Femmes de la terre
Entretien avec Rose-Marie Lagrave — Directrice d'études — EHESS
Delphine Naudier — Chargée de recherche — CNRS (CRESPPA)
Devenue sociologue par une suite de bifurcations, Rose-Marie Lagrave conçoit la sociologie comme un outil de dévoilement, de lutte contre les faux-semblant, une critique – réflexive – du monde tel qu’il va et de la naturalisation des faits sociaux. « Hospitalité à ce qu’il advient », dirait Jacques Derrida, la sociologie fait aussi souffrir ceux qu’elle objective. Ce sont les paysans écrivains sur lesquels elle a travaillé au début de sa carrière qui le lui ont fait comprendre. Devenue féministe, osant choisir ses objets de recherche après de nombreuses années passées à contribuer à de grandes enquêtes collectives au Centre de sociologie rurale de l’École pratique des hautes études (EPHE), elle est l’une des pionnières des recherches en histoire des femmes et des études de genre. Dévouée aux objets marginaux mais « naturalisés » – les femmes à leur sexe, les paysans à la nature, les communistes à l’Histoire –, elle revient ici sur son parcours, ses recherches, sa contribution et son attachement à la formation et aux échanges avec les plus jeunes du champ académique.
Résumé
Une vie, un parcours de recherche.
Entretien publié le 13-04-2018
Dernière modification le 16-04-2018
Langue originale : French Lire la version English
  • Biographie
  • Bibliographie de Rose-Marie Lagrave
  • Bibliographie de l'entretien

Boursière dans un internat de jeunes filles à Caen, puis étudiante en propédeutique à la Sorbonne, Rose-Marie Lagrave croise la route d’enseignants attachés au partage des savoirs et à l’ascension sociale des enfants de classes populaires. Michelle Perrot, Mona Ozouf, Éliane Deschamps, Jean-François Lyotard, Vladimir Jankélévitch, Raymond Aron, ainsi que Georges Gurvitch, qui l’oriente vers la sociologie, encore peu institutionnalisée. Travaillant dans une usine de bijoux, elle passe les quatre certificats qui la font sociologue, puis réalise une maîtrise, sous la direction d’Henri Desroche, sur une coopérative ouvrière de fils électriques. Elle réalise ensuite une thèse sous la direction de Placide Rambaud, sur les représentations littéraires des écrivains paysans. Vacataire depuis 1972 au Centre de sociologie rurale de l'École pratique des hauts études (EPHE), elle y devient chef de travaux titulaire en 1976. Elle participe alors aux grandes enquêtes collectives conduites pour le CORDES sur les groupements de producteurs, les GAEC… Devenue féministe et participant au séminaire de Pierre Bourdieu, elle s’autorise ensuite à choisir ses objets de recherches : femmes agricultrices, communisme agraire en Europe de l’Est… Pionnière des études de genre, elle a participé au groupe d’histoire des femmes de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), puis a dirigé un collectif de chercheuses dans le cadre de l’action thématique programmée « Femmes, féminisme et recherche ». Élue directrice d’études en 1993, elle a créé cinq ateliers de formation à la recherche en sciences sociales dans les pays de l’Europe centrale, et fondé la spécialité « Genre, Politique, sexualité » dans le cadre du master de sociologie de l’EHESS. Elle a également enseigné dans plusieurs universités brésiliennes, à l’Université nationale de Bogotá, dans les universités de l’Europe centrale et du Maghreb, au Vietnam et en Chine.

Fragments du communisme en Europe centrale, Paris, EHESS, 2015.

(dir.), Les « petites Russies » des campagnes françaises, Études Rurales, n° 171172, juillet/décembre, 2004.

Voyage au pays d'une utopie déchue, Paris, PUF, 1998.

Celles de la terre. Agricultrice : l'invention politique d'un métier, Paris, EHESS, 1987.

Le Village romanesque, Arles, Actes sud, 1980.

Pierre Bourdieu, La Domination masculine, Paris, Le Seuil, 1998.

Bernard Pudal, Prendre parti. Pour une sociologie historique du PCF, Paris, Presses de la FNSP, 1989.