Célébrer, commémorer et oublier 1917 en Europe de l’Ouest

En Russie, l’année 2017 fut loin d’être synonyme de célébrations grandioses des événements révolutionnaires de 1917. Au contraire, ce centenaire a plutôt suscité un « malaise commémoratif1  », qui ne fit que confirmer l’ambiguïté de la construction d’une mémoire historique pour le pays depuis l’effondrement de l’Union soviétique2 . En revanche, le moment révolutionnaire s’est révélé omniprésent dans le paysage savant et culturel de l’Europe occidentale. Paradoxal au premier abord seulement, ce phénomène gagne à être interrogé dans une perspective décloisonnée, échappant à l’analyse du seul cadre national. Telle est notre ambition dans cet article qui, loin de prétendre à l’exhaustivité, entend rendre compte de quelques « tendances commémoratives » observées en 2017, et ce dans trois pays : la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Nous aspirons ainsi à contribuer au champ d’études en développement qui promeut une histoire croisée des représentations, de l’historiographie et des célébrations des révolutions russes3

Le choix de ces trois pays a été déterminé par la similitude des manifestations organisées, et ce malgré des traitements pluriels de 1917 et des contextes radicalement différents. Le centenaire oscilla en effet – à de rares exceptions près, aisément identifiables – entre une apolitisation et une dépolitisation des révolutions, et plus particulièrement d’Octobre : une apolitisation par le traitement de la révolution bolchévique comme événement historique en la soustrayant de sa dimension intrinsèquement politique, une dépolitisation par le choix conscient de ne pas aborder les enjeux politiques portés par cette révolution. Ce hiatus évident entre un événement politique si lourd de sens – par le bouleversement idéologique auquel il donna lieu comme par la signification qu’il se vu conférer au cours du XXe siècle –, et sa célébration cent ans plus tard interroge. 

Notre propos n’aspire pas uniquement à mesurer la teneur politique de ces manifestations mais bien à comprendre les objectifs et les raisons qui sous-tendaient leur mise en place. Nous proposons ainsi des pistes d’explication de cette convergence commémorative européenne au sein du faisceau des perceptions et des représentations de 1917, ou plus simplement des mémoires d’Octobre. Comment peut-on, en 2017, aborder, appréhender, s’emparer d’un tel événement ? Qu’il s’agisse de le donner à voir au grand public ou de l’analyser scientifiquement, peut-on (et comment ?), doit-on (et pourquoi ?) soustraire 1917 de son caractère intrinsèquement politique ?

Pour répondre à ces questions, nous avons choisi d’analyser trois grands types de manifestations : des rencontres académiques, des expositions historiques et des actions culturelles et artistiques, choisis pour leur caractère tantôt représentatif, tantôt inédit4 . Signalons que les commémorations citoyennes et militantes, nombreuses, ne seront évoquées qu’en filigrane, afin de questionner la permanence des paradigmes idéologiques révolutionnaires. Notre réflexion s’appuie sur des entretiens semi-directifs, des questionnaires envoyés par courriel, des observations participantes, des visites d’expositions, des analyses de matériaux de communication (annonces, programmes, communiqués de presse, sites Internet, réseaux sociaux), mais aussi sur des discussions informelles.

« L’essoufflement du souffle d’Octobre » (Marc Lazar) ?

Dans le monde académique slavisant, l’année 2017 a été rythmée par d’innombrables manifestations scientifiques consacrées aux révolutions russes. Ces projets se sont moins focalisés sur l’évènement politique que sur ses échos, ses traces, son patrimoine. Dans le même temps, au regard de ces différents évènements se dégage la difficulté de questionner l’héritage politique de 1917 à la lumière du contemporain.  Le principal point commun étant le peu de liens avec le monde militant5 .

Convergences mémorielles, l’héritage révolutionnaire en question

Les problématiques mémorielles et les représentations des révolutions en Russie et/ou en Europe représentent le premier axe suivant lequel 1917 a été abordé. Dans les exemples étudiés en France, deux idées se dégagent. D’abord, le fait que la mémoire d’Octobre est désormais avant tout pensée par les traces artistiques et littéraires et, de manière plus générale, par les traces matérielles plutôt que par ses réactualisations et ses réinvestissements (ou, au contraire, leur absence) dans le discours politique contemporain. Deuxièmement, le fait que la mémoire militante, en France ou en Russie, n’a pas trouvé sa place dans des évènements scientifiques dont les organisateurs prônaient ouvertement une approche « objective » des évènements. 

Ce double phénomène est parfaitement mis en lumière par le colloque international « Construction et déconstruction d’une mémoire de la révolution de 1917 en Russie contemporaine », organisé par une équipe de slavisants à l’Université Grenoble Alpes, et dont l’objectif était de questionner les mémoires du moment révolutionnaire en Russie contemporaine6 . Plus précisément, ce colloque entendait mettre en lumière les constructions mémorielles à la fois étatiques, impliquant les décisions du pouvoir actuel russe en matière de mémoire de la révolution, et socioculturelles, à travers l’analyse des modes pluriels de rapport à la révolution en fonction des milieux sociaux, des modèles discursifs mobilisés, des formes d’opposition ou de référence et des contextes privé ou public dans lesquels les rappels de la révolution prennent sens aujourd’hui. Mais alors que les propositions de communication sur le rapport qu’entretiennent de nos jours les hommes et les femmes politiques (du régime en place ou de l’opposition) avec ce passé révolutionnaire ne manquaient pas, celles sur les échos de la révolution dans les mouvements sociaux en Russie contemporaine ont été les grandes absentes du colloque – et ce en dépit des efforts des organisateurs pour approcher des militants de l’extrême et de l’ultra-gauche russes. Une certaine re-politisation de l’événement est néanmoins venue du monde associatif, en particulier de l’organisation non gouvernementale russe Memorial, par une présentation d’« autres gauches », d’autres scénarii révolutionnaires possibles, alternatifs à celui des bolchéviques tout en restant de « gauche 7 ». 

Dans le même temps, les traitements artistiques et littéraires de la révolution étaient surreprésentées par rapport à l’idée initiale des organisateurs, ce dont témoigne le nombre important de présentations portant sur des sujets allant de l’avant-garde et ses influences contemporaines à la culture populaire, par exemple à travers l’analyse des séries télévisées consacrées à la révolution d’Octobre, ou interrogeant la conservation et la fabrication de la mémoire dans et par les musées russes. Au demeurant, cette dernière question a fait ressortir un point essentiel : le grand oubli, ou plutôt les grosses lacunes dans la connaissance de 1917 en Russie en général, et par les jeunes en particulier. Une étude réalisée auprès des étudiants de trois grandes universités moscovites a en effet révélé la méconnaissance des révolutions et des révolutionnaires de 19178

Certaines manifestations scientifiques ont délibérément choisi d’aborder la mémoire du passé révolutionnaire par le seul prisme de ses échos artistiques, évacuant – a priori seulement – la portée politique de ces traces révolutionnaires. Tel est notamment le cas du colloque international « Cent ans après la révolution d’Octobre : peut-on écrire une histoire française du patrimoine soviétique ? » organisé à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), qui envisageait Octobre sous l’angle de ses productions matérielles monumentales9 . Cette approche par le patrimoine s’inscrivait dans la lignée des multiples travaux sur les traces du passé soviétique10 , tout en l’abordant pour la première fois au-delà des frontières habituelles de l’Union soviétique et ouvrant, ce faisant, un nouveau champ de recherche11 . Il était accompagné d’une exposition, « La naissance d’un patrimoine soviétique en France : une archéologie du pavillon de l’URSS à l’Expo 37 », qui illustrait, voire matérialisait, le propos grâce à un cas d’étude emblématique12 . Dans la diversité des interventions, la question des enjeux politiques du patrimoine, de son instrumentalisation, de ses fonctions dans la mémoire militante de gauche en France a en réalité été omniprésente. De fait, le patrimoine est un objet d’étude précieux pour aborder les questions mémorielles. Mais ce phénomène permit surtout de montrer que le « prétexte patrimonial » est idéal pour traiter une large palette de problématiques hautement politisées, et ce au-delà des attentes des organisateurs.

Enfin, le colloque international « Regards croisés sur la mémoire de la révolution russe en exil (1917-2017) », fruit d’une collaboration entre l’ENS de Lyon et l’Université Jean Moulin Lyon 3, a quant à lui pris le parti de se concentrer sur les répercussions des révolutions dans l’art et la littérature en exil13 . Deux expositions élaborées à la Bibliothèque Diderot et à la Maison internationale des Langues et des cultures (MILC), ainsi qu’une riche programmation cinématographique accompagnaient le colloque14 , mettant en valeur les fonds slaves de la Bibliothèque Diderot, lieu unique en France pour la mémoire de l’émigration « blanche ». Le choix de cette thématique révèle en creux une certaine volonté d’aborder 1917 de façon dépolitisée – les thématiques « artistiques » apparaissant au premier abord comme moins porteuses de conflits idéologiques et de tensions –, alors même que la mémoire dans cette émigration est toujours brûlante15

Dans le sillage de la politique russe envers les « diasporas russes » et dans le contexte des tensions entre la Russie et la France depuis 2014, le milieu des migrants russophones est à nouveau divisé entre soutiens et opposants à la politique de l’État russe. La mémoire de l’émigration est donc repolitisée à plusieurs égards. La lettre ouverte « Solidaires de la Russie », signée par une partie de descendants d’émigrés blancs, dans laquelle, tout en rappelant leur trauma collectif lié à l’exil après 1917, ils manifestent leur soutien à la Russie d’aujourd’hui à la suite du traitement, qu’ils considèrent russophobe, réservé au pays par les médias français, en est un exemple parmi d’autres16

La présence de cette émigration « blanche » en France, entretenant des rapports pluriels à l’Union soviétique comme à la Fédération de Russie, rendait ce centenaire sensible, chargé de discours et d’émotions contradictoires17 . Et bien que la mémoire de cette émigration ait été présente, au moins en filigrane, dans de nombreuses rencontres autour du centenaire en Europe occidentale, la France constitue un cas à part en raison du nombre de ses représentants dans la société mais aussi parmi les historiens de l’Union soviétique. Ceci explique d’ailleurs une certaine ambiguïté des commémorations du centenaire en France, nous y reviendrons.

Sans être un simple « prétexte », ce jubilé fut en effet une occasion saisie judicieusement par leurs organisateurs afin de mettre en avant les grands axes de recherche sur la Russie, qu’ils soient ou non directement liés à 1917. Il est donc nécessaire de replacer ces manifestations dans un agenda plus large, celui de la mise en valeur, aisément compréhensible, de ces institutions et de leurs chercheurs. Il s’agissait d’une belle opportunité pour la recherche sur le monde russe en France, prise en compte avec cohérence dans chacun de ces évènements scientifiques.

Décloisonner et décentrer 1917 : échecs et réussites 

Le deuxième angle que nous identifions est celui qui consistait à penser 1917 en dehors des frontières de la Russie, en portant la focale sur les résonances internationales de cette révolution. Cette volonté de « décloisonnement » coïncide de manière plus générale avec l’agenda historiographique actuel qui entend réinterroger des phénomènes dans des perspectives de recherche « globales », « connectées » et « transnationales ». En l’occurrence, le questionnement posé par ces évènements portait sur les conséquences plurielles de la révolution dans différents contextes plutôt que sur ses origines. Force est néanmoins de constater que selon le paysage académique, cette aspiration au décentrement se traduisit de façon différenciée et ne trouva pas forcément d’ancrage dans les propositions d’interventions. 

Pensé comme le volet « internationaliste » du trio commémoratif du centenaire proposé par le Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC18 ), le colloque « Les trajectoires d’Octobre 1917 : origines, échos et modèles de la révolution », qui avait pour objectif ce décentrement géographique de la révolution, a révélé le contraste entre les annonces et la réalité du champ universitaire français, cloisonné sur le plan disciplinaire et géographique19 . Abordant les révolutions de Février et d’Octobre comme une « boîte à outils » dans laquelle les différents mouvements révolutionnaires à travers le monde ont pioché de manières diverses, le colloque entendait porter l’attention sur les retentissements de la révolution russe dans d’autres aires géographiques. Ce pari de travailler, un siècle plus tard, sur l’écho que le moment révolutionnaire russe eut sur « l’ailleurs » n’a été qu’en partie gagné, en raison du peu de propositions abordant ces thématiques en dehors de la Russie : le colloque fut paradoxalement un lieu d’analyse des dynamiques régionales de la révolution en Russie même. En outre, comme dans les cas précédemment cités, les organisateurs ont noté le caractère désormais peu politisé de 1917, qui ne fait plus référence dans les milieux militants en Russie et en France. 

À l’inverse, le décloisonnement du centenaire de 1917 – par la géographie (conséquences hors de Russie), la périodisation (au-delà de 1917) ou la perspective universitaire (confrontation de disciplines historiques variées) – a été exemplaire en Allemagne. Cette réussite reflète une certaine structure du monde universitaire allemand tant dans ses méthodes que dans ses coopérations avec de nombreuses universités russes. Ces manifestations scientifiques permirent bel et bien d’enrichir le débat transnational sur les révolutions russes, notamment grâce à la tentative de développer une approche globale du centenaire, même si les recherches présentées étaient plus spécifiquement centrées sur la révolution d’Octobre.

Si la période révolutionnaire allemande n’y fut pas abordée de façon isolée, l’héritage intellectuel et historique de l’Allemagne dans les mouvements révolutionnaires russes est souvent apparu en filigrane. Cela se traduisit concrètement par un double mouvement commémoratif – celui du rôle joué par l’Allemagne dans les événements russes et celui du mouvement révolutionnaire allemand –, le tout donnant lieu à l’évocation régulière de la « dimension allemande » des révolutions russes, voire à la promotion d’une perspective allemande de cette histoire20 .

Rappelons en effet l’influence des écrits d’intellectuels allemands tels que Ludwig Feuerbach, Karl Marx, Friedrich Engels ou Franz Mehring sur la réflexion idéologique des révolutionnaires de l’Empire tsariste, mais aussi leur rôle dans la paternité des textes fondateurs du régime bolchévique, ou encore leur influence dans les événements qui menèrent à la révolution d’Octobre21 . Rappelons également les échos de la révolution bolchévique dans ce pays, les tentatives avortées de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, puis l’échec du mouvement révolutionnaire. Cet héritage place l’Allemagne dans une position privilégiée, par rapport à la France et à l’Angleterre, pour évoquer les révolutions russes et, plus largement, dans une situation tout à fait centrale dans les débats sur la révolution d’Octobre. Ce rapport singulier aux révolutions russes et le souci de développer une perspective transnationale permettent de comprendre les divisions qui eurent lieu dans les types de commémorations autant que l’importante place prise par des actions militantes. Les événements liés à la commémoration de la révolution sont en effet devenus une occasion de découvrir et redécouvrir ce ciment communiste de l’engagement politique22 .

La dynamique transnationale a animé les deux colloques allemands qui ont retenu notre attention. Le premier, « The Culture of the Russian Revolution and its Global Impact. Semantics – Performances – Functions », s’est tenu à la Graduate School for East and Southeast European Studies (GS-OSES) de Munich. Organisé à dessein du 2 au 4 juin 2016, soit un an avant l’année du centenaire, ce colloque entendait se concentrer sur « la culture et les legs des révolutions russes23 ». L’accent porté sur le concept de « culture » était l’un des points forts de cette manifestation, qui reflétait la position de l’établissement-organisateur et permettait en même temps une certaine dépolitisation de l’événement. La GS-OSES soutient en effet l’idée que « les phénomènes sociaux et culturels du monde moderne ne peuvent plus être compris isolément » et qu’il est important de se concentrer sur les interconnexions entre les phénomènes de différents domaines24 . L’autre objectif annoncé par les organisateurs était de proposer une « réévaluation de nouvelles perspectives historiographiques de la révolution russe et de faire un tour d’horizon des multiples approches méthodologiques et théoriques25 ». Ce colloque tirait donc surtout son originalité du fait qu’un intérêt tout particulier était porté aux phénomènes transnationaux et aux périphéries géographiques de la révolution, telles que l’Asie centrale, la Chine ou encore le Japon. D’une certaine manière, il donna le ton aux événements qui furent organisé en Allemagne au cours de l’année 2017. 

La seconde manifestation est le colloque international « Regional Revolution(s) – 1917 and its Consequences », organisé à l’Université Justus-Liebig-Universität (JLU) par Thomas Bohn. La conférence insistait sur les échos de la révolution d’Octobre dans les « régions » ou encore les « provinces », mettant en valeur des recherches effectuées dans des universités extra-européennes avec des communications sur la Biélorussie, les Tatars ou encore la lutte pour l’indépendance nationale ukrainienne26 . La notion de « conséquences » – très courante dans d’autres rencontres scientifiques27  – permit aussi de souligner que le processus révolutionnaire ne fut pas isolé en Russie. Ce dernier a pu ainsi être observé comme une évolution progressive des structures et des institutions, ponctué de cataclysmes et de bouleversements. Dans ce cadre, la révolution était abordée sur une période élargie (de 1917 à 1921) et présentée comme le début d’une nouvelle civilisation, d’un nouvel ordre socio-politique, visant la promotion d’un « homme nouveau » ; tout en produisant terreur et violence28 . La conférence aborda le sujet du régionalisme dans la perspective d’une histoire renouvelée des impérialismes et de la décolonisation à la lumière de la révolution d’Octobre. Soulignons que ce cadrage temporel fut l’un des points communs à l’ensemble des événements académiques analysés, ce qui est lié au renouvellement historiographique sur la révolution d’Octobre, élargissant ses marges chronologiques afin d’étudier sa structure socio-politique mondiale.

Cette dernière conférence s’inscrivait par ailleurs dans un vaste ensemble d’événements commémoratifs organisés par la JLU, dont une exposition historique qui s’est tenue à la bibliothèque de l’Université (à laquelle nous reviendrons plus en détail ci-dessous) et un cycle de conférences entre mai et juillet 2017. Ce dernier, intitulé « Russland 1917 : Revolution macht Geschichte » [Russie 1917 : la Révolution fait l’Histoire] se concentrait plutôt sur l’historiographie, insistant sur la place de l’Allemagne dans cette histoire globale29 .

Ces manifestations scientifiques proposèrent en somme une approche des retombées politiques et historiques de ces révolutions, ainsi qu’une analyse des bases intellectuelles et politiques qui rendirent possibles 1917. Cet aspect les distingue des conférences organisées en Europe occidentale, centrées surtout sur les conséquences de ces révolutions. À la différence des événements scientifiques français, les organisateurs, en Allemagne, ouvrirent la réflexion à la révolution régionale et mondialisée, notamment à l’expérience de la révolution spartakiste et à l’engagement communiste des années 192030 . Planait malgré tout sur ces rencontres l’étendard du totalitarisme, qui s’impose d’une manière évidente dans l’étude des conséquences de la révolution d’Octobre, ainsi qu’une certaine incapacité à projeter la problématique révolutionnaire dans le monde contemporain.

Qu’est-ce qu’une politisation de 1917 aujourd’hui ? 

De manière quelque peu étonnante, la politisation de 1917 est réapparue dans un autre pays francophone, la Belgique. Deux colloques, « 1917-2017 : espoirs, utopies et héritages de la Révolution russe31  » et « Il y a cent ans la révolution russe32  » ont eu lieu presque en même temps à Bruxelles, en abordant le moment révolutionnaire de façons radicalement opposées. Si le premier colloque a réuni, au moins en partie, des universitaires aux engagements, passés ou actuels, au sein du Parti communiste belge et au mouvement maoïste, le deuxième a suivi, selon les perceptions des participants au premier colloque33 , la ligne du Livre noir du communisme34 . Se dégage ici une nouvelle fois le double sens de la politisation de 1917, qui oscille entre vénération et rejet brutal, entre nostalgie et dénonciation.

En France, au contraire, très peu d’évènements à tonalité ouvertement politique ont été organisés, reflet, nous semble-t-il, de la « mémoire froide » du communisme dans l’hexagone évoquée par Sophie Cœuré35 . La permanence du parti communiste, l’histoire singulière de sa constitution, ses liens étroits quoique complexes avec l’Union soviétique, expliquent la persistance d’une « mémoire militante », mais cette dernière est aujourd’hui nuancée et ambivalente, notamment dans ses rapports à la Russie. Le contexte mémoriel de ce centenaire y était donc d’une ambiguïté prégnante. Signe de cette politisation ambivalente, les organisateurs du colloque international « Penser l’émancipation », réunissant à l’Université Paris VIII des universitaires et des militants, ont repris comme illustration sur leur site internet une photographie prise lors des manifestations contre les modifications du code de travail avec cette inscription : « 1917-2017. On est chauds36 ». La thématique de 1917 n’a pas été centrale dans ce colloque mais apparaissait dans de nombreux ateliers, notamment par un décentrement spatial de l’événement (« Américaniser 1917 », par exemple).

Dans un tout autre contexte, les tentatives d’inscrire l’événement 1917 dans l’histoire post-soviétique ont dominé les manifestations académiques en Grande-Bretagne. La mémoire des années 1990 a notamment servi de fil rouge lors d’une Conférence annuelle de l’association britannique des slavisants, BASEES. Les organisateurs proposaient de penser le XXe siècle soviétique et russe au travers des différentes temporalités révolutionnaires – les signataires des Accords de Belaveja (1991) se retrouvant à Cambridge pour commenter le moment révolutionnaire de 1917 en tant que « plus grande catastrophe du XXe siècle37  ». Dans ce pays, la tendance était donc tantôt de mettre en valeur les événements russes dans des perspectives historiographique, historique et artistique, tantôt de repenser l’évènement sur la longue durée, au regard d’évènements plus contemporains, sans toutefois négliger la réception des révolutions dans le pays ou son rôle dans la guerre civile38 . Les liens historiques plus distendus entre la Grande-Bretagne et l’Union soviétique, la place minoritaire des partis d’extrême gauche dans l’échiquier politique et les relations diplomatiques particulièrement agitées entre la Grande-Bretagne et la Fédération de Russie en 2017 permettent d’expliquer ce contexte commémoratif, moins chargé qu’en France ou en Allemagne, mais néanmoins très politisé. 

La célébration académique de 1917 a révélé plusieurs malaises. Selon Alain Blum, il n’est pas facile de parler de 17 aujourd’hui39 . Après avoir servi de « souffle » idéologique à de nombreux militants à travers le monde, ce moment révolutionnaire est aujourd’hui « figé » dans un temps passé qui n’inspire que très peu le contemporain. Le deuxième malaise concerne la déterritorialisation de l’événement 1917 : il n’est pas évident d’avoir une perspective internationale sur un événement qui, lui, est territorialisé, comme en ont témoigné les colloques ayant cherché à dépasser une analyse strictement russo-soviétique. Un troisième malaise réside dans la difficulté à trouver un équilibre entre l’analyse des temporalités propres à 1917 et la suite, marquée par « la violente dérive stalinienne et […] l’embourbage brejnévien40  ». Enfin, si les célébrations restent des phénomènes plutôt « nationalisés » engageant peu de discussion entre les trois pays étudiés, la circulation des idées se fait par la mobilité académique de quelques chercheurs renommés (Michael David-Fox, Boris Kolonitskii), ce qui ne fait que souligner l’« intimité » actuelle de ce champ de recherche et la transnationalisation universitaire de l’événement. 

Somme toute, le « malaise commémoratif » n’est pas propre à la seule Russie : malgré une envie évidente en Europe de « commémorer » l’événement, il n’est pas facile de trouver une façon « dépolitisée » d’en parler. Les colloques prennent ainsi souvent forme de rencontres a priori apolitiques dans un contexte (géo)politique très tendu entre la Russie et les pays de l’Union européenne.

Mettre en exposition l’histoire des révolutions

Le centenaire a aussi été l’occasion d’exposer des fonds russes présents dans les archives et bibliothèques européennes : l’année 2017 fut celle d’expositions historiques sur les révolutions – moins nombreuses toutefois que les expositions artistiques – dont le prisme d’analyse était indissociable du lieu dans lequel elles se tenaient.

Donner à voir et à vivre les révolutions 

Les expositions de la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine (BDIC) à Paris – désormais La Contemporaine – et de la British Library à Londres avaient ceci de commun qu’elles proposaient, à partir de documents variés, des récits de la/des révolution(s) fondés sur une historiographie récemment renouvelée, replaçant la révolution d’Octobre dans un contexte global – notamment celui des guerres et de la chute des empires –, mettant en lumière les contextes politiques et sociaux à différentes échelles au sein d’un territoire multinational41 . Au-delà du propos scientifique, ces expositions s’attachaient à conférer une dimension personnelle au parcours de l’exposition, à présenter une histoire incarnée, mise en valeur par une scénographie immersive (reproduction de photographie grands formats, fonds sonores musicaux, douches sonores42 ). Ainsi, ces expositions, comme beaucoup aujourd’hui, étaient guidées par une volonté de procurer une certaine émotion chez les visiteurs, suscitée avant tout ici par le caractère original et authentique des documents présentés43 .

L’exposition de la BDIC, « Et 1917 devient Révolution44  » revêtait une symbolique toute particulière. Elle célébrait en réalité deux centenaires : celui des révolutions russes et celui de l’institution elle-même. Il s’agissait en outre de la dernière exposition de la BDIC dans ce lieu. Débuté en 2013, le projet entendait « mettre le patrimoine documentaire [de la BDIC] en exposition45  ». La BDIC a de fait un lien historique avec la Russie, et possède des fonds russes et slaves uniques, enrichis depuis 191746 , et déjà présentés lors d’expositions consacrées aux Révolutions russes ou à la Russie47 .

Affiche de l'exposition "Et 1917 devient Révolution "

L’approche choisie était non pas de traiter des révolutions comme objets autotéliques, mais bien de partir de l’année 1917 en tant qu’« événement » pour évoquer les multiples ressorts et conséquences de ces phénomènes révolutionnaires au niveau national et international. Deux rencontres scientifiques accompagnaient l’exposition dans cette démarche : le colloque international « Trajectoires d’Octobre 1917 : origines, échos et modèles de la Révolution », évoqué précédemment, et une journée d’étude en l’honneur de l’historien français de la révolution Marc Ferro48 . Les recherches menées pour l’exposition ont aussi donné lieu à un catalogue qui, proposant une vision d’ensemble du moment révolutionnaire, se présente comme une contribution scientifique importante49 . La période traitée dans le cœur de l’exposition était relativement courte (de la fin de l’année 1916 jusqu’à la fin de l’année 1918), bien que la salle finale fût dédiée aux représentations artistiques, célébrations et aux mémoires de ces révolutions. Cette chronologie resserrée permettait néanmoins d’aborder le kaléidoscope d’enjeux que recouvrent les phénomènes révolutionnaires russes, leurs conséquences et leurs échos jusqu’en France.

La richesse de l’iconographie participait de la volonté de rendre compte des multiples facettes de 1917 : aux documents écrits s’ajoutaient des affiches, des photographies, des extraits de revues et de journaux, mais aussi des films, des objets ou encore des tableaux. Une attention toute particulière était portée aux ego-documents et aux objets personnels susceptibles de transmettre une émotion. Les films présentés, autant que les douches sonores récitant des textes ou les dispositifs multimédias contribuaient quant à eux à « faire vivre » les révolutions – l’exposition a d’ailleurs été l’occasion d’enrichir le fonds de la BDIC de ces films50 . Issus en majorité des fonds de la BDIC, ces artefacts provenaient en outre d’archives personnelles et d’institutions étrangères (archives et/ou bibliothèques russe, géorgienne et ukrainienne). Compte-tenu des relations diplomatiques fluctuantes entre la Russie et la France, et tendues entre la Russie, l’Ukraine et la Géorgie, l’exposition ne s’est toutefois placée sous aucun patronage, et s’est revendiquée d’une démarche avant tout universitaire, à distance des enjeux géopolitiques. 

Grandiose, tant par le nombre d’artefacts présentés que par sa scénographie, l’exposition proposée par la British Library, « Russian Revolution : Hope, Tragedy, Myths » s’inscrivait dans une dynamique similaire à celle de la BDIC, tout en ayant été pensée, mise en place et inaugurée dans un contexte institutionnel et politique sensiblement différent51 .

De nationalité russe, la commissaire principale de l’exposition, Ekaterina Rogatchevskaia – directrice du département des collections européennes et américaines de la British Library – nous a précisé que l’idée originale de l’exposition avait été proposée par une collègue dès 201052 . Convaincue par la pertinence du projet au regard des collections disponibles, elle se lança dans la première exposition consacrée aux révolutions russes à la British Library. Les fonds de cette bibliothèque regorgent de « livres constructivistes » dont l’esthétique est on ne peut plus évocatrice de la Russie bolchévique. Mais Rogatchevskaia souligne que « c’est précisément le type d’exposition qu’[elle] ne souhait[ait] pas faire53 ». La commissaire entendait en effet proposer une approche plus scientifique de la révolution russe et se positionner de façon originale par rapport aux autres événements culturels prévus à Londres – or les grands musées de la capitale britannique ont concentré leur attention sur les représentations artistiques de la révolution, et notamment sur les œuvres produites par les « avant-gardes », nous y reviendrons.

Ainsi a-t-il été décidé que l’exposition se fonderait sur un ensemble de documents d’archives permettant de « raconter l’histoire » de la révolution au visiteur et d’en expliquer les ressorts, de la fin du XIXsiècle au milieu des années 1920, c’est-à-dire peu ou prou de l’arrivée de Nicolas II au pouvoir (1894) à la mort de Lénine (1924). L’exposition s’est appuyée pour se faire sur un nombre impressionnant d’artefacts, issus des collections de la bibliothèque, de collections particulières et d’institutions étrangères telles que l’Imperial War Museum, le Victoria & Albert Museum ou le Musée historique de Berlin. Très peu de prêts d’institutions russes donc : selon Ekaterina Rogatchevskaia, dans la mesure où ces dernières ne savaient pas ce qui allait se passer en Russie, elles ne pouvaient s’engager pour des prêts – d’où, plus largement, le peu d’implication (et la difficulté de s’impliquer) des institutions russes dans les expositions liées au centenaire en dehors du territoire.

Red line
Red line

Rideaux rouges et chandeliers, témoignant de l’opulence des tsars, accueillaient le visiteur. Ce dernier se déplaçait ensuite autour d’une structure centrale intitulée la « ligne rouge » (The Red Line), pensée comme une « barricade autant symbolique que littérale », le guidant et le dirigeant à travers les évènements54 . Dans la même logique, tout le parcours était conçu autour d’une structure rouge, tantôt support de panneau ou réceptacle d’objets, véritable œuvre d’art en elle-même55 . Le projet même de l’exposition était de « faire vivre » le moment révolutionnaire, de plonger le visiteur dans le quotidien des citoyens qui avaient vécu cette période, et ce afin de l’investir dans le propos tenu, de l’éclairer sur la complexité des processus à l’œuvre et la pluralité des points de vue, le renvoyant ainsi vers sa propre expérience.

 

L’approche choisie était ainsi, à la différence de la BDIC, de ne pas traiter l’événement mais plutôt de considérer le terme de « révolution » au sens large et d’envisager l’année 1917 comme le cœur de l’exposition tout en présentant ses multiples et complexes ramifications historiques. Cette double approche entremêlant histoire globale et personnelle coïncide avec le renouveau historiographique précédemment évoqué, impulsé par les recherches anglo-saxonnes et russes. En outre, l’ambition de cette exposition, mise en exergue dès l’introduction du catalogue qui l’accompagnait, était ni plus ni moins que de contribuer à une meilleure compréhension du monde contemporain : 

Cent ans après la révolution qui a ébranlé la Russie telle une tempête, le temps est sûrement venu de réexaminer ce qu’il s’est passé, comment cela s’est produit et pourquoi les leçons que nous pouvons en tirer continuent de forger notre perception et notre compréhension du monde dans lequel nous vivons. Trouver de nouveaux faits sur la révolution, de nouveaux prismes pour les réexaminer et les réinterpréter permet de produire de nouveaux discours dans lequel le phénomène de la Révolution russe peut être utilisé comme une référence pour des débats sur les situations politiques actuelles56 .

Cette ambition ne peut être comprise sans avoir en tête les relations russo-britanniques particulièrement tendues en 2017 et le rapport singulier de la Grande Bretagne à cet événement historique. Cette vocation à traiter du passé révolutionnaire à l’aune du présent et, réciproquement de saisir le présent à l’aune du passé, est typique du traitement mémoriel de 1917 en Grande-Bretagne57 . Cette référence au présent vient combler une mémoire moins vive des révolutions russes qu’en France ou en Allemagne, et fait aussi écho au contexte politique difficile avec la Russie, replacé de la sorte dans la longue durée.

Affiche Russian Revolution (crédit photo : Julie Deschepper)

Russian Revolution

Le titre de l’exposition, validé après une enquête auprès du public, reflète tout l’enjeu de communication autour d’une telle exposition : les trois mots forts de sens qui viennent qualifier « la » révolution (espoir, tragédie, mythes), démontrent une volonté salutaire d’aborder l’événement sous plusieurs angles et de confronter plusieurs discours, acteurs et perceptions au cours de l’histoire.

De fait, sous une apparente neutralité, cette exposition donnait à voir en creux une perception très critique de la révolution. C’est pourtant son apolitisme affiché, la présentant comme un évènement académique, qui a contribué à son succès. Les réactions personnelles des visiteurs ont, quant à elles, plutôt été neutres – seuls quelques visiteurs se réclamant de l’« extrême gauche », et notamment « quelques trotskistes », se sont plaints58 . En revanche, les organisateurs ont été surpris du nombre de messages de visiteurs souhaitant partager leurs histoires familiales, et faisant même parvenir des documents issus de leurs archives personnelles. Ces réactions témoignent de la réussite de l’exposition et prouvent combien cette révolution fut un événement international dont les « connexions » sont encore perceptibles aujourd’hui. 

Exposer les échos des révolutions

Dans le paysage muséographique, les échos et les perceptions nationales des révolutions ont eu la part belle. À Montreuil, le Musée de l’Histoire Vivante a monté deux expositions : « Les révolutions russes vues de France 1917-1967 » et « L’histoire des soldats russes en France et la mutinerie du camp de la Courtine 59 ». Ouvert le 23 mars 1939, l’année du 150e anniversaire de la Révolution française, le musée portait en lui un projet politique dès son origine. Fondé par trois personnalités communistes – Jacques Duclos, député de la circonscription, Fernand Soupé et Daniel Renoult respectivement maire et conseiller général de Montreuil – ce musée est une « création politique et culturelle du PCF », installée à dessein dans une « banlieue rouge ». S’il était voué alors à proposer une contre mémoire populaire de la Révolution française, il se définit aujourd’hui encore comme un « musée d’histoire populaire, ouvrière et sociale, accessible à tous60 ». Ses collections s’étendent du XVIIIe au XXe siècle, les expositions traitent de sujets relatifs à « l’histoire sociale, politique et culturelle », à « l’histoire du socialisme, du communisme et des courants libertaires61 ». Les deux expositions sur Octobre, centrées sur sa réception, ses représentations et ses échos en France, entendaient dans cette perspective mettre en scène différentes lectures, utilisations, instrumentalisations de cette révolution par le mouvement ouvrier français en 1917, travailler sur l’écriture du « récit révolutionnaire » des événements des années 1905 à 1917 et poursuivre jusqu’en 1967 sur les anniversaires des Révolutions. 

En Allemagne, l’exposition organisée à la bibliothèque de l’université JLU à Giessen « Der Kommunismus in seinem Zeitalter » [Le communisme à son époque] accompagnait la conférence tenue au début du mois d’octobre dans la même université62 . Elle était composée de plus de 200 photographies et documents d’archives, et de multiples QR-codes permettaient des recherches approfondies sur différentes thématiques ou encore le visionnage de vidéos. L’ensemble, quelque peu hétérogène, était uni par la thématique générale du « communisme ». De fait, le centenaire y était plutôt l’occasion d’évoquer une histoire plus générale, incluant la période stalinienne, l’activité de Mao ou encore celle de Rudi Dutschke, sociologue marxiste allemand des années 1960‑1970. De nouveau, l’héritage de l’expérience historique en Allemagne s’est reflété dans cette lecture du communisme qui n’est pas particulièrement russo-soviétique, de même que l’expérience révolutionnaire et il existe d’autres manières à approprier ces concepts. 

Enfin, une autre manière de faire vivre le moment révolutionnaire à large public a été proposée par le projet « Zürich-Petrograd einfach » [Zurich-Petrograd, aller simple], reconstitution historique du voyage en train de Lénine depuis Zurich jusqu’à la capitale de la révolution russe. Produite par une troupe de théâtre (la compagnie Thorgevsky & Wiener), elle eut lieu le 9 avril 2017 – cent ans, jour pour jour, après le départ de Lénine. Une locomotive de 1904 a effectué un voyage « panoramique » de Zurich jusqu’à la ville frontalière avec l’Allemagne, Schaffhouse, lieu de passage attesté du train. Trois cents voyageurs ont assisté à une représentation costumée de trente exilés russes, avec Lénine pour héros principal63 . Cette reconstitution commémorative faisait partie d’une journée d’événements « multi-perspectives64 » en coopération avec les universités de Bâle, de Zurich, de Berne et le Musée national de Zurich, dont plusieurs tables rondes grand-public et conférences historiques se donnant pour but d’analyser l’inscription de la révolution d’Octobre dans l’histoire politique et le monde actuel. Le projet avait pour fondement l’ambivalence de la révolution d’Octobre, présentée simultanément comme une catastrophe et comme la recherche d’une utopie. Le souhait de revisiter l’histoire par ce prisme événementiel souligne l’idéalisation de cette époque comme le maintien d’une sorte de fascination pour le chef révolutionnaire (qui passe sous silence tout dispositif de la répression). Ainsi, 1917 fut présenté comme lointain, utopique et inadapté aux problématiques du monde contemporain.

Les expositions artistiques : « oublier » la révolution, célébrer les « avant-gardes » ?

Pour compléter ce panorama des commémorations, il est nécessaire de mettre en lumière une autre tendance très nette à l’échelle européenne : celle de l’exposition de la révolution par les avant-gardes.

« Revolution : Russian Art 1917-1932 » est représentative de ce mouvement, quoiqu’assez unique dans son traitement de cette période artistique65 . Présentée à la Royal Academy of Arts de Londres, cette exposition a suscité de vives réactions : splendide pour les uns, insupportable pour les autres, elle a confirmé combien la révolution d’Octobre – ou, plutôt, l’histoire de l’Union soviétique à laquelle elle était systématiquement associée – est toujours sujette à des réactions épidermiques. En témoignent ces quelques phrases issues dans la presse britannique : « c’est avant tout une véritable leçon d’histoire plutôt que, disons, une exposition de peintures exceptionnelles » ; « nous ne pouvons pas célébrer l’art russe révolutionnaire : c’est juste de la propagande brutale », « l’exposition sur l’art révolutionnaire de Londres omet d’évoquer Trotsky et, plus généralement, est dénuée de tout type de vérité historique66 ».  

Inspirée de l’exposition consacrée aux artistes de la RSFSR depuis 1917 présentée au Musée russe de Leningrad en 1932, l’exposition de la Royal Academy of Arts avait pour principal enjeu de mettre au jour l’effervescence artistique de la période 1917‑1932 durant laquelle, selon les commissaires, les « possibilités semblaient infinies et l’art florissait dans tous les mediums67 ». Au-delà de la présentation des artistes attendus, tels Malevitch ou Chagall, se trouvaient exposés des artistes ou des œuvres moins connus du grand public, dans une scénographie sobre mais efficace. C’est plutôt le propos de l’exposition qui a attisé les critiques et interrogé les spécialistes.

Ainsi qu’exprimé dans les outils de communication, l’exposition aspirait en effet à mettre en valeur « la période la plus tourmentée de l’histoire contemporaine au regard de son art révolutionnaire (groundbreaking68 ». Ambitieuse, donc, elle n’en restait pas moins ambiguë et, contrairement aux annonces, assez simplificatrice sur certains points : entremêlant maladroitement les aspects politiques, les trajectoires personnelles des artistes, leurs modes d’expression et le contenu de leurs œuvres. Elle ne parvint en somme ni à sortir des idées reçues sur la production artistique durant la période soviétique, ni à se démarquer d’une historiographie manichéenne.

Cette historiographie est d’abord identifiable dans la chronologie choisie qui s’ancre dans une vision désormais dépassée, présentant la production artistique de ces années comme un vase-clos tant chronologiquement que géographiquement, ce qui revenait à laisser de côté tout un pan des avancées scientifiques récente qui démontrent notamment la perméabilité et les porosités de l’art durant cette période69 . Ensuite, bien que les commissaires entendaient aller au-delà de l’idée reçue selon laquelle toutes les œuvres postrévolutionnaires ne sont que « propagande » – les artistes étant, d’une façon ou d’une autre, « téléguidés » par le « pouvoir » –, l’exposition n’échappait pas à une dualité permanente entre la présentation d’un « art utopiste face à la dure réalité ». Elle peinait ainsi à sortir soit de l’idée de l’artiste politiquement neutre soit de la dépolitisation des œuvres. Par ailleurs, aspirant à montrer l’ampleur d’un mouvement artistique, il reste très problématique que cette exposition ne présente, même par facilité de communication, cet art comme uniquement « russe ». 

Enfin, la dernière salle de l’exposition interrogeait à plusieurs égards. Intitulée « Salle de la mémoire », elle présentait dans une pièce sombre les photographies des artistes victimes des répressions politiques dans les années 1930. Ce point final venait ainsi montrer le « côté obscur » de la révolution, ce qui semblait nécessaire dans une institution telle que la Royal Academy of Arts. Les critiques de l’exposition ont en effet été focalisées sur ces aspects politiques plutôt que scientifiques : certains ont remis en cause le principe même d’exposer un État qualifié de « totalitaire » et, partant, un « art totalitaire »70 . Ainsi, cette exposition témoigne de la difficulté à articuler les œuvres d’art avec le contexte politique de leur création, à jongler entre la beauté d’une œuvre et la critique du contexte idéologique qui l’a suscitée.

L’exposition du Design Museum de Londres, « Imagine Moscow : Architecture, Propaganda, Revolution » jouait quant à elle sur un tout autre registre71 . Elle proposait une réflexion sur l’utopie de la révolution dans le domaine de l’architecture, et ce à partir de six projets architecturaux des années 1920‑1930 jamais réalisés : la Maison commune (Nikolaj Ladovski, 1920), le gratte-ciel Nuage de métal (El Lissitzky, 1924), l’Institut Lenine (Ivan Leonidov, 1927), l’Usine « de santé » (Nikolaj Sokolov, 1928), le Narkomtiajprom (projets de Konstantin Melnikov, des frères Vesnines et d’Ivan Leonidov, 1934-1936) et le Palais des Soviets (Boris Iofan, 1932).

Affiche Imagine Moscow

Imagine Moscow 

Ce travail sur l’urbanisme soviétique, tissant des liens avec l’architecture contemporaine, était original à plusieurs égards. Dans une scénographie sophistiquée, en forme de spirale (écho au caractère illusoire des projets), étaient exposés, aux côtés d’artefacts attendus (affiches de propagande, vaisselle, textiles, ouvrages et extraits de films), des matériaux souvent inédits, parmi lesquels des plans, dessins, esquisses des bâtiments, mais aussi leurs reproductions en 3D. L’exposition était dans le même temps représentative de la permanence de l’image associée à la révolution d’Octobre : celle d’un rêve jamais accompli, d’une vision idéalisée de la réalité. Les expressions dominant les outils de communication, telles que « dream-like projects » [projets oniriques], « alternative reality » [réalité alternative] renforçaient cette idée72 : signes de la fascination pour cette révolution et révélateur en creux du public cible (non seulement des passionnés et/ou connaisseurs d’architecture et de design, mais aussi des jeunes « hipsters » attirés par les possibles désormais clos proposés par cette révolution). L’exposition s’achevait enfin par une salle, détachée du reste du parcours dédiée au Mausolée de Lénine sur la place Rouge, rompant ainsi avec la logique générale. Ce choix peut être compris comme une nécessité en termes de communication (le public attendant de reconnaître au moins un bâtiment), comme une manière de montrer que la mort de Lénine marqua une rupture dans l’histoire de l’Union soviétique, ou encore, en extrapolant certainement un peu, comme un moyen de suggérer que l’utopie révolutionnaire perdura à travers la figure éternellement conservée de Lénine et des innombrables reproductions statuaires dont il a fait l’objet73 .

À Berlin, l’exposition « Café pittoresque » organisée à la galerie Contemporary Fine Arts entre le 5 novembre 2016 et le 4 mars 2017 rendait hommage au célèbre café Pittoresk du quartier Kouznetski Most à Moscou. Fondé par Vladimir Maïakovski et Velimir Khlebnikov, décoré par Vladimir Tatline, Alexandre Rodtchenko et d’autres artistes d’avant-garde en 1917, ce café devint un lieu de rencontre entre les futuristes et les révolutionnaires autour de la figure de Maïakovski et représente dans l’histoire de l’art une œuvre d’art totale (Gesamtkunstwerk)74 . Les bornes chronologiques de l’exposition étaient très larges, les productions artistiques présentées très diverses (peinture, dessin, sculpture, photographie, affiche). Les œuvres clés étaient les séries d’affiches de propagande de l’Agence téléphonique russe – connues sous le nom de « fenêtres de ROSTA » – créées entre 1919 et 1922. Les organisateurs avaient aussi pour objectif d’illustrer la pertinence des « innovations artistiques radicales qui ont accompagné la révolution d’Octobre » dans l’art d’aujourd’hui. Des œuvres contemporaines, comme celle de l’artiste allemand Albert Oehlen Rodchenko I. Rodchenko II (1982), tentaient donc d’illustrer les répercussions du constructivisme, du suprématisme et de l’agitprop sur la création actuelle. Dans la scénographie, les œuvres d’art de l’époque révolutionnaire se confondaient avec celles des artistes contemporains sous l’œil de multiples portraits photographiques de Maïakovski. La révolution d’Octobre n’était donc pas considérée comme un événement clos, mais bien comme l’ouverture vers une nouvelle création artistique.

L’abondance commémorative autour des révolutions de 1917 en Europe occidentale s’explique tant par l’intérêt porté à des événements qui suscitent encore fascination, crainte ou interrogations, que par l’effet d’opportunité du centenaire pour les différentes institutions universitaires et culturelles. Elle peut également être analysée au regard des relations passées et présentes avec l’Union soviétique et la Fédération de Russie, en fonction de l’importance de l’émigration russe dans tel ou tel pays, ou encore du rôle et de la place des partis politiques d’extrême gauche.

Le centenaire a été l’occasion de dresser un bilan historiographique et d’ouvrir de nouveaux champs de recherches. Le moment révolutionnaire, réinscrit dans le cadre de l’histoire globale ou croisée, continue de susciter un fort intérêt – l’enjeu est alors d’analyser ses retombées sur des aires géographiques éloignées de la Russie et sur les processus de décolonisation qui ont marqué la deuxième moitié du siècle passé. Pour ce qui est de l’étude d’Octobre, les préoccupations scientifiques ont été déplacées depuis le noyau vers les « marges » de l’empire russe et les régions reculées. Par ailleurs, ce n’est certainement pas un hasard si plusieurs colloques ont été conçus en lien avec des expositions consacrées à la révolution, à son héritage ou son patrimoine : l’intérêt pour l’art révolutionnaire est attesté par le nombre toujours plus important de travaux lui étant consacrés, tandis que l’histoire du moment révolutionnaire en lui-même attire peu de jeunes chercheurs. 

En Allemagne, en France et en Grande-Bretagne, l’année 2017 a également suscité des réflexions sur les mémoires plurielles et contradictoires des révolutions russes, sur ses représentations mouvantes et sur les relations bilatérales de ces trois pays avec l’URSS et la Fédération de Russie. Cette célébration a en outre permis de voir comment l’histoire et les mémoires de cet événement se transforment en objets muséographiques et artistiques mettant en parallèle les histoires et mémoires globales ou personnelles de 1917. 

En Allemagne, les échos d’Octobre autant que les parentés intellectuelles entre révolutionnaires bolchéviques et intellectuels allemands ont pu être mises en lumière dans un paysage culturel et scientifique marqué par le décloisonnement de la réflexion. En Grande-Bretagne, la démarche fut plutôt de mettre en perspective l’histoire de ces révolutions, interprétées au prisme des collections et des archives disponibles dans le pays, en insistant aussi sur la filiation avec des événements récents. De manière plus générale, les expositions présentées dans les trois pays avaient à cœur de montrer combien les vestiges de 1917 sont ancrés dans le contemporain et contribuent à mieux saisir les évolutions du monde actuel. En France, cette célébration a été l’occasion de s’intéresser aux « traces » de l’événement et de confronter les différentes mémoires associées aux phénomènes révolutionnaires russes. Plusieurs projets ont associé la France et la Russie, pour évoquer la mémoire des Russes « blancs » ou le Corps expéditionnaire russe, mais toujours dans le cadre d’une « mémoire [désormais] froide ». Cette approche contraste notamment avec la célébration du cinquantenaire de mai 68 en 2018, événement qui semble quant à lui toujours représenter une forme contestataire en cohérence avec les mouvements sociaux contemporains. Cette célébration a en effet donné lieu à des manifestations organisées par ou avec la participation d’acteurs de mai 68 visant la transmission de l’expérience de cette mobilisation aux nouvelles générations de militants75 . Le cinquantenaire fut en outre un prétexte pour revenir sur les relations entre les « mai 1968 » à l’échelle internationale, allant de l’offensive du Têt pour le nouvel an vietnamien, jusqu’aux luttes armées de la gauche radicale à Santiago de Chili, dans la perspective de construire de nouvelles solidarités internationales76 . Tout ceci a été quasiment absent du centenaire de 1917, notamment parce que la révolution est vue et étudiée à travers ses « conséquences », rendant ainsi parfois difficile la distinction entre le moment révolutionnaire et la période stalinienne qui l’a suivi.

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1

Emilia Koustova, « Un malaise commémoratif : la Russie face au centenaire de sa révolution », in Arnaud Dubien (dir.), Russie 2017. Regards de l’Observatoire franco-russe, Paris, 2017, p. 497-505.

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2

Pour saisir avec fermeté les enjeux mémoriaux soulevés par les révolutions en Russie, consulter les travaux de Korine Amacher, et notamment : « Révolutions et révolutionnaires en Russie. Entre rejet et obsession », Revue d’études comparatives Est-Ouest, vol. 45, n° 2, 2014, p. 129-173 ;

« Fêter une révolution sans donner des idées », Le Monde Diplomatique, mars 2017, p. 18.

 

Voir aussi les articles d’Emilia Koustova : « Un malaise commémoratif : la Russie face au centenaire de sa révolution », in Arnaud Dubien (dir.), Russie 2017. Regards de l’Observatoire franco-russe, Paris, 2017, p. 497-505 ; « Qui veut encore célébrer 1917 ? », L’Histoire, février 2017, n° 432.

 

En outre : Maria Ferretti, « La mémoire impossible », Cahiers du monde russe, 58/1-2, 2017. 

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3

La nécessité d’écrire une l’historiographie croisée des révolutions russe en Europe est soulignée par Sophie Cœuré et Sabine Dullin dans « 1917, un moment révolutionnaire » (Vingtième Siècle. Revue d’Histoire, n° 135, 2017, p. 7) et par Peter Holquist (« The Russian Revolution as Continuum and Context and Yes – as Revolution », p. 81).

 

Récemment l’ouvrage de Jean-François Fayet, Valérie Gorin et Emilia Koustova, Le Spectacle de la Révolution. La culture visuelle des commémorations d’Octobre (Lausanne, Antipodes, 2017) a permis d’ouvrir des perspectives prometteuses dans ce champ de recherche. L’histoire comparée et croisée du moment révolutionnaire est en soi peu développée, excepté les travaux de Stephen Smith (Revolution and the People in Russia and China. A comparative History, Cambridge, 2008). 

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4

Un recensement partiel des événements ayant eu lieu en 2017 est disponible sur le carnet hypothèses animé par Olga Bronnikova, Julie Deschepper, Marijaa Podzorova, Anna Shapovalova, Elena Smirnova et Natalya Yatsenko : https://1917.hypotheses.org.

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5

Intervention de Marc Lazar lors du colloque « Les trajectoires d’Octobre 1917 : origines, échos et modèles de la révolution », cité par Alain Blum, organisateur de ce colloque lors d’un entretien réalisé le 25 mai 2018 à Paris.

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6

 « Construction et déconstruction d’une mémoire de la révolution de 1917 en Russie contemporaine », Université Grenoble Alpes, 26-27 octobre 2017. 

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7

 Depuis plusieurs années, Memorial mène un projet, intitulé « La gauche en Russie : histoire et mémoire publique », sur les représentants de la « gauche non-totalitaire » actifs en 1917, tels que les anarchistes, les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks. L’intervention avait pour objectif de présenter le site internet rassemblant les biographies des principaux représentants de ces « autres gauches », fruit d’un travail collectif en histoire réalisé en lien avec le séminaire éponyme.

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8

Communication d’Anna Sorokina et Valeria Kasamara (« Politique de la mémoire en Russie contemporaine : 1917 vu par la génération postsoviétique ») au colloque « Construction et déconstruction d’une mémoire de la révolution de 1917 en Russie contemporaine ».

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10

Georges Nivat (dir.), Les Sites de la mémoire russe, t. I, Géographie de la mémoire russe, Paris, Fayard, 2007 ;

 

Jutta Scherrer, « Anciens / nouveaux lieux de mémoire en Russie », Outre-terre, n° 19, 2007, p. 187-194 ;

 

Luba Jurgenson, Elisabeth Gessat-Ansett, Le Goulag en héritage. Pour une anthropologie de la trace, Paris, Éditions Petra, 2009 ;

 

Taline Ter Minassian, Patrimoine et architecture dans les États post-soviétiques, Rennes, PUR, 2013 ;

 

Korine Amacher, Wladimir Berelowitch, Histoire et mémoire dans l’espace postsoviétique. Le passé qui encombre, Louvain-la-Neuve, Academia-L’Harmattan, 2013 ;

 

Julie Deschepper « Mémoires plurielles et patrimoines dissonants : l’héritage architectural soviétique dans la Russie poutinienne », Le Mouvement Social, n° 260, 2017, p. 35-52. 

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11

Colloque organisé en partenariat avec Inalco, l’Institut CGT d’Histoire Sociale de la Métallurgie, la Maison des Métallos, Musée archéologique du Val d’Oise (Conseil départemental du Val-d’Oise), avec le soutien de l’Institut National de recherches archéologiques préventives et de la Mairie de Baillet-en-France.

La place accordée à l’archéologie contemporaine et à l’histoire croisée de la France et de l’URSS, autant que les partenariats avec des institutions culturelles, contribuèrent à faire de ce colloque un événement plutôt original dans le paysage scientifique français.

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12

« La naissance d’un patrimoine soviétique en France : une archéologie du pavillon de l’URSS à l’Expo 37 », commissariat de Julie Deschepper et Français Gentili, 6 octobre-5 novembre 2017, Inalco et BULAC.  

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13

« Regards croisés sur la mémoire de la révolution russe en exil (1917-2017) », ENS de Lyon, Université Jean Moulin Lyon 3, 24-25 octobre 2017.

Le colloque s’inscrit dans le projet « Mémoire » porté par cette dernière université.  

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14

 Expositions organisées du 17 octobre au 22 novembre 2017 par Anne Maître, Laurence Vialaron, Aurélien Demars et Tatiana Sudarikova. Sur ces deux expositions

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15

Voir par exemple les travaux sur la renaissance de la politique de l’État avec les « diasporas » russes : Olga Bronnikova, « La fabrique de l’histoire des relations entre l’État russe et “ses” émigrés. Entre histoire “objective” de la Russie et histoires “subjectives” des migrants militants contestataires », Temporalités, n° 22, 2015 ;

 

Anne de Tinguy, « La Russie et les “compatriotes” de l’étranger. Hier rejetés, demain mobilisés ? », in S. Dufoix, C. Guerassimoff, A. de Tinguy (dir.), Loin des yeux, près du cœur. Les États et leurs expatriés, Paris, Presses de Sciences Po, 2014. 

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16

 Lettre ouverte rédigée par le couple Schakhovskoy.

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17

Tamara Kondratieva, Bolcheviks et Jacobins. Itinéraires des analogies, Paris, Payot, 1989 ;

 

Marie-Pierre Lavabre, Le Fil rouge. Sociologie de la mémoire communiste, Paris, Presses de la FNSP, 1994 ;

 

Marc Lazar, Le Communisme, une passion française, Paris Perrin, 2005 (2002) ;

 

Romain Ducolombier, Camarades ! La naissance du Parti communiste en France, Paris, Perrin, 2010 ;

 

Eric Aunoble, La Révolution russe, une histoire française. Lectures et représentations depuis 1917, Paris, La Fabrique, 2016 ; 

 

Sophie Cœuré, « Un passé peu encombrant. La mémoire d’Octobre 1917 entre l’Union soviétique et la France », Le Débat, n° 196, 2017, p. 141-150.

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18

Les deux autres événements sont l’exposition « Et 1917 devient la révolution » de La Contemporaine (BDIC) évoqué plus loin dans cet article, et le séminaire central du CERCEC qui a été consacré en 2017 aux nouvelles approches dans l’étude de la révolution. 

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20

 Voir notamment : Jean-François Fayet, Karl Radek (1885-1939). Biographie politique, Bern, Peter Lang, 2004, p. 415-418.

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21

 Au sujet de relations idéologiques, économiques et socio-politiques germano-soviétiques voir : Karl Eimermacher (dir.), Rossiâ i Germaniâ v XX veke. Tom 1, Obol’ščenie vlast’û. Russkie i nemcy v Pervoj i Vtoroj mirovyh vojnah, Moskva, AIRO-XXI, 2010.

 

Sur la traversée du train de Lénine, voir : Marc Reichwein, « Lenins Zug : Catherine Merridale über die Revolution 1917 », Welt.de, 6 avril 2017.

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23

Questionnaire rempli par Christoph Hilgert et reçu le 21 août 2018.

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24

Questionnaire rempli par Christoph Hilgert et reçu le 21 août 2018.

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26

 « Regional Revolution(s) – 1917 and its Consequences », Université Justus-Liebig-Universität, 9 au 10 novembre 2017.

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27

Voir notamment : « Collapsed Empires. The consequences of 1917 in the Mediterranean and the World », Facultad de Geografia e Historia, UCM, Madrid, du 15 au 17 novembre 2017 ;

 

« Beyond the Revolution in Russia. Narratives – Spaces – Concepts. A 100 Years since the Event », Charles University, Faculty of Arts, Prague, du 7 au 9 novembre 2017 ;

 

« Echoes of the 1917 Russian Revolution ; Decades of Radicalism and Red Scares in the Labour Movements of the Pacific Northwest », Labour History Conference, Vancouver, du 26 au 28 mai 2017.

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28

« Regional Revolution(s). 1917 and its Consequences in the Province », H-Soz-Kult. Kommunikation und Fachinformation für die Geschichtswissenschaften, 9 décembre 2017.

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Eric D. Weitz, Creating German Communism 1890-1990. From Popular Protest to Social State, Princeton, Princeton University Press, 1997, p. 98.

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31

Le colloque « 1917‑2017 : Espoirs, utopies et héritages de la Révolution russe » (Bruxelles, 2-4 novembre 2017) a été organisé par une équipe mixte réunissant les universitaires, syndicalistes et militants : Centre des Archives du communisme en Belgique ; Centre d’Histoire et de Sociologie des Gauches (CHSG, ULB) ; Institut Marcel Liebman ; Faculté de Philosophie et Sciences Sociales de l’ULB ; Université populaire de Bruxelles ; Formation Léon Lesoil ; FGTB de Bruxelles ; Association des amis de Jost Steiger (Lausanne) ; Fonds national de la Recherche scientifique (FNRS).

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32

« Il y a cent ans la révolution russe », Académie royale de Belgique, 13-14 novembre 2017.

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33

Une des co-auteurs de cet article, Olga Bronnikova, a assisté au colloque et a pu échangé avec ses organisateurs et le public. 

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34

Le colloque a été en grande partie animé par Stéphane Courtois sous la plume duquel a récemment paru Lénine, l’inventeur du totalitarisme (Paris, Perrin, 2017). 

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35

 Sophie Cœuré, « Un passé peu encombrant. La mémoire d’Octobre 1917 entre l’Union soviétique et la France », Le Débat, n° 196, 2017, p. 141-150.

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36

Colloque « Penser l’émancipation », Université Paris 8 Saint-Denis, 13-16 septembre 2017.

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38

 Consulter par exemple le site « The Russian Revolution and Britain » qui met en ligne des collections du Modern Record Center de l’Université de Warwick et qui met en particulier en valeur les perceptions évolutives de la Révolution d’Octobre par le mouvement du Parti travailliste (Labour Party). 

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39

Entretien avec Alain Blum, un des organisateurs du colloque « Les trajectoires d’Octobre 1917 : origines, échos et modèles de la révolution » (19-21 octobre 2017, Bulac et EHESS), le 25 mai 2018, Paris. 

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41

 Sur les évolutions de l’historiographie, consulter : Sophie Cœuré, Sabine Dullin, « 1917, un moment révolutionnaire », Vingtième Siècle. Revue d’Histoire, n° 135, 2017, p. 2-17.

 

Sur les travaux introduisant une dimension globale et transnationale voir notamment : Peter Holquist, Making War. Forging Revolution. Russia’s Continuum of Crisis, 1914-1921, Cambridge, Harvard University Press, 2002 ;

 

Michael Reynolds, Shattering Empire. The Clash and Collapse of the Ottoman and Russian Empire, 1908-1918, Princeton, Cambridge University Press, 2011 ;

 

Joshua Sandborn, Imperial Collapse. The Great War and the Destruction of the Russian Empire, Oxford, Oxford University Press, 2014.

 

Plus récemment, voir les travaux de Steven Smith qui réinsèrent la revolution dans la longue durée : Russia in Revolution. An Empire in Crisis, 1890-1928, Oxford, Oxford University Press, 2017 ; et Matthew Rendle, « Making Sense of 1917 : Towards a Global History of the Russian Revolution », Slavic Review, 76, n° 3, 2017.

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42

Une douche sonore est un système qui permet de diffuser un son (musique ou texte) de manière localisée, ici au visiteur de l’exposition, lorsque ce dernier se place sous un haut-parleur qui diffuse un faisceau précis, et ce sans gêner les autres visiteurs. 

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43

 Le champ de recherches sur les émotions dans les musées et expositions s’est récemment développé, notamment sur l’impulsion de Laurajane Smith. Voir la synthèse de son travail dans l’ouvrage Laurajane Smith, Margaret Wetherell, Gary Campbell, Emotion, Affective Practices, and the Past in the Present, Oxon-New York, Routlegde, 2018.

 

Voir aussi : Viviane Gosselin, Phaedra Livingstone (dir.), Museums and the past. Constructing historical consciousness, Vancouver, Toronto, UBC Press, 2016 (et notamment l’article : « Changing Views ? Emotional Intelligence, Registers of Engagement and the Museum Visit », p. 101-121).

 

Consulter enfin : Laurajane Smith, Gary Campbell, « The elephant in the room : heritage, affect and emotion », in William Logan, Mairead Nic Craith, Ullrich Kockel (dir.), A Companion to Heritage Studies, Oxford, Wiley Blackwell, 2015, p. 443-460.

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44

 « Et 1917 devient Révolution », BDIC, 18 octobre 2017-18 février 2018. Commissaires de l’exposition : Carole Ajam, Alain Blum, Sophie Cœuré, Sabine Dullin.

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45

Entretien avec Alain Blum, un des organisateurs du colloque « Les trajectoires d’Octobre 1917 : origines, échos et modèles de la révolution », 25 mai 2018, Paris.

 

Présentation de Sophie Cœuré lors de la séance « Centenaire plus 1 : deux commissaires d’exposition évoquent l’héritage de la révolution de 1917.

 

À propos de deux expositions à la BDIC et à l’INALCO », dans le séminaire « Patrimoines et politiques mémorielles » de Taline Ter Minassian (Inalco, 8 novembre 2018). 

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46

Sur les fonds russes de la BDIC, voir notamment : « Le fonds “Russie” du Bureau d’étude de la presse étrangère. 1916‑1922. Présentation historique et inventaire », Cahiers de la BDIC, n° 8, Nanterre, 1994 et « Documentation et géopolitique : la BDIC de la Russie à l’URSS et retour (1917‑1991) », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 100-2011, Nanterre, p. 21-31. 

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47

Voir notamment : Wladimir Berelowitch (dir.), Affiches et imageries russes. 1914-1921, Nanterre, BDIC, 1982 ;

 

Laurent Gervereau, Christophe Prochasson (dir.), Images de 1917, Nanterre, BDIC, 1987 ;

 

Wladimir Berelowitch, Laurent Gervereau (dir.), Russie-URSS, 1914-1991, Changements de regards, Nanterre, BDIC, 1991 ;

 

Exposition « URSS: Fin de parti(e), Les années Perestroïka », 2 décembre 2011-26 février 2012. 

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48

 Journée d’étude « Dans l’atelier de Marc Ferro », 7 mars 2017, Université Paris Nanterre. Événement organisé par la BDIC. 

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49

Carole Ajam, Alain Blum, Sophie Cœuré (et al.), Et 1917 devient Révolution, Seuil, Nanterre, BDIC, DL 2017.

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50

Films d’archives acquis auprès des Archives russes d’État des documents cinématographiques (RGAKFD).

Consultable à La Contemporaine sous la côte NUMAUD /0020.

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51

« Russian Revolution. Hope, Tragedy, Myths », commissaire Ekaterina Rogatchevskaia, 28 avril 2017-29 août 2017. 

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52

Entretien avec Ekaterina Rogatchevskaia, British Library, 10 mai 2018. 

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Entretien avec Ekaterina Rogatchevskaia, British Library, 10 mai 2018. 

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56

Ekaterina Rogatchevskaia (dir.), Russian Revolution. Hope, Tragedy, Myths, London, The British Library, 2017, p. 21 (traduction de Julie Deschepper).

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57

Comme nous l’avons déjà exposé dans le cadre de l’évènement de BASEES.

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58

Entretien avec Ekaterina Rogatchevskaia, British Library, 10 mai 2018.

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63

Tino Künzel, « 100 Jahre später: Lenin fährt in der Schweiz wieder Zug ». Moskauer Deutsche Zeitung, 16 avril 2017.

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64

« Lenins Zug. Die Russische Revolution und die Schweiz ». Lenins Zug. Die Russische Revolution und die Schweiz, 27 avril 2017.

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65

« Revolution : Russian Art 1917-1932 », commissaires Ann Dumas, Natalia Murray, John Miller, 11 février-17 avril 2017.

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66

Respectivement : Alastair Sooke, « The Royal Academy’s epic Russian Revolution retrospective is more than just a history lesson – review », The Telegraph, 6 February 2017 ;

 

Jonathan Jones, « We cannot celebrate revolutionary Russian art – it is brutal propaganda » ;

 

et un article publié sur le site du Comité International pour la Quatrième Internationale (International Committee of the Fourth International (ICFI).

Les traductions des citations sont les nôtres.

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69

Voir notamment : Maria Gough, The Artist as Producer, Berkeley, University of California Press, 2005 ;

 

Kristin Romberg, Aleksei Gan’s Constructivism, 1917-1928, PhD, Columbia University, 2010 ;

 

Claire Thouvenot, « Architecture constructiviste, quotidien et culture révolutionnaire », Revue Période, 2016.

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71

« Imagine Moscow : architecture, propaganda, revolution », commissaire Eszter Steierhoffer, Design Museum, 15 mars‑4 juin 2017.

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73

Alexei Yurchak, « Bodies of Lenin. The Hidden Science of Communist Sovereignty », Representations, vol. 129 n° 1, 2015, p. 116-157. 

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75

Voir par exemple la conférence-débat « Mai 68, quel héritage ? Quelle Actualité ? », Maison des associations, Grenoble, 19 mai 2018.

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76

Voir par exemple le colloque « 1968 dans les Amériques et la Caraïbe », Université de Poitiers, 15-17 octobre 2018 ; ou l’atelier de recherche international « 1968-2018 : Pratiques militantes d’Est en Ouest », Maison de la recherche, 23-24 mai 2018.

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