Le salut par le travail – ou l’inverse ?

Les commissions pénitentiaires et la réforme des individus en maison d’arrêt

Fondée à plus d’un égard, l’image du prisonnier désœuvré ne rend pourtant qu’imparfaitement compte de la vie de la population pénale française dont des pans entiers (28,4 %, selon Les chiffres clés de l’administration pénitentiaire au 1er janvier 2018) s’activent chaque jour dans les prisons parsemant le territoire national1. En été comme sous la neige, à la lumière des projecteurs suspendus sous la toile des câbles anti-hélicoptère, des cortèges bleu, rouge et jaune2 s’extirpent dès l’aube des bâtiments de détention en direction des ateliers de manufacture, des locaux à balai et des cuisines ou de la buanderie. Plus vaste est l’établissement, plus l’agitation somnolente de ces quelques 22 660 travailleurs invisibles tient du ballet au point du jour. Déjà, certains trottinent goguenards dans ces files de nonchalants en uniforme, dépassant les moins enjoués, qui traînent un peu des pieds le long des coursives barbelées. Deux heures plus tard, tandis que l’on s’active en cuisine, que l’étroite cheminée de la buanderie crache ses volutes, que les établis ont été investis et que les serpillères lèchent les interminables boyaux, d’autres détenus sont escortés aux formations professionnelles où l’on apprend le métier de peintre, de maçon, où l’on est aussi initié à la constitution d’un curriculum vitae et à la maîtrise des plateformes numériques de recherche d’emploi.

Fer de lance de l’amendement auquel les condamnés sont tenus d’aspirer, le travail n’est plus obligatoire depuis 1987 et constitue aujourd’hui un droit – sans en relever cependant puisque le droit du travail ne s’applique pas aux activités intramuros : nulle défense syndicale, nulle saisine prud’homale, nul contrat liant les parties devant la loi. Le prisonnier s’engage par acte à occuper un poste d’auxiliaire au Service Général (SG), à travailler pour le compte de la Régie Industrielle des Établissements Pénitentiaires (RIEP) ou pour une entreprise privée en concession (en général spécialisée en petite manufacture). Il faut dire que, dans le sillage d’un vaste Partenariat Public-Privé récemment décrié par la Cour des Comptes (Rapport Public, décembre 2017), ces dernières y trouvent plus d’un avantage.

Garantissant des « charges patronales3 moindres », le ministère de la Justice vante sur son site internet la « flexibilité » offerte par ce type incongru d’implantation d’activité. Dans les faits, la main d’œuvre peut être recrutée presqu’immédiatement et congédiée tout aussi aisément. Le moindre « rapport d’incident » – aussi futile soit-il – donne lieu à un « déclassement » du travailleur. Après plus d’un an à attendre de travailler, Demba perd du jour au lendemain son poste aux ateliers :

« J’me suis levé le matin pour aller au travail. On m’appelle, j’ai trop mal dormi mais j’y vais quand même. J’arrive aux ateliers et à côté d’mon poste y a plein de sachets de thé qui ont été ratés la veille. Et le mec de l’atelier [l’entrepreneur], il arrive, il me gueule dessus : Range ton bordel ! J’ai rien dit, je range la merde des autres et puis j’me mets à travailler. L’autre il est revenu en gueulant : Mais tu vois pas que la table est sale ? Elle est presque plus noire que toi !... Moi, j’suis noir, ça veut dire que je suis sale, c’est ça ? Ça m’a fait un boum au cœur. Ça se dit pas ces choses-là ». « Enfoiré de facho de merde ! », lance le jeune père de famille à l’entrepreneur qui le renvoie en cellule (Demba, 30 ans, sportif semi-professionnel, condamné à 10 ans pour violence sur personne dépositaire de l’autorité publique).

Au titre de l’attractivité du secteur pénitentiaire, il faut ajouter le seuil légal de rémunération des travailleurs, actuellement fixé à 1,58 euros par heure et qui, selon le site du ministère, atteint en moyenne les 2,23 euros pour le Service Général et 4,17 euros pour les ateliers. Et encore. C’est sans compter les cotisations sociales, le prélèvement systématique au bénéfice d’un « pécule de libération » et de l’indemnisation des parties civiles. Avec ce qu’il leur reste, les détenus alimentent leur compte interne, sont en mesure de « cantiner »4 afin d’étoffer la frugalité du quotidien et d’alléger un peu la charge financière qu’ils sont susceptibles de représenter pour leurs proches.

Cela dit, en dépit de cette précarité, le sort des prisonniers travailleurs demeure bien enviable au regard du commun de leurs codétenus. Au-delà du salaire et de l’activité spécifique qu’il rétribue – dont l’intérêt, en lui-même, se noie dans la répétition mécanique (passer le balai, vider les poubelles, laver et plier la literie, distribuer « la gamelle », assembler les pièces de PVC des poignées de portière de voiture, découper des confettis ou agrafer des sachets de thé, etc.) –, le travail se pose surtout en alternative pratique et réflexive aux effets les plus pathogènes induits par la vie en prison. Tandis que du respect sinon de l’estime de soi renaît chez les plus scrupuleux, d’autres font de cette laborieuse mise en règle avec l’institution une véritable source de fierté :

« Le chef aux ateliers il m’a dit : “Regarde comme t’étais avant, regarde comme t’es devenu. T’es bien aujourd’hui !...” Et voilà, après tout change. Le comportement, ce que disent les autres, les surveillants sont contents de moi, on devient plus sage » (Omar, 50 ans, peintre, condamné à 15 ans pour vol à main armée).

Promu par l’administration, le travail initie parfois des cercles vertueux. La régularité de l’activité instaure un rythme arrachant l’encellulement quotidien au flottement et au marasme, surtout en Maison d’arrêt où il représente souvent 22 heures sur 245. Les travailleurs se lèvent à heure fixe ; ils se préparent, se lavent, se coiffent et s’habillent avant de rejoindre leurs collègues et de reprendre leur tâche là où, la veille, ils l’avaient laissée :

« J’ai la chance de travailler. Se lever tous les matins, ça fait plaisir […]. Du coup, les surveillants ils nous connaissent, ils sont détendus. On discute un peu, on se demande un peu des nouvelles… Franchement, c’est tranquille. Quand tout le monde est cool, le courant il passe super bien » (Ahmed, 25 ans, électricien, condamné à 7 ans pour cambriolage).

Les prisonniers auxiliaires jouissent d’un petit effet de distinction, notamment auprès des personnels de surveillance au zèle desquels ils échappent en partie. D’ailleurs, si les détenus respectueux du règlement intérieur se félicitent ainsi de purger une peine « constructive », leurs codétenus les plus roublards exploitent cette suspension relative de contrainte, notamment à la buanderie. « Dans cette coursive, les mecs quand on leur ramène leurs draps, dedans y a de la viande, des bouteilles de whisky… », témoigne un prisonnier. La cuisine constitue un centre plus névralgique encore de la vie clandestine intramuros. « Ah ouais, ils sont sans pitié, ils s’posent pas de question ! Ils volent tout ce qu’ils peuvent voler : un yaourt, un bout de fromage… Tout c’qui traîne, quoi », s’étonne un intérimaire de la restauration collective (Journal de terrain, 03/06/15). La diététicienne en charge de la planification des menus décrit pour sa part de véritables jeux d’influence :

« Les balances6, sont prioritairement recrutées pour travailler aux cuisines. Petit privilège accordé en contrepartie d’informations sur les intrigues interdétenus. Selon elle, certains auxiliaires cuisine feraient toute autre chose que travailler et échangeraient à l’écart avec quelques surveillants » (Journal de terrain, 08/04/15).

En somme, en prison comme ailleurs, les travailleurs ne font pas que travailler. Ce type d’activité ne satisfait pas seulement des besoins économiques : au quotidien, il structure une réalité confuse en y établissant des repères clairement identifiables. Au travers des collègues, des formateurs et des employeurs, il ouvre aussi à des sociabilités nouvelles et, le cas échéant, à des réseaux de solidarités affectives et matérielles (clandestins ou non). « Faut dire que c’est toujours les mêmes qui travaillent. Alors on s’entraide, on se rend service entre nous », raconte Ahmed – en ce sens, la communauté de vécus des travailleurs est d’ailleurs l’une des conditions aux contestations collectives qui ont pu être observées7.

In situ captiva, le travail assigne de nouvelles préoccupations à l’intellect et stimule les capacités projectives des reclus. « Là, y a qu’ça qui compte. En ce moment, j’réfléchis à des plans pour la suite », explique l’un d’eux. Présentée comme son prolongement enviable, la perspective de la réinsertion devient accessible et agrège ainsi toutes sortes d’espoirs aux formations professionnelles et au travail. Un jeune à peine majeur déclare : « Moi, j’demande qu’une chose : Travailler […]. J’veux mon boulot, ma maison, ma petite vie comme tout le monde ». Dès lors, le travail peut participer d’un sentiment d’appropriation de la peine de prison par ceux qui la subissent, la fatalité d’une incarcération aux airs d’impasse biographique s’estompant peu à peu au bénéfice d’une expérience qu’il est désormais possible de mettre à profit. Et, tandis que le même jeune majeur décrit comment la prison peut devenir « un mal pour un bien », l’un de ses codétenus, tout aussi enthousiaste, déclare :

« J’ai envie d’avancer […]. Ma vie, dehors, c’était pas bien. Je vais tout changer ! Je vais repartir sur l’droit chemin : la formation, le travail… essayer d’m’entourer d’gens qui ont une situation, rester loin des gens à problèmes » (Thomas, 24 ans, sans emploi, condamné à 2 ans pour escroquerie).

Débordant assez largement sa définition stricto sensu, le travail prisonnier comme registre de pratiques sociales diverses est donc mobilisé par une partie des détenus qui, par son truchement, s’attèle à gérer une situation déconcertante. À l’échelle de la population pénale, ce registre s’avère assez plastique et modulable pour répondre à l’éventail d’achoppements et de nécessités attachés à la condition carcérale. Maintenant les individualités à peu près à flot, le travail prisonnier constitue donc une « ressource » sociale8. D’autant que la légitimité que lui reconnaît l’administration, qui invite son « stock d’usagers »9 à s’en saisir comme on se saisit d’une opportunité, se traduit par l’autre rétribution du travail prisonnier : les très convoitées remises de peine. Ainsi comprend-on qu’aux yeux des détenus, tous candidats à une libération anticipée, le travail demeure sûrement la ressource la plus « précieuse » qui soit.

Pourtant, en Maison d’arrêt, l’espoir d’emprunter cette voie de salut se concrétise rarement. Les 28,4 % de travailleurs ne doivent pas faire oublier les quelques 71,6 % restant, composés de ceux qui, soit ont perdu leur travail, soit candidatent en vain10 ! Mais qui donc le travail sépare-t-il11 ? À peine la sociologie du travail en prison cesse-t-elle de se faire sociologie positive des travailleurs et des structures carcérales du travail que la foule des prisonniers désœuvrés essayant sans succès d’être recrutés élargit soudain ses perspectives : une ressource disponible n’est pas automatiquement mobilisable et si mobilisation il y a, elle n’est pas forcément pérenne. La nuance est loin d’être anodine. Si le travail est un droit mais que tous n’y ont pas ou plus droit, alors l’analyse de l’activité d’une minorité statistique se déporte vers les conditions sociales de possibilité, non pas de l’activité, mais bien de la minorité qui en jouit12. Considérant les élus et les éconduits telles les deux faces d’une seule et même pièce, le travail reconnaît, ignore et disgracie simultanément l’ensemble des personnes incarcérées révélant ainsi l’existence d’un processus tenant de facto moins du simple recrutement que de la sanction – la globalité de l’objet impose donc désormais d’ « embrasser les aspects simultanés »13 d’un mouvement se déclinant depuis l’activité professionnelle la plus profitable jusqu’à la réclusion disciplinaire la plus sordide.

Bref, les ressorts sociaux du travail prisonnier ne lui appartiennent pas. Et c’est précisément ceux-ci que ce texte se propose de renseigner en opérant un apparent détour par la description d’un tout autre travail : celui des commissions pénitentiaires auxquelles échouent l’attribution ou non d’un emploi aux détenus. Se concentrer sur le fonctionnement de la seule commission ayant la charge de « classer » les futurs prisonniers travailleurs reviendrait toutefois à passer encore à côté de l’essentiel : cette assemblée statue sur la base des informations et des décisions des autres commissions, composées dans l’ensemble des mêmes protagonistes. La compréhension du travail dans les maisons d’arrêt suppose ainsi une analyse à plus large spectre des modalités de gouvernement de la population pénale, se donnant pour but de réformer les individualités. L’ambition n’est pas tant de récapituler ce que fait chacune des commissions, que d’ouvrir à l’intelligence comment elles font ce qu’elles font.

L'Auxi

L'Auxi

Terrain et enquête

Les matériaux empiriques présentés ici proviennent d’une enquête conduite de juillet 2014 à novembre 2016 au sein d’une grande Maison d’arrêt française. Présenté comme « ultra-moderne » par le ministère au moment de son inauguration, ce mastodonte de béton, dont les entrailles bardées d’électronique courent sur près de 70 000 m2, compte près de 1200 âmes (dont 900 détenus). Triste prototype annonçant une longue série de constructions similaires sur tout le territoire, l’établissement, dont l’enceinte s’étire sur tout un kilomètre, se hissait au rang de prison la plus suicidogène du pays dès l’année de sa mise en service.

Le terrain appelle quelques précisions car, en réalité, ni le travail prisonnier ni le fonctionnement des commissions pénitentiaires n’ont été recherchés. Rencontrés au gré d’une présence ethnographique de plus de deux ans, ils se sont imposés à la conscience du chercheur au moment où ils affectaient ses propres enquêtés – de manière parfois inespérée, parfois catastrophique (les différents matériaux compilés et présentés ici ont d’ailleurs été produits à la marge de ces suivis individualisés mêlant entretiens biographiques répétés et observations ethnographiques des enquêtés). Cela tient à la nature d’un protocole de recherche poussant la démarche inductive à un niveau inédit sur le terrain carcéral : initialement pensée pour analyser les apparitions circonstanciées de comportements religieux, la méthodologie mise en œuvre visait à rendre possible une sociologie de la conversion en enquêtant les futurs convertis avant qu’ils n’y songent eux-mêmes. Consistant dans un premier temps à rencontrer des personnes dès leur incarcération, l’objectif a ensuite été de suivre chacune d’elles au cours de leur peine de prison en réalisant des entretiens à intervalles réguliers jusqu’à ce que, enfin, certains enquêtés « trouvent Dieu ».

En attendant, ne pouvant prédire d’où pourrait bien émerger le fait religieux, l’enquête a nécessairement embrassé une perspective génétique et généraliste en décrivant jour après jour, mois après mois, année après année parfois, les trajectoires intramuros de chacun des (très) différents hommes composant l’échantillon. Issus de l’immigration ou non, jeunes majeurs ou sexagénaires, « primaires » ou récidivistes, criminels ou délinquants, grands-bandits ou petits dealers, sans-abris, chômeurs, ouvriers, étudiants, sportifs, commerçants ou encore marin-pêcheur ou même avocat d’affaire… trente-deux détenus ont accepté de participer à cette enquête qui comptabilise quelques 88 entretiens approfondis14.

Procédant un peu à la manière d’un chalut raclant patiemment les abysses sans trop savoir ce qui en remontera, l’enquête a largement essaimé dans les sociabilités interdétenus comme dans le fonctionnement quotidien de l’établissement. À l’échelle individuelle, elle a aussi été le témoin d’une grande diversité de pratiques sociales, mais surtout d’une inlassable variabilité diachronique. Dans le temps, les postures des prisonniers se révèlent aussi labiles et éphémères que les types de comportements qu’ils adoptent successivement dans l’espoir de se distancier15 d’une vie en prison alliant surproduction de problèmes et pénurie de solutions. La vie en prison constitue un véritable « bazar » sociologique et le travail prisonnier n’est que l’un des composants de cet incessant ballet. Il en constitue, par conséquent, l’un des révélateurs, une piste à remonter.

Ethnographie comparative d’une pluralité de missions

Gérer les « flux »

Abandonner une pensée unitaire sur la prison au profit d’une description élémentaire prévient de la tentation d’y voir une entité unifiée et agissante16 et invite à discerner à quel point les rapports de pouvoir et d’interdépendances saturent une « configuration sociale » des plus dynamiques17. Rien ne serait moins vrai que d’imaginer une prison statique et inerte tel un garde meuble. La gestion de la population pénale est en réalité inlassablement rythmée par les commissions pluridisciplinaires uniques (CPU), qui occupent une place prépondérante dans le fonctionnement de la détention. Dans la Maison d’arrêt ayant abrité l’enquête, six à huit commissions siègent chaque semaine. Du travail, à la santé en passant par le comportement général des reclus, la direction s’y trouve renseignée par les différents corps de son administration et s’efforce, de l’incarcération jusqu’à la libération, de gérer son « stock d’usagers » au cas par cas18. Bref, « c’est l’usine ici », confie l’un des adjoints de la direction à propos du turn over de l’établissement : « C’est comme si on renouvelait toute la population pénale trois fois par an tous les ans… ».

Devant réceptionner et organiser ce flot humain, les commissions pénitentiaires se divisent de manière thématique. Au terme du séjour des nouveaux prisonniers au Quartier arrivants, la commission éponyme fait le point sur le « profil » des gens et décide où et comment les placer en hébergement ordinaire. Les « CPU classement » gèrent quant à elles l’attribution de postes pour les détenus travailleurs ou en demande de travail. De son côté, la « commission suicide »19 statue sur le risque suicidaire de certains prisonniers, ainsi que sur les dispositifs envisageables pour prévenir le drame. La « commission indigence », pour sa part, détermine si une assistance financière sera apportée aux détenus les plus démunis. Enfin, la « commission de discipline » punit les pensionnaires ayant enfreint le règlement intérieur et la « commission d’application des peines » statue sur les possibles permissions de sortie, remises de peine ou sur les alternatives à l’enfermement... Toutefois, sur le terrain, l’action de ces assemblées ne saurait se réduire à la diversité des problématiques qu’elles prétendent traiter.

Avant toute chose, au-delà des différentes missions qu’elles assurent, ces commissions constituent le principal espace-temps d’action de la direction de la prison sur ses occupants. Maniant invariablement le monopole du pouvoir et l’universalité du discours, ces cérémonies administratives rappellent les administrés à leur condition et évaluent leur qualité – qualité que les décisions de l’assemblée attestent officiellement (les « bons » détenus seraient récompensés, les « mauvais » seraient punis). S’appuyant pour ce faire presqu’exclusivement sur les informations et conclusions des unes et des autres, ces assemblées, qui fonctionnent de la sorte en circuit quasi fermé, catégorisent et gouvernent la population pénale dans un même élan.

Pour autant, la clarification que garantit cette industrieuse entreprise de classement, d’examen et de sanction ne rayonne pas jusqu’aux des détenus. Tout en étant connus d’elle, malgré eux et à leur insu, ils ignorent beaucoup de choses sur le fonctionnement de la prison qui les retient20. Seules celle des arrivants et celle des sortants (l’application des peines) sont obligatoires, mais la commission de discipline, devant laquelle sont convoquées les détenus, est l’une des rares assemblées à se mettre en scène aux yeux de la population enfermée. Pour les prisonniers, le gouvernement de leur propre personne demeure ainsi presque totalement extérieur. Lointain, inaudible et invisible, il n’en demeure pas moins concret.

Qu’elles soient charitables, ouvrent à des soins, protègent, donnent du travail, libèrent ou punissent, les différentes commissions régulent la possibilité pour les gens de gérer plus ou moins aisément et efficacement la difficile expérience carcérale. Autrement dit, à l’échelle des individus (talonnés par leurs propres difficultés sociales, matérielles, financières, sentimentales et familiales), les toutes puissantes commissions élargissent ou bien restreignent l’éventail des alternatives qui s’offrent à eux. Et tandis que d’importants enjeux restent suspendus à leur aval, d’une main elles donnent gracieusement, de l’autre elles refusent ou bien reprennent brutalement, avisant la plupart du temps les intéressés par un courrier succinct. Du côté des bâtiments, au sein des attroupements de prisonniers bavardant dans les grandes coursives extérieures, certains se scandalisent régulièrement de ces décisions, d’autres s’en réjouissent, d’aucuns parlent de « loterie ». Un « ancien » tempère un plus jeune envisageant de se plaindre d’une fin de non-recevoir : « Ça sert à rien de faire une bafouille, j’te dis ! Ça sert à rien d’leur parler. Faut pas chercher à comprendre… » (Journal de terrain, 16/10/14). La gestion des administrés est souvent éprouvée comme énigmatique et arbitraire. L’un d’eux s’emporte fébrilement en entretien : « J’arrive pas à traduire leur façon de penser […]. On peut écrire à tout le monde toute la journée mais on écrit toujours dans le vent. Pourtant j’ai tout fait ! J’ai tout fait ! ».

Par souci de clarté, le fonctionnement de ce gouvernement et ses implications sociologiques seront ici décrits dans une dynamique comparative mettant la commission de discipline en perspective avec les autres assemblées. Le choix de mettre en avant cette commission en particulier est motivé par le fait qu’elle se dévoile directement aux prisonniers. Un peu à la manière d’un pont jeté entre deux rives, les commissions de discipline constituent l’un des seuls liens possibles entre deux plans qui sinon ne se rencontrent jamais, du moins pas sans intermédiaires21. D’ordinaire, bien qu’ils figurent dans une seule et même configuration de pouvoir, les membres de la direction de la prison et les prisonniers en occupent les extrémités, redoublant ainsi leurs positions spatiales, les plus éloignées possibles, au sein du complexe architectural.

Gouverner le « stock »

Trois fois par semaine, la commission de discipline, communément appelée « prétoire »22, siège dans une salle qui lui est dédiée au sein du quartier disciplinaire. Au fin fond d’un interminable enchevêtrement de coursives, d’escaliers, de portes et de grilles, elle y convoque les détenus ayant commis une infraction si et seulement si le comportement a fait l’objet d’un « rapport d’incident » : l’entorse faite au règlement intérieur par un prisonnier doit être constatée par un personnel pénitentiaire qui l’officialise (et la fait exister) par le truchement d’un document administratif prévu à cet effet. Bien sûr, la rédaction d’un rapport d’incident reste dans les faits à la discrétion du « maton ». Il peut aussi bien fermer les yeux que dresser un rapport pour un acte d’une gravité toute relative – encore faut-il qu’il en ait connaissance23. Nombre des personnes incarcérées dénoncent vigoureusement le fait que les rapports peuvent aussi faire office de menace, de chantage, parfois même de vengeance de la part des surveillants.

Réunie dans le but de punir les pensionnaires désignés, la commission peut prononcer un « avertissement », interdire aux gens de recevoir des subsides depuis l’extérieur (mandats) ou – ce qui revient sensiblement à la même chose – les priver de la capacité d’acheter des produits catalogués24 (cantine) pendant une période maximum de deux mois. À cette palette de mesures privatives s’ajoute le confinement du détenu dans sa cellule ou son enfermement en cellule disciplinaire (« mitard »). Il est à noter que ces dernières punitions, au-delà du fait qu’elles entraînent les mesures de privation citées plus haut, entraînent la suspension et le plus souvent le déclassement des postes de travailleurs, des activités, de l’école, du sport, de la promenade, du culte, etc. Le placement au mitard est donc comme la somme de toutes les punitions existantes.

Le directeur des quartiers spécifiques25 siège en costume au milieu d’une longue table au fond de trente mètres carrés de murs blancs. À ses côtés, un vieux brigadier au visage rubicond joue le rôle de secrétaire de séance devant un ordinateur. Un « assesseur » est installé : représentant officiellement la société civile à l’instar d’un juré, il assiste l’administration dans sa prise de décision. L’homme, d’une soixantaine d’années, raie sur le côté, lunettes écailles de tortue, chevalière et costume pied-de-poule semble prendre à cœur son rôle de « justice citoyenne »26. Le quatrième protagoniste est un surveillant, collègue de celui qui a constaté l’« incident » et rédigé le rapport à l’origine de la comparution du prisonnier27.

Les détenus dont les noms figurent sur le planning de la commission du jour sont escortés depuis leur bâtiment au quartier disciplinaire avec un baluchon de vêtements. Avant leur comparution, ils sont enfermés dans des cellules de confinement, grandes comme des placards, sans fenêtre. Ils y attendent d’être présentés devant l’assemblée. Pendant ce temps, à la manière d’un débat préliminaire, l’assistance « plante le décor » rapidement : « Ce n’est pas un détenu à problème » ou, au contraire, « ça fait plusieurs fois qu’il va au QD. Là il a quatre incidents à son actif ». Dans le cas où l’individu aurait commis plusieurs entorses au règlement intérieur, l’assistance débat de la possibilité ou non d’effectuer une « confusion de peines » – qui donne lieu à une seule lourde sanction plutôt qu’à plusieurs petites (option qui complique encore un peu plus la gestion de l’établissement).

Lorsque vient le tour d’un détenu, deux surveillants vont le chercher puis le conduisent dans la pièce jusqu’à une ligne de scotch collée au sol à quelques deux mètres de la table. À ses côtés peut se tenir un avocat si le détenu en a fait la demande assez vite et si le juriste a pu se déplacer28. Le cas échéant, un interprète peut assister les détenus étrangers29. L’individu convoqué est debout, l’auditoire assis. Funeste présage, les mines sont sévères. Le ton est froid. Après les salutations d’usage, le directeur adjoint demande au détenu de confirmer son nom, son prénom et son numéro d’écrou – la plupart du temps, les deux individus se rencontrent pour la toute première fois. Vient ensuite l’exposition des faits ayant motivé la comparution. L’assemblée assiste à une lecture du rapport d’incident. À son aise, l’adjoint lit à haute voix des rapports souvent ponctués de maladresses lexicales et de fautes de syntaxe. Veste déboutonnée, lunettes sur le bout du nez, sa voix est forte, son intonation, quoique juridique, insiste sur certains termes comme pour signifier là où se trouve précisément la faute : « Et là, vous auriez déclaré… : Sales putes, venez sucer mon zob ! ». Assez invariablement, il conclut l’exposé des faits par « eh bien… ». « J’en apprendrai tous les jours… », soupire-t-il parfois comme à lui-même.

Selon la procédure, la parole est brièvement laissée au détenu qui est plus ou moins tenu de s’expliquer. Puis viennent les tours de la « justice citoyenne », de l’avocat (si avocat il y a), puis du représentant de la direction. Le rôle de ce dernier rend les autres on ne peut plus superflus. Il surinvestit le temps de parole, fait office de juge, conclut les séances et décide seul de la sanction.

Rester sourd et rendre muet : rappeler « chacun à sa place »

Au prétoire, le détenu assiste à une étrange cérémonie qui tourne autour de lui sans qu’il en soit pourtant le centre. Tandis que les perspectives immédiates semblent dénuées de tout dénouement heureux, on donne la parole au détenu dans un contexte où les logiques sociales de distinction et de légitimité culturelle se déploient à son détriment, sabotant les tentatives illégitimes d’explicitation et de justification. Docile, compréhensive, rhétorique, négative ou bravache, les « défenses » observées sont, vu le contexte de leur énonciation, toutes maladroites : « C’est pas moi. J’crache pas sur les gens moi ! Elle est où la preuve, hein ? Y a pas d’preuve ! ». Au-delà de ce qui leur est formellement reproché, les façons de parler, d’agir et de penser des prisonniers – en majorité issus des milieux les plus pauvres de la société, selon les statistiques mensuelles de l’Observatoire de la privation de liberté et des sanctions et mesures appliquées dans la communauté (OPALE) – sont systématiquement jugées inacceptables, stupides voire intolérables par les membres de l’assemblée. Un détenu se permet de contester l’assesseur : « Je ne reconnais pas tous les faits. Je reconnais avoir dit au surveillant : “Putain de bâtard”, mais je n’ai pas dit : “Sale fils de pute” ». Ou encore : « Hein ? Vous pensez qu’j’vais montrer mon zob ? J’suis pas fou ! La vie d’ma grand-mère m’sieur, c’est pas moi ! ».

La dissonance volontairement appuyée entre les registres lexicaux et les ethos témoigne d’une distance sociale qui ne pourra pas être rattrapée au cours de la comparution. Vient ainsi à la suite des échanges un cortège d’incompréhensions diverses : « J’ai des problèmes dans ma tête. – Vous êtes suivi ? – Ben non ! Eh oh ! J’suis pas fou ! ». De toute façon, à peine la confusion apparaît-elle dans le discours des détenus que le rappel à l’ordre tombe en lieu et place de la compréhension. Par exemple : « Ouais, j’lui ai dit : “Va niquer ta mère”, mais… en fait, ça va hein, on s’entend bien avec ce surveillant. On se respecte ». « Je ne tolère pas les insultes à un surveillant ! », coupe le fonctionnaire avant de condamner l’homme à vingt jours de « mitard » pour sa grossièreté. Mi-dialogue de classes, mi-dialogue de sourds, les incompréhensions – souvent feintes – résultant des décalages sociaux ne jouent jamais en faveur des détenus.

Un jeune homme de dix-huit ans a rendez-vous à l’infirmerie pour faire inspecter une dent gâtée. Une fois dans les locaux, il est enfermé dans la « salle d’attente ». Il y a un autre homme, plus vieux. Sans mot dire, le jeune lui assène un coup au visage, puis le frappe au sol à plusieurs reprises. L’autre hurle, le surveillant de l’infirmerie intervient. Que s’est-il passé ? La commission de discipline convoque les deux hommes. L’auteur des coups s’explique : il ne connaît pas le nom du trentenaire. Celui-ci ne lui a rien dit, rien fait. Mais « c’est une balance » du bâtiment. Il aurait dénoncé « un mec bien » – que le jeune, par ailleurs, ne connaît pas non plus. On lui demande le rapport avec son implication à lui, ce à quoi il répond le plus normalement du monde : « Mais ! Il s’est déjà fait bouler [frapper] par d’autres mecs. Lui-même il le sait que c’est une balance ! ». Et de conclure fièrement son plaidoyer, en croisant les bras : « J’suis pas en tort »30. L’assesseur, qui vient de poser son stylo plume, nage entre désarroi et perplexité. Sans regarder le prisonnier, il s’adresse à ses voisins : « Attendez, il plane là, ou quoi ? ».

Dès lors qu’ils le signifient, le désaccord rhétorique offre une garantie de confort aux fonctionnaires car, alléguant en tout dernier lieu le respect inconditionnel du règlement intérieur, les membres de la commission sont ainsi libres de ne pas considérer toute une partie de la vie intramuros. Gain de temps et économie de compréhension dans l’arbitrage, l’inextricable embarras suscité par les logiques des sociabilités interdétenus est, à l’instar de ces dernières, écarté de façon systématique. Entre règlement intérieur et règles sociales, les détenus se trouvent parfois piégés, eux-mêmes dépassés par la force des antagonismes. Situation contradictoire, le compromis est alors motivé par la sanction sociale la moins dure :

« – Oui m’sieur, c’est vrai. J’avais du shit.

– Ah ? Et vous l’avez fait rentrer comment ?

– C’est quelqu’un qui m’a dépanné, je suis consommateur…

– Qui ?

– Quelqu’un…

– C’est qui quelqu’un ?

– M’sieur… s’il vous plaît, j’ai envie que ma détention elle se passe bien…

– Je veux bien, mais vous savez que c’est un comportement délictueux [et] si c’est interdit dehors alors ça l’est encore plus en prison ! […]. Non monsieur, non. Vous irez méditer deux jours au mitard et je veillerai à ce que vous soyez suivi par l’antenne toxicologique ».

De manière générale, ceux qui mobilisent les ressources illégitimes, tels que le registre viril-populaire ou celui de la débrouille, sont irrémédiablement disqualifiés. La commission les présente d’ailleurs comme des idiots : « Et pourquoi vous êtes là à votre avis ? Hein... à votre avis ? Est-ce que vous savez ? ». L’hexis corporel n’est pas en reste : « Et puis, tenez-vous correctement ! Et on regarde les gens dans les yeux quand on leur parle. Regardez-moi ! ». Le mépris n’est pas toujours contenu :

« Calmez-vous, ce n’est pas à vous de parler ! On n’est pas là pour négocier, c’est la loi, moi je l’exécute […]. Il y a ce qui est prévu par les textes. Après, on peut discuter de la loi de 2009, mais je pense que ça vous dépasse un petit peu… N’est-ce pas ? Alors on est d’accord… »

D’autre part, si les tours de parole sont réglementés, la légitimité à s’exprimer ne l’est pas. Ainsi, le représentant de la direction intervient tout au long des discours des prisonniers, sabotant les vaines tentatives de justification par un claquement de langue réprobateurs (« tu-tu-tu-tu ») ou en déclarant, par exemple : « J’le crois pas une seconde, petit menteur ». Il n’hésite d’ailleurs pas à couper les personnes convoquées par un « vous avez répondu à ma question, merci ». La réciproque n’est cependant pas envisageable : « Ne coupez pas la parole ! » Le directeur adjoint se défend cependant de tout soupçon d’infantilisation de la population pénale : « Chacun à sa place. Ici, c’est une maison d’arrêt, on ne leur fait pas de cadeau […] on fait pas dans l’éducatif ». Et pourtant :

 

« Une jeune avocate commise d’office – Mais vous voyez bien qu’il est immature ! Il est un peu impulsif, un peu volubile.

Le détenu – Ouais j’suis actif. Je comprends… Mais j’ai fait des efforts de comportement quand même !           

Le membre de la direction – Va falloir que vous grandissiez là ! Je serais votre père, je serais désespéré […]. Je veux cinquante lignes pour lundi. Je vous ai écrit la phrase : “Je ne le referai plus jamais sinon j’irai au quartier disciplinaire”... Vous les remettrez à l’officier...

Le détenu – Merci, c’est gentil.

La direction – Non, c’est pas gentil ! ».

Lorsque les tours de paroles se sont inégalement succédés et que l’affaire s’est peu ou prou éclaircie, le détenu est reconduit en cellule de confinement. L’assistance délibère alors et convient de « la punition adéquate ». Comme si la mise en scène était toute entière tournée vers le seul détenu, cet instant d’échange prend des airs de pause, hors du rythme de la commission. Le directeur adjoint retire ses lunettes et se frotte les yeux. Les gens parlent moins fort et plus lentement, reculent un instant leur chaise pour se voir mieux les uns les autres.

La réforme des individus pour horizon

Évaluer et profiler les personnalités

A priori, la commission de discipline, munie d’un véritable code pénal miniaturisé, générique (absence de jurisprudence) et simplifié, est spécifiquement chargée de punir les infractions au règlement intérieur. Ces dernières sont regroupées en degrés de « gravité » auxquels correspond une sanction maximum autorisée. On observe néanmoins une certaine labilité dans la qualification des infractions. L’échelle de gravité des actes qualifiés n’est pas moins étonnante : une bagarre, une barrette de cannabis dissimulée dans l’anus et une évasion à main armée relèvent en théorie du même « degré » de gravité. Comment dès lors expliquer cette « disproportion entre la sanction et la faute commise » qu’un rapport d’enquête sénatorial déplorait il y a déjà vingt ans31 ? C’est que, paradoxalement, l’acte lui-même est à peine évoqué…

En réalité, la délibération ne vise en rien à mettre en adéquation un acte répréhensible et une juste punition mais entend plutôt apprécier la personnalité de l’individu en tant que détenu de la maison d’arrêt et spéculer sur le rapport qu’il entretiendrait, de manière plus générale, avec le fait de contrevenir au règlement intérieur qui lui est imposé. Ainsi, ce que l’individu fait de sa peine de prison est central. Est-ce que le dossier individuel parle pour lui ? Travaille-t-il ? Suit-il une formation ? Va-t-il à l’école ? Est-il violent ? Est-ce un « réitérant » dans la déviance ? On se demande si le prisonnier est dans une « démarche constructive » ou si, au contraire, c’est une forte tête. Le profil général du détenu, dûment établi au moment de son arrivée dans l’établissement, cadre les débats.

Donnant le la au processus d’évaluation des personnalités, les conclusions de la « commission arrivants » s’avèrent ici tout à fait performatives. Après avoir été conduits dans un établissement pénitentiaire, les gens sont enfermés au « quartier des nouveaux ». Ils y passent toute une série d’entretiens avec un gradé, un professeur de l’école, un médecin, un représentant du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP)... D’ailleurs, un adjoint de la direction, la lieutenant ayant en charge le quartier d’accueil et une conseillère d’insertion et de probation siègent à cette assemblée dont l’un des buts est de dresser le profil psychologique et comportemental du détenu en croisant les informations de ses membres32.

La lieutenant s’exprime en premier. Elle décrit l’individu et son comportement – les qualificatifs sont peu variés : « impulsif », « poli », « sanguin », « dépressif », etc. –, puis précise la fréquence supposée de ses visites, les moyens financiers à sa disposition. L’employée du SPIP prend ensuite la parole pour partager les informations dont elle dispose sur l’état actuel de la famille du détenu et sur le détenu lui-même. A-t-il des connaissances incarcérées sur le site ? Quel est son état de santé ? Souhaite-t-il travailler ou aller à l’école ? Est-il religieux ? Quelles sont ses origines ethniques ou nationales ? Elle relaie aussi le résultat de la visite médicale et les prescriptions potentielles de l’équipe soignante.

Le motif de l’incarcération est une information capitale dans l’opération de catégorisation et de placement en bâtiment. En théorie, on ne met pas un « pointeur »33 dans n’importe quelle coursive afin de garantir un minimum sa sécurité. L’âge et le soutien familial du détenu font aussi partie de l’équation. Cinq profils sont attribuables : le P1, « détenu ordinaire » ; le P2, « vulnérable ou manipulable » ; le P3, « suicidaire », ce qui implique un régime spécifique de surveillance ; le P4, « agité » ; et pour finir le P5, « DPS » (Détenu particulièrement surveillé). L’identité des détenus est alors immédiatement flanquée d’une catégorie qui s’ajoute à leur numéro d’écrou. L’appréciation est brève, l’assignation est durable. Les profils sont enregistrés dans l’ordinateur et figurent dans la base de données informatiques accessible à tout le personnel pénitentiaire.

Se tenant à huit-clos dans les étages dédiés à la direction de l’établissement, la « commission classement », présidée par le même adjoint, s’appuie sur ces mêmes outils. L’attribution des postes de travailleurs aux demandeurs d’emploi se fait sur la base de ces profils grossièrement établis et vite passés en revue. Les prisonniers les plus démunis, voire indigents, sont prioritaires dans l’accès au travail. Toujours dans l’optique de juguler un minimum la désaffiliation, d’autres sont invités à travailler en raison d’un état général de fébrilité et de vulnérabilité (dans ce cas-ci, la « commission classement » relaie la « commission suicide »). Viennent ensuite ceux à qui l’on prête une « sincère motivation » quoique le véritable critère de sélection demeure l’absence d’« incident » attribué au candidat (« une denrée rare », affirme le représentant de la direction). Dans les faits, à travers l’attribution des postes d’auxiliaires, l’administration protège moins qu’elle ne récompense les usagers qui se montrent d’ores et déjà les plus déférents. Le plus prometteur reste : « Libération pas trop lointaine, il bénéficie d’un aménagement de peine, il a un projet de réinsertion. Ah ! J’aime bien ! Avis favorable ».

De la même manière, les refus prononcés en vertu de contraintes réglementaires ou pratiques (mandat de dépôt criminel, libération ou jugement prochains, non-maîtrise de la langue française) ne sont pas les plus nombreux. Les autres s’appuient sur l’irrecevabilité des profils automatiquement attachés à des comportements et à des mentalités sujets à caution. L’appréciation des candidatures en devient quasi instantanée. Avoir fait l’objet d’un rapport d’incident s’avère rédhibitoire : « Quand ça fait moins de six mois, on prend pas ». C’est là l’indice d’un subtil travail de synthèse entremêlant sous le signe de la logique les éléments de nature différente que sont la motivation – et la nécessité – à travailler du candidat et son degré supposé de compatibilité à l’institution.

En somme, dans le roulement des commissions examinant des centaines de candidatures péniblement déposées, seuls sont considérés comme vraiment motivés les candidats les moins éloignés du modèle du « bon détenu ». Tout manquement à l’exemplarité entraîne pour les auxiliaires la perte du travail ainsi qu’une disqualification durable. Le représentant de la direction paraphe « avis défavorable » : « Vous n’avez pas envie de travailler », écrit-il à l’adresse d’un prisonnier « déclassé » suite à des retards répétés.

Au travers des délibérations de ces trois types de commissions, il apparaît que le profil des pensionnaires est une préoccupation presque hypnotique pour leurs protagonistes. En effet, au-delà des différences apparentes, l’action officielle des commissions qui gèrent le travail salarié, les arrivants et les contrevenants n’est déterminée qu’en fonction des types d’administrés. Chaque type réglementaire de prisonnier implique un type d’action administrative. Dans tous les cas, c’est la direction qui préside toutes les commissions et qui, en dernière instance, attribue le profil (et, par voie de conséquence, les actions qui lui sont attachées). Cette catégorisation constitue la pierre angulaire de la gestion administrative de la population pénale – d’ailleurs, si le profil est difficile à déterminer, le séjour aux arrivants est prolongé d’une à deux semaines.

Forcer le changement

Les profils attribués par l’administration pénitentiaire impliquent à la fois différents types d’actions mais aussi des attentes spécifiques que le détenu est invité à remplir. Dès l’incarcération, lorsque la « commission arrivants » s’est concertée sur le nouveau prisonnier, elle lui fait parvenir les commentaires prévus pour le profil qui lui a été attribué. Les « orientations proposées » au prisonnier se déclinent en grandes thématiques : l’hygiène et les soins, le travail et les formations professionnelles, le comportement, l’école et les diplômes puis, enfin, la vie en détention et la préparation à la sortie. À peine incarcérés, les individus se trouvent informés par courrier des éléments de leur personnalité supposée qui sont à abandonner, à adopter, à changer ou à améliorer. Ces propositions sont soit précédées par « vous pouvez » soit par « vous devez » :

« – Vous devez faire des efforts de propreté.

– Vous avez refusé l’entretien avec le service emploi-formation ; au regard de cette attitude, l’accès à un emploi ou à une formation ne semble pas prioritaire pour vous.

– Vous devez impérativement faire preuve de correction et adopter une attitude respectueuse envers les personnels/ Vous êtes invité à poursuivre un bon comportement en détention.

– À l’ouverture de votre cellule, vous devez vous présenter en tenue correcte.

– Lors du repérage de l’illettrisme, vous avez été considéré comme prioritaire pour suivre des cours d’alphabétisation.

– Vous êtes invité à suivre des cours de remise à niveau.

– Au regard de votre profil, vous êtes invité à prendre des cours au centre scolaire ».

Être propre, sain, poli, respectueux, s’instruire, travailler… Ces injonctions ne souffrent ni négociation ni alternative. Si le détenu ne les suit pas, il sera sanctionné ou désavantagé dans ses démarches futures. À bon entendeur, la conclusion du courrier qu’il reçoit à son arrivée est très claire :

« Votre capacité à vous saisir des orientations proposées sera prise en compte lors d’une éventuelle demande d’aménagement de peine. Au regard de votre situation pénale, de l’évolution de votre comportement, de votre capacité à investir les orientations proposées ou de votre situation familiale et sociale, la Commission réexaminera votre dossier dans un délai maximum d’un an ».

Les changements de posture, voilà donc ce qui retient l’attention de chacune des commissions et qui éclaire d’un jour nouveau l’entreprise effrénée de catégorisation qui leur est attachée. Du prisonnier « ordinaire » au « détenu particulièrement surveillé », les profils se déploient en une graduation d’unités permettant, au milieu du chaos des milliers d’incarcérations annuelles, de mesurer la distance séparant les gens d’un règlement intérieur dont l’incontestable centralité se trouve dès lors inlassablement réaffirmée.

Ainsi, du côté de la commission de discipline, si l’accusé a dans l’ensemble « arrêté les bêtises », qu’il s’est « calmé », qu’il s’est mis à travailler, qu’il a passé un diplôme scolaire et qu’aucun problème n’est à signaler depuis longtemps, la sanction pourra être allégée. Attestant qu’il se met en règle, la clémence, lorsqu’elle est prononcée, situe officiellement le prisonnier « sur la bonne voie » en lui opposant la « mauvaise ». Le président vient de prononcer un sursis : « On est d’accord ? Sinon vous irez faire un tour au trou… C’est clair quand on vous parle de trou, non ? ». « Je sais que j’ai fauté, je le referai pas », répond le prisonnier avant d’être raccompagné. L’adjoint conclut l’affaire : « Ok, je pense qu’il a compris la leçon, j’ai pas envie de l’impacter plus ».

À l’inverse, si le détenu comparaissant n’apporte pas la preuve d’un changement d’attitude vis-à-vis de lui-même, de ses codétenus, des surveillants et des activités mises à disposition (c’est-à-dire, en dernier lieu, vis-à-vis de l’institution elle-même), alors il sera sanctionné de façon bien plus lourde. À l’instant où pointe une contestation, qu’elle soit fondée, malhonnête ou qu’elle résulte d’une incompréhension, « on est sur du disciplinaire pur et dur » : « C’est un menteur ! Il faut lui faire sentir qu’il y a une réponse pénible ». Quitte, d’ailleurs, à passer sous silence les droits de l’intéressé : « Là il pourrait faire un recours mais je vais pas lui laisser cette chance ».

Alors oui, pour la commission de discipline, il s’agit moins de trancher un dissensus, un conflit interindividuel ou de prononcer une punition proportionnelle à l’infraction commise que de déterminer le degré de dissonance entre la culture de l’institution et la culture supposée de l’individu, voire d’une catégorie d’individus34. Toutefois, son action sur les administrés ne s’y résume pas. Plus fondamentalement, le travail de catégorisation des individualités en profils types permet à l’administration de mesurer l’efficacité de sa propre action sur la population pénale. Son objectif suprême, la circulaire du 9 juin 2011 publiée dans le Bulletin officiel du Ministère de la justice et des libertés et « relative au régime disciplinaire des personnes détenues majeures » l’expose sans équivoque :

« La procédure disciplinaire est un instrument permettant de susciter chez les personnes incarcérées le sens des responsabilités, les amenant à une réflexion sur leur comportement et une confrontation aux exigences de la vie en collectivité ».

En première ligne de cette réforme de masse, les commissions jouent avec éclat de la contrainte et plus timidement de la suggestion en s’efforçant d’orienter les trajectoires intramuros des prisonniers. Elles leur offrent ainsi la possibilité de mobiliser certaines des ressources les plus légitimes, dont elles contrôlent seules l’accès, tout en s’appliquant à priver les pensionnaires de celles qui favorisent la critique de l’administration et son contournement. En fait, l’existence même de ces assemblées trahit une monopolisation inaboutie. D’ailleurs, les registres de pratiques qu’elles tentent de rendre impraticables sont précisément ceux qui les concurrencent sur le terrain de l’énonciation de ce qui, en prison, est légitime et de ce qui ne l’est pas. Or, d’où qu’elle vienne, la critique est irrecevable.

Un des détenus convoqués a requis la présence d’un avocat commis d’office. Le représentant de la direction demande pourquoi l’avocate ne porte pas la robe associée à sa profession : « Un avocat sans robe… ». La dame rétorque : « Il n’y a pas de juge, alors… C’est pas obligatoire ». Le ton monte d’un cran. « Non mais, c’est moi qui défend la robe ! », lance l’adjoint avant de renchérir : « C’est une contestation symbolique de cette instance [la commission de discipline]. Ce n’est pas dit explicitement ». L’avocate tranche : « Ben… vous n’êtes pas une juridiction ». « Peut-être, mais la robe montre au détenu que ce n’est pas une instance de sous-Justice », conclut l’homme.

La commission de discipline place la rencontre de l’administration et des administrés sous le signe de l’exceptionnel dont la mise en récit lui revient. La parole de ceux qui comparaissent est inaudible, seul le président de séance est en position de « dire les choses dans l’ordre où il faut les dire »35. Être propre, sobre, poli, bien se tenir, se soigner, respecter les consignes, s’instruire, confier à l’administration compétente le soin de régler les conflits interindividuels, se soumettre à l’autorité des institutions publiques et en être respectueux, travailler et gagner sa vie honnêtement, etc., voilà l’être au monde dont les commissions défendent l’universalité. Alors à la moindre infraction, l’heure serait assez grave pour que l’administration, d’ordinaire si lointaine, se donne soudainement à voir afin d’intervenir. Ainsi que l’adjoint le martèle, « il n’y a pas de petit fait » dès lors qu’il contesterait l’incontestable. Si les « bonnes » initiatives ne peuvent être véritablement récompensées du fait qu’elles relèvent du « bon sens », les « mauvaises », si ridicules soient-elles, ne peuvent en aucun cas prétendre à la normalité.

Pour juger de la souscription des administrés au récit de l’administration, la catégorisation des individualités se révèle être un incroyable instrument de gouvernement : il faut que les gens passent eux-mêmes d’un profil à un autre, qu’ils présentent les preuves de l’abandon de leur « ancienne personnalité »36 et celles de leur rapprochement de l’échelon le plus compatible avec le règlement intérieur – lui-même censé décrire la citoyenneté, l’adulte contemporain37. « Va falloir que vous grandissiez ! », tonne l’adjoint en prenant à partie le jeune agresseur de l’infirmerie qui estimait par ailleurs avoir agi « comme un homme ». Quelles qu’elles soient, les commissions sanctionnent ainsi, étape par étape, l’état de ce mouvement de mise en compatibilité progressive des individus avec une « vie en collectivité » devenue inéluctable : « Je suis plus indulgent s’ils reconnaissent la faute. Les excuses sont à prendre en compte ». À travers ce travail d’imposition, l’administration se dote du pouvoir d’impulser la variation des pratiques individuelles à défaut d’être totalement en mesure de les maîtriser car, en matière d’évolution, il y a effectivement une « bonne » et une « mauvaise » direction que bornent d’un côté le travail rétribué, et de l’autre le placement forcé au « mitard ».

Gravure sur le mur d’une cellule : « Fait Effort / Recomence »

Gravure sur le mur d’une cellule : « Fait Effort / Recomence »

« Au trou » : retoquer les mauvais élans

Le seul rappel de la légitimité du modèle prôné par la pénitentiaire ne suffit pas à faire que les administrés y souscrivent. Bien que détentrice de « la parole à laquelle il faut se convertir »38, l’administration peine toujours à faire croire en son propre récit. Voilà pourquoi les gens qui comparaissent devant le « prétoire » ne sont jamais pardonnés, ou alors « c’est très rare », admet le directeur des quartiers spécifiques. La présomption d’incompatibilité est tangible. Les personnes convoquées se présentent avec un baluchon de vêtements en prévision de leur séjour disciplinaire : sage précaution, en réalité, puisque le placement au « mitard » représente jusqu’à 85 % des punitions prononcées par les commissions de discipline39. L’assemblée « condamne » quasi systématiquement40, jusqu’à dix personnes, trois fois par semaine toutes les semaines. Près d’un millier de personnes sont sanctionnées par la direction tous les ans avec une moyenne hebdomadaire de vingt, selon les chiffres du bureau de gestion de la détention. Jusqu’en 2000, l’administration pénitentiaire déclarait entamer une moyenne d’environ 46 000 procédures disciplinaires au niveau national chaque année41. « Nous, on sert à rien. On sert d’alibi à la pénitentiaire, c’est tout », glisse entre deux portes une jeune avocate.

Ainsi les commissions de discipline punissent-elles pour inculquer, pour faire rentrer ses propres buts et ses propres craintes – l’ordre des choses – dans la tête de ceux qui comparaissent devant elle : « Il est trop dans le déni. Faut le stopper ! Il ne reconnaît pas les faits qui lui sont reprochés. À un moment, y a des règles à respecter ». Ce qui est naturel pour les détenus doit devenir contradictoire et ce qui n’est pas naturel pour eux doit le devenir sans quoi la sanction sera mécaniquement réitérée : « Il est intolérant à la frustration. La menace, l’insulte et l’agressivité sont les modes de communication qu’il a adoptés depuis son incarcération ».

Sans tarder et suivant les éléments de la délibération de la commission de discipline, une punition est définie. Le détenu est rappelé. Le président de l’assemblée lui annonce la sanction et de brèves justifications. Le compte rendu de la séance est imprimé sur place en six exemplaires. Tous sont signés par les parties en présence. Un exemplaire est donné au détenu s’il souhaite faire un recours42. Les autres sont envoyés au procureur de la République, au juge d’application des peines (ce qui aura pour effet d’annihiler tout espoir de sortie en conditionnelle), au juge d’instruction si le détenu est prévenu (dans ce cas, le rapport disciplinaire jouera en sa défaveur lors de son procès), au greffe, à l’officier du quartier disciplinaire. Le dernier exemplaire est envoyé au Bureau de Gestion de la Détention qui en référera à la Direction Interrégionale.

« – De quoi ?! Vous me mettez au mitard pour ça ?

– Vous avez quelque chose à ajouter ?

– Vas-y c’est n’importe quoi ! J’signe pas si c’est ça alors.

– Vous ne signez pas ?

– Nan ! Je signe pas !

– Vous avez le droit. Dans tous les cas, la sentence est exécutoire. Au revoir ».

Le détenu est ensuite escorté hors de la salle. Désarçonnés, déçus ou étranglés par la colère, les individus raccompagnés par les surveillants vers le « mitard » où ils seront enfermés sont presque toujours silencieux. La plupart baissent la tête et les yeux, les autres fixent le président de la commission d’un regard mêlant plusieurs émotions tout à la fois. L’un des enquêtés se souvient : « J’tremblais dans tous les sens, j’savais pas c’qui allait m’arriver ». Dans la coursive un autre détenu est mené de force au quartier disciplinaire malgré ses efforts pour freiner des pieds. Il implore l’un des surveillants :

« Chef ! Chef ! C’est vrai, j’vais pas vous mentir chef, j’l’ai insulté. Mais pendant qu’on vous tape dessus faudrait dire merci ? Attendez ! Vous me connaissez, hein ? Attendez ! J’suis tranquille, vous savez, vous ! J’passe le Bac et puis j’travaille. »

Le prétoire est souvent considéré tel un tribunal dans la prison menant presque invariablement à une prison dans la prison : le quartier disciplinaire, « QD » ou « mitard ». Quartier sensible s’il en est, les surveillants qu’on y rencontre sont sévères et taciturnes. C’est un couloir clair et lumineux, comptant une vingtaine de portes. Derrière chacune, on fait face à une lourde grille qui coupe la cellule dans toute sa largeur. De quelques mètres carrés, la cellule comporte un lit en fer riveté au sol. En guise de table et de chaise, un plateau et une bite de béton respectivement encastré dans le mur et coulée à même le sol. Les angles du mobilier sont arrondis pour éviter les automutilations les plus furieuses. À côté de la lourde grille, une robuste cuvette en métal pour faire ses besoins, surmontée d’un petit lavabo et d’un allume cigare.

Le « mitard » est l’expression suprême de l’enfermement, un substrat contemporain d’une prison archaïque. Beaucoup de prisonniers prétendent connaître des gens qui y sont allés sans jamais en revenir. Tous prétendent connaître des gens qui en sont revenus après y avoir laissé la raison. « Y en a, c’est comme les vieux boxeurs, le mitard ça leur a mis trop de frappes », explique un enquêté.

Pas de cantine, pas d’activité, il n’y a pas non plus de télévision. Une visite, un appel téléphonique (théorique) et trois douches constituent l’agenda de la semaine. Pour le reste, avaler ses plateaux repas industriels avec des couverts en plastique est la grande distraction de la journée. Rien à faire. Le sommeil est dur à trouver lorsqu’on le cherche et pointe lorsqu’on ne l’attend pas. La constipation saisit le dos et les reins. La libido semble s’être évanouie. La perception du temps aussi. La fenêtre s’ouvre juste assez pour y passer le visage. L’heure de promenade quotidienne se passe dans une cour individuelle, environ trois fois plus grande que la cellule (soit 30 m2). Quatre murs de béton forment un carré totalement vide au-dessus duquel on devine le ciel à travers l’entrecroisement d’un barreaudage, d’un grillage et de fils barbelés.

Caractérisé par l’inévitabilité de sa gestion, le « QD » est un passage éprouvant hors du temps et de l’espace ordinaires de la détention : « Ils t’foutent à poil, fouille et tout, après y partent. T’as le bruit de la serrure et puis plus rien… y a que le silence ». Le « mitard » se vit seul ou, pire encore peut-être, seul avec soi-même. La solitude, le désœuvrement, l’exclusion et l’exiguïté semblent s’attaquer à l’économie réflexive des gens en la dérégulant dramatiquement : « Faut pas penser. Si tu penses, tu colles […]. Ce qui fait peur, c’est qu’tu crois à tout ce que tu penses ». L’adjoint de la direction a conscience que c’est « un régime difficile » : « Ça impacte le psychisme et le physique. Même dans l’élocution ça devient des grognements. Ça devient un peu des animaux ». Le président de la commission se veut tout de même rassurant : « La pédagogie c’est qu’ils comprennent, [mais] on fait attention avec le QD. Ils deviennent complétement fous au bout d’un moment ».

Rendus à l’agitation de la vie ordinaire de la détention, la plupart des gens libérés du mitard mettent plusieurs jours à retrouver leurs esprits. L’angoisse se prolonge, confrontés qu’ils sont aux implications de la punition elle-même. Pour certains, tout est à recommencer. Désavoués, les auxiliaires ont perdu leur poste, leurs collègues, leur pécule et leur rythme puisqu’ils réexpérimentent durablement les journées d’encellulement. Privés de cette ressource-là, ils devront de nouveau s’engager dans une longue et incertaine procédure de candidature afin d’être en mesure de la mobiliser.

Cour de promenade

Cour de promenade

De l’« animal » au travailleur. Sur la piste d’une « civilisation » carcérale

Comment les fonctionnaires de l’administration pénitentiaire recrutent-ils les détenus auxiliaires ? La simplicité de l’interrogation ne présuppose nullement celle de la réponse tant les mentions « avis favorable » ou « défavorable » apposées aux candidatures constituent les remous visibles d’un principe électif bien plus profond. Loin de n’intéresser que la stricte activité professionnelle, ce dernier compte d’ailleurs parmi les grands mécanismes à l’œuvre dans le gouvernement de la population pénale des maisons d’arrêt françaises. Il est vrai que la sélection des prisonniers auxquels on octroie le privilège de travailler n’a rien à voir avec le travail lui-même. On ne recrute pas les plus nécessiteux, ni les plus motivés, ni les plus qualifiés. Voilà pourquoi ce texte, souhaitant précisément renseigner la genèse du « groupe » des travailleurs comme une minorité statistique, s’est vu contraint d’opérer un large détour en détaillant le travail des commissions pénitentiaires.

Abordées sous un angle comparatif, les différences évidentes entre ces assemblées spécialisées s’estompent vite au profit de certains invariants bien plus heuristiques. D’une part, fonctionnant de manière interdépendante, les diverses commissions statuent sur la base des informations fournies par les autres. D’autre part, quel que soit leur domaine, la personnalité supposée des candidats motive invariablement leurs décisions. Dans le fond, c’est sur cet élément-là qu’elles statuent toutes, pour le meilleur et pour le pire43. Cela dit, si l’administration pénitentiaire attribue inlassablement des profils réglementaires et prédéterminés à ses pensionnaires, ce n’est pas tant pour classer définitivement les « bons » et les « mauvais » prisonniers44 que pour évaluer l’efficacité de son effort d’institutionnalisation. C’est l’un des traits des institutions totales, les gens sont tenus d’y changer, un peu comme s’ils devaient abandonner la personnalité qui les y aurait conduits45. Dans les faits, on leur intime de « travailler » sur eux-mêmes puis de fournir les fameux « efforts de comportements » nécessaires pour passer d’un profil à un autre. L’entreprise n’est qu’approximativement maîtrisée. C’est à travers ses diverses commissions que la direction de l’établissement prétend orienter ce que les gens deviennent au cours de leur séjour en prison – et ils y deviennent beaucoup de choses46. Quel que soit l’aspect de la vie intramuros dont elles ont la charge, chacune de ces assemblées sanctionne à sa manière le mouvement de mise en compatibilité des individus avec l’institution.

On l’a vu, plusieurs mouvements sont possibles sur cette échelle graduée. Si l’évolution d’un candidat au travail, à l’aumône ou à la libération anticipée n’est pas formellement attestée, les commissions sollicitées ne se sentent guère concernées, lorsqu’elles ne se montrent pas ouvertement dédaigneuses. Si les administrés évoluent, mais dans la « mauvaise » voie, alors c’est comme s’ils se portaient eux-mêmes candidats à leur détournement forcé : il « faut [les] stopper », comme le déclare l’adjoint présidant la commission de discipline. À l’inverse, les pensionnaires qui apportent les preuves de l’adoption d’une posture compatible avec les injonctions administratives ont toutes les chances de jouir des bonnes grâces des assemblées et de bénéficier ainsi d’un pécule d’indigence, de remises de peine, de la clémence relative du sinistre prétoire et d’obtenir un poste d’auxiliaire.

Ces résultats ne sont pas dénués de prolongements. D’abord, ils réinterrogent à nouveaux frais les discours communément admis sur la réinsertion par le travail puisque ce dernier l’amorce moins qu’il ne la confirme – au double sens d’officialisation et de reconnaissance :

« Au début, j’faisais que la prière… ça m’apaisait un peu... Après j’ai commencé à lire. À lire, après y a le comportement. Après, y a plein de choses qui sont rentrées en compte. Puis, j’me suis dit : “Faut que j’fasse quelque chose de ma vie”. Et là ça s’est enchaîné, ça m’a motivé […]. La vie c’est simple : Bon chemin. Mauvais chemin. Et il faut prendre la bonne décision, changer le cours de sa vie. [Aujourd’hui], j’ai le travail aux ateliers… Maintenant ça va mieux, le travail… dès qu’tu travailles, c’est un autre monde ! Mais je me suis battu pour pouvoir travailler… » (Omar, 50 ans, peintre, condamné à 15 ans pour vol à main armée).

Surtout, ce développement introduit l’idée que le travail des auxiliaires de détention peut être mobilisé, au même titre que le placement en cellule disciplinaire, en qualité d’indicateur sociologique d’une socialisation carcérale que la recherche actuelle, de plus en plus spécialisée, renonce à aborder de front.

Déterminante et peu prévisible, l’action des commissions pénitentiaires sur les personnes détenues témoigne d’un important degré d’hétéronomie. En dépit de ce qu’affirment les discours qui la légitiment, l’institution récompense ou punit rarement de simples actes cependant qu’elle persiste à ignorer les sollicitations en apparence les plus légitimes. Le travail prisonnier et le quartier disciplinaire ne figurent donc pas les avatars d’une politique de « la carotte et du bâton »47, mais des outils empiriquement repérables par le truchement desquels l’institution carcérale s’attèle à forcer la recomposition des habitus des personnes incarcérées, sans qu’il soit nécessaire de les convaincre, ni de la nécessité de changer, ni de la désirabilité de la réinsertion.

Contrairement à l’acception traditionnelle du type-idéal des institutions totales forgé par Erving Goffman, l’administration pénitentiaire ne vise pas seulement à « détruire le moi »48 en entravant chez des reclus rétifs tout effet d’hystérésis. Son action ne relève pas non plus de la parfaite « orthopédie » sociale, comme l’imagine Michel Foucault – surestimant l’efficacité réelle du « dispositif » et la docilité des prisonniers49. L’expérience carcérale s’intériorise ; en France elle est incarnée par plus de 70 000 personnes50. Or, tout porte à croire que l’individualisation de la vie en prison, faite d’empêchements divers, d’inhibitions plus ou moins partielles des anciennes manières d’être et de penser et d’injonctions à la maîtrise de soi tende, in fine, au développement d’une auto-régulation compatible avec le fonctionnement – et pas nécessairement avec les valeurs – d’une institution qui ne se laisse jamais totalement découvrir51 ni encore moins maîtriser (l’ensemble des faits sociaux observables intramuros est à replacer dans cette tension ambigüe se réfractant à l’échelle intra-individuelle et appelant, sous une forme ou une autre, une distanciation). Ainsi peut-on reconnaître dans la socialisation carcérale l’une des déclinaisons d’un plus vaste processus, celui dit « de civilisation », isolé par Norbert Elias52. L’intérêt de cette piste de recherche n’est pas qu’elle mobilise le nom d’un géant des sciences sociales : elle réside dans la contrainte qu’elle impose à la pensée de tenir ensemble, à partir de la prison, l’État (le grand absent de la sociologie carcérale contemporaine) et le public auprès duquel il se rappelle53. Au fond, observer la vie des gens en prison c’est d’abord assister à une étatisation en train de se faire54.

Unfold notes and references
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1

Je remercie tout particulièrement Sophia Doumenc, Vanessa Jérome et Jean-Philippe Heurtin qui ont accepté de relire des versions de ce texte Ce dernier doit sa forme finale à leur sens aiguisé de l’à-propos et à leurs conseils bienveillants.

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2

Aujourd’hui encore, les travailleurs revêtent un uniforme dont la couleur correspond à leur affectation.

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3

On note ici que l’administration pénitentiaire ne parle pas de « cotisations ».

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4

La cantine désigne le catalogue des produits non fournis par l’administration mais pouvant tout de même être achetés par les personnes détenues. En tête de ces transactions figurent le tabac, les plaques chauffantes, certains aliments, les sodas et les produits d’hygiène et d’entretien.

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5

 Ce type d’établissement est principalement destiné à accueillir les individus en mandat de dépôt attendant d’être jugés ainsi que ceux ayant été condamnés à des peines de moins de deux ans. Véritables gares de triage, ces prisons s’attèlent à gérer un important turn over. Aussi la sécurité et la contention physique sont-elles favorisées au détriment des activités et des moyens alloués à la réinsertion sociale des pensionnaires.

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6

Argotique : délateurs, informateurs.

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7

Voir : Fabrice Guilbaud, « Contester et subir : Formes et fondements de la critique sociale des travailleurs détenus », Sociétés contemporaines, no 87, 2012, p. 99-121.

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8

Fabrice Guilbaud, Le Travail pénitentiaire. Une étude de sociologie du travail, rapport de recherche, GIP Mission de recherche droit et justice, 2006, p. 206 [en ligne].

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9

Selon l’expression actuellement en vigueur.

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10

Les prisonniers placés en mandat de dépôt dans le cadre d’une procédure criminelle ne peuvent pas travailler. Ce ne sont pas les plus nombreux.

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11

Pierre Bourdieu, « Les rites comme actes d’institution », Actes de la recherche en sciences sociales, 1982, no 43, p. 58-63.

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12

Contrairement à la posture présentiste largement adoptée par les travaux dédiés à l’analyse des différents comportements observables dans la population pénale.

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13

Auguste Comte, « Quarante huitième leçon », in Id., Leçons de sociologie, Paris, Flammarion, 1995, p. 119.

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14

Malheureusement, l’échantillon demeure seulement masculin. L’accès au quartier réservé aux femmes ayant été strictement refusé par les directions successives de l’établissement.

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15

Norbert Elias, Engagement et distanciation, Contribution à la sociologie de la connaissance, Paris, Fayard, 1993.

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16

On peut lire et entendre à loisir que « la prison ferait ci » ou « ferait ça ».

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17

Norbert Elias, La Dynamique de l’Occident, Paris, Pocket, 1975, p. 187.

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18

« Commissions de discipline » observées les 29/10/14 et 14/11/14. « Commission suicide » observée le 02/12/14. « Commission classement » observée le 04/12/14. « Commission arrivants » observée le 13/11/12. Il existe aussi une commission concernant l’assistance – ou non – aux détenus indigents mais, à l’instar de la commission d’application des peines, elle n’a pas donné lieu à une observation. Sur ce sujet, voir Yasmine Bouagga, Humaniser la peine ? Enquête en maison d’arrêt, Rennes, PUR, 2015, p. 247.

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19

Les dénominations entre guillemets ne sont pas officielles mais relèvent de l’expression indigène.

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20

Michael Pollak, L’Expérience concentrationnaire. Essai sur le maintien de l’identité sociale, Paris, Métailié, 1990, p. 325.

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21

Corentin Durand, « Un bureau derrière les barreaux. Travail relationnel et pouvoir discrétionnaire dans les audiences pénitentiaires », Sociologie du travail, vol. 60, no 3, 2017.

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22

Bien que le prétoire soit l’ancêtre de la commission de discipline, l’appellation est toujours en vigueur dans le jargon indigène depuis le XIXe siècle.

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23

Guillaume Malochet, « À l’école de la détention : quelques aspects de la socialisation professionnelle des surveillants de prison », Sociologie du travail, vol. 46, no 2, 2004, p. 168-186.

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24

Exceptés le tabac, le matériel de correspondance épistolaire et les produits d’hygiène.

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25

Quartiers d’isolement et disciplinaire.

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26

Ainsi est titré le document pour le recrutement des assesseurs émis par le ministère de la Justice.

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27

Du fait de la configuration des lieux, je suis obligé de m’assoir de leur côté. Dans un souci de ne pas trop polluer la scène que je m’apprête à observer, je m’installe sur la chaise la plus modeste que je recule autant que faire se peut dans un coin de la pièce.

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28

Seulement 7 % des avocats auraient au moins une fois assisté un client devant une commission de discipline en détention. Voir Yasmine Bouagga, Humaniser la peine ? Enquête en maison d’arrêt, Rennes, PUR, 2015, p. 202.

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29

Il est à noter que le règlement intérieur est disponible en quatre langues (français, arabe, espagnol, anglais). Cependant, on ne compte pas moins d’une trentaine de nationalités parmi les détenus de la prison enquêtée.

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30

Lors de son placement en quartier disciplinaire, ce jeune homme, prenant conscience des implications concrètes de la sanction sur sa détention, mettra le feu à son matelas de cellule et manquera de s’étouffer à cause de la fumée. Sauvé in extremis des conséquences de sa dégradation, il tentera tout de même de mettre fin à ses jours. Alors que je comptais le rencontrer, soucieux de regarder de plus près les logiques de « balance », son état ne le permit jamais.

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31

À ce sujet, le sénateur Guy-Pierre Cabanel regrette « une trop grande latitude laissée à l’administration » (Guy-Pierre Cabanel, Jean-Jacques Hyest, « Les conditions de détention dans les établissements pénitentiaire en France », rapport de la Commission d’enquête sénatoriale, juin 2000, t 1).

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32

Pour plus d’informations, voir : Manon Veaudor, « Catégorisations et pratiques d’affectation en Maison d’arrêt », Champ pénal/Penal field, no 20, 2020 [en ligne].

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33

Expression indigène hautement infâmante désignant les prisonniers incarcérés suite à des affaires de mœurs.

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34

Jacques Lagroye, Michel Offerlé, Sociologie de l’institution, Paris, Belin, 2011, p. 143-151.

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35

Michel de Certeau, « Ce que Freud fait de l’histoire. À propos de “Une névrose démoniaque au XVIIe siècle’’ », Annales. Économie, Sociétés, Civilisations, 25e année, no 3, 1970, p. 654.

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36

Pierre Bourdieu, « Les rites comme actes d’institution », Actes de la recherche en sciences sociales, no 43, 1982, p. 58-63.

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37

Norbert Elias, La Dynamique de l’Occident, Paris, Pocket, 1975, p. 195-196.

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38

Michel de Certeau, La Faiblesse de croire, Paris, Le Seuil, 1987, p. 114.

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39

Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), Rapport de visite de la Maison d’Arrêt de […], Site du CGLPL, 2009.

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40

Alors que je consultais les archives des rapports d’incident dans le Bureau de Gestion de la Détention, une dame disait à son collègue : « on n’a pas eu d’incident depuis ce matin, c’est bizarre ! » (Il est 14 h).

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41

À partir de l’année 2000, les rapports annuels d’activité de l’administration pénitentiaire ne donnent plus cette information.

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42

La circulaire de 2011 prévoit des possibilités de recours à une sanction disciplinaire. Il faut néanmoins compter un délai de quinze jours pour saisir la Direction Interrégionale et un délai d’un an pour le tribunal administratif.

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43

Yasmine Bouagga, « Le métier de conseiller d’insertion et de probation : dans les coulisses de l’État pénal ? », Sociologie du travail, vol. 54, no 3, 2012, p. 317-337.

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44

Corinne Rostaing, La Relation carcérale. Identité et rapports sociaux dans les prisons pour femmes, Paris, PUF, 1997, p. 155-159.

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45

Muriel Darmon, Classes préparatoires. La fabrique d’une jeunesse dominante, Paris, La Découverte, 2015, p. 243.

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46

Voir : Nancy Venel, Thibault Ducloux, «“¡Eso es una prueba de Dios!”. Contradicciones carcerales y soluciones religiosas en las trayectorias intra-muros », Sociedad y Religion, Sociologia, Antropologia e Historia de la religión en el Cono Sur, vol. 26, no 46, 2016, p. 52-83.

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47

Yasmine Bouagga, Humaniser la peine ? Enquête en maison d’arrêt, Rennes, PUR, 2015, p. 109.

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48

Erving Goffman, Asiles, Études sur la condition sociale des malades mentaux, Paris, Éditions de Minuit, 1968, p. 373.

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49

Michel Foucault, Surveiller et punir, Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975, p. 148-200.

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50

70 651 personnes écrouées étaient détenues en France au 1er janvier 2020 [en ligne].

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51

Michael Pollak, L’Expérience concentrationnaire. Essai sur le maintien de l’identité sociale, Paris, Métaillé, 1990, p. 325.

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52

Norbert Elias, La Dynamique de l’Occident, Paris, Pocket, 1975.

Yasmine Bouagga, « Le métier de conseiller d’insertion et de probation : dans les coulisses de l’État pénal ? », Sociologie du travail, vol. 54, no 3, 2012, p. 317-337.

Yasmine Bouagga, Humaniser la peine ? Enquête en maison d’arrêt, Rennes, PUR, 2015.

Pierre Bourdieu, « Les rites comme actes d’institution », Actes de la recherche en sciences sociales, no 43, 1982, p. 58-63.

Guy-Pierre Cabanel, Jean-Jacques Hyest, « Les conditions de détention dans les établissements pénitentiaire en France », rapport de la Commission d’enquête sénatoriale, juin 2000 [en ligne].

Auguste Comte, Leçons de sociologie, Paris, Flammarion, 1995.  

Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), Rapport de visite de la Maison d’Arrêt de […], Site du CGLPL, 2009.  

Muriel Darmon, Classes préparatoires. La fabrique d’une jeunesse dominante, Paris, La Découverte, 2015.

Michel de Certeau, « Ce que Freud fait de l’histoire. À propos de “Une névrose démoniaque au XVIIe siècle’’ », Annales. Économie, Sociétés, Civilisations, 25e année, no 3, 1970, p. 654-667.

Michel de Certeau, La Faiblesse de croire, Paris, Le Seuil, 1987.

Corentin Durand, « Un bureau derrière les barreaux. Travail relationnel et pouvoir discrétionnaire dans les audiences pénitentiaires », Sociologie du travail, vol. 60, no 3, 2017.

Norbert Elias, La Dynamique de l’Occident, Paris, Pocket, 1975.

Norbert Elias, Engagement et distanciation, Contribution à la sociologie de la connaissance, Paris, Fayard, 1993.

Michel Foucault, Surveiller et punir, Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975.

Fabrice Guilbaud, Le Travail pénitentiaire. Une étude de sociologie du travail, rapport de recherche, GIP Mission de recherche droit et justice, 2006 [en ligne].

Fabrice Guilbaud, « Contester et subir : Formes et fondements de la critique sociale des travailleurs détenus », Sociétés contemporaines, no 87, 2012, p. 99-121.

Erving Goffman, Asiles, Études sur la condition sociale des malades mentaux, Paris, Éditions de Minuit, 1968.

Jacques Lagroye, Michel Offerlé, Sociologie de l’institution, Paris, Belin, 2011.

Guillaume Malochet, « À l’école de la détention : quelques aspects de la socialisation professionnelle des surveillants de prison », Sociologie du travail, vol. 46, no 2, 2004, p. 168-186.

Michael Pollak, L’Expérience concentrationnaire. Essai sur le maintien de l’identité sociale, Paris, Métailié, 1990.

John Pratt, « Norbert Elias and the civilized prison », British Journal of Sociology, vol. 50, no 2, 1999, p. 271-296.

Pierre Rosanvallon, L’État en France de 1789 à nos jours, Paris, Le Seuil, 1990.

Corinne Rostaing, La Relation carcérale. Identité et rapports sociaux dans les prisons pour femmes, Paris, PUF, 1997.

Manon Veaudor, « Catégorisations et pratiques d’affectation en Maison d’arrêt », Champ pénal/Penal field, no 20, 2020 [en ligne].

 

Nancy Venel, Thibault Ducloux, «“¡Eso es una prueba de Dios!”. Contradicciones carcerales y soluciones religiosas en las trayectorias intra-muros », Sociedad y Religion, Sociologia, Antropologia e Historia de la religión en el Cono Sur, vol. 26, no 46, 2016, p. 52-83.