La République en marche. Les marges partisanes de l’entreprise Macron
professeur de science politique

(université de Lille - Centre d'études et de recherches administratives, politiques et sociales ( Ceraps))

La plupart des présidents de la République depuis 1958 (François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande) ont été élus en s’appuyant sur une organisation qu’ils ont dirigée et qui les a investis. Une nouvelle génération de partis remet en cause cette tendance. Tout se passe désormais comme si les partis ne fabriquaient plus les candidats mais que ces derniers créaient de toutes pièces des organisations ad hoc pour asseoir leurs ambitions, le parti devenant par-là même un instrument politique personnel. Les candidatures d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon en 2017 et, plus récemment, d’Éric Zemmour en 2022 (dont le parti Reconquête est créé une fois le journaliste entré en lice) procèdent de ce modèle. Emmanuel Macron déclare avoir été élu en 2017 « par effraction1 ». « Ce sont les Français et eux seuls qui m’ont fait et non un parti politique » reconnaît-il2. Il n’a, à la différence de Jean-Luc Mélenchon, aucun passé partisan3 et n’a jamais été élu avant d’être ministre. S’il déclare officiellement sa candidature le 16 novembre 2016 à Bobigny dans un centre de formation et se présente alors comme un candidat hors-système, sa démarche est mise en scène comme collective. Il a créé en effet quelques mois plus tôt un mouvement, En Marche, le 6 avril 2016, à Amiens, sa ville de naissance. Présenté comme « une start-up », ce mouvement s’appuie sur un site participatif et affiche une identité « transpartisane » (de droite ET de gauche). La structure qui reprend ses propres initiales expérimente une forme d’ancrage social en temps réel : elle lance en mai 2016 une « grande marche » avec 4 000 volontaires, qui vise à recueillir 100 000 témoignages par porte-à-porte afin d'élaborer un diagnostic de la société française et un « plan d'action ». Les milliers de questionnaires administrés sont traités par des algorithmes et analysées par un groupe d’experts. Pour mener sa campagne électorale, Emmanuel Macron s’appuie sur une structure qui permet d’accumuler des ressources collectives nécessaire pour le financement, de mettre en scène une forme de représentativité dans la société, de disposer d’une main-d’œuvre militante pour donner corps à une mobilisation et de sélectionner des candidats aux élections législatives (depuis l’inversion du calendrier électoral en 2002 et l’hyperprésidentialisation du système politique, elles font désormais partie intégrante de la séquence présidentielle). Mais cette collectivisation des ressources ne doit pas tromper : la personnalité du candidat devient l’aspect central de l’offre politique, l’organisation n’est qu’un arrière-plan. L’investiture partisane n’est plus un préalable puisque le parti n’est en quelque sorte que le moyen, le support et la conséquence d’une candidature personnelle. La République en marche4, présenté comme fondée bottom up, a été de fait créé par le haut au moment de l'élection présidentielle, par un candidat autoproclamé.

Que devient la République en marche (LREM) une fois son créateur et candidat arrivé au pouvoir ? En quelques mois, cette jeune organisation est propulsée au cœur de la vie politique. Elle dispose d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale (314 députés) et de la plus grosse dotation publique (vingt millions d’euros). Autour de quelles règles est formalisée l’organisation ? LREM se présente initialement comme un « mouvement » efficace, fortement inclusif, ouvert sur la société civile, souple, conjuguant participation à la base et une forte verticalité. Mais conserve-t-elle ses traits structurels initiaux ? La souplesse qu’elle revendique est-elle une propriété organisationnelle liée à sa nouveauté ou une caractéristique durable ? Comment s’institutionnalise-t-elle alors qu’elle doit s’intégrer durablement dans le système politique (présenter des candidats aux élections intermédiaires, coordonner une majorité parlementaire, produire des positions sur divers enjeux, gérer une dotation publique de fonctionnement, socialiser ses membres…) ? Quelle place joue LREM dans la campagne de réélection d’Emmanuel Macron en 2022 ?

Le parti présidentiel a joué depuis 2017 un rôle subalterne, voire marginal, dans l’écosystème macroniste. Le président ne l’associe guère à son exercice du pouvoir (la personnalisation exclut tout débat ou controverse sur le leadership qui apparaît naturel). LREM ne parvient pas à constituer et à fidéliser une base militante qui reste évanescente et, dans sa grande majorité, inactive, ni à s’implanter territorialement, bref à se densifier sur le plan organisationnel. Ce parti n’est ni un lieu de production programmatique et idéologique, ni un espace de délibération et de démocratie. Le politiste semble confronté ainsi à une forme d’inorganisation qui défie les catégories analytiques et typologiques existantes. S’agit-il d’un parti-mouvement, d’un parti-entreprise, plateforme, personnel ou, plus trivialement, d’un simple comité électoral visant à coordonner a minima un ensemble d’acteurs ou d’une marque pour labelliser l’offre de la majorité présidentielle 5? Que nous dit La République en marche de la transformation et de l’affaiblissement des partis ?

Une nouvelle forme partisane

Si elle constitue juridiquement un parti pour pouvoir notamment bénéficier du financement public, LREM cherche à subvertir le modèle partisan traditionnel jugé « bureaucratique » et inefficace pour régénérer une vie politique « fossilisée » par les partis (on reprend ici la rhétorique de campagne d’Emmanuel Macron en 2017). Le mouvement cherche à concilier horizontalité participative et efficacité décisionnelle, le tout dans une culture managériale, loin des formes traditionnelles de la démocratie partisane.

Un enrôlement militant assoupli

L'adhésion se fait sur Internet dans l'immédiateté (grâce à quelques clics) et gratuitement, ce qui consacre une nouvelle forme de militantisme passant par une adhésion formelle minimale sur Internet et correspondant au modèle de l'engagement distancié6 (intermittent, à faible coût...). Les rites de passage traditionnels qui constituent les coûts d'entrées dans les partis politiques (logiques de parrainage et filtrage social) sont pensés comme des obstacles à l'adhésion et sont supprimés. Cette souplesse permet un « engagement » rapide et d'afficher la façade médiatique d'un parti bénéficiant d'un large soutien populaire dans une logique de monstration démocratique. En juillet 2017, le mouvement d'Emmanuel Macron déclare 373 000 « marcheurs » (soit bien plus que les partis en place) et près de 3 000 groupes locaux. S’il est aisé d’adhérer, il est de même très facile de constituer des groupes (non soumis à autorisation) et de prendre des initiatives locales. Emmanuel Macron indique à la presse à ce sujet : « les mauvais mourront » et « de la confrontation avec les autres on verra ce qu'il ressort », évoquant à propos d’En Marche « un truc darwinien7 ». La plateforme permet un engagement à la carte d'intensité variable qui correspond bien au modèle du multi-speed membership mis en évidence par Susan Scarrow8.

Affiches d'Emmanuel Macron pour l'élection présidentielle de 2017

Affiches d'Emmanuel Macron pour l'élection présidentielle de 2017

Internet joue un rôle essentiel dans l'économie des pratiques et du fonctionnement partisans (ce qui apparente LREM à un parti digital9). La plateforme numérique constitue le principal support d'une communauté partisane dans une large mesure déterritorialisée (on n'adhère pas localement comme au PS où la section communale constitue la porte d'entrée)10. Substitut fonctionnel à la « bureaucratie » partisane (même si elle est bien pilotée, animée, encadrée...), elle est censée créer les conditions de l'horizontalité du mouvement en favorisant la communication de ses membres et leurs initiatives, ainsi qu’un engagement à la carte et flexible dans une « philosophie de l'action et du mouvement ». Elle permet un haut niveau d’intermédiation. Les services en ligne disponibles permettent de créer des groupes locaux ou de les rejoindre, de faire des dons, de télécharger du matériel de campagne, de se former mais aussi de communiquer de manière directe avec les adhérents et de les consulter. Ces fonctionnalités permettent de compenser l’absence de niveaux et de strates partisans intermédiaires que le parti veut éviter. La plateforme permet aussi de contrôler l’action des groupes locaux qui doivent y inscrire leurs agendas et activités, notamment pour prévenir les adhérents (les groupes locaux n’ont pas accès directement aux méls des adhérents, ressources et données précieuses qui restent du monopole du centre partisan). Cette plateformisation entraîne une centralisation distribuée, entendue comme « un procès de polarisation organisationnelle qui donne du pouvoir à la fois au leadership et aux adhérents ordinaires au détriment des cadres et de la bureaucratie11 ».

Entre horizontalité participative et centralisation décisionnelle

LREM s'appuie par ailleurs sur une structure souple qui cherche à combiner horizontalité et centralisation, engagement sur le terrain et efficacité. Il s'agit d'éviter par des règles prophylactiques « la bureaucratisation », pente naturelle des partis. Deux écueils cherchent à être conjurés : la constitution de baronnies locales et la formation de sensibilités internes qui sont censées ankyloser l'organisation. Le PS, dont sont issus de nombreux dirigeants de l’organisation12, est ici érigé en contre-modèle. L'autonomisation de ses notables combinée à sa structuration en courants, avec les effets d’indiscipline afférents (« les frondeurs »), auraient bloqué le parti.

La République en marche se dote de statuts en juillet 2017. Le Conseil national, parlement non élu par le parti, est composé à 80 % des parlementaires, référents territoriaux et représentants des territoires (membres de droit) et à 20 % de conseillers tirés au sort « à intervalles réguliers » parmi les adhérents. Le Conseil élit en son sein la direction nationale : vingt membres du bureau exécutif et le délégué général. Dix membres du bureau exécutif sont cooptés par ses membres. La direction nationale nomme les référents territoriaux (représentants du mouvement au niveau départemental) qui ne peuvent exercer des mandats d’élus et la commission d'investiture des candidats aux élections13. Une très large majorité des membres du conseil national qui élit la direction nationale procède donc de la direction nationale. Notons aussi que la légitimité des instances nationales et locales ne découle aucunement de leur élection directe ou indirecte par les adhérents. Le délégué général de La République en marche, Christophe Castaner, a été désigné à mains levées en novembre 201714. Une des dirigeantes, Catherine Barbaroux, justifie ces choix par une volonté de limiter « les ambitions pas forcément tournées vers l'intérêt du mouvement15 ». L'avocat Jean-Pierre Mignard, proche de François Hollande et longtemps adhérent du PS, qui a participé à la rédaction des statuts, déclare que les référents locaux ne peuvent pas avoir de mandat électif « pour éviter que ne se créent des baronnies locales16 ». Le même assume la « centralisation » du parti qui « doit permettre d’éviter une pétrification du débat d’idées dans des représentations de courants, comme on a pu l’observer au PS ou chez LR ». Il ajoute : « Notre souci a été d’assurer la cohérence entre la ligne du parti et le Président17 ».

Signatures de En Marche
Signatures de En Marche

Premier logo, déposé à l'INPI le 8 avril 2016 et dernier logo déposé à l'INPI le 7 mai 2017.

Les formes habituelles de « démocratie partisane » interne sont mises à distance. L'absence d'élections internes, autres que des consultations thématiques, est théorisée. Les investitures aux élections législatives en 2017 ont été centralisées et n'ont pas donné lieu à un vote des adhérents. Elles ont été supervisées à En Marche par une commission nationale, présidée par Jean-Paul Delevoye, qui a statué de manière discrétionnaire sur la base des CV des candidats à la candidature et d'entretiens de recrutement sur un mode managérial, principalement par téléphone. Les comités d'En Marche peuvent se créer sans contrainte mais n’ont aucune prérogative. Le rôle des adhérents, selon Arnaud Leroy, membre de la direction collégiale entre juillet et novembre 2017, est « expliquer l'action de l'exécutif et de remonter les attentes et ressentis des français18 ». Le tirage au sort, forme de concession démocratique, est censé à la fois assurer la présence d'adhérents de base (profanes) dans les instances et conjurer le risque de l'oligarchisation de l'organisation (tendance structurelle des partis identifiée dès le début du XXe siècle par les pionniers de l’analyse des partis comme Roberto Michels). Mais, de l’avis général des dirigeants, son usage est un échec (les tirés au sort participent peu, le Conseil national est réuni moins d’une fois par an de 2017 à 2022).

Une culture managériale

Le modèle partisan initial est enfin caractérisé par une forte culture managériale. LREM, qui développe une rhétorique de « l’efficience », fait sienne le modèle de la start up numérique, « souple » et « agile », qui pourrait être constitutif, en première analyse, d'une nouvelle forme de « parti-entreprise19 » relativement inédite en France20. Le discours entrepreneurial est omniprésent dans En Marche pendant la campagne présidentielle de 201721 (« briefs », « notes de synthèse », « bonnes pratiques »)... Les volontaires sont alors structurés en « teams ». Les « campaigners » « mappent » (planifient), « targetent », « benchmarkent »... Dans les meetings, les « helpers » doivent veiller à la « Team Ambiance ». Emmanuel Macron reprend méthodiquement les usages récents des open data, des outils de la géolocalisation et des logiciels à algorithmes. Les comités locaux organisent des « challenges » (défis). Le mouvement est censé répondre avec application aux mots d’ordre du toyotisme fondé sur le « zéro défaut, zéro temps mort, zéro stock ». Pendant la campagne, la centaine de référents départementaux ont été recrutés sur CV, par le pôle « territoires » du mouvement, avant d’être confirmés par Emmanuel Macron et le secrétaire général du mouvement, le député socialiste Richard Ferrand. Emmanuel Macron déclare en 2017 :

« Une des choses qui affaiblit les partis politiques actuels, c’est le manque de professionnalisme de leurs réponses à leurs adhérents. Les partis sont là pour transformer le réel mais aussi donner une place à chacun, pour animer les gens. Quand ils ne le font pas, c’est très décevant. Donc il faut être très professionnel et très organisé, j’y attache beaucoup d’importance22 ».

Après l'élection présidentielle, des rapports d'activité individualisés sont envoyés aux adhérents d’En Marche. Dans le fonctionnement interne, les « compétences » des marcheurs qu'ils font valoir sur le site internet sont valorisées pour accroître l'efficacité de l'organisation23. Ce modèle managérial est d’autant plus prégnant dans le mouvement que les adhérents sont issus majoritairement du secteur privé24.

Comment ce modèle partisan initial évolue-t-il dans le temps, comment le parti s’institutionnalise-t-il en s’intégrant dans le système politique ? On explorera ici les diverses faces du parti25. Malgré de gros moyens financiers26, LREM peine à s’enraciner dans la vie politique et sociale et apparaît, de ce point de vue, assez insaisissable27. La démobilisation militante post-présidentielle est immédiate, l’implantation partisane locale, fragile et le centre partisan, impuissant face à la prééminence institutionnelle du président de la République.

La démobilisation militante

Le parti revendique près de 400 000 adhérents après l’élection présidentielle (ce chiffre restera constant tout au long du quinquennat). La souplesse des règles a permis au mouvement de se développer rapidement à la base et de capter la dynamique d’engagement produite à l’occasion de la mobilisation présidentielle (on assiste, de manière plus générale, à une présidentialisation du militantisme). Mais ces chiffres sont trompeurs. L’afflux des adhésions numériques et volatiles se matérialise peu en engagement durable. On observe une démobilisation militante très forte après l’élection présidentielle même si elle ne se traduit pas dans les chiffres. En effet, on s’inscrit simplement et rapidement à LREM mais on se désaffilie rarement (on n’a pas à renouveler son adhésion, il faut faire une démarche volontaire pour se désinscrire de la plateforme). LREM est moins un parti de militants que de sympathisants et de supporters du président de la République ; il participe d’une tendance plus générale à la fluidification des frontières entre militants, adhérents et électeurs.

Une base militante évanescente

Une enquête du think tank Terra Nova offre en octobre 2018 une sociographie des « marcheurs »28. Ce sont avant tout des hommes (68 %), plus urbains que la moyenne, avec un niveau de formation particulièrement élevé (80 % sont diplômés du supérieur). Ils appartiennent aux classes moyennes urbaines supérieures et « doivent d’abord leur sentiment de stabilité et de sécurité économique à leur fort capital culturel ». Les cadres et professions libérales y sont très majoritaires (60 %) ainsi que les actifs du secteur privé (71 %). Les adhérents sont, dans une grande majorité, des novices de l'engagement politique. En dehors de l'engagement associatif, les trois quarts d'entre eux n'avaient encore jamais milité nulle part. Un quart des adhérents sont jugés actifs et 11 % hyperactifs. La grande majorité des adhérents se contentent de relayer les informations et la propagande du parti sur les réseaux sociaux. Comment se représentent-ils les fonctions que doit jouer leur parti ? LREM est d’abord et avant tout conçue comme le parti du président. La figure du président de la République joue un rôle déterminant dans le monde des marcheurs : près des deux-tiers croient ainsi inutile que LREM s’émancipe de son fondateur. Les trois quarts pensent que le parti doit « toujours soutenir la majorité présidentielle ». Le chef de l’État fait la quasi-unanimité sur ses qualités personnelles. Mais les marcheurs veulent aussi que leur formation soit capable de « faire remonter au gouvernement les attentes des Français », de « produire des idées pour influencer les politiques publiques », de « se mobiliser sur des causes nationales », et d’« agir localement au quotidien ».

Une minorité d’adhérents militent véritablement (au sens du militantisme dans les partis de gauche). Si l’élection présidentielle a été marquée par une forte mobilisation, elle retombe rapidement. Le vote sur les statuts d'En Marche en juillet 2017 ne mobilise que 72 000 votants. Un animateur de comité local d'En Marche déclare29 : « Les adhésions, ça ne veut rien dire, Vous pouvez vous inscrire au parti mais pas vous désinscrire, sauf à envoyer une lettre recommandée, ce que personne ne fait. » Le parti a assoupli les modes d’adhésion via internet mais il a fabriqué une base évanescente et déresponsabilisée. Une minorité d’adhérents reste actifs après 2017. Mais avec le temps, la démobilisation affecte aussi le noyau le plus actif et les « marcheurs » aux plus fortes appétences d’engagement. En décembre 2018, Libération indique qu'« à peine 15 % des 400 000 adhérents revendiqués seraient aujourd’hui actifs ». Les membres du bureau exécutif, interrogés en entretien, estiment à 10 000 le nombre de militants encore actifs en 2021. À bien des égards, le mouvement présidentiel est fantomatique ou « virtuel » pour reprendre l’expression même d’un de ses cadres, François Patriat, sénateur et membre du bureau exécutif30. LREM attire des militants mais ne les retient pas et se révèle incapable de les fidéliser et rétribuer symboliquement en valorisant l’engagement, en développant des formes de sociabilité, d’utilité sociale ou de reconnaissance. L’absence de démocratie interne et la faible structuration du mouvement au niveau territorial expliquent ces phénomènes.

L’absence de démocratie interne

Si une large autonomie est donnée à la base, le fonctionnement est, on l’a vu, très centralisé et vertical et les principales décisions échappent aux adhérents. Les formes dominantes de démocratie partisane interne, tels que votes d’orientation et de désignation ou d’investiture notamment, sont rejetées31. C’est la souplesse et le non-filtrage de l’adhésion, gage d’ouverture et de transparence, qui justifient notamment le fait de donner peu de droits aux adhérents : il serait risqué de donner du pouvoir à une base qu’on ne peut contrôler (l’entrisme n’est ici pas maîtrisable). Mais une forme de méfiance, plus générale, à l’égard d’adhérents novices et inexpérimentés, apparaît nettement dans les entretiens avec les dirigeants. Ils sont jugés souvent « incontrôlables » et « peu fiables ». La liberté de création des groupes a créé dans de nombreux territoires une situation anarchique. On ne peut dès lors « laisser les clefs » à la base.

« Tout le monde pouvait créer son groupe lors de l’élection présidentielle. Pendant la campagne, ce n’était pas grave tant que cela contribuait à la dynamique de campagne mais une fois les élections passées on s’est retrouvé parfois avec des olibrius dont on a découvert les frasques, des gens qui disaient n’importe quoi dans la presse et qui n’avaient aucun compte à rendre… il a fallu un peu de temps pour faire le ménage… quand on a réussi à le faire » (Un membre du bureau éxécutif).

Certes le parti, conçu comme une agora numérique, est construit autour d’une nouvelle offre et architecture de participation. Les adhérents sont consultés régulièrement sur des sujets d’actualité via la plateforme et peuvent participer à des forums (« l’Atelier d’idées »). Mais ces consultations n’ont pas de réelle portée. Une liberté d’action est concédée aux adhérents mais sans capacité de décision32.

Cette absence de démocratie suscite très rapidement des contestations en interne. L’adoption rapide des statuts (juste après les élections législatives de 2017) suscite des mobilisations et des critiques. Plusieurs comités locaux, pour la plupart parisiens, dénoncent un empressement tactique dans l’adoption des statuts et réclament plus de démocratie (notamment l’élection des référents départementaux). Deux groupes se créent qui appellent à davantage de démocratie. Les marcheurs en colère revendiquent 9 000 adhérents d’En marche et menacent de lancer des listes dissidentes aux élections sénatoriales. La démocratie en marche décide d'intenter une action en justice pour obtenir l’annulation de la validation des statuts. S'ils contestent avant tout les nouveaux statuts sur le fond, les plaignants espèrent obtenir d’abord gain de cause sur le terrain du vice de forme. D'après eux, le parti a accéléré tactiquement le calendrier et n'a pas respecté le délai d'un mois auquel il était tenu entre l'annonce de la convocation, envoyée le 8 juillet aux adhérents, et le début de la consultation, le 23 juillet. La justice décide finalement de valider la procédure de vote mais elle prend en compte les arguments des plaignants sur les délais, en prolongeant le vote de 15 jours. Les statuts sont néanmoins votés, avec une très faible participation (32,1 %).

Une fois les statuts validés, la contestation ne faiblit pas. Les textes se multiplient, notamment issus de cadres intermédiaires (référents départementaux ou animateurs locaux), qui pointent l’absence d’espace d’échanges et de concertation à l’échelle du parti. Quatre référents départementaux (Ardèche, Haute-Marne, Loir-et-Cher et Indre), se présentant comme des « lanceurs d’alerte » réclament par exemple dans une tribune33 plus de pouvoir et de démocratie dans les territoires, évoquant « une centralisation outrancière ». La contestation est d’autant plus vive que les deux premières années, le conseil national ne se réunit qu’une fois alors que les statuts du parti le contraignent à une réunion au moins deux fois par an (disposition qui ne sera pas respectée entre 2017 et 2022). Les référents départementaux font remonter doléances et récriminations via certains membres du bureau exécutif identifiés comme des relais mais sans réels résultats. L’enquête de Terra Nova confirme cette tendance : elle fait apparaître une satisfaction « moyenne » sur « la capacité du mouvement à prendre en compte l’opinion des adhérents », sur la valorisation de l’engagement des marcheurs et sur le fonctionnement démocratique de LREM. Une partie des adhérents à fort capital culturel et scolaire sont en effet disposés socialement à donner leur opinion, à vouloir participer à la définition de la ligne du parti et à développer des discours critiques34.

Les critiques s’exacerbent et la contestation s’amplifie à mesure que le parti est confronté à de nouveaux enjeux : désigner des candidats alors que les ambitions de professionnalisation politique se développent chez une partie des adhérents, prendre des décisions liées à des échéances électorales (européennes, municipales puis régionales) ou aux divergences que l’évolution de la situation politique fait apparaître (le consensus sur le programme n’épuise pas les enjeux démocratiques internes, les adhérents venus de la gauche critiquent la droitisation de la politique gouvernementale…). Les adhérents qui restent actifs sont essentiellement motivés par les mandats et responsabilités (postes d’auxiliaires d’élus, d’assistants et de permanents notamment) que distribue l’organisation. LREM a été créée ad hoc pour l’élection présidentielle mais, au-delà de cette conjoncture, elle doit faire face à un fonctionnement partisan et à des questions plus routinières. Ces désaccords et contestations conduisent à des défections. Pour les militants, l’option du désengagement s’impose d’autant plus que font défaut les espaces de débats internes pouvant permettre une expression pluraliste et la possibilité d’infléchir la ligne et les choix de l’organisation. Le sociologue Albert Hirschman (1970) a défini trois possibilités qui s’offrent à l’individu en cas de désaccord avec une organisation : la quitter, s’exprimer ou être loyal (exit, voice, loyalty). LREM limite le champ des options à deux : partir ou se résigner et se taire. L’impossibilité de la prise de parole (voice) entraîne des vagues de défection, et celle-ci s’impose d’autant plus comme option que l’adhésion au mouvement est peu engageante (les droits et devoirs de l’adhérent sont peu formalisés, on l’a vu). La force d’un parti, entendue comme sa capacité à rassembler, tient partiellement à son élasticité idéologique et à sa capacité à tenir et retenir, au risque de l’indiscipline et de la cacophonie, des militants et cadres ayant des positionnements politiques différenciés (autant de qualités organisationnelles qui font défaut à LREM).

Une timide réforme des statuts

Confrontés à ces frondes internes et à ces vagues de défection, les dirigeants du parti sont sommés de réagir, d’autant que le procès en manque de démocratisation devient un cadrage médiatique central. La réforme des statuts est mise à l’agenda après la crise des Gilets jaunes qui a agi comme un révélateur de la faiblesse de l’ancrage territorial du parti. Le processus est séquencé à partir de février 2019 pendant un an : groupes de travail, consultation des adhérents, travail juridique, vote des adhérents, mise à jour du règlement intérieur. Trois objectifs sont fixés initialement par le délégué général, nommé en octobre 2018, Stanislas Guerini : renforcer la démocratie interne, améliorer le fonctionnement et la représentativité des instances nationales, clarifier les responsabilités dans les territoires. Une consultation en ligne des adhérents via « l’Atelier des idées » est ouverte et deux cents « ateliers statuts » sont organisés dans toute la France. Elle fait apparaître le désarroi et le vif mécontentement d’une base militante qui ne se sent pas écoutée ni associée aux décisions. Les nouveaux statuts sont approuvés, le 6 janvier 2020, par 94,1 % des votants… mais seuls 4,2 % d’entre eux ont participé.

Réforme des statuts

Réforme des statuts

Ces statuts prévoient l’élection de binômes paritaires d’animateurs locaux, l’adoption du « jugement majoritaire35 » – censé favoriser le « consensus » et la « bienveillance » –, comme mode de scrutin pour la nomination des animateurs locaux, mais aussi des représentants territoriaux au sein du conseil national, du bureau exécutif et du délégué général, et enfin la création d’un conseil territorial dans chaque département. Cette nouvelle instance comprend des binômes paritaires d’adhérents pour chaque comité local et tous les animateurs locaux. Rappelons que dans les statuts initiaux, l’adhérent ne votait jamais. La présence d’adhérents et d’animateurs locaux dans les instances est, certes, généralisée. Mais le rôle des adhérents demeure faible, comme le reconnaît Astrid Panosyan (une des fondatrices du mouvement) en entretien, qui regrette que l’organisation n’ait pas franchi le pas de l’élection directe des référents départementaux36. Leur présence est saupoudrée dans les instances. Le délégué général n’est pas désigné par les adhérents et aucun pouvoir sur l’orientation politique et les choix stratégiques n’est concédé aux adhérents. La réforme a pour principal effet de formaliser la structuration territoriale du parti, notamment au niveau départemental, qui se rapproche un peu, de ce point de vue, de celle du Parti socialiste (où le niveau départemental est une strate essentielle entre la base et la direction).

L’échec de l’ancrage local

L’incapacité à retenir les adhérents et à structurer le mouvement ne tient pas qu’à l’absence de démocratie. Elle est aussi liée à la faiblesse de son ancrage local. L’implantation territoriale d’un parti est affaire de temps (LREM est très jeune tandis que le maillage territorial des socialistes et des républicains est dense et ancien) mais aussi de volonté politique. Les dirigeants sont, de fait, pris dans des injonctions contradictoires : d’un côté ils souhaitent ne pas reproduire les logiques notabiliaires traditionnelles des partis contre lesquels le mouvement s’est construit, d’autant qu’il est pensé avant tout comme une structure de soutien de son leader ; de l’autre, ils doivent accepter le jeu territorial alors qu’on accuse LREM d’être hors-sol (mais sans avoir les moyens)37. Le contre-modèle est clair (il s’agit de ne pas reproduire le modèle repoussoir du Parti socialiste avec ses notables, ses « fédés » autonomes et son « localisme ») mais quel modèle partisan alternatif construire ? Dans les premiers mois du quinquennat, l’organisation naissante se détourne d’autant plus des territoires que la structuration du travail au siège parisien prend du temps : les cadres historiques du mouvement sont aspirés par les cabinets ministériels ou le groupe parlementaire, la politique de recrutement des permanents prend aussi du temps. Le turnover est d’emblée fort dans l’équipe centrale qui est conçue pour beaucoup de cadres marcheurs avant tout comme un sas vers d’autres responsabilités. Christophe Castaner s’investit à partir de novembre 2017 assez peu dans le mouvement qui, selon les mots de Jean-Marc Borello en entretien, est « en déshérence » jusqu’à l’arrivée sa la tête de Stanislas Guérini.

Les conflits locaux de légitimité

Comment s’opère la division des rôles entre les divers acteurs locaux (cadres et adhérents locaux, députés, référents départementaux) ? Elle est d’emblée problématique et des conflits se développent rapidement. Le point commun de ces diverses catégories de marcheurs est qu’ils n’ont pas de culture commune ni souvent de socialisation partisane préalable38 et qu’ils se vivent souvent comme des autoentrepreneurs politiques. Ces phénomènes sont renforcés par le fait que ces différents protagonistes ne reconnaissent pas toujours comme légitimes des décisions venues d’en haut ou de l’organisation et que les rôles partisans sont flous, peu codifiés et institutionnalisés (effet de la jeunesse du mouvement).

Les statuts ne font place à aucune réelle structure intermédiaire entre les adhérents et les comités locaux d’une part et la direction nationale d’autre part, rôle habituellement assuré par les fédérations départementales. Les référents départementaux assurent ce lien mais n’ont pas de moyens propres (pas de local notamment39) et sont recrutés et nommés par le bureau exécutif. Ils ne peuvent pas par ailleurs avoir de mandat électif, ce qui les empêche de se professionnaliser. « Au PS ou à l’UMP, la fonction de responsable local était la première marche d’une carrière politique. Pas chez nous ; c’est une mission à part entière », nous confie Jean-Marc Borello, délégué général adjoint. Ces règles font reposer l’animation du parti sur le seul bénévolat et, de fait, la limitent. Les référents se voient certes dotés d’un budget propre mais il est faible (deux mille euros par mois en moyenne, pour louer des salles, organiser des évènements et des actions, payer les frais de transports…)40. La tâche est harassante et provoque un turnover important41. Le rôle des référents est celui d’animer LREM sur le territoire départemental, d’être en relation avec les groupes locaux, de relayer localement les initiatives du siège (ce qui leur vaut le titre officieux de « préfet » du mouvement) et d’animer un comité politique départemental au statut ambigu (constitué des parlementaires, élus et ministres du territoire). Plus officieusement, les référents sont chargés de régler les innombrables différends locaux entre adhérents, groupes et députés. Ils font de la « pédagogie » auprès des adhérents et sont les réceptacles des récriminations des marcheurs, surtout ceux, nombreux, qui jugent le mouvement peu démocratique et trop vertical. Certains référents jugent que leurs missions vont au-delà et prétendent à un leadership sur le département.

Nommés, les référents n’ont guère de légitimité, notamment face aux députés avec lesquels ils sont souvent été en concurrence pour les investitures au moment des élections législatives, mais font valoir leur antériorité dans le mouvement qu’ils ont souvent contribué à créer localement (cinquante référents sont devenus parlementaires en 2017). Lorsque des conflits éclatent entre députés dans un département, notamment sur la base de leurs orientations politiques (ils viennent de la droite ou de la gauche), les référents n’ont guère de leviers pour les trancher. Les affrontements sont âpres entre référents et parlementaires (Paris, Nord, Moselle, Aix en Provence, Yonne, Deux Sèvres…). Les premiers, comme beaucoup de militants, considèrent que les députés ne sont que des législateurs et qu’il faut empêcher la constitution de « baronnies ». Ils se vivent en cela comme porteurs de l’esprit initial du mouvement. Les députés cherchent quant à eux à les contrôler. La perspective d’un redécoupage des circonscriptions législatives avec le projet, finalement avorté, de limitation du nombre de parlementaires, accentuent cette stratégie. La perspective des élections municipales avive aussi les tensions, le flou des prérogatives du référent devenant particulièrement problématique. Les propos de Ludovic Mendes, député de la Moselle, sont éloquents à ce sujet :

« Quand je vais discuter avec des maires en vue des municipales, la référente n’a pas à me donner son assentiment. De son côté, elle n’a pas à entamer des discussions avec des maires qui ne sont pas en accord avec nos principes. Et quand on lui demande des explications, elle nous répond que c’est elle qui décide » (L’Opinion, juillet 2019).

Les comités locaux sont donc autonomes mais largement impuissants. La répartition des moyens financiers est un analyseur marquant du refus de voir se développer des structures locales : le budget est très centralisé et n’est guère consacré aux groupes locaux. Les financements sont attribués sur le mode managérial de l’appel à projets42. La liberté de création de groupe a été un atout pendant la campagne présidentielle. Elle devient un handicap après. Les groupes locaux, souvent multiples à l’échelle d’une ville, entrent en concurrence ou en conflit. La liberté de création permet de réguler les conflits – on crée un nouveau groupe lorsque naissent des désaccords – mais rend complexe la coordination des groupes. Les relations entre adhérents et députés sont souvent conflictuelles parce que les premiers sont méfiants à l’égard de la professionnalisation politique et attachés à la promesse initiale du « faire la politique autrement », parce que les députés sont souvent peu présents et peu liés aux marcheurs.

La grande majorité des 308 députés élus en juin 2017 n’ont pas d’ancrage préalable. Souvent dépourvus de capital politique personnel et local, ces parlementaires considèrent qu’ils doivent leur élection au président de la République et pas au mouvement, ni à la base des adhérents dont leur légitimité ne procède pas (ils ont été investis nationalement). Les relations avec les adhérents sont aussi mauvaises. Dans les entretiens réalisés avec des députés, la même remarque revient invariablement : « il y avait des dizaines de marcheurs candidats dans ma circonscription, dès que j’ai été élu (e) plusieurs ont considéré qu’ils auraient dû être désignés puis élus à ma place et qu’ils la prendraient la fois prochaine »43. Quand les députés s’investissent dans le mouvement localement44, ils considèrent qu’ils ont la légitimité électorale dont ne disposent pas les référents départementaux (non élus). Les députés ont une conception variable de leur rôle. Ils sont tous absorbés par leur travail parlementaire parisien45 (fortes obligations de présence) et par l’activisme législatif effréné de l’exécutif qui cherche à déterritorialiser l’activité des députés (au moins jusqu’à la crise des Gilets jaunes). Une assistante parlementaire, chevronnée, dans la région de Bordeaux nous narre l’anecdote suivante :

« Il manquait des députés à Paris un vendredi soir, le groupe parlementaire a obligé mon député à remonter pour siéger en séance et à annuler une réunion publique le jour même dans sa circonscription. Je n’ai jamais vu ça, un tel mépris pour la population locale ».

Ceux qui cherchent à s’implanter dans leur circonscription46 se heurtent souvent à l’hostilité des élus locaux qui ne les convient pas aux manifestations locales et ne leur y donnent pas la parole (ce qui peut contribuer à les humilier publiquement)47. Beaucoup dédaignent le travail de représentation classique du parlementaire (présence dans les manifestations le dimanche), considèrent que le week-end n’est pas un temps de travail ou annoncent qu’ils ne feront qu’un mandat (ce qui pèse sur la manière d’endosser le rôle de parlementaire).

L’autonomie laissée à la base (sans moyens), la faible codification des règles et des rôles de chacun des acteurs en présence, ont un prix : une certaine anomie locale qui crée des situations chaotiques ou conflictuelles (objets de remontées et de longs débats au bureau exécutif national). Mais les dirigeants s’en accommodent. Un membre du bureau exécutif nous confie sous le sceau de l’anonymat :

« Le macronisme au niveau national mais aussi local, c’est le darwinisme, c’est son ADN, que le meilleur gagne ou que personne ne soit trop dominant, à part le chef bien sûr ».

L’épreuve des élections municipales

Le premier scrutin local du quinquennat met sous tension cette structuration territoriale fragile. Comme tout parti politique, tout présidentialisé qu’il soit, LREM doit affronter les échéances électorales territoriales. LREM est jugée médiatiquement en mars 2020 sur sa capacité à s’implanter dans « les territoires ». Le mouvement va-t-il se révéler capable de gagner des villes, d’en faire des étendards et de mailler le territoire avec des réseaux d’élus municipaux ?

Les modalités de sélection des têtes de liste confirment la forte verticalité du fonctionnement d’En Marche48. Comme lors des élections législatives, elles ont été décidées par une commission d’investiture nationale (CNI) qui statue souverainement pour les villes de plus de 9 000 habitants (un millier de villes en France, soit 3 % des communes). Elle est présidée par un sénateur, ancien ministre socialiste, Alain Richard, et une députée venue de la droite, Marie Guevenoux. Sur proposition de la commission nationale d’investiture, c’est le bureau exécutif de LREM (28 membres) qui investit officiellement les candidats. Les adhérents locaux n’ont donc aucune prise à nouveau sur un processus top down. À Paris, le parti refuse d’organiser une primaire, comme le réclament les divers prétendants à la candidature.

La commission peine à trouver des candidats dans les villes de moins de 9 000 habitants, confirmant ainsi l’implantation essentiellement métropolitaine du mouvement49. LREM est prise dans un dilemme : constituer un maillage d’élus et de cadres à partir de sa base d’adhérents, fragile et peu expérimentée, ou bien enrôler des élus sortants, de gauche comme de droite, et les « franchiser » pour engranger plus facilement des victoires au risque de mécontenter les authentiques « marcheurs ». La première option permet d’honorer la promesse de renouvellement politique mais aussi de rétribuer l’engagement des maigres troupes de militants encore mobilisés. La deuxième permet de s’assurer la conquête de quelques villes pour que le verdict national du scrutin municipal ne soit pas trop défavorable, de poursuivre la décomposition politique du « vieux monde » politique des partis dans la perspective de l’élection présidentielle. Au final, dans les villes de plus de 9 000 habitants, 289 candidats sont investis (des marcheurs) et 305 soutenus (dont 136 sortants). La plupart sont des élus sortants de partis affiliés à la majorité présidentielle : MoDem, Agir, UDI, radicaux, pour un tiers ; Républicains et socialistes pour les deux tiers. LREM a donc décidé de sacrifier une partie de sa base militante sur l’autel du pragmatisme électoral et d’une recomposition renouvelée du jeu partisan en vue de la prochaine élection présidentielle. Ce choix est justifié en entretien avec Alain Richard par la faiblesse des cadres locaux du mouvement, leur inexpérience ou leur manque d’ancrage50. On peut aussi émettre l’hypothèse que le parti pris de soutenir des notables installés constituent une manière de les maintenir à l’extérieur de l’organisation tout en s’appuyant sur eux (ne pas devenir un parti d’élus mais ne pas perdre la face aux élections municipales).

Ce choix est néanmoins coûteux :  les décisions de la commission d’investiture suscitent de nombreuses dissidences et contestations dans les grandes villes (Paris, Lyon, Marseille, Lille, Aix-en-Provence, Annecy, Metz, Calais…). La séquence des municipales démontre la faiblesse des cadres et du maillage territorial du mouvement. Certains départements font figure de no man’s lands. En Moselle, LREM présente deux candidats sur les 15 villes entre 9 000 et 20 000. Dans le Pas-de-Calais, c’est une sur 23. Dans les Bouches-du-Rhône, quatre sur 21, dans le Nord, cinq candidats pour 38 villes de 9 000 à 20 000 habitants. Selon Alain Richard, les comités politiques départementaux « fonctionnent bien dans 60 départements ; plus ou moins bien, avec des crispations ou des silences, dans 15 autres ; et franchement pas bien dans les 20 derniers ».

Les élections municipales sont un échec cuisant pour LREM. Après les élections européennes, les ambitions du parti présidentiel étaient fortes : garder Lyon et Strasbourg et conquérir Paris, Marseille ou Bordeaux. En définitive, aucun de ces objectifs n’a été tenu. Le terme de débâcle électorale n’est pas excessif. En entretien, plusieurs membres du bureau exécutif reconnaissent que dans certains territoires le scrutin a détruit ce qu’il restait de structuration du mouvement. Les conflits ne cessent pas pour autant, les derniers cadres et militants retenus par l’organisation s’inscrivant dans des perspectives de professionnalisation ou d’accès à un mandat politique. Les élections régionales et municipales sont, de la même manière, un échec. Au terme du quinquennat, LREM ne peut s’appuyer que sur 9 100 élus municipaux, 230 conseillers départementaux et 104 conseillers régionaux51. Le mouvement d’Emmanuel Macron est sans doute le parti au pouvoir le moins implanté de la Cinquième République (avec l’Union pour la nouvelle République dans les années 196052).

Un parti personnel ?

Sans réelle assise territoriale, faiblement investi par une base militante étroite et à la sociologie très marquée, le parti présidentiel peine donc à se densifier. La volonté a-t-elle existé d’en faire une organisation structurée et active ? Il est permis d’en douter. Le mouvement est une forme d’inorganisation assumée. Les propos des proches du président de la République sont sans ambiguïté en entretien. Gabriel Attal déclare publiquement : « Emmanuel Macron a conçu En Marche ! comme un outil politique. D’abord pour conquérir le pouvoir et aujourd’hui pour réussir le mandat. Nous n’avons jamais envisagé d’en faire un objet politique qui vive pour lui-même comme le Parti socialiste ou Les Républicains53 ». S’il faut céder au typologisme, LREM est moins un parti-mouvement, ouvert sur la société civile et inclusif54 qu’un parti personnel55 et une machine présidentielle, centrée sur son leader, qui a pour vocation principale de le promouvoir et de préparer la seconde élection présidentielle. Est-il en cela singulier ? Le Rassemblement national est de ce point de vue proche. Gardons surtout en mémoire Max Weber qui affirmait au début du XXe siècle que les partis servaient surtout à donner le pouvoir à leur chef. L’originalité historique de ce parti est sans doute d’assumer explicitement une rationalité organisationnelle largement électorale tournée vers l’élection présidentielle.

Un parti sans fonction ?

À quoi sert au juste LREM ? Cette question est lancinante et récurrente dans les entretiens réalisés avec les cadres locaux et nationaux du parti.  LREM n’a guère d’autonomie à l’égard de l’exécutif et les relations avec le pouvoir sont peu intenses et formalisées : aucun des deux Premiers ministres du premier quinquennat n’est membre du parti (ce n’est pas le cas d’Elizabeth Borne)56, le groupe parlementaire a très peu de liens avec le parti et les députés sont peu nombreux à se rendre au siège dont ils soulignent souvent « l’inutilité » en entretien57. LREM est conçue essentiellement comme une courroie de transmission et de légitimation de la politique gouvernementale, un instrument voué à la défense de la politique gouvernementale et aux intérêts d’Emmanuel Macron, et non comme un espace de pluralisme. La communication du mouvement est centrée autour de l’action de l’exécutif et du président de la République. L’engagement à LREM se fait sur une base très personnalisée on l’a vu (on est « macroniste » avant d’être « marcheur »). Le bureau exécutif de LREM, réuni le lundi, ne produit aucune position politique substantielle, se contente de débattre de questions d’actualité ou d’auditionner des ministres. Il renonce rapidement à peser politiquement.  Un de ses membres ironise (anonymement) : « c’est le burlex, une espèce de café du commerce gouvernemental ». Il n’y pas d’espace où des points de vue politiquement contradictoires puissent être exprimés. L’absence de pluralisme interne conduit à la création de micro-partis à la périphérie de LREM et autorisant la double appartenance, enrôlant les déçus de droite (Agir) et de gauche (Territoires de Progrès). Pierre Person, numéro 2 du mouvement à partir du 1er décembre 2018, quitte la direction de LREM en septembre 2020. Il déplore le manque de pluralisme, d’animation politique et idéologique du parti qui « n’existe pas assez par rapport à l’exécutif » et « n’alimente » pas assez la base :

« Je souhaitais la structuration de vraies sensibilités, un moment où elles puissent se compter comme un congrès. Mais c’était hors de question, on m’a dit clairement. Il n’y a pas d’espace de discussion quoi58 ».

Un des espaces que le parti aurait pu occuper est celui de la production des idées (donner une consistance doctrinale ou un corpus idéologique faisant défaut au « macronisme »59 ou au « progressisme » notion souvent utilisée pour le définir)60. Un colloque est organisé en ce sens un samedi d’octobre 2018 à Issy-les-Moulineaux en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès et la Fondapol, des think tanks respectivement classés plutôt à gauche et à droite, autour de sociologues (Dominique Schnapper), philosophes (Monique Canto-Sperber), scientifiques (Hervé Le Treut) et politiques (Jean-Michel Blanquer). Ce colloque est présenté par la députée Laetitia Avia comme « un point de départ, pas un point d'arrivée ». Il n’aura pourtant pas de réelles suites. La fonction programmatique n’a guère été plus investie. Elle est largement externalisée (notamment à l’Institut Montaigne) ou assurée par l’exécutif.  Le parti n’a produit qu’une dizaine de notes lors du premier quinquennat. Lorsque son délégué général, Stanislas Guerini, propose en mars 2019 au gouvernement une hausse des droits de succession, son initiative est immédiatement repoussée. Un document d’une trentaine de pages est produit à l’été 2020 censé préparer un deuxième quinquennat (Ensemble : nos 90 propositions pour un nouvel élan républicain). Il n’a guère d’audience. L’absence d’idéologie rend fragile toute velléité de formation et d’homogénéisation politique des adhérents (l’offre de formation est très technique : comment militer ? gérer un budget ? animer une réunion ?... ). LREM n’a en rien constitué un lieu de contre-pouvoir depuis 2017. Le syndrome classique du parti « godillot » est renforcé par le fait que LREM est une organisation jeune, peu structurée et délaissée par les cadres macronistes qui aspirent avant tout à intégrer les cabinets ministériels ou le groupe parlementaire. LREM a été d’emblée un parti de pouvoir et au pouvoir, dont les cadres ont été absorbés par ces diverses arènes, ce qui a empêché son développement et sa densification. Le macronisme est resté par là même une entreprise apartisane, assise largement sur la haute fonction publique. Un collectif de hauts fonctionnaires souhaitant rester anonymes, nommé Léa Guessier, donne crédit à cette thèse de l’intérieur en publiant une tribune en février 2018 qui explique cette confusion entre une partie de la haute administration et la politique du gouvernement61 . Le texte évoque « une administration-parti ». Alors que le rôle des partis est de sélectionner les élites et de produire programme et idées, ces fonctions échoient désormais à la haute fonction publique. Les propositions politiques émanent dès lors directement des fonctionnaires et agents publics. La diminution de la taille des cabinets ministériels – qui n’a duré qu’un temps… – aurait accéléré ce mouvement : « Supposés orienter l’action de l’administration dans le sens souhaité par les ministres, leur réduction à portion congrue ne leur permet de jouer ce rôle qu’à la marge ». Le texte relève par exemple que les ordonnances pour la libéralisation du marché du travail ont été confiées en intégralité aux fonctionnaires.

Un parti au service du président… qui le délaisse ou le contourne

Si le parti est personnel, quel rôle y joue le président ? Emmanuel Macron occupe une place centrale dans la communication électorale lors des Européennes de 2019. Il nomme des obligés et des proches à la tête de son parti (Christophe Castaner puis Stanislas Guerini). Après l’annonce d’un nouveau nom pour le mouvement (Renaissance) en mai 2022, il a chargé un de ses proches et conseillers, Stéphane Séjourné, d’écrire de nouveaux statuts. Le cabinet de l’Elysée ou le président tranchent directement les décisions les plus sensibles du parti (composition de liste aux élections européennes, arbitrages sensibles politiquement aux élections municipales…)62.

Affiche pour les élections européennes de 2019

Affiche pour les élections européennes de 2019. La liste LREM pour ces élections avait été appelée "Renaissance"

Pour autant, de l’avis de nombreux cadres du mouvement rencontrés en entretien (Jean-Marc Borello ou Pierre Person), Emmanuel Macron ne s’intéresse guère au mouvement et considère que sa place est secondaire dans l’ensemble de ses ressources politiques et son dispositif de pouvoir. L’un d’entre eux qui souhaite conserver l’anonymat sur ce point déclare :

« Le mouvement, le président s’en contrefout, il considère que ça ne sert à rien et que ça été un bon moment de plaisir en 2017 (Rire). Et si j’allais jusqu’au bout, qu’en fait cette organisation elle avait été créée malgré lui. Je veux dire… Le président, il a fait sa campagne présidentielle. Après, les cadres derrière ont créé l’organisation. Mais le président il n’a pas créé l’organisation en fait. Il n’aime pas ça ».

Les dotations publiques reçues de l’État sont tournées vers la préparation de l’élection présidentielle. Avec La France insoumise, LREM est le seul parti en France à dégager des excédents (en septembre 2020, 7,6 millions d’euros pour le parti du président). Lors d’un entretien, un membre du bureau exécutif de LREM nous confie : « Le parti c’est surtout un carnet de chèques, des locaux et dans une moindre mesure des militants pour faire campagne le jour venu63 ». Le parti achète un siège pour 35 millions d’euros en juin 2021 (68 rue du Rocher, à quelques pas de l’Élysée) pour y installer le siège de campagne et fait office de « garanties » auprès des banques pour obtenir des prêts pour la prochaine campagne, comme nous le déclare en entretien la trésorière Astrid Panosyan. De ce point de vue, on observe un retournement intéressant au regard de la théorie des partis politiques : LREM (comme LFI) a contribué à « décarteliser » le système politique (casser le duopole formé par le Parti socialiste et Les Républicains) mais il s’est « cartellisé » au sens où il dépend largement de fonds publics (qui représentent plus de 80 % de leurs ressources, rappelons que la cotisation est gratuite)64.

 

Quel rôle joue le parti dans la campagne présidentielle de 2022 ? On observe certes une remobilisation de la base militante dans les mois précédant l’élection présidentielle de 2022, ce qui confirme le caractère cyclique et « quinquennal » de l’engagement. Le mouvement tente de lancer une démarche de « causes » thématiques (féminisme, animalisme…)65 qu’il soutient et qui sont censés nourrir le programme et la mobilisation présidentielle, mais la dynamique prend peu. Le parti n’est pas au cœur de la campagne présidentielle. Le président-candidat cherche à apparaître, dans une symbolique devenue dominante, libre de toute attache partisane. Les cadres de LREM l’annoncent un an avant l’élection : Emmanuel Macron n’est pas candidat du mouvement en 2022 mais continue à être celui du « dépassement »66. Le sigle LREM disparaît au profit de « majorité présidentielle » lors de l’université d’été d’octobre 2021. Le mouvement a été peu associé à une campagne dont l’organigramme n’a jamais été publié. La campagne qui a démarré très tardivement a été pilotée de l’Élysée et a donné lieu à un seul grand meeting (La Défense Arena, le 2 avril), ce qui n’a guère contribué à mobiliser les militants. L’offre organisationnelle de militantisme a été faible pendant la campagne. Des réunions autour des députés ont été organisées mais peu encouragées par le fait que les investitures aux élections législatives n’ont été données qu’après le scrutin présidentiel (ce qui est une manière de marquer encore plus fortement la tutelle d’Emmanuel Macron sur les députés et le parti). Le président a eu la haute main sur ces désignations (aucune commission nationale d’investiture n’a été mise en place comme en 2017). La presse relate que lors d’un dîner-marathon à l'Élysée le dimanche 1er mai, le choix des candidats aux législatives a fait l’objet de sept heures de discussions (jusqu'à 2h30 du matin). Pour passer les investitures au crible, Emmanuel Macron travaille « papier et crayon en main », selon un conseiller. « Il valide tout, chaque ligne » dans les tableaux Excel recensant les 577 circonscriptions67. Le parti personnel est au service du président… qui en fait largement l’économie lors de sa deuxième campagne présidentielle.

Parrainage

Promotion pour la participation au meeting LREM du 2 avril 2022

À l’occasion des élections législatives de 2022, LREM change de nom.  « Renaissance » fait campagne aux élections législatives sous le label Ensemble en alliance avec le Modem, Horizons et d’autres petites formations de la majorité comme Agir et le Parti radical (Renaissance a obtenu 400 circonscriptions). Cinq ans après sa création, le parti est donc déjà rebaptisé, ce qui entérine sa fragilité, sa plasticité mais aussi sa démonétisation. Le parti présidentiel, dont le patronyme n’indique toujours pas de positionnement politique discriminant, a perdu son caractère « disruptif ». La grande majorité des députés sortants ont été reconduits comme candidats. La rhétorique de la « société civile » de 2017 a fait place à celle du « professionnalisme » et de « l’expérience » désormais mis en avant68. LREM n’a pas réussi à trouver sa place depuis 2017 et a bricolé une identité organisationnelle encore fragile et peu stabilisée (les expressions récurrentes dans les entretiens en témoignent : « qu’en faire ? », le « machin », « le fantôme », « l’ectoplasme »… ). Sa dimension managériale tourne à vide puisque le mouvement est désinvesti et n’a guère de consistance (quoi « manager » ? quelles pratiques « optimiser » ?). Serait-on entré dans l’ère des partis personnels intermittents, fluides, à obsolescence programmée ou plus trivialement « kleenex » ? Les définitions les plus canoniques des partis dégagent un critère permettant de les distinguer d’autres organisations : ils sont censés avoir une « espérance de vie supérieure à celle de leurs dirigeants 69». LREM (Renaissance) survivra-t-il à son créateur ? Réélu en 2022, Emmanuel Macron ne pourra briguer un troisième mandat. La question de sa succession dominera à l’évidence le deuxième quinquennat. Le parti (ou l’Assemblée ?) deviendra-t-il l’espace concurrentiel de production d’un leadership ? Trouvera-t-il (enfin) une fonction (produire un ou des présidentiables) ? À suivre…

Renaissance

Nouveau nom du parti

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1

Libération, le 20 février 2018.

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2

Entretien dans La Nouvelle Revue Française, n°630, mai 2018.

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3

Il a été adhérent au PS deux ans sans vraiment militer.

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4

En Marche devient La République en marche après la présidentielle. Julien Fretel, « Un parti sans politique. Onomastique d’une innovation partisane : En Marche ! », Mots. Les langages du politique, 2019/2 (n° 120).

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5

Cet article est fondé sur une enquête comparée sur LREM et La France insoumise, engagée depuis 2017 et fondée notamment sur 160 entretiens avec cadres, élus et militants des deux mouvements, des observations ethnographiques lors des campagnes et le suivi des deux partis à partir de la plateforme. Pour une première présentation de ses résultats, Rémi Lefebvre, « Vers un nouveau modèle partisan ? Entre déclassement des partis de gouvernement et avènement des partis-mouvements », Cahiers de la recherche sur les droits fondamentaux, n° 16, 2018 et « Que sont devenus les partis-mouvements ? La France insoumise et La République en marche depuis 2017 », Esprit, n° 481-482, 2022.

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6

Jacques Ion, La Fin des militants ?, Paris, Éditions de l’Atelier, 1997. Sur cette question voir Rémi Lefebvre, « Le militantisme socialiste n'est plus ce qu'il n'a jamais été. Modèle de "l'engagement distancié" et transformations du militantisme au Parti socialiste », Politix,  n° 102, 2013, p. 7-33.

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7

Lemonde.fr, 10 décembre 2016.

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8

Beyond Party Members, Oxford, Oxford University Press, 2015. Selon la politiste américaine les partis, pour attirer des adhérents aux aspirations différentes et réfractaires à tout idée d’ « embrigadement », doivent être en mesure de proposer une gamme diverses pratiques militantes et d’investissements.

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9

Paolo Gerbaudo, The digital party. Political organisation and online democracy, Londres, Pluto Press, 2019.

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10

« Le communisme disait Lénine, c'est les soviets plus l'électricité, les mouvementistes ce sont un chef plus internet » note le politiste Michel Offerlé (« Les partis meurent longtemps », Le Monde, le 31 mai 2017).

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11

Paolo Gerbaudo, The digital party. Political organisation and online democracy, op. cit., p. 67.

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12

80  députés élus en 2017 ont milité au PS. Rémi Lefebvre, « Les députés en Marche issus du Parti socialiste. Sociologie d’une migration partisane » in Bernard Dolez, Julien Fretel, Rémi Lefebvre (dir.), L’entreprise Macron, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2019.

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13

Pour rappel, au PS, les responsables de sections, de fédérations, le premier secrétaire national, les candidats au scrutin uninominal sont désignés ou investis par le vote des militants.

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14

Le deuxième congrès du parti se tient le 1er décembre 2018 pour désigner le successeur de Christophe Castaner. Stanislas Guerini est élu avec 82 % des voix. Plus de la moitié des 750 membres du conseil ne se sont pas déplacés pour prendre part à ce vote non concurrentiel.

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15

Marianne, le 10 juillet. Les adhérents sont néanmoins directement consultés par le bureau exécutif sur les sujets de son choix et ceux qui seront proposés par 20 % des adhérents ou comités locaux. Les adhérents peuvent également sélectionner les actions financées par le budget participatif du mouvement.

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16

Le Monde, le 8 juillet 2017.

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17

Libération, le 1er aout 2017.

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18

Le Monde, le 7 septembre 2017.

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19

Un parti où le modèle de l’entreprise privée (valorisation de la performance, gestion par objectifs...) est la référence. Christophe Bouillaud, « Entre ‘parti personnel’ et’parti-entreprise’. La République en Marche au prisme du comparatisme », dans Thomas Frinault éd., Nouvelle sociologie politique de la France, Paris, Armand Colin, 2021.

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20

J. Hopkin, C. Paolucci, « The Business Firm Model of Party Organisation: Cases From Spain and Italy », European Journal of Political Research, 1999, 35(3), 307-339.

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21

Mathieu Magnaudeix, Macron & Cie, Paris, Don quichotte, 2017.

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22

Mediapart, le 13 janvier 2017.

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23

Julien Fretel, « Comment ça marche ? La forme partisane du macronisme », dans Bernard Dolez, Julien Fretel, Rémi Lefebvre (dir.), L'Entreprise Macron, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2019.

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24

Christelle Gris montre dans une enquête sociologique sur un comité départemental en mai 2017 que si les militants se conforment aux règles d’une organisation partisane fondée sur le modèle de la start-up, c’est d’abord parce qu’ils ont fortement intériorisé un habitus gestionnaire. Christelle Gris, « La mise en marche des "entrepreneurs de soi". Les ressorts de l’engagement local dans une "start-up politique" » in Bernard Dolez, Julien Fretel, Rémi Lefebvre (dir.), L'Entreprise Macron, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2019.

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25

Un parti peut s’appréhender selon plusieurs « faces ». On peut distinguer le parti en charge de la vie publique (party in public office), le parti à la base (comme communauté de militants) et l’appareil central du parti. Richard Katz, Peter Mair, « The evolution of party organizations in Europe: the three faces of party organization », The American Review of Politics, n° 14, 1993, p. 593-617. 

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26

La dotation publique permet au parti d’avoir une équipe d’une centaine de permanents (soit le double du PS et de LR).

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27

Julien Fretel, « Un parti non encore identifié. La République en Marche 2017-2021 » in Bernard Dolez, Anne-Cécile Douillet, Julien Fretel, Rémi Lefebvre (dir.), L'Entreprise Macron à l’épreuve du pouvoir, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2022.

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28

Bruno Cautrès, Marc Lazar, Thierry Pech, Thomas Vitiello, Enquête sur la République en marche, Terra Nova, le 22 octobre 2018.

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29

Libération, le 6 octobre 2017.

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30

Le Figaro, 22 juin 2021.

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31

Rémi Lefebvre, « Vers une dé-démocratisation partisane ? Une approche comparée de La France Insoumise et de La République en Marche », Politique et Sociétés, vol 41, 2, 2022.

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32

De ce point de vue, LREM (comme LFI) accentuent une tendance à la désintermédiation déjà repérée dans les partis plus anciens, rejetés par les partis-mouvements : la volonté à travers la « directisation » de court-circuiter les strates intermédiaires des partis et d’accentuer la centralisation. Piero Ignazi, “The four knights of intra-party democracy: A rescue for party delegitimation”, Party Politics, vol 26, 2018, p. 9-20.

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33

Publiée dans L’Opinion (17 août 2017).

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34

Mais cette appétence critique n’est pas généralisée. Les dispositions managériales, présentes chez de nombreux militants, inclinent aussi à accepter la verticalité et la faible délibération interne au nom de « l’efficacité ».

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35

Le jugement majoritaire est une méthode de vote par laquelle les électeurs attribuent une mention à chaque candidat et peuvent attribuer la même mention à plusieurs candidats. La détermination du gagnant se fait par la médiane plutôt que par la moyenne.

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36

Entretien avec Astrid Panosyan, membre du bureau exécutif de LREM, jusque 2021, le 29 avril 2021.

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37

Rémi Lefebvre, « En Marche ! à l’épreuve du local. Jouer la carte du territoire ? » in Bernard Dolez, Anne-Cécile Douillet, Julien Fretel, Rémi Lefebvre (dir.). L'entreprise Macron à l’épreuve du pouvoir, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2022.

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38

Quand c’est le cas ils viennent de partis aux cultures politiques opposées (PS, Les Républicains…) et leur cohabitation est difficile.

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39

Leur création est expérimentée dans certains départements sans suite entre 2017 et 2019.

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40

Les référents sont épaulés par un permanent (un par région).

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41

En Charente ou dans le Nord, quatre référents se succèdent depuis 2017, c’est cinq dans l’Aube.

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42

Il existe à LREM un discours territorial (« le mouvement en mode projet ») fondé sur une rhétorique « connexionniste » (valorisant la mise en réseau) au sens de Luc Boltanski et Ève Chiapello. Un certain nombre de dispositifs nationaux (Actions quartiers, ruralités…) sont créés fin 2017 et pilotés par le haut pour monter et outiller des initiatives locales (projet de solidarité, formation…), repérer des « talents »… mais ils s’essoufflent rapidement faute de pouvoir s’appuyer sur des structures locales solides.

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43

15 000 candidatures ont été déposés sur la plateforme de LREM pour les législatives.

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44

Cela concerne une minorité de députés. Sacha Houlié dans la Vienne, qui revendique une culture politique socialiste « vieux monde » structure fortement autour de lui le mouvement et le coordonne en vue des élections municipales et départementales.

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45

Étienne Ollion, Les Candidats. Novices et professionnels de la politique, Paris, Puf, 2021.

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46

Manon Rescan, Les Grandes illusions. Enquête sur les soldats de la macronie, Paris, Robert Laffont, 2019.

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47

C’est le cas du député Dimitri Houbron à Douai par exemple.

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48

Rémi Lefebvre, « Municipales 2020 : La République en marche au défi de l’ancrage politique local », Métropolitiques, 6 février 2020.

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49

La circulaire du ministre de l’Intérieur demandant aux préfets de ne pas prendre en compte les étiquettes politiques des candidats dans les villes de moins de 9 000 habitants permettait de masquer cette faible implantation mais elle a été rejetée par le conseil d’État fin janvier 2020.

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50

Cf. entretien avec Alain Richard, janvier 2020.

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51

Si le parti revendique environ 10 000 conseillers municipaux, un décompte de Libération (le 30 juin 2020) donne 892 élus LREM, les autres élus n'étant pas identifiables en raison de leur présence sur des listes classées divers centre, divers droite ou divers gauche.  

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52

Le parti gaulliste, sans ancrage local, a été confronté en 1958 à une problématique territoriale proche de celle de LREM.

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53

Le Monde, 14 mai 2018.

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54

Donatella della Porta, Joseba Fernández, Hara Kouki and Lorenzo Mosca, Movement parties against austerity, Cambridge, Polity, 2017.

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55

Glenn Kefford, Duncan McDonnell, « Inside the personal party: Leader-owners, light organizations and limited lifespans », The British Journal of Politics and International Relations, 20(2), 2018. Type de parti marqué par une forte personnalisation. Il présente quatre caractéristiques typiques : - la durée de vie du parti est indexée sur celle de son leader ; - l’organisation au niveau local est peu étoffée, souvent intermittente ou rarement permanente ; - le leader concentre l’essentiel du pouvoir formel et informel ; - la communication du parti est centrée sur lui. Cette notion a été forgée pour analyser Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi en Italie ou celui de Clive Palmer en Australie (Glenn Kefford, Duncan McDonnell).

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56

« L’absence du chef de la majorité des instances dirigeantes a accrédité l’idée que le mouvement était une coquille vide » lit-on dans Le Monde, le 4 juillet 2021.

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57

« Mais à quoi servent donc ces divisions de permanents managers en jean slim » ? ironise la députée Valérie Petit (entretien février 2019).

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58

Entretien, le 8 janvier 2021.

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59

Rafaël Cos, Fabien Escalona, « Tenir l’agenda ‘quoi qu’il en coûte’. Le macronisme à l’épreuve des crises, in Bernard Dolez, Anne-Cécile Douillet, Julien Fretel, Rémi Lefebvre (dir.), L'Entreprise Macron à l’épreuve du pouvoir, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2022.

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60

L’étude du think tank Terra Nova sur les adhérents LREM montre la coexistence de deux familles progressistes. Les « progressistes-libéraux » identifiés comme « le cœur du macronisme » (31 % des adhérents) et les « progressistes-égalitaires » (23 %) qui sont, selon les auteurs, « une trace de l'apport des électeurs de gauche ».

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61

Le Monde, 21 février 2018.

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62

Stéphane Séjourné, député européen et conseiller à l’Élysée, assure l’interface avec LREM.

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63

Le financement de la campagne de 2017, sans parti préexistant, avait été une des prouesses inaugurales de l’entreprise Macron. Cet enjeu ne se pose plus cinq ans plus tard.

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64

La cartellisation désigne à la fois une tendance au développement de systèmes bipartisan (les deux partis dominants verrouillant l’accès aux positions gouvernementales) et une dépendance financière des partis aux dotations publiques Yohann Aucante,  Alexandre Dézé , Les systèmes de partis dans les démocraties occidentales. Le modèle du parti-cartel en question, Paris, Presses de Sciences Po, 2008.

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65

Julien Fretel, « Un parti non encore identifié. La République en Marche 2017-2021 » in Bernard Dolez, Anne-Cécile Douillet, Julien Fretel, Rémi Lefebvre (dir.), L'Entreprise Macron à l’épreuve du pouvoir, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2022.

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66

Libération, le 11 mars 2021.

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67

France Info, le 3 mai 2022.

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68

Emmanuel Macron enjoignait les marcheurs en 2017 d’être « fiers » de leur amateurisme.

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69

Joseph LaPalombara et Myron Weiner (dir.), Political Parties and Political Development, Princeton, Princeton University Press, 1966.

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