La politique du pain
Entretien avec Steven Kaplan — Professeur — Université de Cornell
Philippe Minard — Directeur d'études — EHESS (CRH)
« Toute la politique part d’un grain de blé » affirmait Mirabeau, aphorisme que l’œuvre de Steven Kaplan démontre avec éclat. Spécialiste du pain et des corporations sous l’Ancien Régime, l’historien s’est efforcé d’examiner les dimensions sociales, culturelles et politiques de ces objets d’enquête en refusant de leur réserver un traitement strictement économique. Ces thématiques et les choix épistémologiques qui leur sont associés sont le résultat de sa rencontre avec l’École des Annales, quand, étudiant à Princeton dans les années 1960, il s’installe à Paris, se lie aux disciples de Marc Bloch et de Lucien Febvre, et hante les salles d’archives et les boulangeries. Les critiques récurrentes du modèle libéral font écho aux débats qui traversèrent le siècle des Lumières : fallait-il intervenir ou laisser faire, protéger l’idéologie corporative ou déréguler l’économie en donnant aux individus la liberté d’entreprendre ? 
Résumé
Une vie, un parcours de recherche.
Entretien publié le 10-01-2018
Dernière modification le 11-04-2018
Langue originale : French Lire la version English
  • Biographie
  • Bibliographie de Steven Kaplan
  • Bibliographie de l'entretien

Vivant entre les États-Unis, où il est professeur à l’Université de Cornell, et la France où il conduit ses recherches, Steven Kaplan est l’un des historiens américains les plus reconnus en France. Sa vocation historienne germe au cours d’un séjour impromptu à Paris au début des années 1960 ; il y découvre le monde ouvrier, une France scindée par la décolonisation et un quartier latin encore marqué par l’existentialisme sartrien. Adoubé par les historiens des Annales, Steven Kaplan entame un travail sur l’économie d’Ancien Régime après avoir été conseillé par Jean Meuvret. Son doctorat, soutenu à Yale, porte sur le pain et les premières tentatives pour libéraliser son commerce sous Louis XV. Objet politique par excellence, le pain est indissociable du roi, père du peuple, prince nourricier et garant d’une économie régulée. Cette tension entre un interventionnisme d’État, régi par des obligations morales, et les aspirations au libre-échange constitue le fil rouge des enquêtes du chercheur, qu’il s’agisse de ses travaux sur l’approvisionnement des villes, sur les corporations ou sur l’économie politique des Lumières.

Raisonner sur les blés. Essais sur les lumières économiques, Paris, Fayard, 2017.

La Fin des corporations, Paris, Fayard, 2001.

Adieu 89, Paris, Fayard, 1993.

Les Ventres de Paris. Pouvoir et approvisionnement dans la France d’Ancien Régime, Paris, Fayard, 1988.

Le Complot de famine, histoire d’une rumeur au XVIIIe siècle, Paris, Armand Colin, Cahiers des Annales, 1983.

Bread, Politics and Political Economy in the Reign of Louis XV, Martinus Nijhoff, La Haye, 1976.

Fernand Braudel, Ernest Labrousse, Histoire économique et sociale de la France, Paris, PUF, 1979.

Robert Boyer, Yves Saillard (dir.), Théorie de la régulation : l'état des savoirs, Paris, La Découverte, 2002.

Robert Boyer, La théorie de la régulation. Les fondamentaux, Paris, La Découverte, 2004.

François Furet, La Révolution en débat, Paris, Gallimard, 1999.

Pierre Goubert, Beauvais et la Beauvaisis de 1600 à 1730, Paris, SEVPEN, 1960.

Eric Hobsbawm, The Age of Revolution : Europe : 1789–1848, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 1962.

Ernest Labrousse, Esquisse du mouvement des prix et des revenus au XVIIIe siècle [1933], Paris, Vrin, 1984.

Jean Meuvret, Le Problème des subsistances à l’époque de Louis XIV, Vol. 1 : La production des céréales dans la France du XVIIe et du XVIIIe siècle, Paris, EHESS, 1977.

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