Survivre à tout prix ?
Entretien avec Jean-Michel Chaumont — Professeur — Université catholique de Louvain (Fonds national de la recherche scientifique belge)
Richard Rechtman — Directeur d'études — EHESS (IRIS)
Qu’ont en commun les torturés, les rescapés des camps de concentration et les femmes violées ? Il fallait toute l’audace, l’humilité et le souci de la recherche consciencieuse de Jean-Michel Chaumont pour poser la question, et surtout, tenter d’y répondre. Tout à la fois philosophe, sociologue et historien, il livre ici l’essentiel de ses réflexions sur les « survivants suspects ». Ont-ils trahi les leurs et la cause pour laquelle, ensemble, ils luttaient ? Se sont-ils assez défendus ? Auraient-ils dû faire autrement qu’ils n’ont fait ? Peut-on, doit-on les juger ? Au nom de quoi ? Sont-ils pardonnables ? Mêlant archives du Parti communiste belge, témoignages et œuvres littéraires, Jean-Michel Chaumont propose une réflexion sur les jugements sociaux de la morale. Comparant morale de l'honneur et éthique de la survie, il nous aide aussi sûrement à penser le passé qu’à envisager l’avenir, a fortiori s’il devait se révéler sombre.
Résumé
Une vie, un parcours de recherche.
Entretien publié le 23-04-2018
Dernière modification le 26-04-2018
Langue originale : French Lire la version English
  • Biographie
  • Bibliographie de Jean-Michel Chaumont

Inscrit pour une première année d'université en psychologie, Jean-Michel Chaumont se passionne pour la philosophie. Se réorientant rapidement, il soutient, en 1989, une thèse en philosophie, à l'Université catholique de Louvain, sur la responsabilité historique. Interrogation sur « ce que l'on doit au passé », celle-ci doit beaucoup à la mort de ses parents, survenue en 1987. Docteur en philosophie, travaillant à la Fondation Auschwitz, il s'inscrit ensuite dans les débats sur l'épistémologie de l'histoire et s'interroge sur la singularité mémorielle et historique de la Shoah. Ces nouvelles recherches donne lieu à la soutenance d'une seconde thèse, en sociologie cette fois, à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Chercheur au Fonds national de la recherche scientifique et professeur à l'Université catholique de Louvain depuis 1995, il s'est intéressé à la généalogie des discours et des politiques publiques relatives à la traite des blanches et des êtres humains, avant de dédier, ces dernières années, l'essentiel de son travail à la compréhension du « blame the victim syndrome » et à la construction d'une sociologie des évidences morales.

Survivre à tout prix ? Essai sur l'honneur, la résistance et le salut de nos âmes, Paris, La Découverte, 2017.

(avec Luc Van Campenhoudt, Abraham Franssen), La Méthode d'analyse en groupe. Applications aux phénomènes sociaux, Paris, Dunod, 2005.

Le Mythe de la traite des Blanches : enquête sur la fabrication d’un fléau, Paris, La Découverte, 2009.

(avec Jean Daney), Action publique et prostitution, Rennes, PUR, 2006.

La Concurrence des victimes : génocide, identité, reconnaissance, Paris, La Découverte, 1997.

« Connaissance ou reconnaissance ? Les enjeux du débat sur la singularité de la Shoah », Le Débat, vol. 5, n° 82, 1994, p. 69-89.

Autour d'Auschwitz, Bruxelles, Presses de l'Académie royale de Belgique, 1991.

(avec Fernand Deligny), Traces d'I. Autisme, sciences humaines et philosophie, Cabay, 1982.