La « Journée nationale pour les victimes du communisme » aux États‑Unis
Visiting Professor

(Emory College of Art and Science - Russian and East Asian Languages and Cultures)

Les Américains, le communisme et le poutinisme

Le communisme n’a évidemment jamais eu bonne réputation aux États-Unis, sauf dans les cercles étroits du parti communiste et d’autres groupuscules de l’extrême gauche. Mais la mémoire du communisme et des luttes menées contre lui sont encore vivantes dans ce pays, dont l’URSS a été le principal adversaire presque tout au long du « siècle américain ». La préoccupation croissante vis-à-vis de la Chine, autre ancien pays communiste qui a récemment défié l’hégémonie américaine, comme le danger posé par la Corée du Nord continuent à nourrir cette mémoire, de même que la politique néo-impériale du régime de Vladimir Poutine.

Il est vrai que le Kremlin n’appelle plus les prolétaires du monde entier à s’unir : il essaie plutôt de consolider autour de lui la droite populiste internationale qu’il regarde comme une nouvelle alternative à la démocratie libérale1 . Longtemps ignoré, ce problème a finalement attiré l’attention du public américain suite à l’intervention présumée de Moscou dans les élections présidentielles de 2016. Le Russiagate, qui commence au début de l’année 2017, a largement déterminé le contexte dans lequel le centenaire de la Révolution russe a été débattu aux États-Unis.

Les rapports entre la Russie postsoviétique et les États-Unis sont souvent vus par les Américains à travers le prisme familier de la guerre froide. Pourtant, l’association de la Russie de Poutine avec le communisme est paradoxale : ce régime caractérisé par une combinaison inédite d’autoritarisme mafieux, d’ultra-conservatisme culturel, de cléricalisme, de populisme de droite et de néo-libéralisme, est très éloigné des idéaux communistes et ne prétend pas en avoir hérité. Pour Poutine, Lénine et ses Bolcheviks étaient bien la cinquième colonne de l’Occident, et la Grande Révolution d’Octobre n’a été qu’un acte de trahison nationale, d’autant plus grave qu’il fut commis en temps de guerre. Malgré la sympathie indéniable des poutinistes à l’égard de plusieurs éléments de l’héritage de l’URSS (en particulier l’empire soviétique), la période communiste, de leur point de vue, ne peut être intégrée dans l’histoire glorieuse de la Russie qu’à la condition d’être purifiée de ses aspects spécifiquement communistes. Ainsi, Staline peut être célébré en tant que leader national, non comme leader communiste. Il n’en demeure pas moins qu’en Occident, certaines mémoires de l’URSS et certaines préoccupations à son sujet se trouvent souvent projetées sur la Russie d’aujourd’hui.

En somme, le spectre du communisme, quoique bien plus flou et diffus qu’il n’était dans le temps, continue de hanter les États-Unis. Le rapport de la Fondation commémorative des victimes du communisme (Victims of Communism Memorial Foundation, ou VCMF) de 2017 conclut : « Les Américains voient le communisme de plus en plus souvent comme un problème2 », en partie parce que les millennials (les générations du 3e millénaire) sont de plus en plus souvent attirés par le socialisme. Mais cela ne signifie pas qu’il existe un rapport non-équivoque entre les perceptions américaines de l’URSS et de la Russie de Poutine. Comme s’il s’agissait d’une règle, ceux qui « aimaient l’Union soviétique » (comme l’a une fois avoué à l’auteur de ces lignes un célèbre historien américain de gauche) tendent à souligner des aspects positifs, ou du moins compréhensibles, de la politique russe actuelle, même si certains d’entre eux désapprouvent l’autoritarisme de Poutine et condamnent les violences staliniennes. Il est paradoxal que l’extrême gauche occidentale ait largement gardé ses sympathies vis-à-vis d’une Russie qui ne possède plus aucun des caractères avec lesquels la gauche pourrait en principe s’identifier. À une exception près : le Kremlin continue de présenter une alternative à la démocratie occidentale et un défi à l’hégémonie américaine, ce qui suffit à réveiller l’exaltation éprouvée jadis à l’égard de l’Union soviétique.

En revanche, parmi ceux qui n’ont pas été « trompés par le soleil de la révolution » (pour reprendre le titre du fameux film de Nikita Mikhalkov), certains sympathisent avec Poutine tandis que d’autres le détestent. On retrouve donc, parmi les Putinversteher américains, des groupes bien différents, y compris une partie de la gauche culturelle concentrée sur les campus universitaires, les hommes et femmes d’affaires soucieux de leurs seuls profits, les représentants de l’extrême droite et (plus rarement) de la droite modérée qui partagent avec Poutine des attitudes populistes et un dégoût pour la gauche libérale. Typiquement, les deux derniers groupes, à la différence du premier, n’ont aucune sympathie pour l’expérience soviétique. Ceci dit, l’establishment américain, y compris la gauche libérale et la majorité de la droite modérée, aussi bien que la plupart des médias, tendent à partager, en dépit de tous leurs désaccords sur d’autres points, une vision très critique de l’expérience soviétique et du poutinisme.

Le centenaire de la Révolution russe donne une occasion de réfléchir sur ces tendances. L’opinion commune, selon laquelle la Révolution russe aux États-Unis n’est qu’une question d’intérêt purement académique, ne tient pas à la lumière de son centenaire, ce qui s’explique en particulier par l’émergence soudaine de la Russie comme facteur important de la politique américaine. Il y a peu, le président Barak Obama avait caractérisé la Russie comme un pouvoir régional, dangereux pour ses seuls voisins3  : avec la crise ukrainienne, l’intervention de Moscou dans la guerre en Syrie et surtout les élections américaines de 2016, la perception de la Russie a changé. Dans cet article, je vais me concentrer sur le moment central du centenaire de la Révolution russe aux États-Unis, à savoir l’introduction, en 2017, de la « Journée nationale pour les victimes du communisme ».

Donald Trump commémore les victimes du communisme

Le 7 novembre 2017, date exacte du centenaire, la Maison Blanche a publié un communiqué déclarant ce jour comme « Journée nationale pour les victimes du communisme4 ».

Donald Trump était alors à Séoul, où il discutait du danger que constituait la Corée du Nord, mais il est ensuite allé à Pékin (et au Vietnam). La presse américaine n’a pas manqué de l’accuser d’avoir mal choisi le moment pour cette déclaration5 : la Chine se vante toujours d’avoir choisi « le chemin socialiste ouvert par la Révolution d’octobre russe en 1917 », pour citer un propos récent d’un haut responsable du Parti communiste chinois6 . D’ailleurs, une exposition co-organisée par le Musée national de Chine et le Musée historique russe a été ouverte à Pékin le 7 novembre pour marquer l’anniversaire de la révolution bolchevik7 . Une certaine ambiguïté caractérise néanmoins les attitudes des leaders chinois à l’égard de la révolution d’Octobre : tout en revendiquant leur héritage communiste, ils ont peur (comme Poutine en Russie) des bouleversements sociaux8 . En outre, les dirigeants chinois ne prennent pas la rhétorique de Trump au sérieux et le voient comme un négociateur bruyant mais docile9 . Pendant son séjour à Pékin, le président américain n’a cessé de louer le pays et ses traditions.

Aux États-Unis, la déclaration du 7 novembre a bien sûr eu bien plus d’écho qu’en Chine. L’un des premiers commentaires faits par un représentant officiel de la Maison Blanche précisa que le président voulait marquer le centième anniversaire « de la prise, par Lénine, du Palais d’Hiver en Russie » et que la journée pour les victimes du communisme ne serait pas nécessairement « reconnue chaque année10 », ce qui démontre une intention évidente de minimiser l’initiative. De fait, il existe un système complexe de règles pour introduire des dates commémoratives aux États-Unis11 . À côté des fêtes nationales, il existe une quarantaine des journées nationales et patriotiques permanentes (Patriotic and National Observances) introduites par la loi et énumérées dans le Titre 36 du Code des États-Unis. Certaines d’entre elles ont à voir avec la mémoire historique, comme par exemple le Columbus Day (le 12 octobre), le Loyalty Day (initialement appelée « Journée de l’américanisation », introduite à partir de 1921 pour remplacer la journée internationale des travailleurs célébrée le 1er mai), le Memorial Day (célébré le 28 mai pour rendre hommage aux militaires morts au combat), le National Freedom Day (célébré le 1er février pour commémorer l’abolition de l’esclavage en 1865), le Patriot Day (commémorant les victimes des attentats du 11 septembre 2001) ou le Veterans Day (pour célébrer l’armistice du 11 novembre 1918 qui a mis fin à la Première Guerre mondiale). Il existe aussi des milliers des dates commémoratives introduites soit par une chambre du Congrès (le Sénat dans la plupart des cas, parce que la Chambre des représentants refuse de considérer ce type d’initiatives depuis 1995), soit par proclamations présidentielles. Ces dates doivent être confirmées chaque année par de nouvelles dispositions. Enfin, le président peut publier des messages exprimant sa vision de tel ou tel événement historique à l’occasion de son anniversaire, en ajoutant de nouvelles instances à la liste déjà assez longue des dates commémoratives dont le statut est parfois difficile à déterminer avec précision. Rien d’étonnant à ce que, sur cette liste, on trouve parfois des dates bizarres : ainsi bien avant de devenir journée nationale pour les victimes du communisme, le 7 novembre avait été déclaré « Journée nationale du chocolat aigre-doux aux amandes12 ».

Pour faire part de ses réflexions au sujet de la Révolution russe, le président américain a choisi le format le moins contraignant possible, à savoir un message. Il ne s’agit donc ni d’un acte législatif ni d’une date commémorative permanente. Néanmoins, le 7 novembre de l’année suivante, la Maison Blanche a de nouveau publié un message présidentiel reprenant les thèmes de celui de 2017, avec des changements significatifs sur lesquels on reviendra. Le thème des crimes communistes n’est bien sûr pas indifférent à Donald Trump, qui s’exprime dans le même sens à d’autres occasions13 .

Le message trumpien et l’héritage de la guerre froide 

Le message du 7 novembre s’inscrit dans une tradition de la politique mémorielle américaine qui remonte à l’époque de la guerre froide. Des nombreux « entrepreneurs » de cette politique aux États-Unis militent depuis longtemps pour promouvoir la commémoration officielle des victimes du communisme. La plupart d’entre eux étaient liés au Parti républicain, quoique les démocrates ont aussi soutenu plusieurs initiatives mémorielles anti-communistes. La VCMF a été le plus important parmi ces entrepreneurs. Sa création en 1994 a été autorisée en décembre 1993 par la « Loi d’Amitié » (Friendship Act) « pour la réforme dans les nouvelles démocraties émergeantes » et le développement du « partenariat avec la Russie, l’Ukraine et d’autres nouveaux États indépendants de l’ancienne Union soviétique14 ». La loi constatait que, « depuis 1917, les gouverneurs d’empires et le communisme international dirigé par Vladimir I. Lénine et Mao Zedong [avaient] été responsable de la mort de plus de 100 millions de victimes qui ont péri dans l’holocauste impérial communiste sans précédent […]. Les régimes impérialistes du communisme international ont brutalement supprimé les droits de l’homme [et] l’indépendance nationale […] de plus de quarante nations captives ». La vision du communisme comme système russo-chinois et le concept de « nations captives » remontent à l’un des plus importants textes de l’anticommunisme américain, à savoir la déclaration jointe du Sénat et de la Chambre des représentants signée dans la loi par le Président Dwight D. Eisenhower en juillet 1959. Dans l’esprit de la doctrine Truman, ce texte a établi un lien inextricable entre communisme et impérialisme, et a conceptualisé les mouvements de libération nationale comme mouvements anticommunistes par excellence15 . Le chiffre de 100 millions de victimes, consacré par le Friendship Act, a ensuite trouvé son chemin jusque dans le message trumpien de 2017.

En outre, la loi de 1993 a prescrit la construction, dans l’arrondissement de Columbia, d’un mémorial aux victimes du communisme, afin que « les nations et les peuples ne permettent plus jamais à une tyrannie aussi diabolique [so evil a tyranny] de terroriser le monde ». Pour rassembler le financement et avancer le projet, la loi a autorisé la création « d’une entité spéciale », ce qui a donné naissance à la Fondation des victimes du communisme. La création d’une organisation chargée de préserver la mémoire des victimes et de construire un monument en leur honneur, aussi bien que l’utilisation du nom « Mémorial » indiquent la relation entre ce projet américain et certains projets qui étaient alors en train d’être mis en pratique en Europe de l’Est, y compris la société Mémorial en Russie (fondée en 1989) dont l’ambition (bien partiellement réalisée) était de construire un monument à Moscou pour commémorer les victimes du stalinisme16 .

L’idée de construire un tel monument aux États-Unis a initialement été proposée par quelques politiciens républicains en 1991. L’un d’eux présente un certain intérêt dans le contexte de cet article. Dana Rohrabacher, membre de la Chambre des représentants de Californie de 1988 à 2018, a commencé sa carrière politique dans le sillage de Ronald Reagan dont il a été un speachwriter de 1981 à 1988. À l’époque, il était connu comme un anticommuniste farouche, et son initiative commémorative allait précisément dans ce sens. Avec le temps toutefois, son conservatisme radical l’a amené à devenir un partisan de Trump (qui le considérait comme un candidat pour le Secrétariat d’État en 2016) et un porte-parole du rapprochement avec la Russie de Poutine. Soupçonné de connexions avec les services secrets russes, souvent appelé « le congressman favori de Poutine » (ou même « un petit chien de Poutine »), il a soutenu la Russie dans ses conflits armés avec la Géorgie en 2008 et avec l’Ukraine en 201417 . Il a visité l’ambassade d’Équateur à Londres en 2017 pour y rencontrer Julian Assange18 . Évidemment, anticommunisme, ultra-conservatisme et sympathies pro-Poutine ne se contredisent pas du tout.

Le Mémorial pour les victimes du communisme à Washington

Le Mémorial pour les victimes du communisme à Washington. 

En juin 2007, la VCMF a réalisé son objectif initial : le monument aux victimes du communisme à Washington a été inauguré en présence du Président George W. Bush, alors président honorifique de la fondation (depuis, elle s’est consacrée à la création d’un musée des victimes). La date d’ouverture a été choisie pour marquer l’anniversaire du fameux discours de Ronald Reagan à Berlin en 1987 – son appel à « abattre ce mur » –, ce qui témoigne de l’importance des références est-européennes (auxquelles nous reviendrons). L’événement a eu lieu quatre mois après le discours de Poutine à Munich, qui a marqué une crise dans les relations entre la Russie et les États-Unis, aussi bien qu’entre la Russie et les pays de l’Est. Le monument présente une réplique en bronze de la fameuse statue « La Déesse de la Démocratie », réalisée en papier mâché par les étudiants de l’École de Beaux-Arts de Pékin sur la place Tiananmen et rapidement détruite par le gouvernement chinois. Les références chinoises étaient donc aussi significatives pour la VCMF.

George W. Bush lors de la cérémonie d’inauguration du Mémorial

George W. Bush lors de la cérémonie d’inauguration du Mémorial.

La déclaration trumpienne du 7 novembre 2017 a été aussi préparée par la tradition de commémorer la chute du mur de Berlin, symbole par excellence de la victoire américaine dans la guerre froide. Cette tradition est d’ailleurs récente : elle a été inventée par George W. Bush en novembre 2001, deux mois après les attentats du 11 septembre. La création de la « Journée internationale de la liberté » (World Freedom Day, à ne pas confondre avec National Freedom Day introduite par une résolution jointe du Congrès en 1947 et inscrite dans la loi en 1948 pour commémorer la libération des esclaves américains le 1er février 1865) n’avait rien à voir avec la situation en Chine, en Russie ou en Europe de l’Est. Poutine ne faisait alors que ses premiers pas pour étouffer la liberté de la presse, et il était difficile de prévoir son régime autoritaire et néo-impérialiste. La proclamation présidentielle de 2001 précisait qu’« aujourd’hui, la liberté est de nouveau menacée. Comme les fascistes et les totalitaires [totalitarians] d’autrefois, Al Qaida, le régime des Talibans qui les soutient, et d’autres groupes terroristes à travers le monde cherchent à imposer leurs idées radicales par la menace et la violence ». La proclamation avait un objectif bien plus concret que de « célébrer la nouvelle liberté dans laquelle une grande partie du monde vit aujourd’hui ». L’enjeu était de légitimer l’invasion américaine en Afghanistan. Bush soulignait dans sa proclamation que « plus de deux milliards de personnes continuent à vivre sous des régimes autoritaires » et ajoutait, un mois après le début des hostilités en Afghanistan : « Aujourd’hui, nos pensées s’adressent au peuple afghan »19 .

Le statut de la « Journée internationale de la liberté » créée par Bush est plus élevé que celui de la « Journée nationale des victimes du communisme » introduite par Trump : Bush a publié une proclamation, non un message. Ceci dit, une proclamation ne suffit pas non plus pour instituer une date commémorative permanente. En 2005, Bush a de nouveau déclaré le 9 novembre « Journée internationale de la liberté ». Cette fois, sa rhétorique était bien plus neutre et ne concernait que la situation en Europe de l’Est, présentée comme une success story, celle de l’avancement de la démocratie20 . Les tensions avec la Russie, qui restaient alors largement sous le tapis, ont probablement influencé le langage assez abstrait de la proclamation. La Révolution orange de décembre 2004-janvier 2005 en Ukraine et l’arrivé au pouvoir en Pologne du parti nationaliste Droit et Justice en octobre 2005 pouvaient bien influencer la décision de la publier, mais aucun de ces événements n’a été explicitement mentionné.

Barak Obama a décidé à son tour de célébrer la « Journée internationale de la liberté » en 2016, dans le contexte de la crise ukrainienne et des élections présidentielles, quand la question des relations avec la Russie était l’une des plus débattues aux États-Unis. L’esprit d’auto-congratulation se combinait dans cette proclamation avec un scepticisme presque incroyable dans de tels documents : il ne faut pas espérer que la « liberté émerge à travers le monde en une seule vague », affirmait-il, dans certains pays, cela prendra des générations…21

Trump a poursuivi la tradition de commémorer la « Journée internationale de la liberté ». Le 8 novembre 2017, au lendemain de son message sur les victimes du communisme, il a signé une proclamation célébrant l’anniversaire de la chute du mur, avec de vagues allusions aux menaces terroristes et un accent porté sur la nécessité de collaborer avec « nos amis et alliés22 ». Son message du 7 novembre est également abstrait ; il reprend les thèmes principaux des documents cités, y compris l’incompatibilité entre la liberté et le communisme, la violence totalitaire et la subjugation des peuples « sous le faux prétexte de leur libération ». Selon Trump, « la révolution bolchévique a donné naissance à l’Union soviétique et aux décennies sombres du communisme répressif » : « Lors du siècle passé, continue le Président, les régimes totalitaires communistes à travers le monde ont tué plus de 100 millions de personnes et soumis encore plus de personnes à l’exploitation, à la violence et à des dévastations indicibles23 ». Le chiffre, on le sait, est conventionnel dans de tels documents.

Le message trumpien de 2018 a apporté des nuances importantes, notamment une liste des victimes du communisme qui inclut « les Ukrainiens qui ont été délibérément affamés lors de l’Holodomor, les Russes purgés dans la Grande Terreur, les Cambodgiens assassinés dans les champs de la mort et les Berlinois abattus alors qu’ils essayaient de s’échapper pour se libérer24 ». Ici, Trump a clairement essayé de se montrer compatissant aux sentiments des Ukrainiens, ce qui a provoqué un élan d’enthousiasme en Ukraine. Il n’a pas oublié pour autant les victimes russes du communisme : à Moscou aussi, on aime souligner que les répressions staliniennes ont été dirigées avant tout contre les Russes. De façon caractéristique, la Chine n’est pas mentionnée cette fois, quoique la majorité des victimes du communisme ont été chinoises – la Maison Blanche a sans doute préféré de ne pas irriter Pékin sans nécessité.

La dé-communisation est-européenne et la mémoire américaine

On a déjà souligné l’importance des pays de l’Est pour la mémoire américaine du communisme. Je vais maintenant ajouter certaines autres observations, y compris sur le rôle des diasporas est-européennes dans les usages du passé aux États-Unis.

Dans l’immédiat après-guerre, l’Europe de l’Est a été centrale pour la politique états-unienne visant à contraindre la propagation du communisme. Au cours des années 1960 et 1970, Washington a néanmoins accepté le contrôle soviétique de la région25 , et ce n’est qu’avec la perestroïka que les États-Unis ont renouvelé leur soutien politique aux « nations captives » de l’Est. Depuis, la dé-communisation est-européenne ne cesse d’exalter les mémoires américaines du communisme. En particulier, l’opinion américaine est sensible aux allégations (souvent justifiées) hostiles à la Russie provenant des pays d’Europe orientale, y compris l’Ukraine.

En 1989, les fronts populaires des trois pays baltes (alors encore républiques soviétiques), qui jouissaient du soutien de Washington dans leurs aspirations de la libération nationale, ont organisé une immense manifestation à l’occasion du cinquantième anniversaire du pacte Molotov-Ribbentrop du 19 août 1939 : deux millions des participants, les mains jointes, ont constitué une chaîne humaine traversant ces trois pays, de Tallinn à Vilnius. Ce jour est bientôt devenu une date symbolique renvoyant à l’occupation soviétique non seulement des pays baltes et des régions occidentales de la Biélorussie et de l’Ukraine, mais aussi de l’Europe de l’Est en général. Aucune autre date ne convenait aussi bien pour déclarer l’Union soviétique co-responsable de la Seconde Guerre mondiale et la mettre sur un pied d’égalité avec l’Allemagne nazie – ce qui correspondait à l’expérience historique de la majorité des pays de l’Est. Dans les années qui ont suivi la dissolution de l’empire soviétique toutefois, le projet européen et l’affaiblissement du danger provenant de la Russie ont (relativement) marginalisé les plaintes sur le passé dans la vie publique de ces pays. Ce n’est que dans les années 2000 qu’elles sont redevenues centrales sur le plan politique, suite à la formation du régime poutinien et à l’essor du nationalisme à travers l’Europe, y compris à l’Est.

Le Parti populaire européen(PPE) a pris l’initiative de porter le thème des crimes communistes à l’échelle de l’Europe à partir de 200426 , avec un soutien croissant de la part des nationaux-libéraux et nationaux-populistes à travers les pays de l’Est. En 2006, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté, sur l’initiative du PPE, une résolution sur la « condamnation internationale des crimes commises par les régimes communistes totalitaires27 ». Elle n’a pas eu d’impact politique pratique – soutenue par moins des deux tiers des voix, elle n’a pas été transmise au Comité des ministres. Son importance symbolique était de formuler une notion légale des « crimes communistes » dans un document officiel européen. Deux ans plus tard, la Déclaration de Prague sur la conscience européenne et le communisme, signée par un groupe des politiciens libéraux majoritairement est-européens, a appelé à considérer les crimes communistes de la même façon que les crimes nazis28 . Enfin, la résolution du Parlement européen du 2 avril 2009 sur la conscience européenne et le totalitarisme, directement influencée par la Déclaration de Prague, a demandé « que le 23 août [soit] proclamé “Journée européenne du souvenir” pour la commémoration, avec dignité et impartialité, des victimes de tous les régimes totalitaires et autoritaires29 ». Quelques mois plus tard, l’Organisation pour la sécurité et coopération en Europe (OSCE) a soutenu cette initiative et a proposé, dans sa Déclaration de Vilnius, d’appeler cette date commémorative « Journée européenne de commémoration des victimes du stalinisme et du nazisme30 ». Il est clair que les pays de l’Ouest cherchaient une formule qui leur aurait permis d’exprimer leur soutien aux revendications mémorielles des nouveaux membres de l’Union européenne sans pour autant établir une équivalence entre communisme et fascisme, ce qui était problématique à la lumière de leurs propre tradition socialiste et du récit traditionnel de la Seconde Guerre mondiale durant laquelle l’Union soviétique fut leur allié.

Notons, entre parenthèses, qu’en 2007 le Conseil de l’Europe a refusé d’accepter la proposition des pays baltes d’inclure, dans sa décision-cadre du 28 novembre 2008 sur la lutte contre le racisme et la xénophobie au moyen du droit pénal, une recommandation aux États-membres de pénaliser la négation non seulement des crimes nazis mais aussi des crimes communistes. Certains pays de l’Est l’ont néanmoins fait en modifiant leur propre législation31 . Les déclarations que je viens de citer devaient montrer aux pays de l’Est que leurs agenda n’étaient pas ignorés par le Conseil.

La plupart des pays de l’Est, y compris la Pologne, la Hongrie et les pays baltes, ont introduit cette « Journée européenne du souvenir » dans leurs calendriers commémoratifs. En novembre 2009, le Canada a aussi décidé de dédier le 23 août, nommé « Journée ruban noir », à la mémoire des victimes des crimes nazis et communistes. Les diasporas puissantes, ukrainienne surtout, ont rendu ce pays très sensible aux agendas commémoratifs est-européens.

L’influence des diasporas est-européennes est aussi un facteur de la politique états-unienne. Là encore, elles ont contribué à promouvoir le thème des crimes communistes, quoique la résurgence de l’impérialisme russe sous Poutine, l’implication de Washington dans la politique est-européenne et le discours anti-communiste traditionnel aient joué ici un rôle plus important. Certaines initiatives prises pour commémorer les victimes du communisme, avant le message de Trump de 2017, ont émané des milieux liés aux diasporas est-européennes. Ainsi, en juillet 2013, le député républicain de l’Illinois, John Shimkus, descendant d’une famille lituanienne émigrée aux États-Unis en 1900, a proposé une résolution « exprimant le soutien pour la désignation du 23 août comme “Journée ruban noir”, afin de reconnaître les victimes des régimes communiste soviétique et nazi32 ». L’Illinois, où habitent 87 000 Lituaniens ethniques, est le centre le plus important de cette diaspora aux États-Unis33 . La résolution évoque les décisions du Parlement européen et du Canada, comme la tradition de la législation américaine (y compris la loi de 1959 qui a créé la Semaine des nations captives) et appelle à ne jamais oublier la terreur contre « les peuples de l’Europe centrale et orientale » qui « ont été privés de leurs droits de l’homme fondamentaux » et « séparés du monde démocratique par le rideau de fer et le mur de Berlin ». La résolution n’a jamais été examinée par la Chambre des représentants qui entend ne pas multiplier les dates commémoratives.

La réception du message trumpien

Vue la mémoire dominante du communisme aux États-Unis, il n’est pas surprenant que le message trumpien ait été reçu assez positivement, par les républicains mais aussi par plusieurs démocrates. Le même jour, la Chambre des représentants a créé un comité bipartite connu comme le Victims of Communism Caucus pour sensibiliser la société américaine aux crimes du communisme ainsi qu’au rôle que « sa tyrannie dans les cinq pays communistes existants (Chine, Cuba, Laos, Coré du Nord et Vietnam) et son héritage dans la sphère post-soviétique » jouent dans les relations internationales d’aujourd’hui34 . Le poutinisme est ici visé sans aucune ambiguïté – ce qui va bien au-delà des intentions de Trump.

Suite à la décision du président, d’autres instances ont adopté des déclarations similaires. L’American Legislative Exchange Council (ALEC), association conservatrice des membres des assemblées législatives de différents États, a adopté, sur l’initiative du député républicain de l’Utah Kay J. Christofferson, une déclaration-modèle que les États peuvent utiliser pour introduire la « Journée pour les victimes du communisme » dans leurs calendriers. Le document fait référence au message présidentiel du 7 novembre, à la création du causus parlementaire, aussi bien qu’à la position de la VCMF35 . La Virginie, un État « rouge » (ou républicain), fut le premier à introduire une telle déclaration en mars 201836 . Selon l’ALEC, les États du Kansas, de Caroline du Sud, de Pennsylvanie et du Texas s’interrogent aussi sur l’introduction de déclarations semblables (notons qu’il s’agit aussi d’États « rouges »). La VCMF a bien sûr chaleureusement soutenu la décision de Trump, comme la majorité des think tanks et médias conservateurs.

Pour l’essentiel, la critique de la nouvelle journée nationale provient de la gauche. Blake Montgomery, journaliste du média internet Bazzfeed, a qualifié la discussion autour du message de Trump de « bavardage des nationalistes blancs », ce qui n’a pas manqué de provoquer une vive réaction dans les médias conservateurs37  – Montgomery a dû effacer son tweet et dire qu’il n’avait cherché qu’à souligner le caractère hypocrite du message présidentiel. D’autres médias ont condamné l’initiative de Trump comme une tentative de manipulation électorale. Le site internet libéral Salon a pour sa part accusé le président américain d’antisémitisme implicite : Trump a trouvé de fortes expressions pour condamner les crimes communistes, ce qui doit plaire à son électorat, mais serait bien moins convaincant pour dénoncer les crimes nazis. Dans son discours prononcé à l’occasion de la « Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste », en janvier 2017, il n’a pas mentionné les Juifs comme victimes et a évité d’expliquer les crimes nazis par l’idéologie fasciste (tandis que dans son message du 7 novembre il a présenté l’idéologie communiste comme cause de la terreur communiste). Salon a établi un parallèle entre Trump et les leaders de l’extrême-droite en Europe de l’Est, qui utilisent de même l’anticommunisme comme un dispositif de propagande38 .

Curieusement, la Russie n’a presque pas réagi à la création de la Journée pour les victimes du communisme, quoique le Kremlin proteste en règle générale contre le « dénigrement » du passé soviétique. En 2007, Poutine a par exemple condamné l’ouverture du Mémorial pour les victimes du communisme à Washington comme une action antirusse, indiquant, dans son style habituel, que les Américains avaient commis des crimes non moins graves que les communistes, et que la Russie ne permettrait à personne de lui imposer une culpabilité (thème que l’extrême-gauche américaine reproduit constamment)39 . En 2017, Moscou a préféré ne pas se mêler aux controverses, alors que les médias russes ont fortement mis en cause une nouvelle tentative américaine pour imposer à la Russie un repentir de son passé40 . D’une part, le Kremlin évite de critiquer Donald Trump trop sérieusement, d’autant que l’anticommunisme fait partie de son propre arsenal politique – ce n’est pas par hasard que Poutine n’a porté aucun intérêt à la célébration du centenaire de la Révolution. D’autre part, quelques jours avant que le président américain ne publie son message, Vladimir Poutine avait participé à la cérémonie inaugurale du Mémorial aux victimes des répressions politiques à Moscou, et il ne voulait sans doute pas critiquer Donald Trump pour avoir fait quelque chose d’analogue41 . De manière plus générale, les populistes de droite ont tendance à se comprendre malgré leurs désaccords ; la réaction discrète du Kremlin à la création de la journée américaine pour les victimes du communisme en témoigne une nouvelle fois.

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1

Timothy Snyder, The Road to Unfreedom. Russia, Europe, America, New York, Tim Duggan Books, 2018.

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3

Scott Wilson, « Obama dismisses Russia as “regional power” acting out of weakness », [en ligne], The Washington Post, 25 mars 2014. 

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6

Cité par Anne Dolhein, « La Chine communiste fête les 100 ans de la Révolution d’octobre », [en ligne], Reinformation.tv, 10 octobre 2017.

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9

Benjamin Carlson, « Why China Loves Trump », [en ligne], The Atlantic, March 2018.

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11

Jacob R. Straus et Jared C. Nagel, Commemorative Days, Weeks, and Months: Background and Current Practice. Congressional Research Service Report, March 25, 2016.

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15

Public Law 86-90 of July 17, 1959: Joint resolution providing for the designation of the third week of July as « Captive Nations Week », [en ligne].

 

Voir aussi Justine Faure, « Croisade américaine en 1950. La délivrance des “Nations captives” d’Europe de l’Est », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 73, 2002, p. 5‑13. Même si, à la fin des années 1950 les États-Unis ont commencé à perdre l’intérêt pour l’Europe de l’Est, le concept de « nations captives » restait important, parce qu’il pouvait être appliqué aussi à d’autres pays communistes.

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16

Nanci Adler, Victims of Soviet Terror. The Story of the Memorial Movement, Westport, Praeger Publishers, 1993.

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18

Manu Raju, Zachary Cohen, « A GOP congressman’s lonely quest defending Julian Assange », [en ligne], CNN Politics, 23 mai 2018.

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23

« Statements and Releases. National Day for the Victims of Communism », The White House's Statements and releases, 7 novembre 2017, [en ligne].

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24

Presidential Message on the National Day for the Victims of Communism, The White House's Statements and Releases, 7 novembre 2018, [en ligne].

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25

Justine Faure, « Croisade américaine en 1950. La délivrance des “Nations captives” d’Europe de l’Est », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 73, 2002, p. 24.

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26

Laure Neumayer, « Integrating the Central European Past into a Common Narrative. The Mobilization Around the “Crimes of Communism” in the European Parliament », Journal of Contemporary European Studies, 23/3, 2015, p. 347.

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27

Conseil de l’Europe, Assemblée parlementaire, résolution 1481 (2006) : Nécessité d’une condamnation internationale des crimes des régimes communistes totalitaires, [en ligne]. 

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30

Divided Europe Reunited : Promoting Human Rights and Civil Liberties in the OSCE Region in the 21st Century, [en ligne], Vilnius Declaration of the OSCE Parliamentary Assembly and Resolutions Adopted at the Eighteenth Annual Session, Vilnius, 29 June to 3 July 2009, p. 48.

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31

Voir : Nikolay Koposov, Memory Laws, Memory Wars. The Politics of the Past in Europe and Russia, Cambridge: Cambridge University Press, 2017, chap. 3;

 

Nikolay Koposov, « Lois mémorielles : Histoire et typologie », Le Débat, n° 201, 2018, p. 165-175.

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32

H.Res. 302 (113th) of July 16, 2013, [en ligne], expressing support for designation of August 23 as « Black Ribbon Day » to recognize the victims of Soviet Communist and Nazi regimes.

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34

Joshua Philipp, « Trump Proclaims “World Freedom Day” to Oppose Communism and to Uphold Individual Liberties », [en ligne], The Epoch Times, le 9 novembre 2017.

L’auteur de cet article, publié dans le journal des chinois américains interdit en Chine, souligne le lien étroit qui existe entre la proclamation du 8 novembre et la création de la Journée des victimes du communisme. 

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36

Mimi Nguyen Ly, « Virginia, First State to Join Trump in Remembering Victims of Communism », [en ligne], The Epoch Times, 8 novembre 2018. 

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37

Voir par example : « BuzzFeed Journalist : Recognizing Victims of Communism Is a “White Nationalist Talking Point” », [en ligne], The Washington Free Beacon, le 8 novembre 2017 ;

 

voir aussi : Tweet de Blake Montgomery, du 7 novembre 2017.

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39

Константин Сёмин, « США диктуют условия », Вести недели, le 24 juin 2007.

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40

Voir par exemple le show « Le temps nous le dira » [Время покажет], [en ligne], sur le premier canal de la télévision russe le 8 novembre 2017. 

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41

« Russie : Poutine inaugure un mémorial aux victimes des répressions »,[en ligne], RFI, le 30 octobre 2017. L’ouverture de ce monument, qui peut paraître représenter l’aboutissement triomphal de l’œuvre de la société Mémorial, a été sévèrement critiqué comme un geste purement démagogique de la part de Poutine.

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