Faire l'histoire des migrations
Entretien avec Nancy Green — Directrice d’études — EHESS (CRH)
Claire Zalc — Directrice de recherche — CNRS (CRH)
Les points aveugles de l’histoire de France ont fréquemment été mis en lumière par des historiens ou des historiennes originaires d’ailleurs. Par ses travaux pionniers, Nancy Green, chercheuse d’origine états-unienne, a contribué à renouveler le champ d’étude des migrations en France. Faut-il parler des catégorisations identitaires autres que la classe, telles que l’ethnicité ou la religion ? Comment prendre en compte la perspective des pays de départ, à la suite des travaux novateurs d’Abdelmalek Sayad ? Quel est l’intérêt d’analyser les migrations de manière plus complexe, en incluant ses dimensions transnationales ? Ces réflexions sont abordées dans un entretien mené par Claire Zalc, une historienne de l’immigration qui travaille depuis vingt ans dans le sillage de Nancy Green. L’occasion pour cette dernière de présenter ses travaux sur les migrations des Juifs, des femmes, des élites, mais aussi de revenir sur son expérience familiale et personnelle de l'émigration.
Résumé
Une vie, un parcours de recherche.
Entretien publié le 23-07-2018
Dernière modification le 17-09-2018
Langue originale : French Lire la version English
  • Biographie
  • Bibliographie de Nancy Green
  • Bibliographie de l'entretien

Historienne spécialiste des migrations, directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Nancy Green est née et a fait ses études à Chicago. Venue en France pour ses recherches doctorales, elle a réalisé une thèse sur les immigrés juifs du secteur de la confection, à Paris (quartier du Sentier), à la Belle Époque.

Menant sa carrière en France, non sans allers-retours vers son pays d’origine, elle s’est engagée dans l’écriture d’une histoire comparée entre la France et les États-Unis. Elle a introduit en France, par le biais du séminaire qu’elle dirige à l’EHESS depuis bientôt trente ans, nombre de travaux anglophones.

Envisageant les migrations autrement que comme un trajet unique d'un point A à un point B, ses travaux décentrent le regard historiographique, généralement focalisé sur les pays d’arrivée. Ils ont permis de remettre en cause l’opposition simpliste véhiculée aux États-Unis de la France comme un pays xénophobe et peu accueillant, par comparaison avec les États-Unis prétendus plus accueillants. Nancy Green a également pointé les carences historiographiques en France : à son arrivée, les immigrés n’y étaient que très peu étudiés en sciences sociales. Son travail sur les élites états-uniennes à Paris en comble certainement une. Nancy Green contribue aussi au déploiement d’une perspective féministe dans ce champ d’analyse, les femmes immigrées et des aspects genrés de la législation sur l’immigration.

Ses travaux les plus récents participent, quant à eux, de la réflexion sur les limites du concept de « transnationalisme » qu’elle avait elle-même contribué à diffuser en France.

Limits of Transnationalism, Chicago, University of Chicago Press, à paraître (2019).

(avec Roger Waldinger), A century of Transnationalism : Immigrants and Their Homeland Connections, Urbana, University of Illinois Press, 2016.

Les Américains de Paris : hommes d’affaires, comtesses et jeunes oisifs, 1880-1941, Paris, Belin, 2014.

(avec Marie Poinsot), Histoire de l’immigration et question coloniale en France, Paris, La Documentation Française, 2008.

« La Migration des élites : nouveau concept, anciennes pratiques ? », Cahiers du Centre de Recherches Historiques, n° 41, avril 2008, p. 107-116.

(avec François Weil), Citoyenneté et émigration : les politiques du départ, Paris, Éditions de l'EHESS, 2006.

Repenser les migrations, Paris, PUF, 2002.

« Religion et ethnicité : De la comparaison spatiale et temporelle », Annales Histoire et Sciences Sociales, vol. 57, n° 1, janvier-février 2002, p. 127-144.

Du Sentier à la 7e Avenue : la Confection et les immigrés, Paris-New York 1880-1980, Paris, Le Seuil, 1998.

Et ils peuplèrent l'Amérique, Paris, Gallimard, 1994.

Michel Agier, Aux bords du monde, les réfugiés, Paris, Flammarion, 2002.

Howard Aldrich, Roger Waldinger, Robin Ward, Ethnic Entrepreneurs : Immigrant Business in Industrial Society, Newbury Park, CA, Sage, 1990.

Donna Gabaccia, Katharine M. Donato, Gender and Migration : From the Slavery Era to the Global Age, New York, Russell Sage Foundation, 2015.

Nina Glick Schiller, Linda Basch, Cristina Szanton-Blanc, « Transnationalism : A New Analytic Framework for Understanding Migration », Annals of the New-York Academy of Science, vol. 645, n° 1, juillet 1992.

Paula Hyman, Gender and Assimilation in Modern Jewish History : The Roles and Representation of Women, Washington, University of Washington Press, 1995.

Mirjana Morokvasic, « Birds of Passage are also Women... », The International Migration Review, vol. 18, n°4, 1984, p. 886-907.

Michael Piore, Birds of Passage : Migrant Labor and Industrial Societies, Cambridge, Cambridge University Press, 1979.

Abdelmalek Sayad, La Double absence. Des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré, Paris, Le Seuil, 1999.

Laurent Vidal, Alain Musset (dir.), Les Territoires de l’attente : migrations et mobilités dans les Amériques (XIXe-XXIe siècle), Rennes, PUR, 2015.

Patrick Weil, La France et ses étrangers : l'aventure d'une politique d'immigration,1938-1991, Paris, Calmann-Lévy, 1991.

David H. Weinberg, Les Juifs à Paris de 1933 à 1939, Paris, Calmann-Lévy, 1974.

Claire Zalc, Dénaturalisés. Les retraits de nationalité sous Vichy, Paris, Le Seuil, 2016.