après leur remplacement par des jeunes femmes-komsomoles, pour compléter les divisions et brigades d’infanteries »15 . Cet ordre est suivi le 18 avril par le décret 1618 « sur le remplacement dans les unités d’intendance et les institutions des forces aériennes des militaires hommes par des femmes »16 .

Le recrutement de femmes dans l’armée en lieu et place des hommes fait donc partie d’un processus de décision et d’arbitrage entre les différentes urgences d’une guerre totale (production, police, défense intérieure, opérations armées) – et peut d’ailleurs entrainer des tensions entre différentes exigences. Lorsqu’en février 1943 le gouvernement soviétique prévoit la création de plusieurs brigades d’infanterie féminines (projet qui sera finalement abandonné), il précise que « les femmes travaillant directement à la production dans l’industrie de la défense ne peuvent être mobilisées »17 . Chargé de mettre en œuvre ce projet, le Komsomol prévenait d’ailleurs que « la mobilisation de 162 000 femmes se heurte actuellement à de fortes difficultés en raison du manque de main d’œuvre dans les kolkhozes et l’industrie »18 .

Autre arbitrage nécessaire : celui des fonctions à attribuer prioritairement aux femmes au sein de l’armée. Outre l’intendance (cuisine, bains, buanderie), le secrétariat et les transmissions (radio, téléphonistes), deux fonctions apparaissent comme spécifiquement réservées aux femmes en URSS comme dans autres pays occidentaux : la santé et la défense antiaérienne. Dès la Première Guerre mondiale, des infirmières sont présentes sur les différents fronts, la question pour l’institution militaire étant alors surtout de contrôler ces services relevant le plus souvent d’initiatives charitables ou privées. En URSS, les femmes médecins sont mobilisées au même titre que les hommes dès juin 1941, et c’est comme infirmière que l’on propose aux premières femmes volontaires de servir dès au début de la guerre. Pendant le conflit, ce sont les femmes qui sont visées par les formations d’infirmières ou d’aide-soignantes de la Croix Rouge soviétique ; celle-ci rapporte en 1943 avoir formé en un an et demi de guerre 201 000 infirmières de réserve, 290 000 femmes secouristes (sanitarnye druzhinitsy) – mais seulement 25 500 hommes (sanitary)19 .

C’est d’autre part dans la défense antiaérienne que les femmes sont intégrées et mobilisées en priorité, et l’URSS ne fait pas là non plus figure d’exception. En Grande-Bretagne, les femmes commencent à servir dès 1941 dans les batteries anti-aériennes : une batterie typique comprenait 189 hommes et 299 femmes, même si les hommes seuls avaient le droit de tirer20 . De fait, « les pays avaient tendance à voir la lutte antiaérienne comme un point d’entrée naturel pour les femmes dans l’armée, car une attaque aérienne ennemie, par sa nature même, précipitait les femmes et les enfants dans la guerre »21 . Il y a donc là une réponse à une nouvelle forme de guerre, au danger des bombardements aériens qui transforment le cœur des villes auparavant hors d’atteinte en cibles potentielles. En 1929 déjà, en URSS, les comités de femmes du parti étaient exhortés à former paysannes et ouvrières à la défense civile « dans la mesure où dans la guerre à venir les travailleuses auront en premier lieu à organiser la défense contre les attaques chimique »22 .

Reste néanmoins que toutes les femmes ne sont pas considérées comme mobilisables. En Grande-Bretagne, alors que fin 1941 le National Service Act rend obligatoire le service dans l’armée ou dans l’industrie militaire, les femmes mariées sont exemptées de la conscription. En URSS aussi, en 1943 « le Comité Central du Komsomol interdit la mobilisation des femmes ayant à charge des enfants et des parents incapables de travailler, ainsi que des femmes enceintes »23 . Même chose en France, où le décret du 29 janvier 1944 concernant l’appel dans les formations militaires féminines auxiliaires précisait que « l’appel aux volontaires ne pouvait concerner que les femmes célibataires, veuves ou divorcées sans enfants âgées de 18 à 45 ans »24 . Ainsi dans tous les cas, les États établissent des priorités – fixant comme rôle premier des femmes celui de s’occuper de leur famille et d’assurer la reproduction de la nation.

Notons néanmoins que la question du genre n’est pas la seule en jeu quand il s’agit de la mobilisation des femmes. Plusieurs autres paramètres entrent en ligne de compte, dont le niveau d’éducation (l’usage des armes antiaériennes suppose un niveau d’éducation minimum que le seul recrutement d’hommes n’aurait pas forcément permis de satisfaire) ou encore l’âge. À la différence de l’Allemagne nazie, en 1944 l’URSS préfère encore mobiliser des femmes que des hommes des classes les plus jeunes ou les plus âgées. Une note adressée au Maréchal Voroshilov le 17 mars 1944 rejette ainsi l’idée de recruter des jeunes de 17 ans car « ils ne sont pas assez forts physiquement, et le service militaire exige un grand effort physique qui risque d’entraîner chez eux des carences et un retard de développement »25 .

La question de l’origine ethnique/nationale des soldats joue aussi. Dans un article sur le genre comme catégorie discriminante dans l’Armée rouge, Catherine Merridale rappelle que pour des soldats russes, une jeune femme russe pouvait sembler plus proche qu’un homme venu des montagnes ouzbèkes26 . En effet, à la même époque, le chef d’État-major chargé des questions de recrutement Efim Shchadenko adresse un rapport à Staline dans lequel il préconise un meilleur usage des hommes d’Asie centrale et du Caucase. Reconnaissant que pour les officiers les « meilleurs contingents » sont des hommes « âgés de moins de 35 ans, russe, ukrainien ou biélorusses, 25 % de membres du parti ou du Komsomol, bonne éducation, etc. », il estime néanmoins que les conscrits d’Asie Centrale et du Caucase « peuvent et doivent absolument être utilisés à des fonctions d’intendance, dans des positions économiques et de service, dans la garde des garnisons, des aérodromes, des dépôts, etc. »27 .

Ce document fait bien sûr écho aux questions qui se posent dans les démocraties occidentales pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale sur l’usage des troupes coloniales, des minorités autochtones ou des Noirs américains. Comme le note Cynthia Enloe, aux États-Unis « les femmes n’ont été recrutées dans l’armée que lorsque le recrutement d’hommes issus de groupe habituellement marginalisés ethniquement ou racialement ne pouvaient plus satisfaire les besoins en hommes des généraux et amiraux »28 . Dans le cas soviétique, ces discussions sur l’usage des ressortissants d’Asie centrale ou du Caucase et sur la mobilisation des femmes ont lieu en même temps. Les hommes de ces nationalités sont ici considérés comme des combattants « de second ordre », appelés à être utilisés, comme le seul régiment d’infanterie de femmes jamais créé29 , dans des postes de maintien de l’ordre et d’intendance plutôt que de combat.

Gérer des femmes soldats

C’est ainsi que l’écrivain Boris Lavrenëv décrit en 1924 dans sa nouvelle Le Quarante et unième la manière dont Mariutka, future tireuse d’élite, s’engage dans l’Armée rouge pendant la Guerre civile:

« Quand on annonça, par les villes et les campagnes, le recrutement de volontaires pour ce qui était encore alors la Garde rouge, Mariutka planta son couteau à poisson dans le banc, se leva dans ses pantalons raides et partit s’enregistrer parmi les Gardes rouges. Au début on la chassa, puis, voyant qu’elle revenait sans coup férir chaque jour, on rigola et on l’accepta comme Garde rouge, avec les mêmes droits que les autres, mais on lui fit signer une renonciation au mode de vie des bonne femmes et, entre autres, à l’enfantement, jusqu’à la victoire finale du travail sur le capital »30 .

Cet extrait met bien en relief les questions qui se posent à tout groupe armé intégrant des femmes : comment adapter son organisation aux besoins des « bonnes femmes » et comment gérer les relations entre hommes et femmes, afin entre autres d’éviter les grossesses.

Ainsi l’intégration des femmes à partir de 1942 oblige l’Armée rouge à des adaptations et montre que le genre est un point aveugle dans une institution quasi-totalement masculine. En russe, comme dans toutes les langues qui marquent une différence entre le masculin et le féminin, se pose par exemple la question des grades et des formules militaires. Les tâtonnements sont bien visibles dans les documents soviétiques de la Seconde Guerre mondiale. Les imprimés qu’utilisent les officiers ou les médecins sont pré-remplis au masculin ; dans certains cas le masculin est conservé, en particulier pour les grades, dans d’autres, il est barré, ou une terminaison féminine est ajoutée aux verbes et adjectifs. Ainsi, la citation de la tireuse d’élite Aleksandra Shliakhova à l’ordre du Drapeau Rouge le 31 janvier 1944 pose que « Le sergent Shliakhova31  est décoré de l’Ordre du Drapeau Rouge pour exécution exemplaire de mission militaire », mais un certificat médical de janvier 1944 atteste qu’elle a été « blessée au combat, autorisée à quitter l’hôpital près rétablissement »32 . Aleksandra Shliakhova est tuée le 6 octobre 1944 et il n’est pas jusqu’à l’inscription sur sa tombe qui mélange masculin et féminin : « Ici est enterré le célèbre sniper, adjudant de la garde Shliakhova Aleksandra Nikolaevna […] Elle est tombée en héros dans les batailles pour la Patrie Soviétique »33 .

Même quand le féminin existe en russe (lëtchik-lëtchitsa, aviateur-aviatrice par exemple), le langage militaire préfère parler de « femme-aviateur », de « femmes soldat », de « femme-sniper » (zhenshina-boets, zhenshina-sniper) sans jamais féminiser ces termes34 . Cette difficulté à reconnaître les femmes comme des soldats à part entière se double d’une réticence à s’adresser à elles selon leur grade. Une femme médecin raconte ainsi son arrivée au front :

« La question suivante était de savoir comment m’appeler. Camarade lieutenant ? Mais je n’étais qu’une petite jeune fille. Lidia Alekseevna ? Cela n’allait pas non plus. Finalement on a décidé de me conférer le titre de docteur Lida. Et tous dans le régiment ne m’appelaient que comme ça – docteur Lida »35 .

La question du nom s’est posée pour la « docteure Lida » après celle de l’uniforme inadapté, car « la vareuse m’arrivait aux genoux et les bottes étaient d’une pointure telle que je ne pouvais marcher avec ». Les témoignages sont d’ailleurs innombrables sur les uniformes inadaptés, pantalons trop grands, vareuses arrivant à mi-cuisses. Les jupes, quand elles sont délivrées, permettent difficilement de courir ou de ramper dans la boue ou la neige ; ce n’est qu’à titre expérimental que les femmes de la brigade d’infanterie féminine de Moscou se voient délivrer des pantalons spéciaux, munis d’une bande de tissu détachable entre les jambes au lieu d’une braguette36 . Quant aux sous-vêtements, ils sont eux aussi masculins : « caleçons longs avec des cordons, chemise blanche avec des cordons – un uniforme féminin, ça n’entrait pas en ligne de compte », explique une ancienne infirmière37 .

« Des serviettes hygiéniques non plus nous n’en n’avions pas », se souvient à son tour une ancienne soldate des transmissions, « tu trouves un chiffon quelque part, tu t’en sers comme serviette »38 . Ce problème était d’ailleurs soulevé par les femmes pendant la guerre :

« C’était très difficile quand nous avions nos règles. Pas de bandes, pas d’endroit où se laver. Les filles l’on dit au Komsomol de la division, il a proposé à l’instructeur sanitaire de nous délivrer autant de ouate et de bandes que nous avions besoin »39 .

Ainsi, la présence de femmes oblige l’institution militaire à faire, avec plus ou moins de diligence et de réticences, certaines adaptations : protections périodiques40 , sous-vêtements, uniformes adaptés à la physiologie des femmes41 , bains séparés, consultations gynécologiques, etc. Certaines de ces adaptations sont faites sur le terrain, au cas par cas, d’autres sont décidées de manière centralisée : ainsi un décret d’août 1942 autorise à délivrer aux femmes qui ne fument pas 200 grammes de chocolat ou 300 g de bonbons par mois à la place du tabac42 ; un décret d’avril 1943, prévoit la distribution de 100 g supplémentaires de savon pour les femmes. Difficile de savoir d’ailleurs si ces décisions relèvent des représentations et stéréotypes de ceux qui les prennent ou de demandes réellement formulées par les femmes43 .

L’institution militaire estime aussi nécessaire de se saisir des relations hommes-femmes, et en particulier de leurs relations sexuelles. Il y a dans cette préoccupation une dimension militaro-sanitaire évidente : éviter les grossesses ou les maladies vénériennes, s’assurer que les recrues restent aptes à servir. L’historien Oleg Budnitski note d’ailleurs que certaines femmes engagées dans l’Armée rouge ont pu chercher à être enceinte, y voyant une opportunité pour quitter l’armée, même si leurs conditions de service (jusqu’à sept mois de grossesse), étaient particulièrement difficiles44 . Mais la dimension morale est également très prégnante : il s’agit de réguler les relations sentimentales et sexuelles entre hommes et femmes, d’empêcher les relations hors mariage ou les adultères.

L’intervention des autorités politico-militaires dans les relations hommes-femmes au sein d’un groupe armé est une constante quel que soit le contexte, tant dans les armées institutionnalisées que les rébellions armées. Les solutions adoptées oscillent entre deux pôles : interdiction pure et simple des relations sexuelles (comme c’est le cas au sein du PKK au Kurdistan, ou des FARC en Colombie) ou organisation de ces relations sous contrôle strict. Ainsi dans la rébellion Huk aux Philippines, les hommes (et les hommes uniquement) pouvaient demander en raison de leurs « besoins physiologiques » à prendre une seconde « femme de la forêt » aussi longtemps qu’ils étaient dans le maquis, à condition que leur femme officielle soit au courant et qu’ils ne restent pas bigames après la fin de la guerre45 . Entre ces deux pôles, toute une gamme de mesures ou d’arrangements pratiques se retrouvent, comme l’attribution du rang d’officier aux femmes afin d’éviter la fraternisation avec les hommes (ainsi des armées britannique et canadienne au cours de la Première Guerre mondiale)46 .

En URSS, pendant la Seconde Guerre mondiale, la question est soulevée par différentes institutions sans qu’une solution unique ne soit trouvée. Alors que la cohabitation et les relations hors-mariage se développent rapidement dans l’Armée rouge, le Komsomol cherche à s’y opposer en valorisant la pureté et l’absence de relations sexuelles des « jeunes filles ». Certains représentants du parti ou de l’armée estiment, eux, préférable de fermer les yeux47 . Ces pratiques de cohabitation sont en tout cas suffisamment communes pour que se répande le terme de « femme de campagne » (pokhodno-polevaia zhena ou PPZh, par analogie avec la mitrailleuse PPSh). Difficile de séparer cette question de celle du harcèlement sexuel quand on sait que l’écrasante majorité des hommes ayant des « femmes de campagne » étaient des officiers, et les femmes (radio-télégraphistes, infirmières) leurs subordonnées.

Même si la question des violences sexuelles commises par l’Armée rouge est une question abordée par les chercheurs48 , les témoignages sur le harcèlement au sein même de l’armée restent cependant assez rares49 . Les femmes préfèrent souligner que cela n’avait pas cours « dans leur unité », mettant à ce titre en lumière l’importance des commandants de niveaux intermédiaires, dont le comportement et les discours pouvaient encourager ou au contraire décourager ces pratiques50 .

Pendant la guerre elle-même, les femmes sont conscientes de ce phénomène et en parlent. À la Commission de l’Académie des Sciences qui recueille son témoignage, la sniper Polina Galanina raconte :

« Effectivement, les hommes nous harcèlent. Nous avions un chef de section, Dugman, qui a essayé d’arriver à ses fins en me donnant des ordres. Mais je lui ai déclaré que dans ce cas-là, nous étions égaux, bien que je n’étais que caporal et lui lieutenant. Il m’a convoqué dans son abri. D’abord il y avait là un secrétaire et un sergent. Ensuite, ils sont partis. J’ai fait mon rapport, et il s’est mis à me tripoter. Je l’ai poussé, il est tombé et, furieux, il a recommencé. J’ai crié, une patrouille est arrivée et a ouvert la porte. [Après une seconde tentative] je l’ai dit d’abord à notre représentant du parti. On l’a convoqué et on lui a donné cinq jours d’arrêt »51 .

Les femmes tentent ainsi de mobiliser différentes ressources (règlement militaire, représentants du parti ou du Komsomol), et jusqu’aux plus hautes autorités. Le 21 février 1944 par exemple, la sergent-chef Nata Netiazhuk s’adresse aux dirigeants du Komsomol pour les interpeler sur leur inaction face à « ces faits révoltants, quand les commandants, du moins au plus gradé, séduisent des oisillons, et ensuite les traitent avec mépris et renvoient celles qui sont abimées à l’arrière. Ce que j’ai pu moi-même observer sur trois secteurs du front »52 .

Cependant, la capacité de réaction de ces femmes est limitée à deux titres. Tout d’abord en raison de leur position majoritairement subordonnée : les femmes dépassent rarement le grade de sous-officier, et il n’y a quasiment aucune femme parmi les officiers supérieurs53 . Mais aussi en raison de la position moraliste adoptée par le parti et surtout le Komsomol, qui fait peser sur les femmes la responsabilité du harcèlement. En janvier 1944, le Comité Central du Komsomol prend une série de recommandations sur que les partisans doivent avoir envers les femmes de leurs groupes ; deux recommandations consécutives sont alors formulées comme suit :

« 10 – Changer radicalement d’attitude envers les jeunes femmes. Mettre fin aux cas de cohabitation forcées […]

11 – Les jeunes femmes se trouvant dans les détachements de partisans ne doivent pas, par leur comportement, donner de prétexte à des attitudes malséantes de la part des hommes (et par la même miner l’autorité de toutes les jeunes femmes) »54 .

Faire la guerre – au-delà de la question du combat

Dans ce même document, le Komsomol formule un certain nombre d’autres recommandations, tirées d’une enquête auprès des femmes partisanes. Elles suggèrent que les femmes doivent accéder au combat au même titre que les hommes, et être reconnues pour cela :

« Organiser la formation militaire des jeunes femmes a) Chaque jeune femme doit maitriser les premiers secours b) Maîtriser tous les types d’armes disponibles dans l’unité, pour qu’elle puisse à tout instant agir sur le champ de bataille, sans recourir à une aide masculine […] Les commandants des unités doivent dans la mesure du possible armer les jeunes femmes à égalité avec les jeunes hommes […] Les jeunes femmes qui se sont distinguées dans le combat, dans le déraillement des trains, etc. doivent être présentées au même titre que les hommes aux décorations gouvernementales »55 .

Ce document est à la fois le reflet des aspirations des femmes (qui représentent environ 10 % des partisans selon les chiffres officiels56 ), et des difficultés auxquelles elles se heurtent sur le terrain, puisque le Komsomol estime nécessaire d’intervenir. Comme l’écrit Stéphane Audoin-Rouzeau, « la barrière du genre n’est jamais aussi étanche que lorsque se trouve posée la question de l’accès au combat »57 .

Quels que soient les contextes, et aujourd’hui encore, les femmes voulant accéder aux fonctions de combat se heurtent à des arguments de deux types : la nécessité de maintenir la cohésion opérationnelle du groupe, qui peut être fragilisée par la présence de femmes58 , et une moindre force physique. Les chercheurs opposés à l’accès des femmes au combat soulignent que les femmes n’ont, à taille égale, que 80 % de la force physique des hommes59 , et que morphologiquement la force de la partie supérieure de leur corps sera toujours moindre. Le cas soviétique nous permet de souligner les contradictions et les non-dits derrière cette discussion sur la force physique, mais aussi de donner à voir la fragilité de la distinction entre combattant et non-combattant comme la multiplicité des activités que sous-entend le fait d’être « au feu ».

La question de la force physique des femmes est posée en URSS pendant la guerre, et d’abord par les femmes elles-mêmes. Ainsi, une partisane intervenant dans une réunion à Moscou estime important de souligner que :

« dans l’exécution des missions de combat les filles ne le cèdent en rien aux gars, elles sont même plus résistantes. Souvent, dans les marches les gars se fatiguent tellement que les filles doivent même porter leurs affaires et leur arme »60 .

L’institution militaire prend également en compte cette question – mais en partant du principe que les femmes sont moins fortes. Lorsque la Brigade féminine d’infanterie volontaire de Moscou est créée, il est prévu que les soldates servant chaque arme soient plus nombreuses que les hommes :

« 2- а) pour un canon antichar – porter à trois au lieu de l’effectif moyen de 2,5 hommes b) pour un canon de 76 mm à 10 au lieu de 7 hommes c) pour un canon de 45 mm 8 au lieu de 7 d) pour les camions – deux chauffeurs 3. En plus de ça prévoir dans la compagnie automobile un effectif masculin de manutentionnaires de 60 personnes »61 .

Cette mesure n’est pas spécifique à l’URSS puisqu’à la même époque, dans l’armée de l’air française « à la suite d’un savant calcul réalisé par les services de l’état-major, il avait été estimé que quatre femmes étaient nécessaires au remplacement de trois hommes »62 .La particularité soviétique réside plutôt dans le fait que les femmes ont accès aux missions de combat. Dans ces cas-là on voit que l’institution militaire essaie de réserver aux femmes des spécialités qui supposent non un effort physique intense, mais de la précision, de la patience. La formation de tireur d’élite semble particulièrement répondre à ces qualités, et quand en décembre 1942 le ministère de la défense lance un plan de formation de 60 000 femmes, il prévoit que près de 20 000 d’entre elles servent dans l’artillerie et que plus du double soient formées comme snipers. Une école spécialement destinée aux snipers féminins est d’ailleurs créée en 1943 près de Moscou.

Ces mesures sont significatives en ce qu’elles ne prennent en compte que la force physique déployée lors des combats, pour porter des munitions ou charger des armes lourdes. En revanche, le problème de la force exigée des cuisinières ou des blanchisseuses (qui portent de lourds seaux d’eau, manipulent des chaudrons, des draps mouillés) n’est jamais soulevé. Pourtant, les chiffres cités par l’historien John Erickson laissent deviner à quel point le travail est harassant :

« sur une période de deux ans, le personnel essentiellement féminin de médecins, infirmières et aides-soignantes de l’hôpital d’évacuation n° 290 sur le front ouest a traité 515 678 blessés, chargé et déchargé 1119 trains, réalisé 52 848 opérations chirurgicales, posé 88 747 plâtres et fait 131 000 radios. Les blanchisseuses ont lavé 154 100 kg d’uniformes ; les couturières ont réparé 798 000 draps et 256 000 uniformes ; 10 476 paires de bottes ont été réparées »63 .

Ne se pose pas non plus la question des tâches physiquement épuisantes exigées des aides-soignantes ou des infirmières soviétiques, chargées de tirer les soldats blessés jusqu’aux points médicaux, de les mettre à l’abri. L’une d’elle raconte ainsi son expérience de Stalingrad :

« J’évacuais au minimum 17-18 hommes par jour. Si ça tire trop tout autour, tu allonges le blessé sur sa cape ou son manteau, tu rampes, tu le traînes et tu te traînes toi-même, ou alors tu le traînes en restant accroupie C’est très difficile. Maintenant que je suis rentrée j’ai essayé de tirer ma petite sœur comme ça, je n’ai pas réussi, pas une fois »64 .

La charge pesant sur les infirmières est d’autant plus lourde qu’elles doivent aussi défendre les blessés les armes à la main si besoin. C’est en tout cas le modèle qui leur est proposé, à l’instar de l’infirmière Zina Piskunova dont l’héroïsme est vanté par la Croix-Rouge soviétique en 1943 :

« À l’approche d’un village, un soldat fut grièvement blessé par des éclats de mine. Zina rampa jusqu’à lui et évacua le blessé en le tirant. Mais trois soldats fascistes étaient cachés là. Sans se désemparer, la courageuse jeune femme sortit son pistolet et tira plusieurs fois. Deux fascistes tombèrent, le troisième riposta. Une balle fasciste brûla l’épaule de Zina. Reculant, elle s’appuya sur le mur du bâtiment et tira ses dernières balles. L’ennemi tomba mort. Ensuite, Zina pansa soigneusement le soldat blessé et l’ayant installé avec ménagement dans la paille, elle courut à nouveau dans la mêlée pour aider les blessés »65 .

Malgré sa dimension de propagande, cet exemple nous rappelle à quel point la division entre combattant et non-combattant est loin d’être claire sur le champ de bataille : une infirmière peut être amenée à tirer, un soldat en armes se transforme en infirmier quand il doit dans l’urgence porter les premiers soins à son compagnon blessé. Si l’on considère comme combattants ceux qui sont « au feu », que faire des infirmiers et des infirmières se demande Cynthia Enloe ? Elle souligne que la même difficulté se pose si l’on définit un combattant comme celui qui tient une arme et en fait usage : comment définir cet « usage » quand la sophistication croissante des armes entraîne une inflation des fonctions de soutien66  ? Sans trancher ces questions, les exemples tirés de la pratique des femmes combattantes soviétiques démontrent à quel point la situation peut être enchevêtrée sur le champ de bataille. C’est ce que souligne Vera Artamonova, formée à l’école Centrale des femmes snipers de Moscou, qui se remémore sa guerre sur le front de Kaliningrad en 1944 :

« Nous n’étions pas toujours des snipers. Parfois, nous transportons des munitions, parfois nous allions en reconnaissance, nous tenions le rôle d’aides-soignantes, ou nous nous installions dans les tranchées pour tirer depuis les postes de tirs. […] Par exemple, lors de l’avancée sur Nevel, en traversant la rivière Lovat’, nous nous sommes heurtés à une farouche résistance de l’ennemi. J’entends quelqu’un me crier : ‘Infirmière, vient faire un pansement !’. Lui expliquer que je suis sniper, et pas infirmière ? Cela n’a pas de sens. Je rampe de son côté, puis je cours, pliée en deux. Je vois un blessé allongé à côté de la mitrailleuse, et son coéquipier en train de tirer, ‘d’arroser’, comme nous disions. Je panse le mitrailleur, je le tire jusqu’à la rivière, où se trouvait le point de santé. Je reviens, celui qui ‘arrosait’ me crie ‘il n’y a plus de munitions !’. Je ne sais pas, moi, où trouver des munitions, mais cela importe peu au mitrailleur, il s’énerve et jure »67 .

Ce témoignage indique que plusieurs éléments entrent en jeu pour définir la fonction et le rôle de la « combattante » lors du combat : le statut des snipers (tireur d’élite mais aussi soldat d’infanterie comme les autres), les besoins immédiats en situation de combat (trouver des recharges pour la mitrailleuse), la nécessité de savoir apporter les premiers soins. À ces questions qui se posent pour tous les soldats, quel que soit leur genre, s’ajoutent bien évidemment des représentations sur les femmes au front, qui expliquent que la jeune femme est considérée par les soldats a priori comme une infirmière.

L’expérience des femmes montre ainsi que l’idée d’une division des tâches strictement respectée sur le champ de bataille – idée sur laquelle repose la distinction combattant/non-combattant – est largement illusoire. C’est d’ailleurs ce que relève aussi Quentin Deluermoz à propos des Communardes membres du « Bataillon des fédérés » du XIIe arrondissement en 1871. Pour lui, si « l’écrasante majorité était constituée d’ambulancières, de cantinières ou de vivandières », ce partage des rôles s’estompe sur le terrain, les femmes accompagnant leur mari en portant fusil et munition et pouvant « faire le coup de feu dans la tourmente des événements »68 .

Women Snipers of the Red Army during the Second World War
Women Snipers of the Red Army during the Second World War
Women Snipers of the Red Army during the Second World War

Les femmes snipers de l'Armée rouge, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Souligner la fluidité des statuts permet même d’aller plus loin, en montrant que « faire la guerre » suppose un certain nombre d’activités et de fonctions dont certaines ne sont pas perçues comme militaires, mais qui sont pourtant indispensables. Lorsque la responsable du Komsomol intervient lors d’une réunion de femmes partisanes soviétiques pour dire que « out travail de soutien est respectable, et cuisiner un bon repas ça n’est pas rien non plus »69 , il ne faut pas forcément le prendre pour un trait d’humour ou une forme de condescendance. En effet, c’est justement un des apports de l’histoire des femmes d’avoir souligné dans les mouvements de résistance « la contribution, aux côtés des femmes des réseaux et mouvements, de femmes ‘ordinaires’ nombreuses à accorder une aide fondamentale : cacher, héberger, nourrir, approvisionner »70 . Ces fonctions – tout aussi importantes dans le cas soviétique que dans le cas français évoqué par Françoise Thébaud – ne sont cependant quasiment jamais mentionnées. Ce silence renvoie plus généralement à l’invisibilité des femmes combattantes après la guerre.

Un douloureux après-guerre

Une des grandes questions posée par les chercheurs travaillant sur la guerre et le genre est « de savoir si les guerres n’ont été que des parenthèses, sans grand changement dans la répartition supposée des tâches masculines et féminines, ou si les conflits ont été l’occasion d’une transformation ou d’une atténuation de la division sexuelle du travail »71 . L’expérience des pays européens et de l’Amérique du Nord pendant les deux guerres ne permet pas de tirer une conclusion univoque72 . D’un côté, les guerres ont été l’occasion pour les femmes d’investir de nouveaux domaines, de nouvelles expériences ; d’un autre côté, dans la plupart des cas, « le retour à l’ordre passe […] par un retour à l’ordre des sexes »73 .

Les femmes sont renvoyées dans la sphère privée et familiale, d’autant que les pertes démographiques incitent des gouvernements inquiets à mettre en place des politiques natalistes plus ou moins coercitives, et qu’il est nécessaire de réintégrer dans l’économie les hommes démobilisés. Par exemple « à la fin de la Seconde Guerre mondiale, seulement trois des 3 000 femmes employées à l’usine de la Canadian Car and Foundry ont conservé leur emploi »74 . La situation est un peu différente pour l’URSS, où le taux de femmes actives était déjà élevé avant la Seconde Guerre mondiale : en 1940, les femmes représentaient 39 % de la force de travail soviétique. Néanmoins, là aussi on observe une augmentation pendant la guerre suivie d’une diminution notable (56 % de la force de travail en 1945, 47 % en 1950)75 .

Les travaux sur la situation des femmes après la Seconde Guerre mondiale ou dans les guérillas latino-américaines ou africaines76  mettent partout en évidence des situations comparables : non-prise en compte des femmes dans les programmes de désarmement et de démobilisation, difficultés des femmes soldats à trouver une place dans les sphères familiale économique, effacement de leur rôle dans les politiques mémorielles (des noms de rues aux médailles distribuées). Le parallèle peut là aussi être fait avec la situation des femmes combattantes soviétiques après la guerre, qui se heurtent à une réintégration difficile et ont du mal à faire part de leur expérience dans un contexte où leur participation au conflit est soi tue, soit réécrite sous l’angle unique du sacrifice.

La politique soviétique à l’issue de la Seconde Guerre mondiale illustre la réflexion de Luc Capdevila. Tandis que « dans les moments d’urgence, dans les situations d’anomie, on vérifie régulièrement la présence de femmes combattantes, voire l’existence d’unités féminines de combat », une même situation se répète : « celle de leur désarmement lors des phases de ‘normalisation’ ou correspondant à une volonté politique de ‘retour à l’ordre’ »77 .

En URSS, les femmes servant dans l’armée sont démobilisées dès l’automne 1945, peu après la victoire sur le Japon, et elles le sont toutes de manière simultanée, en tant que femmes. Le décret de démobilisation prévoit en en effet que soient démobilisées « toutes les femmes soldats et sergents » alors que les hommes sont démobilisés en fonction de leur classe d’âge, de leur spécialité (agricole et technique, enseignants, étudiants) ou du nombre de blessures78 . Certes, le décret semble prévoir que « les femmes spécialistes ayant exprimé le vœu de rester dans l’Armée rouge comme soldat » puissent poursuive leur carrière, mais la réalité est bien autre selon l’historienne Reina Pennington. Très peu de femmes ont pu continuer à servir dans l’aviation militaire, et si avant-guerre on les décourageait d’étudier dans les académies militaires, elles s’en voient tout simplement barrer l’accès après le conflit79 .

Les femmes sont toujours nécessaires sur le « front du travail ». Toutefois, le souci d’accélérer la croissance démographique est prégnant. Il est visible dans le maintien de l’interdiction de l’avortement (qui ne sera autorisé qu’en 1955) et dans l’adoption d’une loi sur la famille en 1944. Elle renforce en effet le mariage officiel au détriment du « mariage civil » (le concubinage qui jusque-là avait la même valeur juridique), et permet que l’État prenne en charge plus facilement les pensions alimentaires pour les enfants nés hors-mariage dont les pères seraient défaillants80 . Cette politique touche particulièrement les femmes qui avaient servi dans l’Armée rouge et eu pendant la guerre des relations et/ou des enfants avec leurs homologues masculins. La dimension morale de renforcement du mariage est en tout cas en phase avec une opinion publique hostile aux femmes revenant du front, considérées comme des femmes de « mauvaise vie ».

Cette situation n’est en rien propre à l’URSS, puisqu’en France, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, les rumeurs sur les soi-disant mœurs légères des femmes soldats, traitées de « femmes au service des soldats » sont tout aussi prégnantes après la guerre. Mais l’extrême difficulté des quatre années de guerre en URSS a pu encore exacerber l’animosité des femmes restées à l’arrière « épuisées par le travail, la sous-alimentation, les soucis, une peur de tous les instants […] vieillies avant l’heure, quand on leur peignait, en enjolivant énormément, la vie insouciante des jeunes briseuses de couple au front, jeunes, hardies, qui ne connaissaient ni les cartes de rationnement, ni les queues, ni les avis de décès, ni l’atroce solitude des femmes »81 . Les rumeurs négatives sont ainsi si répandues qu’un rapport militaire interne d’octobre 1945 souligne que

« Le moral est mauvais parmi les jeunes femmes démobilisées. […] On en est arrivé au point […] que les filles démobilisées déclarent ‘nous ne porterons pas nos médailles quand nous seront rentrées’ […]. On dit tellement de choses sales sur nous que tous penseront que ces médailles ne sont pas méritées »82 .

 

« Nous ne disions à personne que nous avions été au front […] Les premiers temps, nous ne portions même pas nos décorations... », rappelle, des dizaines d’années plus tard, une des femmes combattantes dont la prix Nobel de littérature, Svetlana Alexievitch, a publié les souvenirs. La douleur du retour est très présente dans les récits de ces femmes, accueillies par l’hostilité de celles restées à l’arrière : « Elles nous criaient : ‘Nous savons bien ce que vous faisiez là-bas ! Vous couchiez avec nos maris. Putains à soldats ! Salopes en uniformes !’ ». Face à cette animosité, les femmes en viennent à passer sous silence leur expérience : « la première année, lorsque je suis rentrée de la guerre, je parlais, parlais. Personne ne m’écoutait. Ne me comprenait. Alors je me suis tue… »83 .

Le discours des femmes combattantes devient ainsi en grande partie inaudible, d’autant que la mémoire de la guerre elle-même est assez peu sollicitée au cours des années 1940-1950, tournées vers le futur et la construction du communisme. Ce n’est qu’au début des années 1960 que Brejnev tente, avec la célébration des vingt ans de la Victoire, de faire de la Grande guerre patriotique un facteur de légitimation du régime et d’unité du peuple soviétique84 . Si la participation des femmes à la guerre est alors reconnue, la mémoire des femmes combattantes n’a pas vraiment sa place dans un nouveau dispositif qui met essentiellement en avant le sacrifice des femmes. Le corps mutilé de la partisane Zoia Kosmodemianskaia en devient le symbole85 .

Memorial to the Stalingrad Battle, at Mamaev Kurgan, near Volgograd (1959-1967)
The Pieta (Mourning Mother)
Woman Red Army auxiliary carrying a wounded soldier.

Monument à la gloire de la bataille de Stalingrad, à Mamaev Kurgan, près de Volgograd (1959-1967).

Le monument de la bataille de Stalingrad, érigé entre 1959 et 1967, montre d’ailleurs bien quels rôles féminins sont mis en avant. L’immense statue de la Mère-Patrie armée d’un glaive, n’est entourée que par des figures masculines, martiales. Seules deux statues de femmes répondent à la Mère-Patrie : « la mère en deuil » penchée, telle une Pieta, sur le corps d’un soldat mort, et une jeune infirmière ployant sous le poids d’un soldat blessé. Cette réécriture de la place des femmes dans la guerre, qui deviendra le discours dominant jusqu’à nos jours, est aussi sensible dans un discours tenu en 1966 par le président de l’Union des Vétérans Soviétiques. Devant une conférence de femmes vétéranes, dont une partie a combattu les armes à la main, le maréchal de l’URSS Timoshenko rend hommage à leur héroïsme mais nie la dimension proprement combattante de celui-ci pour les renvoyer uniquement à leur rôle de mère :

« Chères camarades femmes ! C’est vous qui donnez la vie, et personne ne chérit autant que vous la paix, la tranquillité et la vie sur terre ! […] En tant que vétéran des Forces Armées soviétiques, j’aimerais dire surtout ici un grand merci aux femmes, aux mères qui ont élevé des fils forts et courageux, des valeureux combattants défenseurs de la patrie »86 .

Comparer l’expérience de l’Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale avec celle des pays occidentaux ou de mouvements de résistance au XXe siècle permet de tirer un certain nombre de conclusions sur la question des femmes et de la guerre. Tout d’abord, la mobilisation, l’intégration et la démobilisation des femmes soulèvent des enjeux similaires et entraînent des modes de gestion comparables. Le recrutement des femmes dans l’armée vise le plus souvent à remplacer des hommes dans des fonctions non combattantes (intendance, santé) et ainsi à rendre disponibles des hommes pour le combat. Même en cas de présence massive des femmes dans l’armée, les fonctions « combattantes » restent l’apanage des hommes, les femmes n’y étant admises que de manière exceptionnelle87 . L’accès des femmes au combat n’est d’ailleurs en rien le signe ou la garantie que les femmes verront leur situation changée ou leurs droits mieux respectés après la guerre : en France par exemple, les femmes serviront dans l’armée bien avant d’avoir le droit de vote. Au contraire, quasiment partout les bouleversements liés à la guerre entraînent ensuite une crispation autour du partage des rôles traditionnels, un renvoi des femmes à leur fonction maternelle et un effacement de leur expérience de guerre.

D’autre part, passer par l’expérience des femmes permet d’éclairer d’une manière nouvelle le fonctionnement des armée et la manière de faire la guerre. L’intégration des femmes oblige l’institution militaire à des ajustements qui révèlent à quel point ce qui est perçu comme « neutre » (les questions sanitaires, les uniformes, le langage) est en réalité masculin. La discussion sur les critères qui permettraient à une femme d’accéder ou non au statut de combattant montre qu’il existe en réalité une multiplicité des tâches « au feu  et que la frontière entre combattant et non-combattant est fragile.

Certains des points développés ici mériteraient d’être explorés plus avant, toujours de manière comparative, afin d’affiner ces conclusions. C’est le cas en particulier des questions sociales, de l’origine et des différences de revenus et d’éducation, qui jouent un rôle essentiel dans le recrutement, mais aussi dans l’expérience des femmes au front. Un meilleur niveau d’éducation pouvait (et peut toujours) garantir l’accès à des fonctions ou à des armes plus prestigieuses (artillerie), mais aussi à des positions hiérarchiques plus élevées – ce qui, on l’a vu, joue à son tour un rôle dans la défense contre le harcèlement sexuel. A contrario, dans l’Armée rouge comme dans d’autres armées, les femmes de milieu plus modeste étaient peut-être mieux préparées aux dures conditions du front. Les différences sociales déterminent aussi la manière dont ces femmes rendent compte de leur guerre, et nous privent souvent de l’accès à la mémoire des moins éduquées. Dans le cas soviétique, il n’existe par exemple aucun souvenir des dizaines de milliers de cantinières ou de femmes ayant travaillé dans les « unités de bain et de lessive » – tandis que les snipers, qui n’étaient que quelques milliers, ont laissé de nombreux récits écrits.

L’autre question qui me semble devoir être poussée plus avant est celle des liens entre engagement militaire et droits des femmes. On serait tenté, en effet, de voir chez les femmes qui s’engagent dans l’armée une volonté de remettre en cause les rapports de genres. Cependant, quand bien même la présence des femmes dans l’armée remet effectivement en cause ces rapports, il ne s’agit pas forcément d’une volonté consciente et assumée de leur part. Les femmes combattantes peuvent aussi percevoir leur engagement comme un mal nécessaire, à un moment où les hommes ne sont plus capables d’assurer leur rôle traditionnel de défenseur. C’est cette défaillance des hommes qui motivait la créatrice des bataillons de femmes dans l’armée tsariste en 191788 , c’est elle encore qui motive certaine des femmes ukrainiennes s’engageant en 2014-2015 dans la guerre à l’Est du pays89 . Comme l’écrit Laurent Gayer, « il faut éviter de projeter des conceptions féministes de la libération des femmes […] sur l’expérience de ces femmes »90 .

La tendance à lire leur expérience sous l’angle de la défense des droits existe néanmoins. En effet, même si les féministes sont partagées sur la militarisation des femmes, l’insertion des femmes dans l’armée passe par une lutte sans cesse renouvelée contre des préjugés sexistes, qui fait apparaître chaque victoire contre ces préjugés comme une victoire de la cause des femmes91 . Les recherches sur les femmes combattantes sous-entendent souvent que l’accès au combat est l’objectif ultime de la participation des femmes à la guerre, et si elles n’y « accèdent » pas, c’est un lexique dépréciatif qui est utilisé pour décrire leurs tâches : elles sont « cantonnées » à des fonctions de soutien, « reléguées » à des tâches traditionnelles. De même, le retour des femmes à la sphère privé est quasi-unanimement analysé comme un « retour en arrière » alors qu’il peut correspondre au contraire non seulement à des aspirations personnelles, mais aussi à une stratégie d’ascension sociale, à une volonté d’échapper aux difficultés du monde du travail92 .

Ainsi, en écrivant dans l’introduction à propos d’Anka-la-mitrailleuse du film Tchapaev que les femmes n’étaient pas vues comme des soldats à part entière, on sous-entendait que cette non-reconnaissance était problématique. Et de fait, elle a pu être très mal vécue par certaines femmes, qui retiennent de leur expérience que « on ne nous faisait pas confiance » et que « nous devions nous battre pour qu’on nous considère correctement en tant que femme-soldat »93 . Pour d’autres cependant, être une femme permettait de jouer avec les règles strictes et pesantes de l’institution militaire, et offrait un espace de liberté négociée : « on allait même jusqu’à faire exprès, quand il fallait aller voir le commandant, d’y aller la tête découverte pour ne pas avoir faire le salut »94 . Aussi, si le statut des femmes-soldat n’aboutit pas à une égalité homme/femme, l’expérience de ces femmes peut être saisie comme une tentative de trouver leur place en mobilisant ressources et identité personnelle dans un cadre qui reste limité à la fois par les inégalités sociales, l’organisation hiérarchique, la prégnance des représentations traditionnelles et surtout le poids, la violence de la guerre.

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1

Voir les documents publiés par les vétérans de la 25e division du littoral qui porte d’ailleurs le nom de Tchapaev en référence à ce héros de la guerre civile : Trofim Kolomiets, Na bastionakh chapaevtsy. Vospominaniia o legendarnoi 25 Chapaevskoi divizii, zashchishchavshei Sevastopol’ v 1941-1942 gg., Simferopol’, Krym, 1970 ; Vassili Sakharov (dir), U chernomorskikh tverdyn’ : Otdel’naia Primorskaia armiia v oborone Odessy i Sevastopolia, Moscou, Voenizdat, 1967 ; Iakov Vas’kovskii, Iuri Novikov, My chapaevtsy. Dokumental’naia povest’ o 25-oi Chapaevskoi strelkovoi divizii, Moscou, DOSAAF, 1968.

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2

Ce chiffre a été donné pour la première fois dans V. Murmantseva, Sovetskie zhenshchiny v Velikoi Otechestvennoi voine, Moscou, Mysl’, 1974.

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3

Voir sur ce thème : Melissa Stockdale, « ‘My Death for the Motherland is Happiness’ : Women, Patriotism and Soldiering in Russia’s Great War, 1914-1917 », American Historical Review, vol. 1, n° 109, 2004, p. 78-116 ; Laurie Stoff, They Fought for the Motherland. Russia’s Women Soldiers in World War I and the Revolution, Lawrence (KS), University Press of Kansas, 2006, ainsi que les mémoires de Maria Botchkareva : Yashka. Journal d’une femme combattante, Russie 1914–1917, Paris, Armand Colin, 2012.

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4

Sur la formation femmes soviétiques dans années 1930 voir : Anna Krylova, Soviet Women in Combat. A History of Violence on the Eastern Front, Cambridge, Cambridge University Press, 2010 ; Olga Nikonova, « Soviet Amazons : Women Patriots During Prewar Stalinism », Minerva. Journal of Women and War, vol. 2, n° 1, 2008, p. 84-99 et Vospitanie patriotov : OSOAVIAKHIM i voennaia podgotovka naseleniia v ural’skoi provintsii : 1927-1941, Moscou, Novyj khronograf, 2010.

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5

Parue en 1934, la nouvelle « Dans la ville de Berditchev » est portée à l’écran en 1967 par Askoldov sous le titre La Commissaire ; Askoldov y intègre le thème du génocide juif et le film ne sera autorisé en URSS qu’à la fin des années 1980. Voir : Vassili Grossman, « Dans la ville de Berditchev », La Route (trad. B. Rabinovici, C. Fournier), Lausanne, L’Âge d’homme, 2001.

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7

Pour une telle approche voir l’ouvrage pionnier de Françoise Thébaud, La Femme au temps de la Guerre de 14 (Paris, Stock-Laurence Pernoud, 1986) ainsi que : Carol Mann, Femmes dans la guerre. 1914-1945, Paris, Pygmalion, 2010 ; Sophie Milquet, Madeleine Frédéric (dir.), Femmes en guerres, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2011 ; Philippe Nivet, Marion Trevisi, Les Femmes et la guerre de l’Antiquité à nos jours, Paris, Economica, 2010.

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8

Dans le cas de l’URSS, on dispose d’interviews réalisés pendant la guerre par les historiens de la Commission Mints (Commission d’histoire de l’Académie des sciences) et qui sont conservées à l’Institut d’Histoire Russe de l’Académie des Sciences (IRI RAN). De nombreuses mémoires de femmes ont été publiées dans les années 1960, et une nouvelle impulsion est donnée dans les années 1990-2000, un grand nombre de ces témoignages étant disponibles en ligne sur le site http://iremember.ru.

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9

La plupart des ordres du Ministère de la défense et du Comité d’État pour la Défense a été publié dans des recueils ou est disponible en ligne ici et ici. Ont été également utilisées dans cet article les archives du Komsomol, l’organisation de jeunesse très active pendant la guerre et celles du parti à Moscou (RGASPI – Rossiiskii Gosudarstvennyi Arkhiv Politicheskoi Istorii) et à Kiev (TsDAGO – Tsentralyi Derzhavnyi Arkhiv Gromodianskikh Orhanizatsii). Quelques documents cités ici sont enfin conservés au GARF (Gosudarstvennyi Arkhiv Rossiiskoi Federatsii) à Moscou.

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10

Marielle Debos, « Conflits armés », in Catherine Achin, Laure Bereni (dir), Dictionnaire genre & science politique, Paris, Presses de Sciences Po, 2013, p. 103-114.

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11

Lætitia Bucaille, « Femmes à la guerre. Égalité, sexe et violence », Critique internationale, n° 60, 2013, p. 10.

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12

Luc Capdevila, François Rouquet, Fabrice Virgili, Danièle Voldman, Sexe, genre et guerres (France, 1914-1945), Paris, Payot, 2010, p. 53.

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13

Cité par Anna Krylova, Soviet Women in Combat. A History of Violence on the Eastern Front, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, p. 101.

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14

Luc Capdevila, « La mobilisation des femmes dans la France combattante (1940-1945) », Clio. Histoire, femmes et sociétés, n° 12, 2000.

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16

Tous ces décrets sont disponibles sur le site internet ci-dessous.

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17

Projet de décret du GoKo sur la formation de 50 brigades d’infanterie : « o formirovanii 50ti otdelnykh zhenskikh strelkovykh brigad », RGASPI, fond М1, op. 47, delo 103, list 1-3.

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18

Brouillon de lettre datée du 10 février 1943 du président du Komsomol, Mikhailov, au Chef d’État-major chargé du recrutement, le général T. Schadenko, RGASPI, fond М1, op. 47 delo 103, list 51.

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19

Rapport du médecin de brigade Divakov, président adjoint du comité exécutif de l’Union des Sociétés de la Croix Rouge et du Croissant Rouge soviétique (SOKK i KP) au Komsomol, février 1943. RGASPI, fond M1, op. 47,  delo 106, list 41-46.

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20

Nancy Goldman, Richard Stites, « Great Britain and the World Wars », in N. Goldman (dir), Female Soldiers. Combatants or Non-Combatants ? Historical and Contemporary Perspectives, Westport (CT), Greenwood Press, 1982, p. 30.

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21

George H. Quester « American dilemnas and options. The Problem », in N. Goldman (dir), Female Soldiers. Combatants or Non-Combatants ? Historical and Contemporary Perspectives, Westport (CT), Greenwood Press, 1982, p. 221.

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22

Rapport Ultra Secret de la responsable du Département des Travailleuses et Paysannes du Comité Central du VKP(b) à tous les responsables dans les Républiques, 2 mars 1929 : TsDAGO, fond 1, Op. 21, delo 34, list 1-2.

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23

Arrêté du CC du Komsomol sur la mobilisation de jeunes femmes dans les brigades spéciales d’infanterie féminines, « Postanovlenia TsK VLKSM o mobilizatsii zhenskoi molodezhi v otdenlnye zhenskie strelkovye brigady », 3 février 1943, RGASPI, fond М1, op. 47, delo 103, list 11.

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24

Journal Officiel n° 11 du 13 février 1944 cité par Luc Capdevila, « La mobilisation des femmes dans la France combattante (1940-1945) », Clio. Histoire, femmes et sociétés, n° 12, 2000.

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25

Lettre du Général Smorodinov au Maréchal de l’URSS Voroshilov, copie au président du Komsomol Mikhailov, 17 mars 1944 : RGASPI, fond M1, op. 47, delo 153, list 1.

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26

Catherine Merridale, « Masculinity at war : Did gender matter in the Soviet Army ? », Journal of War and Culture Studies, vol. 5, n° 3, 2013, p. 310.

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27

Rapport de E. Shchadenko à Staline sur l’état des réserves de conscrits, 11-13 mars 1942, cité dans : Sergei Kudriashov, Voina 1941-1945, Vestnik Arkhiv Prezidenta RF, Mosou, 2001, p. 124.

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28

Cynthia Enloe, Does Khaki Become You ? The Militarization of Women’s Life, Boston, South End Press, 1983, p. 123.

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29

Euridice Charon Cardona, Roger D. Markwick, « ‘Our brigade will not be sent to the front’ : Soviet Women under Arms in the Great Fatherland War, 1941-45 », The Russian Review, vol. 68, n° 2, 2009, p. 240-262.

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31

Le « a » marque la féminisation du nom de famille en russe.

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32

RGASPI, fond M7, op. 2, delo 1347, list 8-9.

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33

RGASPI, fond M7, op. 2, delo 1347, list 15.

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34

À noter qu’en français le terme « soldate » est considéré comme familier par le Larousse comme par le Robert qui préfèrent l’expression « femme soldat ».

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35

Récit de Lidia Alekseevna Bel’skaia (Tochilkina), publié en octobre 2014.

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36

Anna Krylova, Soviet Women in Combat. A History of Violence on the Eastern Front, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, p 167.

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37

Récit de Irina Vladimirovna Iavorskaia dans : Artem Drabkin, Bair Irincheev, « A zory zdes’ gromkie » : zhensoke litso voiny, Moscou, Eksmo, 2012, p. 102-103.

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38

Récit de Iudif’ Vladimirovna Golubkova, publié en septembre 2006.

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39

Récit de Aleksandra Sergeevna Skiripochnkina : IRI RAN, fond 2, op. 7, delo 2a, list 6ob-7. Cette référence m’a été communiquée par Brandon Schechter.

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40

La question des serviettes hygiéniques apparaît comme une question clé dans de nombreux autres contextes, voir par exemple : Jules Falquet, « Division sexuelle du travail révolutionnaire réflexions à partir de l’expérience salvadorienne (1970-1994) », Cahiers des Amériques latines, n° 40, 2001, p. 109-128.

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41

De même aux États-Unis, avec l’ouverture de tous les postes de combat aux femmes à partir de 2016, le Pentagone s’est vu obligé d’élaborer de nouvelles protections spécifiquement adaptées à la morphologie des femmes. Voir : Joseph Jaafari, « The Pentagon Is Finally Designing Combat Gear for Women », Vice.com, 7 mars 2016.

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44

Oleg Budnitskii, « Muzhchiny i zhenshchiny v Krasnoi Armii (1941-1945) », Cahiers du monde russe, vol. 52, n° 2, 2011, p. 405-422.

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45

Victoria Lanzona, Amazons of the Huk Rebellion. Gender, Sex, and Revolution in the Philippines, Madison, University of Wisconsin Press, 2009, p. 13.

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46

Nancy Goldman, Richard Stites, « Great Britain and the World Wars », in N. Goldman (dir), Female Soldiers. Combatants or Non-Combatants ? Historical and Contemporary Perspectives, Westport (CT), Greenwood Press, 1982, p. 27.

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48

On pense bien sûr aux travaux sur les viols commis en Allemagne par l’Armée Rouge, et en particulier à l’ouvrage fondateur de Norman Naimark (The Russians In Germany. The History Of The Soviet Zone Of Occupation, 1945-1949, Harvard, 1995) ainsi qu’à Jeffrey Burds, « Sexual Violence in Europe in World War II, 1939-1945 » (Politics Society, vol. 37 n° 1, 2009, p. 35-73). Plus généralement, les auteurs ayant récemment publié sur les femmes combattantes soviétiques (Budnitskii, Krylova, Schechter, Markwick et Cardonna) soulèvent systématiquement le problème du harcèlement. À noter que les deux derniers ont travaillé avec Artëm Drabkin, un des animateurs du site Iremember.ru et auteur de plusieurs compilations de souvenirs qui sont des best-sellers en Russie : l’étude des questions posées sur le site Iremember.ru montre que la question du harcèlement sexuel est bien posée aux femmes avec lesquelles il s’entretient.

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49

Voir par exemple Iulia Zhukova, Devushka so snaiperskoi vintovkoi. Vospominaniia vypusknitsy Tsentral’noi zhenskoi shkoly snaiperskoi podgotovki. 1944 1945 gg, Moscou, Tsentrpoligraf, 2006.

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50

Brandon M. Schechter, « ‘Girls’ and ‘Women’. Love, Sex, Duty and Sexual Harassment in the Ranks of the Red Army 1941-1945 », The Journal of Power Institutions in Post-Soviet Societies, n° 17, 2016 ; Marta Havryshko, « Illegitimate sexual practices in the OUN underground and UPA in Western Ukraine in the 1940s and 1950s », The Journal of Power Institutions in Post-Soviet Societies, n° 17, 2016.

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51

Récit de Polina Georgievna Galanina : IRI RAN, fond 2, op. 7, delo 2a, list 2-2ob. Cette référence m’a été communiquée par Brandon Schechter.

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52

Lettre de la sergent-chef Nata Netiazhuk au président du CC du Komsomol Mikhailov : RGASPI, fond M1, op. 47, delo 154, list 7.

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53

John Erickson, « Soviet women at War », in J. Garrard, C. Garrard (dir.), World War II and the Soviet People, New-York, St Martin’s Press, 2002, p. 51.

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54

« Materialy soveshchaniia devushek-partizanok, sostoiavshego v TsK VLKSM 19-19 ianvaria 1944 goda », RGASPI, fond M1, op. 53, delo 14, list 10.

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55

« Materialy soveshchaniia devushek-partizanok, sostoiavshego v TsK VLKSM 19-19 ianvaria 1944 goda », RGASPI, fond M1, op. 53, delo 14, list 9-10.

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56

John Erickson, « Soviet women at War », in J. Garrard, C. Garrard (dir.), World War II and the Soviet People, New-York, St Martin’s Press, 2002, p. 51.

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57

Stéphane Audoin-Rouzeau, « Armées et guerres : une brèche au cœur du modèle viril ? », in A. Corbin, J.-J. Courtine,G. Vigarello (dir.), Histoire de la virilité. xxe-xxie siècles, t. III, Paris, Le Seuil, 2011, p. 213.

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58

En 1999, Maria Sirdar perde son procès devant la Cour de Justice des Communautés Européennes contre les Royal Marines britanniques qui lui refusent un emploi de cuisinière. Dans cette affaire la CJCE « a accepté l’idée que l’appartenance d’un membre d’un groupe à un sexe donné puisse heurter la sensibilité de ses collègues de l’autre sexe ou avoir un impact négatif sur celle-ci : selon ce raisonnement, la présence d’une femme au sein des Royal Marines fragiliserait, potentiellement, la cohésion de l’unité ». Voir : Irène Eulriet, « Le recrutement des femmes dans les forces armées des États membres de l’Union Européenne : entre contrainte et mutation », in C. Weber (dir.), Les Femmes militaires, Rennes, PUR, 2015, p. 44.

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59

Martin van Creveld, Wargames. From Gladiator to Gygabites, Cambridge, Cambridge University Press, 2013, p. 278.

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60

Intervention de la partisane Makarova, front de Carélie, (« Materialy soveshchaniia devushek-partizanok, sostoiavshego v TsK VLKSM 19-19 ianvaria 1944 goda », RGASPI, fond M1, op. 53, delo 14, list 32).

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61

« Spravki otdela, perepiski, informatsia o formirovanii zhenskoi dobrovolcheskoi strelkovoi brigady », document daté du 27 novembre 1942, RGASPI, fond M1, op. 47, delo 50.

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62

Luc Capdevila, « La mobilisation des femmes dans la France combattante (1940-1945) », Clio. Histoire, femmes et sociétés, n° 12, 2000.

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63

John Erickson, « Soviet women at War », in J. Garrard, C. Garrard (dir.), World War II and the Soviet People, New-York, St Martin’s Press, 2002, p. 51.

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64

Récit de Asia Ivanovna Kakedzhan : IRI RAN, fond 2, op. 7, delo 5, list 5. Cette référence m’a été communiquée par Brandon Schechter.

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65

Rapport du médecin de brigade Divakov, président adjoint du comité exécutif  de l’Union des Sociétés de la Croix Rouge et du Croissant Rouge soviétique (SOKK i KP) au Komsomol, février 1943. RGASPI, fond M1, op. 47, delo 106, list 40a-40a ob.

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66

Cynthia Enloe, Does Khaki Become You ? The Militarization of Women’s Life, Boston, South End Press, 1983, p. 150 sqq.

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67

Souvenirs de Vera Artamonova (sans date) in Elizaveta Nikiforova (dir.), Rozhdennaia voinoi, Moscou, Molodaia Gvardia, 1985, p. 66.

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68

Quentin Deluermoz, « Des communardes sur les barricades » in C. Cardi, G. Pruvost (dir.), Penser la violence des femmes, Paris, La Découverte, 2012, p. 114.

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69

Intervention de la camarade Sysoevak « Materialy soveshchaniia devushek-partizanok, sostoiavshego v TsK VLKSM 19-19 ianvaria 1944 goda », RGASPI, fond M1, op. 53, delo 14, list 11.

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70

Françoise Thébaud, « Résistances et Libérations », Clio. Histoire, Femmes et Sociétés, n° 1, 1995.

Retour vers la note de texte 1521

71

Luc Capdevila, François Rouquet, Fabrice Virgili, Danièle Voldman, Sexe, genre et guerres (France, 1914-1945), Paris, Payot, 2010, p. 224.

Retour vers la note de texte 1524

73

Coline Cardi, Geneviève Pruvost (dir.), Penser la violence des femmes, Paris, La Découverte, 2012, p. 37.

Retour vers la note de texte 1525

74

« Grandes Guerres. Grandes Femmes », brochure de présentation de l’exposition du Musée Canadien de la Guerre d’Ottawa du 23 octobre 2015 - 3 avril 2016.

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75

Mie Nakachi, « A postwar sexual liberation ? The gendered experience of the Soviet Union’s Great Patriotic War », Cahiers du monde russe, vol. 52, n° 2, 2011, p. 424.

Retour vers la note de texte 1527

76

Camille Boutron, « Réintégrer la vie civile après le conflit : entre invisibilisation et résistance. L’expérience des ronderas au Pérou », in N. Duclos (dir.), L’Adieu aux armes ? Parcours d’anciens combattants, Paris, Karthala, 2010, p. 111-142 ; Jules Falquet, « Les Salvadoriennes et la guerre civile révolutionnaire », Clio. Histoire, Femmes et Sociétés, n° 5, 1997 ; Oksana Kis, « National Femininity Used and Contested : Women’s Participation in the Nationalist Underground in Western Ukraine during the 1940s-50s », East/West. Journal of Ukrainian Studies, vol. 2, n° 2, 2015, p. 53-82 ; Dyan Mazurana, Linda Eckeborn Cole, « Women, Girls and Disarmament, Demobilization and Reintegration », in C. Cohn, Women and Wars, Cambridge, Polity Press, 2013, p. 194-214.

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77

Luc Capdevila, « Identités de genre et événement guerrier. Des expériences féminines de combat », in S. Milquet, M. Frédéric (dir.), Femmes en guerres, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2011, p. 17.

Retour vers la note de texte 1529

78

« Ukaz Prezidiuma Verkhovnogo Soveta SSSR ot 25 sentiabria 1945 goda o demobilizatsii vtoroi ocheredi lichnogo sostava Krasnoi Armii » (Décret du Présidum du Soviet Suprême de l’URSS du 25 septembre 1945 sur la deuxième vague de démobilisation des effectifs de l’Armée Rouge).

Retour vers la note de texte 1530

79

Reina Pennington, « ‘Do not speak of the services you rendered’ : Women veterans of aviation in the Soviet Union », The Journal of Slavic Military Studies, vol. 9, n° 1, 1996, p. 141.

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80

Mie Nakachi, « A postwar sexual liberation ? The gendered experience of the Soviet Union’s Great Patriotic War », Cahiers du monde russe, vol. 52, n° 2, 2011, p. 433.

Retour vers la note de texte 1532

81

Lev Kopelev, Khranit’ vechno, t. I, Moscou, Terra, 2004, p. 91-92.

Retour vers la note de texte 1533

82

« Spravka o voprosakh, sviazannykh s demobilizatsiei iz Armii voennosluzhashchikh pervoi i vtoroi ocheredi, utverzhdena nachal’nikom politupravlenii Sovetskikh okkupatsionnykh voisk v Germanii » (Rapport sur les questions liées à la première et deuxième vague de mobilisation, validée par le chef du département politique des Forces d’Occupation soviétiques en Allemagne »), 11 octobre 1945, RGASPI, fond M1, op. 47, delo 193, list 49.

Retour vers la note de texte 1534

83

Svetlana Alexievitch, La Guerre n’a pas un visage de femmes, Paris, 2005.

Retour vers la note de texte 1562

84

Lev Gudkov « Pamiat o voine i massovaia identichnost Rossiian », Neprikosnovennyi Zapas, vol. 40-41, n° 2-3, 2005 ; Mikhail Gabovich (dir.), Pamiat’ o voine 60 let spustia : Rossiia, Germaniia, Evropa, Moscou, NLO, 2005.

Retour vers la note de texte 1563

85

Anna Krylova, Soviet Women in Combat. A History of Violence on the Eastern Front, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, p. 292 sqq. Adrienne M. Harris, « Memorializations of a martyr and her mutilated bodies : public monuments to Soviet war hero Zoya Kosmodemyanskaya, 1942 to the present », Journal of War and Culture Studies, vol. 5, n° 1, 2012, p. 73-92.

Retour vers la note de texte 1668

86

« Stenogramma sobrania aktiva zhenschin veteranov voiny » (Sténogramme de la réunion des représentantes des femmes vétérans de la guerre), 15-16 mars 1966 : GARF, fond 9541, op. 1, delo 998, list 3-4.

Retour vers la note de texte 1564

87

En Israël, si les femmes font leur service militaire depuis longtemps, l’accès des femmes à des fonctions de combat a été ouvert après un arrêté de la Cour Suprême de 1995 obligeant l’aviation à accepter de former des femmes pilotes. Reste que « si celles-ci représentent 3 % des effectifs qualifiés de combattants, elles sont absentes du véritable noyau dur : infanterie, chars, unités de reconnaissance ». Orna Sasson-Levy, Edna Lomsky-Feder, « Genre et violence dans les paroles de soldates : le cas d’Israël », Critique internationale, n° 60, 2013, p. 77.

Retour vers la note de texte 1565

88

Maria Botchkareva, Yashka. Journal d’une femme combattante, Russie 1914–1917 (éd. S. Audoin-Rouzeau, N. Werth), Paris, Armand Colin, 2012.

Retour vers la note de texte 1566

89

Amandine Regamey, Brandon M. Schechter, « Introduction », The Journal of Power Institutions in Post-Soviet Societies, n° 17, 2016, § 27.

Retour vers la note de texte 1567

90

Laurent Gayer, « Liberation and containment : The Ambivalent Empowerment of Sikh Female fighters », Pôle Sud, n° 36, 2012, p. 63.

Retour vers la note de texte 1568

91

Cynthia Enloe, Does Khaki Become You ? The Militarization of Women’s Life, Boston, South End Press, 1983, p. 100.

Retour vers la note de texte 1569

92

Laurent Gayer, « Liberation and containment : The Ambivalent Empowerment of Sikh Female fighters », Pôle Sud, n° 36, 2012, p. 49-65.

Retour vers la note de texte 1570

93

Intervention de la camarade Melnik, aviatrice d’un régiment féminin, devant le président de l’URSS Kalinine le 26 juillet 1945 (« Beseda tovarisha Kalinina s devushkami voinami, steogramma »), RGASPI, fond M1, op. 5, delo 245, list 6-7.

Retour vers la note de texte 1571

94

Intervention de la camarade Andronova, déléguée des jeunes femmes soldats de la défense anti-aérienne du Front Central devant le président de l’URSS Kalinine le 26 juillet 19451945 (« Beseda tovarisha Kalinina s devushkami voinami, steogramma »), RGASPI, fond M1, op. 5, delo 245, list 2.

Svetlana Alexievitch, La Guerre n’a pas un visage de femmes [1985], Paris, 2005.

Stéphane Audoin-Rouzeau, « Armées et guerres : une brèche au cœur du modèle viril ? », in A. Corbin, J.-J. Courtine, G. Vigarello (dir.), Histoire de la virilité. XXe-XXIe siècles, t. III, Paris, Le Seuil, 2011.

Maria Botchkareva, Yashka. Journal d’une femme combattante, Russie 1914–1917, Paris, Armand Colin, 2012.

Lætitia Bucaille, « Femmes à la guerre. Égalité, sexe et violence », Critique internationale, n° 60, 2013, p. 9-19.

Oleg Budnitskii, « Muzhchiny i zhenshchiny v Krasnoi Armii (1941-1945) », Cahiers du monde russe, vol. 52, n° 2, 2011, p. 405-422.

Jeffrey Burds, « Sexual Violence in Europe in World War II, 1939-1945 », Politics Society, vol. 37 n° 1, 2009, p. 35-73.

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