Médiation-conciliation

Les contributions réunies dans ce dossier sont issues d’un workshop international en anthropologie du droit intitulé « Médiation, conciliation : nouvelles figures, nouveaux défis ? » qui s’est tenu en octobre 2016 au Centre Jacques Berque de Rabat (EHESS, Maroc). Ce workshop, organisé par Yazid Ben Hounet, Mickaële Lantin Mallet et Aida Diop, a reçu l’appui soutenu du LabEx Tepsis, du Centre Jacques Berque pour les Études en sciences humaines et sociales, du NIMAR (Institut néerlandais au Maroc) et de l’Ambassade des États-Unis au Maroc.

 

L’initiative de ce workshop en anthropologie du droit est née de plusieurs rencontres. La première dans le cadre d’un séminaire annuel de l'Ehess « Introduction à l'anthropologie du droit » ouvert depuis 2013-2014. Celui-ci a permis la mise en relation des organisateurs du présent workshop et de différentes institutions (U. Oxford, U. Harvard, MPI Halle, UNIL, EHESS). Ce séminaire était motivé par le souhait d'encourager les jeunes chercheurs en sciences sociales, et plus particulièrement en anthropologie, à mener des recherches portant sur les pratiques et les dispositifs judiciaires à partir de démarches ethnographiques.

 

La seconde dans le cadre du workshop en anthropologie du droit intitulé « Truth, intentionality and evidence : anthropological approaches to crime and tort » organisé en janvier 2015 au Centre Jacques Berque à Rabat par Yazid Ben Hounet (Las, Ehess) et Déborah Pucio-Den (Lier, Ehess) qui a, donné lieu, en 2017, à une publication éponyme.

 

La troisième dans le cadre du workshop « Anthropologie du droit et propriété en contexte musulman » organisé en janvier 2015 au Centre Jacques Berque à Rabat par Baudouin Dupret, dans la cadre de la clôture de deux grands projets d'études sur cet objet (programmes Andromaque, ANR Suds II, et Prométhée, ANR FRA). Une des sessions était consacrée aux dispositifs de résolution de conflits touchant à la propriété.

 

La dernière à l’occasion du 2e Congrès de l’AFEA à Toulouse (2015) où s’est tenu un panel intitulé « Droit et démesure » organisé à l’initiative de trois doctorants en anthropologie – Mickaële Lantin Mallet (IRIS, Ehess), Clotilde Riotor (ISP) et Fabien Provost (LESC, U. Paris La Défense-Nanterre)  – dont les travaux portent sur des pratiques judiciaires dans des contextes socioculturels et politiques variés. C'est à l'occasion de ces rencontres qu'est née l'idée d'un workshop en anthropologie du droit, cette fois-ci exclusivement dédié aux modes de résolution des conflits hors des tribunaux, et en particulier, à la médiation et à la conciliation dans différents contextes socioculturels, juridiques et politiques. Au-delà de ces quatre moments, les cinq dernières années ont été marquées par une multiplication de rencontres, séminaires et travaux, notamment dans le cadre du PRI « Terrains du droit » (LabEx Tepsis), faisant intimement dialoguer le droit et les sciences sociales.

 

Il nous a donc semblé important pour les anthropologues de participer plus activement à cette réflexion tout en affirmant la particularité de leur approche. Une manière de le faire est de s’appuyer sur un des objets classiques de l’anthropologie du droit – le conflit et ses modes de résolution judiciaires et extra-judiciaires – en analysant les processus dans lesquels s’inscrivent ces situations, les types de participants à ceux-ci, leurs expériences du conflit, et la manière dont ils se représentent et rendent comptent du processus résolutoire. Des notions telles que la confiance (Bognitz), le pardon (Guillou), la paix (Bobin), la citoyenneté (Dos Santos) sont ainsi convoquées.

 

Les contributions réunies ici, introduite par la réflexion de Bertram Turner sur les formes et les identités multiples des médiateurs/conciliateurs, s’apparentent à une ethnographie du droit en tant que processus, mais également à une ethnographie du droit en contexte et en action.

 

Les conciliateurs et les médiateurs, ainsi que leur alternativité par rapport aux offres judiciaires étatiques et les processus d’institutionnalisation de ceux-ci, ont été l'objet d'un intérêt particulier dans les recherches anthropologiques classiques sur les modes de résolution de conflit. Quant aux travaux sur le pluralisme juridique, ils ont d’ores et déjà montré que, dans de nombreux contextes socioculturels, les questions matrimoniales, de parenté, d’héritage, de partage ou d’accès aux biens ou aux ressources naturelles, etc., il y a entrelacement de normes et de pratiques relevant d’instances différentes. Certaines relèvent et s’appuient sur le répertoire judiciaire propre aux instances populaires et coutumières, religieuses ou étatiques locales, d’autres sont véhiculées – importées et parfois imposées – au travers de programmes d’aide au développement mis sur pied par des organisations internationales qui peuvent elles-mêmes s’appuyer et réactualiser des formes traditionnelles de processus de paix et de réconciliation (bushingantahe au Burundi, par exemple).

 

Ce sont en particulier les dispositifs, acteurs et pratiques de conciliation et de médiation qui seront ici analysées dans des contextes sociaux et politiques divers (Rwanda post génocide, État de l’Amapa, Brésil amazonien, communauté Navajo, États-Unis) qui engagent de multiples acteurs institutionnels : État, ONG, représentants locaux d’institutions traditionnelles et religieuses, par exemple.

 

Les coordinateurs du workshop : Yazid Ben Hounet (CNRS), Aida Diop (EHESS), Mickaële Lantin Mallet (EHESS).

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