La pacification de la désobéissance civile et de l’action directe aux Etats-Unis depuis 2001

Forme stratégique d’intervention politique opérant hors des canaux institutionnels, l’action directe non-violente (à qui appartient la désobéissance civile) est une démarche asymétrique qui cherche, à travers la confrontation, à changer les rapports de force. Elle oblige celles et ceux qui la pratiquent à se positionner face à l’autorité. Des exemples d’actions directes incluent les die-in, les manifestations sans permis où les participant-e-s s’emparent de la rue et bloquent le trafic, le déroulement de banderoles, ou bien l’interruption de discours ou d’évènements privés. De la première génération de féministes en passant par le mouvement des droits civiques et jusqu’aux luttes contre le sida, il s’agit d’une tradition politique américaine par excellence.

Si la gauche américaine a renoncé à la violence contre les personnes dans les années 1970, il aura fallu attendre la « Bataille de Seattle » de 1999, puis le choc des attentats de 2001 pour finir de rendre tabou toute forme de violence politique envers les biens matériels. Ainsi, cette thèse s’intéresse à la pacification de l’activisme aux Etats-Unis. Elle étudie la manière dont les contraintes légales, policières et juridiques contemporaines résultant des lois anti-terroristes et de l’évolution du répertoire répressif des forces de police régulent la façon dont les actions directes non-violentes sont conçues et menées par des activistes progressistes, et en quoi celles-ci contribuent, de manière plus générale, à modeler la gauche américaine.

Notre enquête s’appuie sur une ethnographie conduite aux Etats-Unis d’octobre 2016 à juin 2018 auprès de groupes d’activistes, d’ONG et d’organisations religieuses qui appartiennent à la Résistance anti-Trump. Elle utilise les ressources qu’apporte l’observation participante et se base sur une cinquantaine d’entretiens compréhensifs.

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