Le racisme anti-asiatique au temps de la pandémie de Covid-19 : vécus, énonciations et luttes
Sociologue, Chargée de recherche

(CNRS - Cermes3)

Introduction

Dans les premiers mois de la pandémie de Covid-19, le virus a été souvent présenté dans les discours politiques et médiatiques comme un virus « chinois ». L’association entre le virus et la Chine a conduit à un processus de racialisation de la maladie (Reny et Barreto 2020) consistant à décrire le virus comme intrinsèquement liée à la population dite « chinoise » (Sun 2021). En réaction à cela, dans différents pays, les personnes perçues comme chinoises ont été vues comme porteuses de la maladie et perçues comme un potentiel danger, parfois même accusées d’être responsables de la pandémie. La racialisation de la maladie s’est accompagnée de l’activation de stigmatisations anciennes ancrées dans l’histoire coloniale et postcoloniale, telles que les représentations de la population chinoise comme « sale », « vicieuse » et éternellement étrangère, mais aussi de formes plus récentes d’altérisation fondées sur un sentiment de menace politique, économique et géopolitique incarné par la Chine (Chan et Strabucchi 2020 ; Li et Nicholson Jr. 2021 ; Gover, Harper et Langton 2020).

Dans ce contexte, en France comme dans un grand nombre d’autres pays, les actes de racisme et de stigmatisation à l’égard des populations chinoises, aussi bien qu’asiatiques de manière plus large, se sont multipliés et sont devenus de plus en plus visibles (Wang et al. 2020 ; Roberto, Johnson et Rauhaus 2020 ; Ma et Zhan 2020). En effet, si la racialisation de la maladie visait particulièrement les personnes réelles ou supposées chinoises, elle touchait plus généralement les personnes originaires d’Asie de l’Est et d’Asie du Sud-Est, généralement perçues comme un groupe racial homogène, parfois même appelés « Chinois », en raison d’un amalgame courant. En réaction à la multiplication et à la visibilisation des actes racistes dans les médias et les réseaux sociaux, les populations d’origine chinoise se sont mobilisées de manière locale et transnationale pour dénoncer le racisme anti-asiatique aussi bien que pour lutter contre lui (Wang et al. à paraître). En même temps, on assiste à un accroissement des soutiens institutionnels et des pouvoirs publics français dans la lutte contre le racisme anti-asiatique. Citons comme exemple la place accordée à ce dernier dans le 30e Rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme intitulé « La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie »1, publié en juillet 2021. Citons aussi la mission d’information de la Conférence des présidents de l’Assemblée nationale sur « l’émergence et évolution des différentes formes de racisme »2 et enfin les partenariats établis entre le Défenseur des droits et certains réseaux chinois/asiatiques dans la recherche académique comme dans les actions associatives3.

En mobilisant les données quantitatives et qualitatives collectées dans le cadre du projet ANR MigraChiCovid4 (cf. l’encadré infra), nous examinons, dans cet article, d’une part le caractère disruptif de la pandémie dans l’expérience du racisme anti-asiatique vécue par les personnes d’origine chinoise en France, d’autre part l’émergence de nouveaux registres et outillages de lutte contre cette forme de racisme. L’article se structure en trois parties. Dans la première, nous analysons les différentes expériences subjectives et les compréhensions différenciées du racisme anti-asiatique au sein de la population d’origine chinoise, et ce notamment à travers des groupes définis par leur statut migratoire, à savoir les descendants, les primo-arrivants non naturalisés et les primo-arrivants naturalisés. Ces différentes compréhensions du racisme anti-asiatique conduisent aux diverses formes de réactions individuelles et collectives déclenchées ou réactivées par la pandémie5. Dans les deuxième et troisième parties, à travers le cas d’une association franco-chinoise et celui d’un procès jugeant des auteurs de Tweets incitant à la haine contre les « Chinois » à la veille du deuxième confinement national, nous montrons l’évolution des formes collectives de réaction aux agressions contre les personnes d’origine asiatique, et le rôle de la pandémie dans l’accélération de cette évolution. Concrètement, dans la deuxième partie, en nous appuyant sur l’étude du discours public de l’Association des Jeunes Chinois de France (AJCF) sur sa page Facebook, nous mettons en exergue l’évolution du discours sur les agressions contre les personnes asiatiques qui s’inscrit davantage, depuis l’apparition de la pandémie, dans le registre du racisme et de la haine, alors qu’avant 2020, le registre sécuritaire dominait. Dans la troisième partie, nous montrons que le procès « Tweets » témoigne d’une part d’une mise en commun des forces entre différents sous-groupes de « Chinois de France » dans la lutte contre le racisme anti-asiatique, notamment à travers l’usage des outils numériques et des réseaux sociaux, d’autre part d’une alliance entre les associations franco-chinoises/asiatiques et les associations antiracistes au-delà des réseaux chinois et asiatique.

© Damien Roudeau

Le Projet ANR MigraChiCovid (2020-2022)

 

Le projet MigraChiCovid vise à étudier les expériences, les vécus et les représentations des personnes d’origine chinoise en France au temps de la pandémie de la Covid-19. Il se structure autour de trois volets de recherche : (1) études des pratiques professionnelles, des rôles de professionnels de santé ainsi que de chercheurs en médecine et en biologie d’origine chinoise en France face au Covid-19 (Volet MEDIC) ; (2) analyses des vécus de discrimination et de racisme anti-asiatique liés au Covid-19 et des luttes contre ces traitements différenciés (Volet DISCRI) ; (3) études de la mutation des rapports au pays d’origine chez des migrants chinois et leurs descendants, et de leurs responsabilités citoyennes transnationales dans les luttes contre le Covid-19 (Volet TRANSNA)6.

Le projet mobilise une méthodologie mixte qui fait dialoguer les approches qualitatives et quantitatives. Les données quantitatives sont issues des 387 réponses complètes à un questionnaire en ligne auto-administré disponible en langues française et chinoise. Les matériaux qualitatifs contiennent des veilles médiatiques, des observations participantes menées en ligne et hors ligne, et 73 entretiens semi-directifs conduits en français et en chinois. Les personnes ayant participé à l’enquête sont toutes d’origine chinoise vivant en France. Ayant entre dix-huit et quatre-vingt trois ans, elles ont des profils migratoires divers (primo-arrivants ou descendants) et appartiennent à des catégories socio-professionnelles variées.

L’expérience différenciée du racisme anti-asiatique : selon le statut migratoire et l’âge

Comme le montre le Tableau 1, globalement 30% des répondants au questionnaire en ligne déclare avoir été victime de racisme ou discrimination raciale depuis Janvier 2020. Nous constatons que cette proportion est plus élevée parmi les descendants (37%) que parmi les primo-arrivants naturalisés français (29%) et les primo-arrivants non naturalisés (25%).

Tableau 1 Déclaration d’avoir été victime de comportements racistes ou de discriminations depuis janvier 2020.

Tableau 1. Déclaration d’avoir été victime de comportements racistes ou de discriminations depuis janvier 2020

Par ailleurs, 60% des répondants estiment qu’en France les actes de racisme anti-asiatique ont augmenté depuis mars 2020. Encore une fois, comme le montre le tableau 2 cette proportion est considérablement plus grande chez les descendants (81%) que chez les primo-arrivants naturalisés (54%) et les primo-arrivants non naturalisés (48%).

Tableau 2 Perception de l’évolution des comportements racistes ou discriminatoires envers les personnes d’origine asiatique depuis mars 2020

Tableau 2. Perception de l’évolution des comportements racistes ou discriminatoires envers les personnes d’origine asiatique depuis mars 2020

En contrôlant par sexe et âge, les primo-arrivants non naturalisés ont 4,39 et 4,54 fois plus de probabilités que les descendants de déclarer que 1) les actes de racisme anti-asiatique sont restés inchangés qu’avant la pandémie et 2) qu’ils ne savent pas s’ils ont augmenté. Chez les primo-arrivants naturalisés, en comparant leurs réponses à celles des descendants, ces probabilités sont respectivement 4,37 et 3,28. Les descendants semblent ainsi être plus enclins à rapporter leurs vécus des agressions et traitements différenciés et à catégoriser ces derniers comme « actes racistes ». À contrario, chez les primo-arrivants il semblerait y avoir une incertitude dans la catégorisation de ces vécus comme relevant du racisme.

Ces différences peuvent être expliquées par les différents processus de socialisation raciale des descendants et des primo-arrivants. Nés en France, les descendants semblent être plus familiarisés avec le phénomène contemporain du racisme et les formes de réaction possibles, ayant pu en faire l’expérience directe depuis leur jeunesse. Alors que les primo-arrivants, de par leur socialisation en Chine, sont moins (voire pas du tout) familiarisés avec les concepts et théories du racisme avant leur arrivée en France, et que, dans leur pays d’origine, ils n’ont jamais (ou très peu) été exposés au racisme anti-asiatique. Face à l’exacerbation de ce racisme en France au temps de la pandémie, les primo-arrivants sont donc moins enclins à le reconnaître ou à le nommer comme tel.

Outre les différentes socialisations, nous faisons l’hypothèse que ces tendances peuvent être liées à des niveaux distincts d’exposition aux potentielles agressions racistes. Les descendants, comparés aux primo-arrivants, peuvent être objectivement plus exposés aux agressions racistes en raison de leur ancrage dans la société française et de leurs interactions avec des personnes d’origines diverses. Alors que les primo-arrivants recourent davantage à une sociabilité intra-ethnique. De plus, par leur maîtrise plus ou moins avancée de la langue française, les primo-arrivants peuvent ne pas reconnaître les agressions comme telles.

En plus de ces différences entre les générations migratoires, nous constatons que les personnes les plus jeunes ont une plus grande tendance à déclarer avoir été victimes du racisme anti-asiatique. Le Tableau 3 montre l’effet de l’âge sur la tendance à déclarer avoir été victime d’acte de racisme : pour tous les groupes de statut migratoire et de sexe, plus l’âge augmente plus la tendance à déclarer avoir été victime d’agressions racistes diminue. Cet effet est particulièrement frappant parmi les primo-arrivants non naturalisés. Nous pouvons faire l’hypothèse qu’au sein de ce groupe, l’effet de l’âge sur la tendance à déclarer avoir subi des agressions racistes, est liée, entre autres, à l’évolution des flux migratoires depuis la Chine vers la France – marquée par une immigration de plus en plus qualifiée depuis ces deux dernières décennies (Wang 2017 ; 2020) – et aux différentes socialisations en contexte migratoire. En effet, les primo-arrivants jeunes, ayant immigré récemment en France, comparés à aux primo-arrivants plus âgés venus avant les années 2000, ont plus souvent le profil des diplômés, ils ont une relativement bonne maîtrise de la langue française, ont effectué des études supérieures en France ou intégré le marché du travail en France. Alors que les primo-arrivants plus âgés sont, de façon générale, moins diplômés, ont une moindre maîtrise de la langue française et vivent davantage dans les réseaux ethniques. Ces différenciations générationnelles en matière des conditions de vie peuvent correspondre aux différences objectives en termes d’exposition aux agressions racistes ainsi que dans la manière de les penser et les verbaliser. En conséquence, plus fort est l’ancrage dans la société française, plus semble être forte la tendance à déclarer avoir subi des agressions et à les désigner comme étant racistes.

Tableau 3 Tendance à déclarer avoir été victime d’actes racistes en fonction de l’âge, par groupe de statut migratoire et de sexe

Tableau 3. Tendance à déclarer avoir été victime d’actes racistes en fonction de l’âge, par groupe de statut migratoire et de sexe

 

Les trois nuages de points représentent l’indicateur « Tendance à déclarer avoir subi des agressions racistes » sur l’axe Y, projeté sur l’âge des répondants sur l’axe X pour les trois groupes de statut migratoire. Les points rouges représentent les répondants femmes et les points bleus représentent les répondants hommes. L’indicateur « Tendance à déclarer avoir subi des agressions racistes » va de 0 à 5 : 0 indique une tendance nulle à déclarer avoir subi des agressions racistes et 5 indique une très forte tendance à déclarer avoir subi des agressions racistes. Les lignes superposées représentent les droites de régressions estimées avec un modèle linéaire mixte de l’effet de l’âge sur la « Tendance à déclarer avoir subi des agressions racistes » pour chaque groupe de statut migratoire et sexe (droites rouges pour les femmes et bleues pour les hommes).

Les données statistiques montrent que plus l’ancrage d’un individu dans la société française est fort, plus il montre une familiarité avec le phénomène du racisme, et plus il est apte à l’énoncer comme tel. Ces tendances révèlent différentes formes d’appréhension et d’énonciation du racisme anti-asiatique et se vérifient également dans les récits des enquêtés. À partir des données qualitatives, nous avons constaté une première attitude de déni du racisme anti-asiatique, plus commune chez les primo-arrivants. Cette attitude consiste à déclarer ne jamais avoir subi de racisme et à adopter une stratégie de mise à distance par rapport aux autres groupes ethniques, ou d’autres personnes d’origine chinoise plus précaires et marginalisées, qui seraient, selon ces enquêtés, davantage ciblés par le racisme. Une seconde forme de déni du racisme anti-asiatique en temps pandémique consiste à le normaliser et à le justifier comme une réaction de la population française à la responsabilité des autorités chinoises dans la gestion de la crise sanitaire (Wang et al. à paraître).

D’autres enquêtés énoncent et dénoncent le racisme anti-asiatique en temps pandémique. La multiplication et la visibilisation des agressions racistes a poussé un grand nombre de primo-arrivants et de descendants à se mobiliser contre le racisme anti-asiatique. Pour un grand nombre de jeunes primo-arrivants, la pandémie dévoile un racisme inconnu auparavant et dont ils ne se pensaient pas la cible. Les descendants semblent en revanche être beaucoup plus familiarisés avec le racisme anti-asiatique et être conscients de l’existence de ce racisme avant la pandémie : cependant, pour beaucoup d’entre eux, la pandémie a été un catalyseur qui a rendu ce racisme plus visible et a favorisé une prise de conscience majeure. En somme, pour les jeunes primo-arrivants et certains descendants, la pandémie a permis une mobilisation inédite contre le racisme anti-asiatique ; pour d’autres descendants déjà engagés dans des activités militantes, la pandémie pousse à situer ces agressions dans le domaine du racisme et des discriminations et à inclure les luttes contre le racisme anti-asiatique dans les luttes antiracistes plus globales concernant d’autres minorités en France (Wang et al. 2020 ; à paraître).

L’évolution des réactions face aux agressions envers les personnes d’origine chinoise :

de la demande de sécurité à la dénonciation du racisme anti-asiatique

La pandémie de Covid-19 a certes rendu plus visibles les agressions faites aux personnes d’origine asiatique en France. Cependant ces agressions existaient bien avant la pandémie. Dès 2010, des personnes d’origine chinoise se sont mobilisées pour y réagir collectivement. Nous constatons que les revendications et les formes de mobilisation ont fortement évolué et que la pandémie a joué un rôle d’accélérateur dans cette transformation. Pour rendre compte de cette évolution, nous avons étudié les façons dont l’AJCF a abordé sur sa page Facebook (une des principales vitrines communicationnelles de l’association) ces agressions depuis 2010, année d’ouverture de la page et de la première manifestation de personnes d’origine chinoise à Belleville, et ce, jusqu’au mois de Juillet 2021.

Les tableaux suivants (4, 5 et 6) montrent des arbres de mots indiquant les mots les plus utilisés dans les posts publiés sur la page Facebook de l’AJCF et leur corrélation dans trois fenêtres temporelles allant de 2010 à décembre 2014 la première, de janvier 2015 à décembre 2019 la deuxième, et de janvier 2020 à juillet 2021 la troisième.

Tableau 4 Première fenêtre temporelle : Décembre 2010 - Décembre 2014

Tableau 4. Première fenêtre temporelle : Décembre 2010 - Décembre 2014

 

Afin de bien comprendre les tableaux il est nécessaire de préciser deux points : 1) plus le terme est clair, plus il est récurrent ; et 2) plus le trait reliant deux termes est foncé, plus la corrélation entre les termes est forte. La mesure de la corrélation va de 0 à 1 : 0 signifie aucune corrélation entre deux termes et 1 signifie une corrélation totale. A chaque récurrence du premier terme correspond la récurrence du deuxième.

Tableau 5 Deuxième fenêtre temporelle : Janvier 2015 - Décembre 2010

Tableau 5. Deuxième fenêtre temporelle : Janvier 2015 - Décembre 2010

 

Tableau 6 Troisième fenêtre temporelle : Janvier 2020 - Juillet 2021

Tableau 6. Troisième fenêtre temporelle : Janvier 2020 - Juillet 2021

 

Nous constatons que c’est à partir de la fenêtre temporelle 2015-2019 que les agressions à l’égard des personnes chinoises en France deviennent un objet de discussions à proprement parler sur la page Facebook de l’AJCF. Nous notons un grand arbre de mots qui regroupe les posts traitant des agressions subies par des personnes d’origine chinoise à Paris et notamment l’agression ayant conduit à la mort de Zhang Chaolin à Aubervilliers. Nous constatons également que le terme le plus utilisé au sein de cet arbre est, après le terme « tous », « sécurité » accompagné par le hashtag #sécuritépourtous. Les agressions à l’égard des personnes chinoises sont décrites strictement dans le registre sécuritaire. Plus précisément la sécurité est associée à des formes spécifiques d’agressions, relevant notamment de la criminalité de rue et corrélées à des termes comme « délinquance », « crapuleux », « braqueurs », « dépouiller », « gang ». Les réactions à ces agressions se concrétisent dans des appels à des « manifestations ».

À partir de janvier 2020, nous voyons apparaître un arbre de mots regroupant les posts traitant des agressions faites aux personnes chinoises en lien avec la pandémie de Covid-19. Nous constatons que le terme le plus utilisé au sein de cet arbre est « racisme » accompagné par l’adjectif « raciste » et les hashtags #stopracisme et #racismeantiasiatique. Le terme « sécurité » devient secondaire par rapport à la fenêtre temporelle précédente. Nous constatons aussi l’usage de termes telles que « haine » et « discrimination ». Ainsi, les agressions à l’égard des personnes chinoises sont décrites à travers les registres du racisme, de la haine et de la discrimination (plus qu’à travers celui de la sécurité) et ces registres sont corrélés entre eux. Nous constatons aussi que, contrairement à la fenêtre temporelle 2015-2019 où les agressions étaient décrites en lien avec la criminalité de rue, à partir de 2020 elles sont décrites en lien avec le racisme et la haine. De plus, outre les appels à des « manifestations » déjà observés durant la période 2015-2019, à partir de 2020 l’AJCF appelle les victimes à témoigner, à mobiliser l’outil juridique, à signaler les agressions et à porter plainte. Parmi les outils de réaction, en lien avec les termes « plaintes » et « procès », l’adresse internet « internet-signalement.gouv.fr » est citée de façon récurrente. L’AJCF encourage des signalements et des plaintes en raison non seulement d’agressions physiques mais également de micro-agressions et d’agressions dans l’espace digital et dans les réseaux sociaux. En effet, le site gouvernemental « internet-signalement.gouv.fr » consiste en un portail officiel de signalement des contenus illicites de l’Internet.

Ainsi le cas de l’AJCF nous renseigne sur l’évolution de la manière dont les agressions faites aux personnes d’origine chinoise ont été énoncées et dénoncées au fil du temps. En effet, si entre 2015 et 2019 ces agressions ont été énoncées dans le registre sécuritaire, à partir de 2020 elles ont été énoncées davantage dans les registres du racisme, de la haine et des discriminations. Quatre autres points saillants méritent d’être soulignés : premièrement, à partir de 2020, les agressions faites aux personnes d’origine asiatique – réelles ou supposées – ont été beaucoup plus clairement et plus souvent désignées comme « racistes », « haineuses » et « discriminantes ». Deuxièmement, à partir de 2020 ces agressions sont fortement liées à la pandémie de Covid-19 et au processus de racialisation de la maladie. En ce sens, la pandémie de Covid-19 semble être un moment catalyseur qui accélère la prise de conscience de l’existence du racisme anti-asiatique et qui oriente vers une catégorisation des agressions comme étant racistes et haineuses. Troisièmement nous constatons une évolution des formes de réaction aux agressions recommandées par l’AJCF : aux appels à manifester s’ajoutent à partir de 2020 les appels aux témoignages, signalements et dépôts de plainte. Cela indique que les personnes d’origine chinoise s’approprient des outils juridiques lorsqu’elles réagissent au racisme anti-asiatique. Enfin, si entre 2015-2019 les agressions physiques étaient les plus dénoncées, à partir de 2020, l’AJCF dénonce aussi les micro-agressions (insultes etc.) et les agressions dans l’espace digital. Cela indique une extension du domaine dans lequel les agressions sont pensées.

Tableaux 7, 8, 9. Les 25 mots les plus récurrents dans les publications de l’AJCF dans sa page Facebook pour les trois fenêtres temporelles

Tableau 7 Première fenêtre temporelle : Décembre 2010 - Décembre 2014

Tableau 7. Première fenêtre temporelle : Décembre 2010 - Décembre 2014

 

Tableau 8 Deuxième fenêtre temporelle : Janvier 2015 - Décembre 2019

Tableau 8. Deuxième fenêtre temporelle : Janvier 2015 - Décembre 2019

 

Tableau 9 Troisième fenêtre temporelle : Janvier 2020 - Juillet 2021

Tableau 9. Troisième fenêtre temporelle : Janvier 2020 - Juillet 2021

Appropriation des outils juridiques, alliance des sous-groupes de « Chinois de France » et synergie avec des associations antiracistes universalistes :

le procès des cinq prévenus incitant à la haine sur Twitter

Ces changements profonds, au sein de la population chinoise en France, dans la manière de penser, d’énoncer et de dénoncer le racisme anti-asiatique qu’illustre le cas de l’AJCF convergent avec d’autres observations sur notre terrain et notamment avec une ethnographie menée en ligne et hors ligne autour du procès des cinq prévenus incitant à la haine contre « les Chinois » sur Twitter.

Fin octobre 2020, à la veille du deuxième confinement national et peu après l’annonce de ce dernier par le Président Emmanuel Macron, ont été publiés plusieurs Tweets appelant à la haine contre « les Chinois ». Plusieurs personnes d’origine chinoise – et plus largement asiatique – y compris certains acteurs associatifs franco-chinois et asiatiques, ont vite réagi, en condamnant ces discours de haine dans les réseaux sociaux et en portant plainte auprès de la justice. Le 24 mars 2021, les cinq auteurs de ces Tweets – tous hommes, étudiants, entre 19 et 25 ans – ont été jugés devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

WeChat comme outil de mobilisation : travail en synergie entre différents sous-groupes de « Chinois de France »

Avant la tenue du procès, des militants chinois ont demandé et obtenu l’autorisation d’une manifestation le jour dit devant le tribunal. Pour « mieux préparer cette manifestation », un groupe WeChat a été créé le 22 mars 2021 et a rapidement rassemblé une trentaine de personnes de différentes générations migratoires et de professions variées, toutes d’origine chinoise et impliquées dans l’organisation de la manifestation et dans la participation au procès. Il s’agissait principalement de primo-arrivants mais aussi de quelques descendants de migrants chinois. Parmi eux se trouvaient des journalistes travaillant pour les médias chinois basés en France (欧洲时报 Oushinet, 法国侨报 Le Pont, 华人街报 Huarenjie, 环球时报Global Times, etc.)7, des responsables d’associations chinoises diverses (associations de commerçants, de la Légion étrangère, de descendants, etc.), des avocats, des réalisateurs et cinéastes, et moi-même, invitée en tant que chercheure observatrice.

© Damien Roudeau

Dans la soirée du 22 mars, une réunion Zoom a été organisée pour coordonner la manifestation qui précède le procès : fabrication de panneaux, création de slogans, discussion sur qui entrerait dans la salle du procès, communication de l’événement en amont, médiatisation et reportage de l’événement en aval. Après la réunion, le groupe WeChat est resté le lieu des discussions collectives. Le jour même, ce groupe a servi d’outil d’information : les membres s’envoyaient des nouvelles de ce qui se passait sur le lieu de la manifestation, situé à 100 mètres de l’entrée du tribunal à Paris, et dans la salle du procès. En soirée du 24 mars, les membres ont commencé à partager des productions médiatiques de l’événement – en chinois, français et anglais – : certains ayant été interviewés par des journalistes généralistes venus au procès, d’autres étant eux-mêmes journalistes travaillant pour des médias ethniques chinois.

Les discussions au sein du groupe sur qui entrerait dans la salle du procès sont révélatrices d’une logique de fédération des forces entre différents sous-groupes de la population chinoise en France. Par exemple, les primo-arrivants, notamment ceux qui n’ont pas obtenu de diplôme en France, conscients de leur niveau de français insuffisant en cas d’échanges avec les médias français, suggèrent que les descendants de migrants – notamment les représentants de l’AJCF – prennent les relais et figurent comme « porte-paroles » le jour J. En outre, une avocate, primo-arrivante, ayant l’habitude de fréquenter le tribunal à Paris pour son travail, est devenue la personne ressource pour indiquer au groupe, en amont du procès, la disposition d’une salle, la procédure standard d’un procès, le nombre de personnes attendues à l’audience, etc. Le jour J, dès la matinée, en raison du nombre de places limité (n = 45), l’avocate a suggéré de sélectionner environ dix personnes du groupe comme auditeurs libres. Parmi les dix personnes pressenties, on comptait trois avocats, quatre journalistes, trois représentants associatifs (dont une primo-arrivante et deux descendants). Le jour du procès, une dizaine d’anciens légionnaires étrangers d’origine chinoise est également venue, d’abord à la manifestation, puis six sont entrés dans la salle du procès, en fonction de la disponibilité des places. Occupant tout un dernier rang au fond de la salle, la présence de ces légionnaires au procès a eu un effet symbolique, comme l’évoque dans son discours l’avocat de Ziad B., un des cinq prévenus, étudiante à l’IEP Menton :

« Je remercie (...), surtout pour la qualité de leur intervention, notamment de celle de l’Association des Jeunes Chinois de France, qui est tout à fait légitime. C’est vrai que c’est une communauté exemplaire ! On n’a pas l’habitude, comme on n’a pas l’habitude de voir les légionnaires étrangers dans l’audience. »8

Ce groupe WeChat, ainsi que les actions menées autour de ce procès, sont un exemple de la convergence de différents sous-groupes de la population chinoise en France dans leur revendication de justice et la lutte contre le racisme anti-asiatique catalysé par la pandémie du Covid-19. En outre, ce groupe WeChat témoigne d’une forme commune de résistance collective entre « Chinois de France », en partie grâce à l’outil numérique.

Vers une lutte antiraciste aux côtés des autres minorités ethno-raciales

Au procès, se sont portés comme parties civiles des personnes et des acteurs associatifs d’origine chinoise, mais également des associations antiracistes universalistes, telles que la Ligue des droits de l’homme, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), SOS Racisme, etc.

En effet, depuis plusieurs années, il existe un travail de relai et de soutien entre certaines associations franco-chinoises, notamment l’AJCF et le Comité Sécurité pour tous, et les associations spécialisées dans la lutte contre le racisme. Par exemple, selon le vice-président de l’AJCF, Daniel Tran :

« l’association a commencé à travailler avec SOS Racisme, c’était pour l’affaire du Point en 20129. (...) plus récemment SOS Racisme et l’AJCF ont mis en place des tests de discrimination à l’entrée de différents établissements, en incluant un groupe ‘asiatique’. (...) On va sûrement mener des opérations de testing à l’avenir avec SOS Racisme, et peut-être même en faire nous-même parce que maintenant on sait comment les faire. Donc il y a eu ce transfert de technologie, de pratiques, qui s’est fait entre SOS et nous. » (Extrait d’entretien réalisé en Octobre 2020).

Outre les « transferts de savoirs et de pratiques de lutte antiraciste » entre associations chinoises/asiatiques et universalistes, le procès emblématique ayant jugé les trois voleurs qui ciblaient des personnes d’origine asiatique dans le Val-de-Marne (en mai 202010) a également conduit les associations chinoises et asiatiques à recourir à des outils juridiques. En effet, le caractère raciste des vols à l’arraché a été retenu par le tribunal de Créteil. Lors de ce procès, les associations chinoises et collectifs asiatiques étaient déjà en contact étroit avec les associations antiracistes, qui se sont portées parties civiles. Comme le confirme l’ancienne présidente de l’AJCF, Laetitia Chhiv :

« plusieurs grandes associations ont participé au procès qui a vu la condamnation de trois prévenus au tribunal de Créteil, en mai 2020 : SOS bien sûr, mais aussi la Licra, le MRAP et également l’Association Vigilances, qui se sont portées parties civiles. » (Extrait d’entretien réalisé en Octobre 2020).

Face à l’incitation à la haine contre « les Chinois » sur Twitter en contexte pandémique, les associations antiracistes sont autant averties que les associations chinoises et asiatiques. Des communications entre différentes associations ont lieu rapidement, efficacement, et d’une certaine façon « rodée », suite aux précédentes expériences de travail en commun autour du procès à Créteil. Par ailleurs, plusieurs porte-paroles des parties civiles et avocats du procès « Tweets », ayant assisté au procès emblématique du département Val-de-Marne, ont fait référence à ce dernier dans leur discours devant le tribunal.

Il convient également de souligner qu’en plus de l’AJCF et du comité Sécurité pour tous, d’autres initiatives et collectifs ayant pour objectif la lutte contre le racisme anti-asiatique se multiplient en France, notamment sur la toile, depuis la pandémie de Covid-19. Citons entre autres Sororasie, Stopasiaphobie, Studiojaune, etc. qui ont créé des comptes sur Instagram, et d’autres réseaux sociaux. Selon Daniel Tran,

« ces collectifs ont très rapidement grossi et atteint des milliers voire des dizaines de milliers d’abonnés. Ils ont deux rôles en fait, d’abord recueillir des témoignages, que ce soit lié au Covid ou au racisme anti-asiatique au global. Et puis le deuxième rôle, c’est de... promouvoir des informations pour déconstruire tous les clichés à travers des... des théories, surtout des théories importées des États-Unis, qui sont un peu plus en avance sur la déconstruction du racisme. » (Extrait d’entretien réalisé en Octobre 2020).

Nous voyons ainsi deux sortes de transferts de savoirs et de pratiques dans la lutte contre le racisme anti-asiatique : d’abord à l’échelle nationale en France, des associations antiracistes vers les associations et collectifs chinois et asiatiques ; ensuite à l’échelle transnationale, du monde anglo-saxon notamment des Etats-Unis vers la France. Pour revenir sur cette seconde sorte de transferts transnationaux de savoirs et de pratiques antiracistes, plus précisément dans la lutte contre le racisme anti-asiatique, il convient de rappeler, entre autres, l’usage fréquent dans les réseaux sociaux français des hashtags anglo-saxons initialement créés pour les luttes contre le racisme anti-asiatique aux États-Unis. Citons par exemple #JeNeSuisPasUnVirus, traduit de #IAMNOTAVIRUS ; #StopAsianHate qui joint le mouvement portant le même nom et initié en Amérique du Nord.

Les conséquences psychiques de la haine contre les Asiatiques

Si, précédemment, les revendications des personnes d’origine chinoise s’inscrivaient davantage dans un registre « sécuritaire » et se focalisaient plutôt sur des « agressions physiques » (voir l’analyse supra), depuis la pandémie de Covid-19, les conséquences psychiques du racisme anti-asiatique sont beaucoup plus mises en avant dans les récits des victimes. Comme le témoigne l’ancienne présidente de l’AJCF, Laetitia Chhiv, au cours du procès :

« Ça fait presque deux ans que je suis présidente de l’AJCF, je dois dire que mon mandat est marqué par un certain dépit. Malgré les combats menés (contre le racisme anti-asiatique), le racisme anti-asiatique reste banalisé, voire nié par certains et depuis un an, nous sommes face à une recrudescence de ce racisme. (...) Depuis un an, on a reçu des témoignages sur les réseaux sociaux, venant de personnes qui partagent avec nous leur crainte, leur peur, leur inquiétude, et qui ont peur de sortir de chez eux. C’est dur pour tout le monde, mais certaines personnes d’origine asiatique en souffrent peut-être plus que d’autres. (...) Je souhaiterais interpeller les personnes dans cette salle : imaginez-vous deux secondes, est-ce qu’il va m’arriver quelque chose si je sors de chez moi ? C’est mon cas personnellement, c’est le cas de toutes les personnes qui témoignent auprès de l’association. C’est effectivement la crainte que j’ai pour moi-même, pour mes proches, pour toutes les personnes d’origine asiatique. (...) Des dizaines d’exemples venant desEtats-Unis, des exemples d’agressions, de personnes mortes lors de ces agressions, de fusillades toutes récentes à Atlanta, nous montrent que ce n’est pas une crainte illégitime. » (Note personnelle de l’auteure).

Même si le thème reste peu étudié en France (Boni et Mendelsohn 2021), de nombreuses recherches scientifiques aux Etats-Unis ont démontré une corrélation entre la victimisation racialisée et les mauvais états en santé mentale (Gee et al. 2007). Cette corrélation est d’autant plus importante depuis la pandémie de Covid-19 : toute minorité ethnique confondue, il y a une augmentation totale de 22% du nombre de personnes ayant recours au dépistage de l’anxiété de Mental Health America et parmi elles, on compte 39% d’augmentation chez les personnes d’origine asiatique (Campbell et Ellerbeck 2020). De futures études sont nécessaires pour explorer ce phénomène, qui semblerait émerger également en France.

Conclusion

La pandémie de Covid-19 a eu un impact important dans l’expérience du racisme anti-asiatique au sein de la population chinoise en France ainsi que sur les formes de réaction. Cependant ces impacts varient à travers les différents groupes définis par leur statut migratoire. Si une grande majorité d’enquêtés déclarent que le racisme anti-asiatique a très fortement augmenté pendant la pandémie, nous constatons que cette proportion est décidément plus grande chez les descendants. Par ailleurs, ces derniers et les personnes les plus jeunes ont une plus grande tendance à déclarer avoir été victimes de racisme. Nés en France et étant plus familiarisés avec le racisme anti-asiatique, les descendants sont beaucoup plus enclins à décrire les agressions subies dans le cadre du racisme. Pour eux, la pandémie constitue un catalyseur qui rend ce racisme anti-asiatique préexistant plus visible et plus fréquent. En parallèle, beaucoup de primo-arrivants découvrent le racisme anti-asiatique et en prennent conscience avec la pandémie de Covid-19. Ces tendances révèlent différentes manières d’appréhender et de dire le racisme anti-asiatique liées aux différents processus de socialisation raciale et politique et aux différents ancrages dans la société française.

Ces évolutions dans la manière de penser et d’exprimer le racisme se concrétisent aussi dans les formes de réactions mises en place pour le combattre. En effet, comme le montre le cas de l’AJCF, à partir de la pandémie de la Covid-19, les agressions subies sont de plus en plus pensées dans les registres du racisme et de la haine, alors qu’avant la pandémie, elles s’inscrivaient davantage dans un registre sécuritaire. En outre, le spectre des agressions ne se limite plus aux attaques physiques mais inclut également des formes d’insultes, de micro-agressions ou d’agressions digitales. Enfin, les actions menées ne se limitent plus à des manifestations dans l’espace public pour dénoncer l’insécurité mais s’approprient, comme le montre le cas du procès « tweets », des appels à témoignage, des recours aux outils juridiques.

Le procès « Tweets », en plein milieu de la pandémie de Covid-19, nous renseigne à son tour sur les nouvelles tendances des luttes contre le racisme anti-asiatique en France : d’abord les actions menées en commun entre différents sous-groupes de la population chinoise en France ; ensuite, l’alliance de plus en plus affirmée entre les réseaux chinois/asiatiques et les associations antiracistes universalistes ; troisièmement, les influences anglo-saxonnes et les circulations transnationales depuis l’Amérique du nord vers la France de savoirs et de pratiques dans la lutte contre le racisme anti-asiatique. À l’avenir, comme pistes d’approfondissement, il serait intéressant d’étudier, à partir du terrain français, le rôle de l’outil numérique dans la communication, la fédération et les actions de lutte contre le racisme anti-asiatique, ainsi que les conséquences psychiques de cette forme particulière du racisme.

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Voir l’exemple du Projet REACTAsie : en ligne

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Nous tenons à souligner que nos mesures portent sur le ressenti subjectif du racisme par nos enquêtés et sur la tendance à déclarer avoir été victimes d’actes racistes. Nous ne connaissons aucune étude portant sur des mesures directes du racisme anti-asiatique objectif et susceptibles d’examiner de manière précise l’évolution du racisme anti-asiatique pendant la pandémie. Cependant, des études ont pris en considération des mesures indirectes du racisme telles que le nombre de plaintes et un grand nombre d’études porte, comme la nôtre, sur l’expérience subjective du racisme.

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Voir les trois teasers correspondant à ces trois volets de recherche du projet :

Teaser volet MEDIC : en ligne. Teaser volet DISCRI : en ligne.  Teaser volet TRANSNA : en ligne.

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Certains de ces médias chinois sont créés par les Chinois d’outre-mer et d’autres sont sous l'égide du gouvernement chinois.

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Note personnelle de l’auteure : Comme l’enregistrement n’est pas autorisé au procès, les discours sont issus des notes de la chercheure et n’ont pas pour vocation d’être une retranscription mot-à-mot des locuteurs au procès. Idem ci-après.

Boni Livio et Mendelsohn Sophie, La Vie psychique du racisme. 1. L’empire du démenti, Paris, La Découverte, 2021.

Campbell Alexia et Ellerbeck Alex, « Federal agencies are doing little about the rise in anti-Asian hate crime », San Francisco Chronicle, 16 Avril 2020 [en ligne].

Chan Carol et Strabucchi Montt Maria, « Many-faced orientalism: racism and xenophobia in a time of the novel coronavirus in Chile », Asian Ethnicity, 2020, DOI :10.1080/14631369.2020.1795618.

Gee Gilbert, Spencer Michael, Chen Juan, Yip Tiffany et Takeuchi David., « The association between self-reported racial discrimination and 12-month DSM-IV mental disorders among Asian Americans nationwide », Social Science & Medicine, vol. 64, n° 10, 2007, p. 1984-1996.

Gover Angela, Harper Shannon et Langton Lynn, « Anti-Asian Hate Crime During the COVID-19 Pandemic: Exploring the Reproduction of Inequality », Am J Crim Justice, vol. 45,  7 juillet 2020, p. 647–667. DOI :10.1007/s12103-020-09545-1.

Li Yao et Nicholson Harvey, « When “model minorities” become “yellow peril” – Othering and the racialization of Asian Americans in the COVID‐19 pandemic », Sociology Compass, vol. 15, n° 2, 2021. DOI : 10.1111/soc4.12849.

Ma Yingyi et Zhan Ning, « To mask or not to mask amid the COVID-19 pandemic: how Chinese students in America experience and cope with stigma », Chinese Sociological Review, 2020. DOI: 10.1080/21620555.2020.1833712.

Reny Tyler et Barreto Matt, « Xenophobia in the time of pandemic: othering, anti-Asian attitudes, and COVID-19 », Politics, Groups, and Identities, 2020. DOI : 10.1080/21565503.2020.1769693.

Roberto Katherine, Johnson Andrew et Rauhaus Beth, « Stigmatization and prejudice during the COVID-19 pandemic », Administrative Theory & Praxis, vol. 42, n° 3, 2020, p. 364-378. DOI :10.1080/10841806.2020.1782128.

Sun Waning, « The virus of fear and anxiety: China, COVID-19, and the Australian media », Global Media and China, vol. 6, n° 1, 2021, p. 24-39. DOI : 10.1177/2059436421988977.

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Wang Simeng, Chen Xiabing, Li Yong, Luu Chloé, Yan Ran et Madrisotti Francesco, « ‘I’m more afraid of racism than of the virus!’: racism awareness and resistance among Chinese migrants and their descendants in France during the Covid-19 pandemic », European Societies, vol. 23, n° 1, 2020, p. S721-S742, DOI : 10.1080/14616696.2020.1836384.

Wang Simeng, Madrisotti Francesco, Li Yong, Luu Chloé et Yan Ran, « Déni et (d)énonciation du racisme anti-asiatique au temps de la pandémie de Covid-19 : le cas de la population chinoise en France », Émulations, Accepté et à paraître en 2022.