Publics et publicité : vers une enquête pragmatiste
Publics et publicité : vers une enquête pragmatiste
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Résumé
L'espace public est un concept protéiforme, défini habituellement comme un espace de communication et de médiation entre État et société civile dont l'objectif est la construction de la notion d'intérêt général. Pour mieux comprendre ce que cette notion recouvre, Daniel Cefaï revient ici sur la définition de Jürgen Habermas proposée en 1962. Depuis, ses critiques ont montré les limites de cette définition, la plus importante étant celle d'avoir exclu - ou marginalisé - un certain nombre d'opinions, d'intérêts et d'identités des groupes minoritaires dans des sociétés bourgeoises du XVIIIe et XIXe siècles : les femmes, les noires et les prolétaires. La question du genre montre par ailleurs l'extrême enchevêtrement des interactions entre le public et le privé et les multiples modes de discussion publique. Quant à l'écologie et au pragmatisme, dans la suite des travaux de John Dewey, George Herbert Mead et Mary Parker Follet, ils permettent d'affiner encore la réflexion sur ce concept en montrant les différents modes de constitution du public.
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Notice publiée le 24-05-2017
Dernière modification le 20-06-2017
Langue originale : French Lire la version English

Qu’est-ce que la publicité – non pas au sens de la réclame, mais du fait politique d’« être public » de « rendre public » ou de « faire public » ? D’emblée, les différents sens et usages de l’adjectif « public » permettent de faire sentir la difficulté de la question. La sphère publique est définie comme un espace de communication et de médiation entre État et société civile ; le domaine public désigne aussi la zone de contrôle de la propriété et d’exercice de l’autorité de l’État, par opposition au marché. La vie publique, à l’opposé de la vie privée, prend place dans des lieux ouverts de sociabilité, de rencontre et de rassemblement ; elle désigne aussi pour les féministes le monde du travail et de la rue, conquis contre l’enfermement des femmes dans la sphère familiale ou domestique. Les biens publics posent un problème aux économistes néoclassiques en ce que leurs bienfaits sont collectifs et indivisibles ; l’intérêt public est opposé à l’intérêt particulier, l’utilité publique à l’utilité privée. Une place publique est un lieu accessible à tout un chacun, où il peut circuler, se montrer et s’exprimer sans aucune restriction ; une conduite publique est visible pour un public à l’opposé d’une conduite cachée, secrète ou dissimulée à l’attention publique. Ces différentes polarités de sens entre public/ privé, État/ marché, travail/ famille, visible/ secret, accessible/ réservé s’entrecroisent dans l’expérience que nous avons de la publicité. Ici, nous nous intéresserons à cette idée de « publicité » telle qu’elle a été thématisée en premier lieu par les travaux sur l’Öffenlichkeit1  – littéralement « le fait d’être ouvert », que les traductions par « public sphere » ou « espace public » ont sans doute figé en la spatialisant.

De L’Espace public au tournant discursif : contours d’un domaine de recherche

C’est donc dans le sillage de Jürgen Habermas que des recherches sur les publics et les contre-publics ont été menées par des historiens, des philosophes ou des sociologues. Tout en donnant corps à cette notion, elles ont montré la variabilité selon les lieux et les époques des critères du public et du privé comme formes d’expérience et comme opérations de catégorisation. C’est avant tout une conception discursive du public qui s’est imposée, qui a trouvé son expression la plus forte dans les recherches sur la démocratie délibérative, et ce même si elle est déjà débordée par la prise en compte de facteurs sociaux et institutionnels.

L’usage public de la raison et la genèse de la sphère publique : Habermas et les historiens

L’ouvrage fondateur de Habermas, publié en 1962, a été traduit sous le titre L’Espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise2 . Il a été précédé, en 1958, par les interrogations de Hannah Arendt dans Condition de l’homme moderne où elle pointait un « espace public de l’apparaître », celui de la praxis politique, non dégradée en fabrication selon des modèles (poiesis) ou en reproduction de la vie (bios). Dans la ligne de son enquête sur les régimes totalitaires, elle y revenait à la Grèce antique pour identifier dans le régime de parole de la cité athénienne ce qu’elle croit être la condition de possibilité d’une action politique3 . La fin des années 1950 paraît constituer un moment clef puisque Reinhart Koselleck a publié presque simultanément Le Règne de la critique. L’ouvrage retrace une histoire de la façon dont l’État absolutiste a imposé sa souveraineté aux XVIIe et XVIIIe siècles à l’encontre de la critique morale de ses sujets, laquelle a contribué à affaiblir et déstabiliser l’ordre politique4 .

Jean-François de Troy, A Reading from Molière (circa 1728)

Jean-François de Troy, Lecture dans un salon, dit La Lecture de Molière (vers 1728)

Dans son livre fondateur, Habermas reprend et amplifie cette perspective, mais en renverse le sens5 . Poursuivant le geste de Hans Speier, il propose une généalogie philosophique du principe de publicité qui remonte à la proposition de Kant de faire de l’usage public de la raison la « méthode de l’Aufklärung »6 . Habermas, de plain-pied avec le projet de modernité des Lumières, recourt à ce principe de publicité comme catégorie normative pertinente pour la critique politique et comme modèle analytique applicable au changement historique.

Sur le plan de la critique politique d’une part, Habermas s’inscrit à la suite des recherches de l’« école » de Francfort, mais n’en rompt pas moins avec elle : l’émergence d’un sujet rhétorique, l’« opinion publique », et du réseau de catégories, d’activités et d’institutions qui le soutient impose en effet une réévaluation de la dialectique de la raison. De fait la fixation de cette croyance nouvelle en l’existence d’une « opinion publique » n’est pas seulement idéologique, elle signe une rupture dans l’institution de l’ordre politique ; et elle va de pair avec l’exercice de la discussion rationnelle de publics de bourgeois éclairés, qui ne cherchent pas tant à prendre le pouvoir qu’à en critiquer le caractère arbitraire, secret et divin. D’autre part, Habermas reconstruit un modèle analytique de l’espace public en menant une enquête sur des enquêtes d’historiens, dans différents domaines empiriques – économie, droit, journalisme, histoire de l’art, des élections, des institutions sociales ou de la vie privée. Il invite à une histoire comparée de la genèse d’un espace public, entre essor et déclin, à cheval entre État et société civile, en France, Angleterre et Allemagne depuis le XVIIIe siècle.

The cover of the first German edition of Public Sphere of Jürgen Habermas, in 1961.
The cover of the first English edition of Public Sphere of Jürgen Habermas, in 1962.

La couverture de la première édition allemande et anglaise de L'Espace Public de Jürgen Habermas, en 1961 et 1962

L’Espace public est devenu un classique, encore qu’il aura fallu attendre 1978 pour qu’il fût traduit en français, et onze ans de plus pour une traduction anglaise. Si contestées en aient été les thèses, il a fécondé de nombreux programmes de recherche qui, tout en rectifiant le montage des faits sur lequel s’appuyait Habermas, n’en ont pas moins accrédité sa thèse sur l’opinion publique7 . Beaucoup de travaux ont porté sur les cafés, clubs et salons, où l’on commente les nouvelles et converse selon les rites de sociabilité propres à tel ou tel milieu social – l’« art de la conversation » et l’« esprit de société » soutenant une « politique de la mondanité »8 . D’autres ont pris pour objet d’autres lieux de discussion, également exclusifs et sélectifs, comme les loges maçonniques ou les chambrées provençales, chères à Maurice Agulhon9 . La place des Parlements dans la résistance à la Cour a été interrogée, de même que l’histoire des sociétés scientifiques et des académies littéraires. Des recherches sur les pétitions, les mazarinades, les bruits et rumeurs, les journaux et gazettes, les échanges épistolaires, les chansons populaires, la littérature de colportage, du XVIe au XIXe siècle, ont décrit les multiples canaux et supports, écrits ou oraux, d’une parole publique10 . Elles ont restitué le développement d’une trame d’institutions – maisons d’édition, librairies et bibliothèques, organes de presse, lieux de théâtre et de concert, cabinets de curiosité et plus tard musées… – autour desquelles se sont progressivement formés des publics, des types de publicité et des genres de publication11 .

Joseph Highmore, Figures dans une taverne ou un Coffee House (1725)

Joseph Highmore, Figures dans une taverne ou un Coffee House (1725)

Au bout du compte, une fresque panoramique, remontant en amont jusqu’au Moyen Âge12  et dessinant les lieux d’invention de la modernité politique, esthétique, littéraire et scientifique, s’offre désormais à nous. Cette histoire des publics a en outre été l’occasion d’une confrontation fructueuse, dans les années 1980-1990, entre histoire sociale et histoire culturelle. Le principe de publicité relevait-il de l’innovation conceptuelle ou de la mutation socio-politique13  ? Dans le sillage de l’interprétation de la Révolution française par François Furet, fallait-il enquêter sur l’invention d’un nouvel ordre symbolique, et le régime de parole politique inauguré par les Révolutions atlantiques ? Ou bien fallait-il rapporter les nouvelles normes du beau, du vrai, du droit et du juste et leurs prétentions à l’universel à des milieux sociaux, des marchés économiques ou des dispositifs techniques qui les avaient rendues possibles ?

La riposte des « contre-publics » : les femmes, les noirs, les prolétaires

Très tôt, aux États-Unis, les féministes ont remis en cause la vision de Habermas. Un article de Nancy Fraser de 1990, qui a eu une belle postérité, synthétise plusieurs enjeux de cette discussion14 . Contre l’idée d’une neutralisation des différences de genre, de statut ou de race, elle mettait en avant l’absence de la sphère publique de certaines catégories de personnes. L’idéal d’universalité, d’égalité et de liberté n’était selon elle qu’un paravent de rapports de domination, d’exclusion et de discrimination. Contre la portée émancipatrice de la discussion libre et rationnelle, elle rappelait l’incapacité de la sphère publique à prendre en charge un certain nombre d’opinions, d’intérêts et d’identités : le tracé du périmètre de la politique anti-absolutiste tenait à l’écart des personnes jugées incapables, des sujets de discussion impertinents ou des revendications de droits insupportables pour une nouvelle classe politique. Du coup, les recherches ont été concentrées sur cette absence de femmes ou de prolétaires dans des cénacles avant tout réservés aux hommes et aux bourgeois15  – les sociétés de table, les clubs, cafés et salons, tenus pour les hauts lieux de la parole publique.

March on Washington, D.C. for Jobs and Freedom, August 28, 1963
Martin Luther King devant le Mémorial de Lincoln à Washington, le 28 août 1963.
March on Washington, D.C. for Jobs and Freedom August 28, 1963.

La marche pour l'emploi et la liberté à Washington, le 28 août 1963

Dans cette même voie, l’étape suivante était d’exhumer des « publics » prolétaires et féminins, situés en marge du corps des particuliers-citoyens supposés constituer le « public bourgeois », et qui étaient passés inaperçus aux yeux des chercheurs. Par-delà l’offensive théorique précoce d’Oskar Negt et Alexander Kluge, qui ont tenté dès les années 1970, en Allemagne, de cerner une « sphère publique prolétarienne »16 , la littérature sur les contre-publics a explosé au tournant des années 1980-1990. Cette percée de la réflexion sur les fronts de la classe et du genre a rapidement trouvé un répondant du côté de la race : les travaux se sont multipliés aux États-Unis pour identifier les lieux d’une « sphère publique noire »17 . Par ailleurs, alors que certains faisaient leurs adieux au prolétariat et que d’autres entretenaient, en France, la nostalgie des « classes populaires », une convergence s’est opérée, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, entre les recherches sur l’émergence des nouveaux mouvements sociaux et celles consacrées au déploiement d’une « nouvelle société civile »18  – une thématique qui sera bientôt confortée par les événements en Chine, en Europe de l’Est et en Amérique du Sud. La bataille des contre-publics a constitué un nouvel épisode de cette histoire.

La topologie retenue, toujours en vigueur, est donc celle d’une « sphère publique » à prédominance « masculine, blanche et bourgeoise » et tout autour, d’autres sphères publiques, non reconnues par les élites, les médias et les intellectuels parce qu’échappant aux radars des savoirs officiels. Elles sont maintenues dans un statut subordonné par des rapports d’emprise idéologique, d’hégémonie culturelle ou de domination symbolique, selon qu’est revendiquée la référence à Marx, Gramsci ou Bourdieu. Mais en même temps, s’y exerce un sens collectif de la résistance, de la critique et de la rébellion difficile à déchiffrer, parce que les contextes d’expérience dans lesquels il joue sont étrangers aux détenteurs de l’« autorité culturelle » ou du « pouvoir symbolique », et parce qu’il s’exprime dans des « transcriptions cachées », moyennant des « codes alternatifs »19 . À la faveur d’un processus de globalisation qui a ébranlé la vie intellectuelle, les études subalternes, importées du sous-continent indien, sont venues se greffer sur ces réflexions. Les qualificatifs de « marginal » et de « subalterne » se sont ainsi généralisés pour désigner les « contre-publics ». C’est dans ce contexte que Michael Burawoy, relançant la posture radicale de Charles Wright Mills, lui-même héritier d’un mot d’ordre progressiste et pragmatiste, en a appelé à une « sociologie publique »20 .

Hippolyte Bellangé, The 26 July 1830. Lecture of ordonnances in Le Moniteur, at Palais Royal Gardens (1831). 

Hippolyte Bellangé, Le 26 juillet 1830. Lecture des ordonnances dans Le Moniteur au jardin du Palais Royal (1831)

Dans ce sous-domaine de recherche, la problématique de la sphère publique a recoupé celle des « politiques de l’identité et de la différence » et a incorporé une vision gramscienne des « luttes de pouvoir ». Les inégalités et les asymétries sociales, sexuelles et raciales ainsi que les modes de contrôle et de censure par l’État et par le marché ont particulièrement retenu l’attention, de même que les « distorsions dans les processus de communication » et les blocages dans l’accès au processus politique, les situations de soumission vis-à-vis de l’offre de messages médiatiques ou les incapacités par manque de temps, par défaut d’éducation et par aveuglement idéologique. Enfin, les travaux se situant dans cette mouvance ont différencié des sphères publiques, rattachées à des communautés de vie et de sens préexistantes.

Ce dernier point est bien sûr problématique. Les chercheurs semblent reconduire le même paradoxe que les acteurs eux-mêmes : tout en prenant acte du caractère génératif de ces mouvements, ils sont habités par la tentation d’une assignation sociale des publics, de leur féminisation ou de leur racialisation. La même question se pose d’ailleurs pour ce qui a été appelé les « espaces libres » (free spaces), enclaves où discutent librement des personnes de même genre (par exemple, les groupes de conscientisation des féministes)21 . Il serait cependant illusoire d’attribuer des frontières positives à ces zones de liberté collective. Ce qui s’y dit et s’y fait dans l’entre-soi est destiné, de façon oblique ou déclarée, à d’autres auditoires – l’État, les médias, d’autres mouvements sociaux, le public en général. Autrement dit, ces contre-publics sont ouverts ; ils ne sont souvent que provisoirement exclusifs en réponse à une autre exclusion, plus forte, subie par leurs membres – cet état de fait étant d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit de lutter contre la pseudo-publicité mortifère, panoptique et répressive, des régimes autoritaires. Ce qui doit être pensé, c’est en somme une double relation d’enracinement dans des milieux sociaux et culturels d’une part, et d’arrachement à eux dans la dynamique de publicisation d’autre part. Sinon la notion de public serait inutile.

En outre, tout est dans le « contre » du contre-public. Que faut-il y mettre ? Sans doute est-il l’indice d’une prise de conscience des processus de dépossession de soi et d’atomisation des expériences, d’impuissance institutionnelle, d’aliénation culturelle et d’amnésie collective contre lesquels se battent nombre de mouvements sociaux. Mais il peut renvoyer à des stratégies de protestation et d’organisation très différentes. À partir des mouvements noirs aux États-Unis, Catherine Squires en a ainsi proposé une typologie – une parmi d’autres possibles –, qui distingue « publics enclavés », « contre-publics » et « publics satellites »22 . Les « publics enclavés » regroupent des membres contraints de se cacher, de jouer un double jeu et d’user de codes secrets (les chants des esclaves noirs dans le Sud segrégationniste) pour échapper aux sanctions tout en organisant une résistance clandestine (le réseau d’aide aux fugitifs, l’Underground Railroad) – il s’agit plutôt d’une espèce de proto-publics, de collectifs qui ne peuvent paradoxalement agir en public tout en y aspirant ! Les « contre-publics », en revanche, recourent à une plus large palette de répertoires de protestation et se confrontent ouvertement à leurs adversaires dans des débats publics, non sans subir des réponses de type menace, censure, disqualification, paternalisme ou récupération (le mouvement des droits civiques dans les années 1960). Les « publics satellites », pour leur part, assument leur caractère alternatif et ne recherchent ni compromis avec leurs adversaires, ni reconnaissance ; ils produisent leur propre organisation, rhétorique et imagerie, au risque de se verser dans l’auto-ségrégation (Nation of Islam).

Samuel Alken, Oyster Room near the theatres -Time 3 o’Clock in the Morning’ (1823)

Samuel Alken, Oyster Room près des théâtres vers 3 heures du matin (1823)

Dans le prolongement des recherches sur les publics médiatiques et politiques23 , on pourrait encore explorer les enquêtes récentes sur internet et les « nouvelles techniques d’information et de communication » (blogs, listes électroniques, réseaux sociaux ou médias alternatifs) pour juger de ce qu’est le « contre » des contre-publics médiatiques. Dominique Cardon et Fabien Granjon ont par exemple distingué les plates-formes d’information critique, attachées aux critères classiques de l’enquête journalistique, des espaces d’expérimentation esthétique et politique, lesquels, dans une optique de rupture avec les espaces publics officiels ou critiques, prétendent créer de nouveaux formats et canons d’information24 . La multiplication des figures du « contre » nous mènerait sans doute à réinterroger cette catégorie, qui peut aussi bien englober action directe et désobéissance civile, entreprise autogestionnaire ou réseau coopératif, happening radical ou édition subversive, résistance esthétique ou crédit solidaire… avec des degrés de formalisation, de centralisation, de hiérarchisation et d’institutionnalisation, des capacités d’invention de pratiques alternatives, d’organisations sociales et de formats culturels, et des modalités de rupture ou d’intégration au marché ou à l’État, d’une grande variété25 .

L’apport du féminisme : le privé et le public comme formes d’expérience et comme opérations de catégorisation

Toutes ces questions, qui n’avaient pas été envisagées par Habermas, ont complexifié la vision du public. Mais la puissance critique du concept de publicité s’est émoussée jusqu’à se perdre. L’exigence d’universalité des discussions publiques s’est perdue dans la matérialité des intérêts et des forces en présence. Il n’est plus rare aujourd’hui que « contre-public » soit un substitut pour « mouvement social d’opposition ». La recherche de « contre-pouvoirs » de la protestation collective équivaudrait à l’interrogation sur le public. L’opposition des publics « dominants » et des contre-publics « dominés », « subalternes » ou « alternatifs » en devient un équivalent fonctionnel de la vieille lutte de classes. Plutôt que de dénoncer la catégorie de « publicité » comme une fiction idéologique ou au contraire de la défendre comme un réquisit politique – deux attitudes légitimes, selon les cas, dans le monde civique –, voyons quels usages peuvent en être faits.

Woman suffrage parade in London, 1914

Une manifestation de suffragettes à Londres, en 1914

Une première mise au point passerait par une enquête sur les sens multiples que les catégories du public et du privé prennent dans des contextes différents. Un aperçu de ces glissements sémantiques entre les qualifications d’espaces, d’intérêts, de biens ou de conduites nous a servi ici de préambule26 . Il n’y a pas une sphère du privé radicalement opposée à une sphère du public. Du reste, dans le modèle initial d’Habermas, l’une et l’autre se dédoublaient (d’une part en sphères de l’État et de la cour, d’autre part en sphères du marché et de la famille), avant de s’hybrider en une sphère publique bourgeoise ; la sphère publique bourgeoise allait elle-même péricliter en sphères du contrôle social et de l’acclamation politique, soumises à la double distorsion de l’intervention étatique et de la colonisation marchande. Cette topographie laissait déjà soupçonner les multiples entrecroisements et superpositions que ces ordres d’expérience et d’action peuvent occasionner, ainsi que les ambivalences, les tiraillements, les dissimulations et les instrumentalisations dont la catégorie de « public » peut être l’enjeu27 .

On pourrait pousser plus loin l’enquête en pointant, avec les féministes, l’instabilité des frontières morales de la vie quotidienne, leur constante renégociation dans les relations interpersonnelles ou les « transactions intimes »28 . Les recherches sur la distribution spatio-temporelle des expériences du privé et du public au sein de la maisonnée, ou sur la transformation des partages de la maison et du travail en régime de capitalisme avancé s’inscrivent également dans cette perspective29 . On pense aussi à ces programmes phares de recherche collective, sur la longue durée, qu’ont été l’Histoire de la vie privée ou l’Histoire des femmes en Occident, qui ont mis en évidence les variations de ces catégories selon les milieux et les époques30 . Ou encore aux biographies de ces femmes, entrepreneuses ou activistes, qui ont remis en cause le statut domestique dans lequel elles étaient cantonnées et se sont engagées dans la vie publique31 .

De fait, la relation entre le privé et le public est au cœur des transformations auxquelles sont soumises toutes les dimensions de la vie quotidienne, de façon accélérée depuis les années 1960. La vie familiale a été traitée comme privée pendant deux siècles, mais dès lors qu’elle n’apparaît plus comme naturelle, que des rapports de subordination y ont été perçus et qu’il s’est formé un public pour les dénoncer, le partage asymétrique des tâches domestiques ou la violence masculine sur les femmes et les enfants sont devenus des enjeux publics. Des arènes publiques se sont constituées autour de revendications juridiques et politiques, mais plus radicalement, ce sont des sensibilités morales qui se sont transformées. De nouvelles épreuves de soi ou d’autrui ont émergé, tandis que les identités et les relations de genre ont été critiquées. Cette nouvelle cartographie des expériences ordinaires est indissociable de l’institution d’agences sociales, de dispositifs de police et de justice qui ont gagné un droit de regard, au nom du public, sur les affaires familiales. L’expérience « personnelle » par les femmes de leur propre corps, mais aussi de la liberté d’enfanter, de la relation aux hommes, de l’autonomie au travail et de la maîtrise du futur a mûri à l’épreuve des batailles « publiques » pour les crèches, la contraception et l’avortement. Les lignes de clivage du privé et du public se sont déplacées.

Emmeline Pankhurst, one of the leaders of the suffragette movement, is being arrested in front of the Buckingham palace as she was trying to present a petition to the king George V, in May 1914
Freedom Trash Can manifestation in Atlantic City, 1968

Emmeline Pankhurst, une des leaders du mouvement des suffragettes, est arrêtée devant le Palais de Buckingham alors qu'elle tentait de présenter une pétition au roi George V en mai 1914.Emmeline Pankhurst, une des leaders du mouvement des suffragettes, est arrêtée devant le Palais de Buckingham alors qu'elle tentait de présenter une pétition au roi George V en mai 1914. - Freedom Trash Can manifestation à Atlantic City, 1968

En ayant une démarche plus contextuelle encore, on s’étonnerait de la labilité de ces catégorisations du public et du privé. À l’échelle d’une mobilisation collective, les repères de genre peuvent ainsi se brouiller. La longue grève de Clinton Corn qui a interrompu les rapports d’autorité entre patrons, cadres et ouvriers, a aussi fini par bouleverser les partages institués entre conduites privées et conduites publiques ainsi que les prérogatives du masculin et du féminin qui leur sont attachées. Les femmes ont dû se mettre à gagner le pain (bread-winners) et les hommes à garder le foyer (home-keepers), renversant le genre du public et du privé32 . Cette opposition se complique encore lorsqu’on raisonne non plus en termes de sphères, mais d’engagements. L’engagement dans le public peut passer par des voies non-publiques et être le fait de travailleuses, citadines, consommatrices, sportives, mères de famille, fidèles d’une église ou amatrices d’un loisir.

Ford Factory workers attend a conference on pay equality, the 28 June 1968. 

Les machinistes des usines Ford assistent à une conférence sur l'égalité des salaires, le 28 juin 1968

La distinction entre public et privé n’est pas fixée par essence, elle se module en relation au type d’engagement en situation. Il n’y a donc pas une sphère publique qui serait un domaine spécialisé, bien circonscrit (opposé à la sphère domestique), tenu par des hommes (opposés aux femmes) ou par des professionnels (opposés aux profanes). Tout un(e) chacun(e) participe à la sphère publique dès lors qu’il ou elle commute vers certaines formes d’expérience ou engrène sur certains régimes d’action et de justification – ses autres capacités étant mises en sommeil ou en retrait. Les activités, les lieux et les liens ne sont pas publics en soi : ils le deviennent et cessent de l’être en fonction des engagements qui les animent.

Une conception discursive de la raison publique – et après ?

Cet ensemble de recherches en études féministes est d’autant plus intéressant qu’il déborde le cadre d’une analyse discursive, au sens strict33 , pour décrire des ordres d’interaction ou des contextes de vie quotidienne. Pourtant, c’est une acception de la publicité, en termes de justification à travers des processus d’argumentation, de dialogue ou de communication, qui reste prédominante aujourd’hui, parmi les philosophes ou les politistes qui s’interrogent (en héritiers de Rawls, Habermas ou Elster) sur la démocratie délibérative. La force normative de la raison publique peut être ainsi liée à la production d’arguments qui sont tenus pour universels parce que rigoureusement rationnels dans leurs présupposés et dans leurs formulations. Elle peut être imputée au respect d’un ensemble de conditions procédurales qui garantissent que les échanges communicationnels sont orientés par le bien public plutôt que par l’intérêt égoïste et qu’ils suivent des règles du jeu équitables. Autrement dit, le public est l’affaire d’individus rationnels et raisonnables, qui adhèrent à une même conception de la raison publique et s’entendent sur les prémisses d’une justification publique à valeur universelle ou sur les procédures à suivre pour former des arguments recevables.

Le discours de Scarlett Johansson à la Marche des femmes à Washington, le 21 janvier 2017

Une autre possibilité est que la force normative de cette raison publique découle de la légitimité expressive de revendications collectives qui, dès lors qu’elles ne sont pas imposées par la violence, manifestent des besoins, des intérêts ou des identités qui ont été réduits au silence, ignorés ou réprimés. Des voix résistantes se font entendre du public. Elles prennent la forme de récits historiques ou de témoignages personnels et se coulent souvent dans les genres du cinéma, de la chanson, du roman ou de la poésie plutôt que du débat public. Le critère de l’authenticité expressive prévaut alors sur celui de la validité argumentative. Une place forte est accordée à l’imagination et à l’émotion dans ce type de revendications propres à une politique de reconnaissance par des groupes subalternes34 .

La revue Public Culture s’est faite l’écho de ce type de publicité expressive, qui a du reste décentré la conception classique de la publicité, née en Europe et aux États-Unis, vers des façons différentes de faire du bien public ou de s’y référer. D’autres montages communautaires et institutionnels sont apparus, médiatisés par d’autres dispositifs dramatiques, rhétoriques ou narratifs – que l’on pense aux improvisations pédagogiques du théâtre de l’opprimé qui a fleuri en Amérique du Sud35  ou aux jeux sophistiqués de transgression par l’humour dans la Syrie d’El Assad36 . Le mot « public » lui-même n’est souvent pas disponible dans d’autres langues : elles puisent dans leur fonds historique pour inventer un vocable qui rendra compte de certains contextes d’expérience et d’activité – que l’on pense aux doléances, plaintes et requêtes en Chine, adressées à un Bureau des lettres et des visites et empruntant aussi bien au langage du droit qu’à l’idéologie communiste, à l’héritage maoïste ou à la culture populaire37 .

L’espace public est donc conçu comme un lieu d’échange d’arguments rationnels, de circulation réflexive de discours, d’expression d’identités collectives ou de formation d’une opinion publique. D’autres travaux ont déplacé l’interrogation de ces questions de validité et d’authenticité vers la détermination d’un spectre de possibilités d’énonciation du discours public. La plus connue en France a été l’entreprise dérivée de la sociologie des cités38 . Dans ce cadre, les justifications publiques ne sont recevables, au sens de compréhensibles et acceptables, que si elles se plient à une grammaire du bien parler en public39 . Cette approche a donné lieu à des tentatives de comparaison internationale, en particulier avec la Russie ou les États-Unis40 . Une autre voie a été proposée par Joseph Gusfield, dans son analyse culturelle du problème public de l’alcool au volant. Il a mis en évidence des répertoires dramatiques et rhétoriques de la « culture des problèmes publics ». En mettant entre parenthèses la valeur de vérité des énoncés scientifiques et la portée instrumentale des actions publiques, Gusfield a traité les mesures juridiques et politiques comme des rites, et les savoirs sur l’alcool et la conduite comme des mythes41 . Dans cette perspective ironique, l’arène publique devient le produit d’actes de communication : le public se crée dans l’accomplissement de performances et la profération d’arguments destinés à restaurer l’ordre public menacé par un trouble. La détermination de versions de réalité ne relève pas tant d’une activité de délibération, d’enquête ou d’expérimentation que de désignation d’un bouc-émissaire et de dénouement d’une crise symbolique. Les opérations de la politique publique, de la science et du droit réitèrent l’intelligibilité, la rationalité, la stabilité et la prévisibilité des mondes sociaux.

A meeting with a women's association in the palaver house at Honhoué, Benin.

Une rencontre avec une association de femmes dans la case à palabres à Honhoué, au Bénin

Toutes ces recherches ont accordé une attention extrême aux processus de discussion publique et à leurs différentes modalités d’existence. Elles balancent entre la version pluraliste et coopérative de la publicité délibérative proposée par James Bohman42  et la version percutante de la publicité balistique de Francis Chateauraynaud43 , en passant par toutes les variantes libérales, républicaines et communautaristes du débat public. Elles ont navigué dans un espace de possibilités entre une publicité dialogique, visant la compréhension intersubjective à travers des échanges de bon aloi et la publicité agonistique de la « guerre culturelle », avec son imagerie de l’irréconciliabilité entre valeurs. Elles ont parfois déplacé le curseur d’une publicité argumentative à une publicité expressive, au service d’une reconnaissance d’identités niées, de droits réclamés ou de torts subis. Parfois, elles s’en sont tenues à une analyse grammaticale de la justification publique ou ont promu une lecture dramatiste ou rhétorique de l’ordre public. Mais toutes se rejoignent dans le diagnostic d’un tournant discursif dans les recherches sur l’espace public. La compréhension de la vie des publics ne passe pourtant pas seulement par des opérations de discours, mais aussi par des actions qui les ancrent dans des écologies : transformer des milieux de vie engage à bien plus que discuter sur le bien, le vrai ou le juste.

Écologie et pragmatisme : un autre regard sur la publicité

Dans la deuxième partie de cette rubrique, ce sont quelques éléments de détermination du public qui dépassent cette conception discursive qui vont nous retenir. Le retour au pragmatisme de John Dewey, de George Herbert Mead ou de Mary Parker Follett et à la constellation d’auteurs progressistes qui réfléchissaient à une nouvelle politique, des années 1890 aux années 1920, s’avère central. Le public est ressaisi à travers un raisonnement écologique et processuel, comme la vie collective d’un organisme croissant, enquêtant et expérimentant tout en engendrant de nouveaux environnements, et en contrepoint, expériences, relations, intérêts et identités. Dans cette perspective pragmatiste, la transformation des milieux de publicisation englobe l’échange de discours sur le bien public.

Le public s’auto-constitue dans des dynamiques de problématisation et de publicisation : problèmes, identités et intérêts

Repartons en effet de la définition que Dewey donnait du public dans Le Public et ses problèmes. Le public se forme dans une dynamique collective d’association, de coopération et de communication autour d’une situation problématique. Des personnes ou des groupes, qui se sentent concernées par les conséquences néfastes d’une action ou d’un événement, et ce même si elles leur sont indirectement exposées, cherchent à les connaître, les limiter, les réduire, les contrôler, les réguler ou les supprimer. Cette définition peut paraître inoffensive, au premier abord, mais elle a une portée que Dewey ne pouvait soupçonner à l’époque où il écrivait sa réponse à Walter Lippmann44 .

Un premier point, crucial, est que le public s’auto-constitue à travers la dynamique collective qu’il engendre. Le public n’est pas une communauté d’intérêts ou d’identités qui seraient solidaires parce que renvoyant à l’avance aux mêmes conditions et dispositions sociales. Il sensibilise et mobilise, il enrôle et engage, il rassemble et coalise. Il fait changer d’état. Il crée de nouveaux intérêts en impulsant de nouvelles formes de sociabilité et de solidarité, en regroupant de nouveaux collectifs autour de biens, réels ou idéaux, auxquels leurs membres tiennent et qui les poussent à s’associer, à s’entendre et à se battre. Il crée de nouvelles identités en rendant visibles ces nouveaux collectifs, en les inscrivant dans de nouveaux ordres dramatiques, rhétoriques et narratifs par où émergent de nouveaux alignements d’organisations et sentiments d’appartenance. Ces intérêts et ces identités ne sont donc pas « objectivement déterminés » : ils se forment au cours de la dynamique de problématisation et de publicisation45 .

Autrement dit, le raisonnement habituel doit être renversé. Ce n’est pas la condition des femmes qui les conduit à se révolter et à protester, mais c’est parce qu’elles se mettent à questionner ce qu’elles vivent, à sortir du régime de l’allant de soi qui indexait leurs expériences ordinaires, à découvrir des traits communs, jusque-là inaperçus, dans leurs vies respectives, à évaluer des situations comme inacceptables et à en produire des descriptions et des interprétations, qu’elles perçoivent qu’il y a une condition des femmes et l’évaluent comme inacceptable. Elles font un usage public de leur raison critique, elles exercent leur capacité à sentir, à s’indigner et à imaginer ensemble. Elles passent d’une catégorisation en personne à des dénonciations et à des revendications en public. Elles se donnent les moyens rhétoriques, institutionnels, légaux et politiques de faire entendre leur voix et de faire valoir leurs droits. C’est dans cette dynamique collective que quelque chose comme une « condition », un « intérêt » ou une « identité » des femmes peut cristalliser.

En outre, le propre du public est de faire émerger ses auditoires, ses enjeux, ses camps et ses fronts de bataille. Il façonne des formes d’expérience, leurs points de tension et leurs lieux d’interrogation. Il ouvre des forums de discussion, des terrains d’enquête et des chantiers d’expérimentation. Il n’est jamais rabattable sur ce qui existait préalablement, même s’il transporte, de façon plus ou moins claire pour ceux qui en sont partie prenante, des intérêts et des identités depuis d’autres arènes publiques et d’autres mondes sociaux. Il ne cesse de réagencer des environnements de vie et de réorienter les manières de voir, de dire et de faire de ceux qu’il touche. Il se fait émerger lui-même.

The demonstration in Sao Paulo, in August 2011, against the construction of the Belo dam.

La manifestation à Sao Paulo contre la construction du barrage de Belo, en août 2011

En ce sens, le public doit être pensé sur un mode verbal plutôt que nominal : il est un flux ou un processus de publicisation. Il se déploie, se stabilise et parfois se rétracte dans des configurations d’acteurs – individuels, organisationnels et institutionnels – qui contribuent à un moment donné à la définition et à la maîtrise de problèmes publics. Il ne peut être la propriété d’un genre, d’une classe sociale ou d’un groupe racial, d’une communauté locale ou d’une quelconque organisation représentant des intérêts professionnels, religieux, économiques ou politiques… Il met en contact des étrangers et s’ouvre en droit à quiconque se soucie d’un bien commun, et ce même si dans les faits, il y a toujours des droits d’entrée à payer et de plus ou moins insidieuses exclusions ; il s’adresse de même à des auditoires qui débordent le périmètre des catégories sociales qui sont directement concernées par son objet et dont il peut escompter une sympathie maximale. Mais c’est une contradiction dans les termes de croire qu’un public peut être seulement prolétaire, noir ou féminin : il est toujours en excès sur le social déjà institué. Ce qui lie ses membres, ce n’est pas une propriété sociale, ni une condition matérielle : c’est la communauté d’un enjeu de préoccupation et d’engagement (common concern).

Le public comme matrice génératrice de configurations de relations : des rassemblements aux réseaux

Ce renversement débouche toutefois sur une difficulté : dès lors qu’on abandonne une approche statique se référant à des identités préexistantes supposées stables, comment appréhender le public ? Où et quand l’observer et le décrire ? Par quelles méthodes le reconstruire ? On peut ici signaler quelques pistes de recherche qui ont tenté de donner à voir des publics dans l’espace et le temps.

Le degré zéro de la publicité se donnerait dans le rassemblement public, au sens où le décrivait Erving Goffman46 . Des passants, étrangers les uns aux autres, se rencontrent dans un lieu anonyme : l’épreuve du voir et de l’être-vu, du pluralisme des mœurs, des usages et des habitudes décline une première expérience de la publicité urbaine47 . Cette publicité qui advient dans l’ordre d’interaction peut être orientée vers un foyer d’attention commune et mise au service de la protestation publique, principalement les occupations, les meetings ou les manifestations. Le public naît alors du rassemblement en coprésence et la publicité politique s’incarne ici et maintenant dans des formes sensibles. Ces publics en acte sont intéressants à étudier non seulement en tant que foules symboliques (incarnation du Peuple ou de la Nation) ou foules stratégiques (puissance d’expression d’une revendication), mais aussi en ce qu’ils « découplent » l’expérience de leurs membres des schémas de relations et des cadres de compréhension qui ont d’ordinaire cours dans leurs mondes sociaux. Ils créent des zones « liminales », « interstitielles » ou « transitionnelles », où s’engendrent des formes d’expérience, d’interaction, d’organisation, de discours et d’identité non-congruentes avec celles déjà existantes48 .

On pourrait faire le lien avec les recherches menées aux États-Unis sur les « pratiques civiques » qui ont montré la fragilité ou l’ambivalence de ces interactions en face à face ou côte à côte, inspirées par le bien public. Nina Eliasoph ou Paul Lichterman ont décrit sur un mode ethnographique comment des publics et leurs problèmes naissent des conversations entre membres d’associations, sans échapper aux paradoxes tenant à la présentation de faces privées dans la prise de parole en public, ou à l’entremêlement de motifs religieux et psychothérapeutique dans la « politique personnelle »49 . À l’autre bout du spectre, ces rassemblements publics peuvent être institutionnalisés et, de foules spontanées, devenir ce que Park appelait des « foules conventionnelles ». L’enquête de Jean-Philippe Heurtin sur les architectures morales du théâtre parlementaire ou sur la grammaire des interventions à l’Assemblée, de même que la filature ethno-pragmatique par Mathieu Berger des activités situées dans des assemblées de développement local à Bruxelles ont ouvert de nouvelles voies50 . Elles prennent en compte de multiples actes de communication – au-delà des arguments, des exclamations, protestations, interruptions et applaudissements… – et elles décrivent tout autant des symboliques corporelles, spatiales ou temporelles.

De nombreux rassemblements peuvent donc constituer des publics. Mais l’étude des « propriétés émergentes » du public51  ne peut se limiter à ces situations de coprésence. L’une des avancées récentes en sociologie des mobilisations collectives est liée à l’application de l’analyse de réseaux52 . Les dynamiques de publicisation prennent appui sur des liens préexistants entre personnes ou organisations, et les remanient en de nouvelles configurations. Dans cette perspective, développée par exemple par Maryjane Osa qui a reconstitué les vagues successives de réseaux inter-organisationnels qui ont préparé la libération de la Pologne dans les années 198053 , les publics se font à travers des jeux d’alliances et d’oppositions entre différents blocs de réseaux. Des schémas de coopération et de compétition entre organisations autour d’enjeux de définition des événements ou de stratégies de combat sont représentés par des graphes, qui montrent les degrés de concentration et de centralisation du pouvoir ou au contraire de balkanisation et de dispersion d’un mouvement de protestation. Toutes sortes de publics peuvent apparaître, polycentrés ou hiérarchisés, organisés en grappes de liens d’échange et de communication, souvent canalisées par des médiateurs – personnes, organisations ou institutions – qui occupent des positions clefs de représentants, d’intermédiaires et de traducteurs, de pourvoyeurs de ressources, de définisseurs de réalité et de prescripteurs de normes.

Les publics ne sont pas seulement des lieux de libre discussion. Ils entretiennent une double relation d’encastrement dans des mondes sociaux et culturels et d’arrachement à ceux-ci : les publics sont des opérateurs de commutation vers de nouvelles formes d’expérience. Ils sont aussi traversés par des rapports de force et des luttes de pouvoir. Ils précipitent dans des organisations civiques et politiques qui propulsent leurs dénonciations et revendications et peuvent se transformer en machines de guerre. Ann Mische, dans son enquête sur les « publics partisans », a par exemple suivi les péripéties de la formation d’une arène civique en faveur de l’impeachment de Collor de Mello au Brésil en 1992. Le point était, à l’échelle nationale, de constituer une coalition qui agrège des groupes d’intérêt, en principe incompatibles, autour d’un objectif commun et d’atteindre une espèce de plate-forme consensuelle en vue de démettre le président de la République de l’époque – un ballet organisationnel qui avait son répondant dans les manifestations de rue54 .

Ces recherches d’ethnographie des rassemblements publics ou de sociologie des réseaux de mobilisation ne cessent toutefois de se heurter à une difficulté à représenter le public. Le public ne peut s’incarner. Le lieu du pouvoir reste vide, infigurable et inoccupable55 . Loin d’être assignable à un groupe d’intérêt ou d’opinion, le public est un souverain sans corps. Ce paradoxe s’impose à l’enquêteur qui s’efforce d’en déterminer les formes concrètes. Il se trouve pris dans un balancement entre le désir d’épingler le public comme un sujet politique et la prise de conscience d’un hiatus avec ce qui se donne à observer et à décrire. La topographie de la vie publique, moyennant les métaphores de l’espace ou de la sphère, du rassemblement ou du réseau, de l’archipel ou de l’arène56 , risque de figer la dynamique de problématisation et de publicisation quand elle accrédite l’existence d’un acteur que serait « le public ».

Le public comme processus d’expérience, d’enquête et d’expérimentation

Une autre façon d’aborder la question de la publicité peut être reprise à la sociologie des problèmes publics. Plutôt que de chercher à figurer un collectif que l’on qualifie de public, la démarche est cette fois-ci de prendre en filature la façon dont des situations d’épreuve se déploient en se problématisant et en se publicisant. L’attention ne porte plus seulement sur une configuration d’acteurs, qui s’affronteraient moyennant des discours publics, mais sur la dynamique de problématisation et de publicisation en tant que telle.

Un premier concept est ici central : celui d’expérience57 . Comment se constitue une expérience publique ? De quelle façon la définition d’un problème public ouvre-t-elle à la formation d’une mémoire publique et d’un projet public ? Cette expérience peut être prise au sens esthétique, auquel cas, le programme de recherche est celui d’une phénoménologie des épreuves affectives, sensibles et morales à travers lesquelles le problème public prend forme. La publicité n’est pas seulement discursive ou argumentative et mobilise plus que la faculté d’entendement : elle est une forme d’expérience qui transforme notre sensibilité aux êtres qui nous entourent, nous les fait sentir et ressentir autrement, et qui loin de se limiter à des sentiments subjectifs, ouvre d’emblée à un sensus communis, celui de l’expérience esthétique58 . L’engagement dans le monde commun passe en partie par le partage d’une affectivité – d’où l’intérêt de certaines enquêtes sur les indignations qui submergent les activistes et leurs destinataires pour la sauvegarde des paysages ou contre les « crimes de la corrida »59 . L’activité collective des publics requiert la force d’évocation du témoignage, la puissance visionnaire de l’utopie, le partage des sentiments du droit, la contagion des épreuves de révolte. Elle s’enracine dans des passions collectives de plus ou moins forte magnitude. Et ces épreuves affectives, sensibles et morales se retrouvent autant dans le chahut d’une réunion de concertation dont l’auditoire se rebiffe, que dans le traitement d’une affaire devant le tribunal des prud’hommes ou dans les récits de témoins devant la caméra d’un documentariste. La publicité prolifère, se dissémine et se propage dans toutes ces situations.

Mais la notion d’expérience peut aussi être entendue au sens de l’enquête et de l’expérimentation. Les membres du public renversent l’emprise que les situations problématiques ont sur eux en se donnant des prises, en formulant des hypothèses et en les soumettant à des tests qui leur permettent de mieux savoir à quoi ils ont affaire60 . Ils évaluent en quoi tel ou tel état de fait est inacceptable, illégitime ou insupportable ; ils recueillent les perspectives des tous ceux qui sont touchés ou concernés par ses conséquences ; ils en retracent la genèse historique, élaborent des outils de catégorisation, de qualification et de quantification, voire établissent des étalons d’équivalence avec d’autres situations similaires… Cette enquête permet de stabiliser des versions plus ou moins acceptables pour les différentes parties du public et de fixer des enjeux de conflit et des points de controverse. Elle détermine des chaînes de causalité qui expliquent l’avènement de la situation problématique et en anticipe les conséquences probables ou plausibles ; dans le même mouvement, elle impute des espèces et des degrés de responsabilité morale, légale ou politique et fait émerger des figures des coupables et des victimes, de défenseurs et de réparateurs61 .

Ce travail de définition, d’explication et d’interprétation a des conséquences directes : il refaçonne la situation problématique à travers de nombreuses épreuves de réalité et de validité qui en délivrent une clef de lecture et en induisent la recomposition à la fois. Il indique des finalités et des objectifs à atteindre, il organise des moyens et des ressources pour les réaliser, il détermine des ordres de contraintes et d’opportunités et il engage des stratégies d’alliance et d’opposition. Il fixe la grandeur d’échelle à laquelle intervenir, il désigne des acteurs autorisés et les rend capables d’agir. Il spécifie la nature des troubles, des dommages ou des préjudices et il fournit un mode d’emploi sur comment les réparer. Et surtout, tout ce travail fait du problème un problème public, au sens où il n’est pas pris en charge par la famille, le clan ou le marché, traité sur un mode technique ou étouffé par des arrangements en coulisses : des institutions publiques – l’État ou des remédiateurs accrédités par lui – s’en emparent. L’un des enjeux est que le problème soit reconnu, exploré et résolu par des dispositifs et des opérateurs d’action publique.

Dans les recherches impulsées par le livre d’Habermas, comme dans la littérature désormais considérable sur les contre-publics, les publics ont surtout été examinés en termes de stratégie d’action collective et d’échange d’arguments rationnels. Le pragmatisme de Mead et de Dewey nous invite à recadrer ces approches : il oriente notre attention vers l’enquête et l’expérimentation comme forces motrices de l’action publique. Les opérateurs et les dispositifs de publicisation varient selon les contextes. Les configurations d’acteurs (les parties en présence et les auditoires à qui elles s’adressent), les formes de représentation (qui parle et agit au nom de qui), les ordres de pertinence (la gamme de ce qui peut être discuté, dénoncé et revendiqué) et les modes d’engagement (comment décrire, critiquer ou réclamer), les scènes d’intervention, les langages qui y ont cours, les façons d’y entrer en conflit et les finalités qui y sont poursuivies y constituent autant d’arènes. Ces arènes se distribuent sur des scènes institutionnelles qui leur préexistent, mais où le problème public va induire un certain nombre de transformations, plus ou moins conséquentes selon la gravité et l’ampleur de la crise politique, du litige administratif, de la dispute parlementaire, du procès judiciaire, de la controverse scientifique ou de la bataille médiatique qui vont s’ensuivre…

Ces dynamiques de problématisation et de publicisation, qui s’entrecroisent et entrent en résonance les unes avec les autres, débordent toujours les cadrages institutionnels qui les formatent et les régulent. Le « tribunal de l’opinion » se diffracte ainsi dans des arènes publiques, dont on peut suivre les chevauchements dans le même temps et les enchaînements au cours du temps. À chaque fois, des lignes de conflit opposent plusieurs camps, lesquels s’efforcent de contrôler la définition comme la gestion du problème public et tentent de se justifier vis-à-vis d’auditoires, l’opinion publique et les pouvoirs publics. Le problème public s’inscrit dans les espaces de mise en équivalence de la représentation politique ou de l’expertise technique, statistique, économique ou juridique, et en même temps, il continue de s’enraciner dans des expériences proches62 . Et il est porté par la puissance de mobilisations collectives qui affirment leur autonomie tout en interpellant des instances étatiques dont elles attendent des actions de reconnaissance, de réparation et de régénération.

Vers une écologie des publics. Au-delà des mots : des milieux et des institutions

La raison publique n’est pas seulement discursive. Elle est orientée vers le contrôle matériel des actions et de leurs conséquences, accompli par des communautés d’enquête et d’expérimentation63 . Elle se fait dans ce travail d’exploration qui engendre à la fois des expériences, leurs agents et leurs environnements. Elle a un ancrage et une portée écologiques. Animée par les visées du bien, du vrai, du droit ou du juste, elle trace ainsi sa voie au cœur d’arènes qui recomposent des équipements matériels, des savoirs établis, des habitudes collectives, des carrières professionnelles et des agences institutionnelles. Elle produit un découplage et une recomposition des expériences, des intérêts et des identités. Elle engendre des arborescences de problèmes qui viennent en grappe, avec leurs degrés d’urgence et d’importance et leurs ordres de priorité temporelle. Elle fait naître de nouveaux dispositifs d’action publique, armés de nouvelles connaissances, normes et techniques. Et en regard des jeux d’acteurs et de leurs confrontations autour d’enjeux propres aux différentes arènes, elle transforme les modes de vie, elle conduit à la prolifération de nouvelles croyances. Surtout, la raison publique crée de nouveaux biotopes dans lesquels les situations problématiques et leurs conséquences néfastes sont plus ou moins contrôlées. On a là l’un des sens de ce que Dewey appelait la « démocratie créatrice »64 , indissociable d’une écologie des publics. Que faut-il entendre par là ?

Tout d’abord, une thèse élémentaire, commune chez les sociologues de Chicago dans les années 1920 : la portée des moyens de transport et de communication délimite les possibilités d’information et d’association des publics65 . Cette thèse, opérante dans la sociologie de la presse de Robert E. Park66 , est consonante avec une histoire matérielle des techniques, des marchés et des institutions qui insiste sur les supports de publication, les circuits de diffusion et les contextes de réception des imprimés – mais aussi en retour sur leur dépendance des publics, en termes de finance et d’opinion. Les approches discursive et stratégique de la publicité ont été peu sensibles à cette dimension. Mais plus intéressant encore : les publics ne sont pas seulement dépendants de leur environnement, ils l’engendrent. L’intelligence créatrice des publics est organisée et distribuée dans différents milieux où elle est enracinée matériellement, dont elle puise les ressources, dans les plis desquels elle se cale et qu’elle transforme à travers ses interventions – une intuition que Bruno Latour et Peter Weibel ont retrouvée en partant d’autres hypothèses67 .

Dans cette perspective, les calculs statistiques, les raisonnements juridiques, les expérimentations scientifiques ou les enquêtes journalistiques donnent des prises d’action et augmentent les capacités d’action. Ce sont des opérateurs d’identification de soi, de compréhension de la réalité, de dénonciation de torts et de revendication de droits. Ils agissent en forgeant un sens du jugement critique et en dessinant la voie vers des mondes possibles. Les publics diffusent des informations sur des scandales ou des catastrophes68 , font entendre la voix de lanceurs d’alerte, supportent et propagent des initiatives citoyennes, rendent accessibles des ressources et des savoir-faire pour des expérimentations, arment des répertoires d’argumentation, organisent des stratégies de mobilisation collective, opèrent comme des vecteurs de pollinisation des expériences… La dynamique de problématisation et de publicisation reconfigure des états des choses, les opérations de perception, d’évaluation et d’usage les concernant et les contextes d’expérience des personnes concernées. Elle engendre de nouveaux horizons de monde69 .

Pour perdurer, cette dynamique collective doit conduire à un processus d’institutionnalisation de l’arène qu’elle fait advenir. Elle se soutient alors sur des institutions qui sont les accumulateurs, les condensateurs et les générateurs d’expériences, de savoirs et de normes. Les publics émergents ont besoin de ces multiplicateurs et intensificateurs de capacités individuelles et collectives qui leur permettent dans le même temps d’apprendre, de se coordonner et d’imaginer au présent en puisant dans une histoire et en se projetant vers un futur. Les institutions font fructifier leur intelligence créatrice, œuvrent à transmettre et à reproduire leurs résultats, fixent de nouvelles habitudes culturelles, font incuber de nouvelles carrières professionnelles. Du temps de Dewey et de Mead, il s’agissait d’écoles, d’universités, de théâtres et de bibliothèques, de centres sociaux, de clubs politiques, de presse alternative ou d’éducation adulte70  ; aujourd’hui, il s’agit de plates-formes numériques, de dispositifs d’alerte, de banques de données, d’organisations non-gouvernementales, de marchés parallèles ou de réseaux d’échanges.

Ce processus est double. D’un côté, il engendre de nouvelles agences de contrôle, de standardisation et de régulation technique ou juridique, qui mettent en place des conventions partagées, fixent des croyances, des identités et des intérêts et convertissent la force vive du public en institutions – en résolvant la situation problématique, il dépossède du reste les porteurs d’une cause et passe le témoin à des experts ou des élus. En retour, il déplace l’attention publique vers de nouveaux foyers, conduit autour de nouvelles indignations et mobilisations contre des abus de pouvoir, provoque des maux qui n’avaient pas été anticipés, et conduit les publics informés, administrés, convoqués et consultés à sortir de la place qui leur est assignée. Nouvelles discussions, dénonciations et revendications, nouvelles délibérations, enquêtes et expérimentations, nouveaux rapports de force et conflits d’intérêt…

C’est ainsi que se déploie la « conscience publique », prise dans les boucles rétroactives de la rumeur et exposée aux attaques ciblées de la propagande, relancée par les révélations de lanceurs d’alerte, soutenue par le travail de militants, de chercheurs et de reporters, étouffée par les politiques du discrédit de fauteurs de doute et de fabricants d’ignorance71 , trouvant des points d’appui et d’union autour de mesures politiques et de décisions judiciaires…. Une histoire faite de rebondissements multiples et de conséquences inattendues, heureuses ou tragiques, bien plus compliquée que ce que la théorie politique, la sociologie de l’action publique, des problèmes sociaux et des mobilisations collectives nous ont appris à déchiffrer.

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1

Lucian Hölscher, « Öffentlichkeit », in O. Brunner, W. Conze, R. Koselleck (dir.), Geschichtliche Grundbegriffe. Historisches Lexikon zür politisch-sozialen Sprache in Deutschland, Bd 4, Stuttgart, Klett Cotta, 1978, p. 413-467.

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2

Jürgen Habermas, L’Espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, Payot, 1978 (éd. orig. 1962).

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3

Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, Paris, Calmann-Lévy, 1961 (éd. orig. 1958).

Retour vers la note de texte 338

4

Reinhart Koselleck, Le Règne de la critique, Paris, Éditions de Minuit, 1979 (éd. orig. 1959).

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5

Peter-Uwe Hohendal, « Recasting the Public Sphere », October, n° 73, 1995, p. 27-54.

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6

Hans Speier, « Historical Development of Public Opinion », American Journal of Sociology, t. 55, n° 4, 1950, p. 376-388.

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7

Stéphane Van Damme, « “Farewell Habermasˮ ? Deux décennies d’études sur l’ancien régime de l’espace public », in P. Boucheron, N. Offenstadt (dir.), L’Espace public au Moyen Âge, Paris, PUF, 2011, p. 43-62 ; Massimo Rosprocher, Beyond the Public Sphere. Opinions, Publics, Spaces in Early Modern Europe, Bologne-Berlin, Il Mulino-Duncker & Humblot, 2012.

Retour vers la note de texte 1872

8

Antoine Lilti, Le Monde des salons. Sociabilité et mondanité au XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 2005.

Retour vers la note de texte 343

9

Maurice Agulhon, Pénitents et francs-maçons de l’ancienne Provence, Paris, Fayard, 1968 ; et La République au village, Paris, Plon, 1970.

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10

Arlette Farge, Dire et mal dire. L’opinion publique au XVIIIe siècle, Paris, Le Seuil, 1992.

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11

Christian Jouhaud, Alain Viala (dir.), De la publication. Entre Renaissance et Lumières, Paris, Fayard, 2002.

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12

Patrick Boucheron et Nicolas Offenstadt (dir.), L’Espace public au Moyen Âge. Débats autour de Jürgen Habermas, Paris, PUF, 2011.

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13

Keith Baker, Roger Chartier, « Dialogue sur l’espace public », Politix, n° 7, 1994, p. 5-22.

Retour vers la note de texte 348

14

Nancy Fraser, « Rethinking the Public Sphere. A Contribution to the Critique of Actually Existing Democracy », Social Text, n° 25-26, 1990, p. 56-80.

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15

Une collection de textes marquante a été celle de Craig J. Calhoun (dir.), Habermas and the Public Sphere, Cambridge, MIT Press, 1992 ; voir aussi Jürgen Habermas, « L’Espace public, trente ans après. Préface à la dix-septième édition allemande de Strukturwandel der Öffentlichkeit », Quaderni, n° 18, 1992, p. 161-191 (éd. orig. 1990).

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16

Oskar Negt, Alexander Kluge, Public Sphere and Experience. Toward an Analysis of the Bourgeois and Proletarian Public Sphere, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1993 (éd. orig. 1972).

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17

Black Public Sphere Collective (dir.), The Black Public Sphere, Chicago, University of Chicago Press, 1995.

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18

Jean Cohen, Andrew Arato, Civil Society and Political Theory, Cambridge, MIT Press, 1992 ; ou Jürgen Habermas, Droit et démocratie. Entre faits et normes, Paris, Gallimard, 1997 (éd. orig. 1992).

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19

Respectivement : James C. Scott, La Domination et les arts de résistance, Paris, Éditions Amsterdam, 2009 (éd. orig. 1990) ; Alberto Melucci, Challenging Codes, Cambridge, Cambridge University Press, 1996.

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20

Michael Burawoy, « 2004 ASA Presidential Address : For Public Sociology », American Sociological Review, t. 70, n° 1, 2005, p. 4-28.

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21

Sara M. Evans, Harry C. Boyte, Free Spaces. The Sources of Democratic Change in America, New York, Harper and Row, 1986.

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22

Catherine Squires, « Rethinking the Black Public Sphere. An Alternative Vocabulary for Multiple Public Spheres », Communication Theory, vol. 12, n° 4, 2002, p. 446-468.

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23

Daniel Cefaï, Dominique Pasquier (dir.), Les Sens du public. Publics politiques, publics médiatiques, Paris, PUF, 2003.

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24

Dominique Cardon, Fabien Granjon, Médiactivistes, Paris, Presses de Sciences Po, 2010.

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25

Pour une tentative de topologie et de typologie : Mustafa Emirbayer, Mimi Sheller, « Publics in History. A Programmatic Statement », Theory and Society, n° 28, 1999, p. 145-197.

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26

Jeff Weintraub, « The Theory and Politics of the Public/Private Distinction », in J. Weintraub, K. Kushar (dir.), Public and Private in Thought and Practice. Perspectives on a Great Dichotomy, Chicago, University of Chicago Press, 1997, p. 1-42.

Retour vers la note de texte 361

27

Dena Goodman : « Public Sphere and Private Life. Toward a Synthesis of Current Historiographical Approaches to the Old Regime », History and Theory, vol. 31, n° 1, 1992, p. 1-20.

Retour vers la note de texte 362

28

Joan Landes, « Introduction », in J. Landes (dir.), Feminism. The Public and the Private, Londres, Oxford University Press, 1998, p. 1-20 ; Viviana Zelizer, « Transactions intimes », Genèses, n° 42, 2001, p. 121-144.

Retour vers la note de texte 363

29

Dorothy Smith, « Household Space and Family Organization », The Pacific Sociological Review, t. 14, n° 1, 1971, p. 53-78 ; Arlie Russell Hochschild, Time Bind. When Work Becomes Home and Home Becomes Work, New York, Holt Paperbacks, 2001.

Retour vers la note de texte 365

30

Philippe Ariès et Georges Duby (dir.) Histoire de la vie privée, Paris, Le Seuil, 1982-1985 (5 vol.) ; Georges Duby et Michelle Perrot (dir.), Histoire des femmes en Occident, Paris, Perrin, 1991-1992 (5 vol.).

Retour vers la note de texte 366

31

Hull House à Chicago que Mead et Dewey fréquentaient : Mary Jo Deegan, Jane Addams and the Men of the Chicago School. 1892-1918, New Brunswick, Transaction Books, 1988.

Retour vers la note de texte 367

32

Rick Fantasia, Cultures of Solidarity. Consciousness, Action, and Contemporary American Workers, Berkeley, University of California Press, 1988.

Retour vers la note de texte 368

33

Susan Gal, « A Semiotic of the Public/Private Distinction », in J. W. Scott, D. Keates (dir.), Going Public. Feminism and the Shifting Boundaries of the Private Sphere, Urbana-Champaign, University of Illinois Press, 2004, p. 260-277.

Retour vers la note de texte 369

34

Charles Taylor (dir.), Multiculturalism. Examining the Politics of Recognition, Princeton, Princeton University Press, 1994.

Retour vers la note de texte 370

35

Augusto Boal, Le Théâtre de l’opprimé, Paris, Maspéro, 1977.

Retour vers la note de texte 371

36

Lisa Wedeen, Ambiguities of Domination. Politics, Rhetoric, and Symbols in Contemporary Syria, Chicago, University of Chicago Press, 1999.

Retour vers la note de texte 372

37

Hua Linshan, Isabelle Thireau, Les Ruses de la démocratie. Protester en Chine, Paris, Le Seuil, 2010.

Retour vers la note de texte 373

38

Luc Boltanski, Laurent Thévenot, De la justification. Les économies de la grandeur, Paris, Gallimard, 1991.

Retour vers la note de texte 374

39

Dominique Cardon, Jean-Philippe Heurtin, Cyril Lemieux, « Parler en public », Politix, t. 8, n°31, 1995, p. 5-19.

Retour vers la note de texte 375

40

Michèle Lamont, Laurent Thévenot (dir.), Rethinking Comparative Cultural Sociology. Repertoires of Evaluation in France and the United States, Cambridge, Cambridge Universiy Press, 2000.

Retour vers la note de texte 376

41

Joseph Gusfield, La Culture des problèmes publics. Le problème de l’alcool au volant et la production de l’ordre symbolique, Paris, Economica, 2009 (éd. orig. 1981).

Retour vers la note de texte 377

42

James Bohman, Public Deliberation. Pluralism, Complexity, and Democracy, Cambridge, MIT Press, 1996.

Retour vers la note de texte 378

43

Francis Chateauraynaud, Argumenter dans un champ de forces. Essai de balistique sociologique, Paris, Éditions Petra, 2011.

Retour vers la note de texte 379

44

John Dewey, Le Public et ses problèmes, Paris, Gallimard, 2010 (éd. orig. 1927) ; Walter Lippmann, Public Opinion, New York, Harcourt, Brace & Co, 1922 et Le Public fantôme, Paris, Démopolis, 2008 (éd. orig. 1925).

Retour vers la note de texte 380

45

Gerard A. Hauser, Vernacular Voices. The Rhetoric of Publics and Public Spheres, Columbia, University of South Carolina Press, 1999.

Retour vers la note de texte 381

46

Erving Goffman, Comment se conduire dans les lieux publics. Notes sur l’organisation sociale des rassemblements, Paris, Economica, 2013 (éd. orig. 1963).

Retour vers la note de texte 382

47

Isaac Joseph, La Ville sans qualités, Paris, Éditions de l’Aube, 1998.

Retour vers la note de texte 383

48

Harrison C. White, « Network Switchings and Bayesian Forks. Reconstructing the Social and Behavioral Sciences », Social Research, n° 62, 1995, p. 1035-1063.

Retour vers la note de texte 384

49

Nina Eliasoph, L’Évitement du politique, Paris, Economica, 2010 (éd. orig. 1997) ; Paul Lichterman, The Search for Political Community. American Activitsts Reinventing Commitment, Cambridge, Cambridge University Press, 1996.

Retour vers la note de texte 385

50

Jean-Philippe Heurtin, L’Espace public parlementaire. Essai sur les raisons du législateur, Paris, PUF, 1999 ; Mathieu Berger, « Micro-écologie de la résistance. Les appuis sensibles des voix citoyennes », in M. Berger, D. Cefaï, C. Gayet-Viaud (dir.), Du civil au politique. Ethnographies du vivre-ensemble, Bruxelles, Peter Lang, 2011, p. 101-130.

Retour vers la note de texte 386

51

Eiko Ikegami, « A Sociological Theory of Publics. Identity and Culture as Emergent Properties in Networks », Social Research, t. 67, n° 4, 2000, p. 989-1029.

Retour vers la note de texte 387

52

Mario Diani, Doug McAdam (dir.), Social Movements and Networks. Relational Approaches to Collective Action, Oxford, Oxford University Press, 2003.

Retour vers la note de texte 388

53

Maryjane Osa, Solidarity and Contention. Networks of Polish Opposition, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2003.

Retour vers la note de texte 389

54

Ann Mische, Partisan Publics. Communication and Contention Across Brazilian Youth Activist Networks, Princeton, Princeton University Press, 2008.

Retour vers la note de texte 390

55

Claude Lefort, L’Invention démocratique, Paris, Fayard, 1981.

Retour vers la note de texte 392

56

Bastien François, Érik Neveu, « Introduction. Pour une sociologie politique des espaces publics contemporains », in B. François, É. Neveu (dir.), Espaces publics mosaïques. Acteurs, arènes et rhétoriques des débats publics contemporains, Rennes, PUR, 1999, p. 13-60 ; Daniel Cefaï, « Qu’est-ce qu’une arène publique ? Quelques pistes pour une approche pragmatiste », in D. Cefaï, I. Joseph (dir.), L’Héritage du pragmatisme, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2002, p. 51-82.

Retour vers la note de texte 393

57

Daniel Cefaï, Cédric Terzi (dir.), L’Expérience des problèmes publics, Paris, Éditions de l’EHESS, 2012.

Retour vers la note de texte 394

58

Hannah Arendt, Juger. Sur la philosophie politique de Kant, Paris, Le Seuil, 2003 (éd. orig. 1992).

Retour vers la note de texte 396

59

Respectivement : Danny Trom, « L’engagement esthétique : du trouble à l’enquête visuelle. Une pragmatique du regard sur le paysage », in D. Cefaï, I. Joseph (dir.), L’Héritage du pragmatisme, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2002 ; Christophe Traïni, « Dramaturgie des émotions, traces des sensibilités. Observer et comprendre des manifestations anti-corrida », ethnographiques.org, n° 21.

Retour vers la note de texte 397

60

George Herbert Mead, « The Working Hypothesis in Social Reform », American Journal of Sociology, vol. 5, 1899, p. 367-371.

Retour vers la note de texte 398

61

Joseph Gusfield, La Culture des problèmes publics. Le problème de l’alcool au volant et la production de l’ordre symbolique, Paris, Economica, 2009 (éd. orig. 1981).

Retour vers la note de texte 1874

62

Alain Cottereau, « La désincorporation des métiers et leur transformation en publics intermédiaires : Lyon et Elbeuf, 1790-1814 », in S. L. Kaplan, P. Minard (dir.), La France, malade du corporatisme ? XVIIIe-XXe siècles, Paris, Belin, 2004, p. 97-147, 479-493 ; Laurent Thévenot, L’Action au pluriel. Sociologie des régimes d’engagement, Paris, La Découverte, 2006.

Retour vers la note de texte 400

63

Roberto Frega, « What Pragmatism Means by Public Reason », Ethics & Politics, t. XII, n° 1, 2010, p. 28-51.

Retour vers la note de texte 401

64

John Dewey, Logique. Théorie de l’enquête, Paris, PUF, 1967 (éd. orig. 1938).

Retour vers la note de texte 402

65

Daniel Cefaï, Pourquoi se mobilise-t-on ? Théories de l’action collective, Paris, La Découverte, 2007, première partie.

Retour vers la note de texte 403

66

Robert E. Park, The Immigrant Press and Its Control, New York, Harper & Brothers, 1922.

Retour vers la note de texte 404

67

Bruno Latour, Peter Weibel (dir.), Making Things Public. Atmospheres of Democracy, Cambridge, MIT Press, 2005.

Retour vers la note de texte 405

68

Francis Chateauraynaud, Didier Torny, Les Sombres précurseurs. Une sociologie pragmatique de l’alerte et du risque, Paris, Éditions de l’EHESS, 1999.

Retour vers la note de texte 406

69

Au sens écologique du terme, qui déborde et englobe la « fonction poétique » du discours public comme « facteur de monde » (world-making) de Michael Warner, Publics and Counterpublics, New York, Zone Books, 2002.

Retour vers la note de texte 407

70

Kevin Mattson, Creating a Democratic Public. The Struggle for Urban Participatory Democracy During the Progressive Era, University Park, Pennsylvania, The Pennsylvania State University Press, 1998.

Retour vers la note de texte 408

71

Robert N. Proctor, Golden Holocaust. La conspiration des industriels du tabac, préface de Mathias Girel, Paris, Éditions des Équateurs, 2014 (éd. orig. 2012).

Maurice Agulhon, Pénitents et francs-maçons de l’ancienne Provence, Paris, Fayard, 1968.

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