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Les « étranges défaites » dans l’histoire

« Je t’écris par ces temps affreux », ainsi commençait, le 1er août 2025, le message de Carlo Ginzburg m’invitant à participer au colloque qui nous réunit. « Lire Marc Bloch aujourd’hui » était le titre qu’il pensait donner à cette séance. En écho à ses premiers mots, je lui répondis que, peut-être, les temps n’étaient plus bien loin d’une nouvelle « étrange défaite » : la nôtre. Ne sommes-nous pas, à notre façon, des vaincus, alors qu’achève de se défaire et de disparaître le monde d’après 1945 ? Tel est, non le thème, mais l’horizon de la réflexion de quelqu’un qui n’est pas un spécialiste de l’œuvre de Marc Bloch. En ces « sombres temps », de quelle « Etrange défaite » et de quelle « Apologie pour l’histoire » aurions-nous besoin ? Comment les écrire et qui pour le faire ?

« On dit les défaites plus fécondes que les victoires. » Cette phrase, Marc Bloch aurait pu la faire figurer en exergue à L’Étrange défaite, bien sûr, mais aussi à l’Apologie pour l’histoire. Or on la trouve dans une lettre adressée à Lucien Febvre, à la date du 2 mars 1943. Détachée de son contexte immédiat, on pourrait y voir un énoncé d’ordre général au bénéfice des vaincus et au bénéfice du doute (on dit…). Mais il n’en est rien, car elle a pour visée un sujet précis, ce que Bloch appelle « le besoin d’une révolution universitaire1 ». Ayant rejoint depuis peu le mouvement Franc-Tireur, il est, en effet, en train de travailler sur la question de l’enseignement. Mais, dans sa lettre à Febvre, il n’y a nulle allusion à son Témoignage (qui ne s’appelle pas encore L’Étrange défaite), rédigé à chaud et en quelques mois entre juillet et septembre 1940, pas plus qu’à l’Apologie pour l’histoire, en train de devenir le Métier d’historien, qu’il laissera, comme on le sait, inachevée. Avait-il d’ailleurs conscience, en dressant « ce procès-verbal de l’an 1940 » et en posant, dès la première page de l’Apologie, la question de « la légitimité de l’histoire2 » - les deux livres ne doivent pas être séparés -, qu’il prenait place dans une cohorte de vaincus qui, en des temps différents et chacun à sa façon, avaient écrit leur « étrange défaite » ?

La vision des vaincus

Dans un texte important, Reinhart Koselleck s’interrogeait sur les interrelations entre « les mutations de l’expérience », d’une part, et les changements de méthode, de l’autre ». Il cherchait « à élucider la nature de la relation existant entre, d’un côté, « les modalités historiques de l’expérience » et, de l’autre, « les acquis de connaissance historique », ou, pour le dire autrement, il voulait appréhender les « corrélations » entre « les deux notions de Geschichte et d’Historie, soit la réalité et son élaboration »3.

Il est clair que dans cette investigation d’anthropologie historique (au sens des fondements d’une expérience humaine se déroulant dans le temps), l’expérience de la défaite occupe une place importante, voire unique. Existe, en effet, « un principe d’expérience » qui, selon Koselleck, « se laisse toujours vérifier », à savoir que « l’histoire est faite par les vainqueurs à court terme, qu’ils pourraient éventuellement la maintenir à moyen terme, mais qu’ils ne sauraient en aucun cas la dominer sur le long terme4 ». Si, « du côté des vainqueurs, l’historien est facilement enclin à interpréter un succès remporté à court terme par une téléologie ex post de longue durée », il en va tout autrement « du côté des vaincus. Leur expérience primaire consiste tout d’abord en ceci que tout est arrivé autrement qu’ils ne l’avaient prévu ou espéré […]. Ce qui peut les conduire à rechercher les causes à long et à moyen terme qui pourraient inclure et peut-être expliquer le hasard de leur surprise singulière ». Si bien qu’à long terme, il y a toute chance, conclut Koselleck, lui-même un vaincu, que « les gains historiques de connaissance proviennent des vaincus5 ». En guise de vérification de ce principe d’expérience, il apporte toute une série d’exemples qu’il prend de l’antiquité au monde moderne, d’Hérodote, exilé d’Halicarnasse, à Marx, qui, sur la révolution de 1848 et sur la Commune, écrivit des ouvrages historiques, « en tant que vaincu ».

Pour ma part, j’en prendrai un que n’invoque pas Koselleck et dont j’ignore ce qu’il pouvait représenter pour Marc Bloch. Pourquoi celui-là ? Parce qu’il pourrait être tenu pour fondateur du genre. Je pense au Deutéronome et aux livres historiques de la Bible. Appelé couramment « l’histoire deutéronomiste », cet ensemble réunit les livres allant de Josué à Rois et Chroniques. Il n’est pas utile pour mon propos d’entrer dans les débats exégétiques au sujet de ces livres. Il suffit d’indiquer que, nommés historiques par la Septante puis la Vulgate, ils sont regroupés sous le nom de Prophètes antérieurs dans la Bible hébraïque. On se doute que cette différence n’est pas neutre pour ce qui est de leur interprétation. Mais le point sur lequel tout le monde s’accorde est que le foyer de leur rédaction est la chute finale de Jérusalem, en 587 avant notre ère, suivie de l’exil à Babylone. Autrement dit, c’est une histoire de vaincus ou, plutôt, de futurs vaincus qui, par leur faute, deviennent effectivement des vaincus. De fait, l’histoire deutéronomiste raconte la marche vers la catastrophe, annoncée en plus d’une occasion par les prophètes, et en fournit l’explication en se plaçant dans la longue durée. C’est parce que les fils d’Israël n’ont cessé d’oublier l’alliance conclue au Sinaï par Dieu avec son peuple que, finalement lassé de leurs manquements répétés et des impiétés de leurs rois, Il donne aux Perses la victoire. Téléologique, cette histoire est une théodicée. Rétrospectif, le récit de cette « étrange défaite » vient donner le sens de l’histoire. À ce point, nous retrouvons les réflexions de Koselleck, pour qui « toute mutation historique se nourrit de la vision des vaincus ». Allant plus loin encore, il ajoute que « ce type d’expérience, une fois traduit en connaissance par les vaincus, demeure invocable par-delà n’importe quelle mutation d’expérience6 ». N’est-ce pas ce qui s’est passé ensuite avec l’histoire deutéronomiste ? Permettant de rendre compte de tout ce qui advenait, elle a, comme l’avait fait remarquer Yosef Yerushalmi, dispensé les rabbins de faire de l’histoire.

L’historien grec Polybe ajoute un autre type de vision des vaincus qu’il vaut la peine d’évoquer brièvement. Vaincu, il l’est assurément. Après la défaite grecque de Pydna face au Romains, en 168 avant notre ère, il fut otage à Rome pendant dix-sept ans. Et c’est là qu’il a su concevoir le projet d’une nouvelle histoire à même de rendre compte de qui s’était passé, à savoir comment les Romains avaient conquis la Méditerranée en à peine plus de cinquante ans. Ne s’en tenant pas au court terme, il nourrissait une double ambition : expliquer aux Grecs leur défaite et montrer aux Romains les ressorts de leur victoire. Pour ce faire, il lui fallait forger un nouveau concept d’histoire et inventer une nouvelle forme de narration, en se dotant d’un point de vue surplombant. Son problème était d’atteindre à une vision d’ensemble (sunopsis), analogue à celle de la Fortune, pour déployer une histoire qui, de morcelée qu’elle était jusqu’alors, était devenue « universelle » (il disait « catholique »). Tels sont les gains cognitifs que sa position de vaincu lui a permis d’élaborer. Mais le revers de la médaille était qu’à force de voir le monde depuis Rome, le risque était grand ou forte la tentation de passer du côté du vainqueur.

Ce cadre général d’interprétation une fois posé, rapprochons-nous de L’Étrange défaite de Marc Bloch, en nous arrêtant, brièvement à nouveau, sur deux de ses prédécesseurs qu’il connaissait et dont il avait lu les livres. Le premier est évidemment Ernest Renan et sa Réforme intellectuelle et morale de la France. Dans un article, paru en 1947, sous le titre « Méditations sur la défaite », Raymond Aron, revenu depuis peu de Londres, rapprochait d’ailleurs la démarche des deux livres qui, l’un comme l’autre, mettaient l’accent sur la dimension intellectuelle de la défaite7. Bloch lui-même renvoyait à la Réforme de Renan à propos de la perte de cohérence de la pensée, notamment, en matière politique. « Pour que s’accomplisse, selon le mot de Renan, après une autre défaite, la réforme intellectuelle et morale de ce peuple [les Français], la première chose qu’il lui faudra rapprendre sera le vieil axiome de la logique classique : A est A, B est B ; A n’est point B8. » Le livre de Renan, qui paraît le 6 novembre 1871, réunit des textes écrits juste avant, pendant et immédiatement après la guerre de 1870 et la Commune de Paris. Avant d’indiquer des remèdes, il analyse le mal, en cherchant les causes profondes de la défaite. Suivre plus avant son argumentation n’est pas nécessaire à mon propos.

Deux points méritent toutefois de retenir l’attention. Au tout début de la préface, Renan se présente, de façon étonnante à première vue, comme ce fou de Jérusalem qui allait parcourant sans cesse les murs de la cité vouée à l’extermination et criant : « Voix de l’Orient ! voix de l’Occident ! voix des quatre vents ! malheur à Jérusalem et au temple9 ! ». Ce prophète de malheur, auquel se compare Renan, nous est connu par Flavius Josèphe. Au moment du siège par Titus, il faisait le tour des murailles en criant « malheur au peuple, malheur au temple », et alors qu’il ajoutait « malheur à moi », il fut frappé d’une pierre qui le tua sur le coup. Renan s’en tira nettement mieux ! Avec ce fou, nous retrouvons, c’est là ce qui importe, la chute de Jérusalem comme matrice du récit de défaite. Cette fois, la chute rappelée par Renan n’est pas celle de 587, mais celle de 70 après notre ère. Le siège de Paris rappelle, en effet, celui de Jérusalem ; la Prusse se conduit comme les Romains, et Paris, comme l’était Jérusalem, se trouve livré aux factions. Le second point se rapporte aux vainqueurs et aux vaincus. « Les vainqueurs d’aujourd’hui seront les vaincus de demain », écrit Renan, car « l’histoire aura son cours ». Il ne s’agit pas, comme pour Koselleck, des gains cognitifs qu’apporte la vision des vaincus, mais simplement de la sagesse de l’Ecclésiaste, Nil permanet sub sole. D’où son souhait qu’il y ait le moins possible de vainqueurs et de vaincus10.

L’autre prédécesseur, qu’il suffit de mentionner rapidement, est Hippolyte Taine, dont les Origines de la France contemporaine sortent directement de la défaite face à la Prusse et de la Commune. Dans les premiers jours de la débâcle, il a cherché à s’engager, mais l’armée n’a pas voulu de lui. Dans une lettre à un ami, datée du 16 décembre 1870, il écrit « Notre devoir à tous sera de faire des articles, conférences, etc. instructives et désagréables, pour exposer et confesser publiquement nos fautes11 ». La troisième partie de L’Étrange défaite s’intitule « Examen de conscience d’un Français ». S’il ne s’y livre pas « de gaité de cœur », Bloch ne veut pas que ceux qui, « peut-être un jour », liront ce bilan puissent lui reprocher « d’avoir biaisé avec le vrai » et d’avoir tu « les fautes où tout citoyen eut sa part »12. Pour Taine, les articles deviennent un livre sur lequel il ne cesse plus de travailler et qu’il laisse même inachevé à sa mort en 1893. Si l’interrogation centrale est la Révolution, le premier volume portant sur l’Ancien Régime paraît en 1875. Cette quête des « origines », qu’il veut conduire comme un « naturaliste » observant « la métamorphose d’un insecte »13, découle directement de l’expérience de la défaite. Elle est la traduction continuée de « la vision d’un vaincu », au sens de Koselleck.

La singularité de L’Étrange défaite

Dans le récit de défaite, la singularité du livre de Bloch saute aux yeux. Il a eu une expérience directe, pas seulement de la défaite en général, mais de la défaite militaire, dont il a été, jour après jour et à son corps défendant, un acteur et le témoin lucide. La « présentation du témoin » du premier chapitre est le rapport d’une marche à la défaite. Dans le deuxième, le plus long, « la déposition d’un vaincu », il va plus loin, car ce qui s’est produit est « une incroyable défaite ». « À qui la faute ? » est la question qui vient immédiatement, avec une première réponse tout aussi immédiate. D’abord à « l’incapacité du commandement », qui renvoie à son retard dans le temps par rapport aux Allemands. Ceux-ci ont fait une guerre d’aujourd’hui, alors que les Français ont fait la guerre d’hier. Les deux adversaires appartenaient « chacun à un âge différent de l’humanité14 ». Alors que « le monde appartient à ceux qui aiment le neuf », dit-il, « jusqu’au bout notre guerre aura été une guerre de vieilles gens », au point que le commandement a non seulement « subi la défaite », mais « il l’a acceptée »15. Vient alors le dernier élargissement, car « l’équité veut que le témoignage du soldat se prolonge en un examen de conscience du Français ». Au terme duquel, il conclut que « la France d’un nouveau printemps » devra être « la chose des jeunes », et ce d’autant plus que « l’ombre du grand désastre de 1940 n’est pas près de s’effacer »16. Pressentait-il à quel point il aura raison ?

En fait, Marc Bloch n’a pas écrit un seul livre, Témoignage, mais deux : L’Étrange défaite et l’Apologie pour l’histoire. L’écriture du second semble suivre celle du premier, mais les deux doivent être pris ensemble. La rédaction du premier s’étend entre son retour à Fougères en juin et septembre 1940. En décembre 1940, il inscrit dans une liste de livres à écrire une Apologie pour l’histoire. « Faut-il croire que l’histoire nous ait trompés ? » était la grave question que rencontrait le vaincu dans le cours de sa déposition ? Plus exactement, c’était celle qu’il a surprise sur les lèvres d’un jeune officier avec qui il était en Normandie. S’il incriminait l’enseignement « soit-disant historique » qu’il avait reçu, d’accord, dit Bloch, mais, en réalité, l’histoire, qui est « science du changement », se place « aux antipodes » de ce qu’il croyait17. Elle est tout autre chose. La nécessité de l’Apologie sort de ce malentendu dû à l’ignorance de ce qu’est et pourrait être l’histoire, celle-là même que Febvre et lui défendent depuis 1929. Aussi, sans surprise, la première page de l’Apologie pose-t-elle, à travers l’interrogation de l’enfant à son père, deux redoutables problèmes : celui de la légitimité de l’histoire et celui de son enseignement, dont il vient de pointer les défauts dans son Témoignage : « voilà donc l’historien appelé à rendre ses comptes »18.

Mais il y a plus. L’intérêt de Bloch pour les questions de méthode est, en effet, bien antérieur à 1940. En témoignent, à l’évidence, le programme même des Annales d’histoire économique et sociale, sa conférence « Que demander à l’histoire ? », donnée en 1937 aux polytechniciens du Centre d’études économiques où apparaît le souhait qu’un jour « l’étude du passé amène à établir les lois de l’évolution », ce qui ouvrirait la voie à une « prévision » scientifiquement fondée19. La prévision devait faire l’objet d’un chapitre de l’Apologie. En 1939, alors qu’il se trouve à Molsheim en Alsace, il écrit à Febvre qu’il vient de rédiger des « Réflexions pour le lecteur curieux de méthode » qui devaient servir d’introduction à une Histoire de la société française dans le cadre de la civilisation européenne. On peut voir dans ces quelques pages une première ébauche de l’Apologie, dont la rédaction s’étendra, non sans interruptions, entre mai 1941 et mars 194320. Au cours de la dernière période, il préfère l’évoquer comme le Métier d’historien plutôt que comme une simple apologie de l’histoire21. Au total, le Témoignage et l’Apologie sont donc bien inséparables, même si les réflexions à chaud sur le désastre débordent de beaucoup la seule question de l’histoire, de son enseignement - il n’y a pas qu’à l’École de guerre que l’enseignement retarde - et même de son rôle civique. Ce que voulait Bloch, pour revenir à Renan, c’était une réforme intellectuelle et morale, mais républicaine et démocratique.

L’année 1941

Pour achever de mesurer la singularité de L’Étrange défaite, portons-nous en 1941 pour voir comment trois historiens proches, Lucien Febvre, Fernand Braudel et Marc Bloch répondent à l’expérience de la défaite. Ils n’ont ni le même âge (Febvre à 63 ans, Braudel 39, Bloch 55), ni la même position, ni ne sont dans la même situation, mais tous les trois vont s’atteler à plaider pour l’histoire. De mobilisation effective, il n’est plus question pour Febvre, qui continue d’assurer son enseignement au Collège de France ; fait prisonnier, Braudel se trouve dans un Oflag à Mayence ; Bloch, qui se présente comme « le plus vieux capitaine de l’armée française », a, en dépit de son âge, fait la « drôle de guerre », et a obtenu, en dépit du statut des Juifs, d’être rattaché à l’université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand.

En septembre 1941, Lucien Febvre, invité à donner des conférences de rentrée à l’École normale supérieure, intitule la première « Vivre l’histoire ». De la défaite elle-même, il est à peine question. Il veut d’abord convaincre les jeunes élèves que l’histoire n’est plus celle qu’on enseignait quand il était à leur place. Elle n’était qu’« une déification du présent à l’aide du passé », selon la formule qu’il avait employée dans sa leçon inaugurale au Collège de France en 193322, alors qu’elle est science du changement, soit du « changement perpétuel des sociétés humaines ». Aussi doit-elle se mettre à l’heure de la science, celle qui se fait, pas celle d’hier ou d’avant-hier, mais celle de la relativité, de la révolution de la microbiologie, de la théorie des quanta... Ce qui conduit à remettre en question l’idée ancienne de causalité ainsi que la théorie du déterminisme, ce « pilier inébranlable de la vieille histoire classique »23.

Avec ces propos de rentrée, Febvre retrouvait, en fait, les principaux points de sa leçon de 1933, où il voulait présenter l’histoire comme « la Science de l’Homme ». Et, en 1946, le Manifeste des Annales nouvelles vient s’inscrire dans la suite de la « causerie » de 1941, ainsi que de la leçon de 1933. « Face au vent », son titre vaut programme. Le temps presse et il ne faut surtout pas répéter « les pauvres leçons de vaincus de 7024. » Notons-le, pas ceux de 1940 ! Plus que jamais, il faut regarder, non en arrière, mais vers l’avant, car n’est véritablement historien que « celui qui se lance dans la vie tout entière ». Ce thème de la vie, de l’unité de la vie, qui est commun aux trois historiens, remonte à Michelet. Febvre, en tout cas, de son « Examen de conscience d’une histoire et d’un historien » en 1933, titre de la leçon inaugurale, au « Face au vent » du Manifeste, en passant par « Vivre l’histoire », a peu varié dans ses plaidoyers pour celle qu’il appelle « l’histoire tout court », dont les Annales sont le lieu d’élaboration et le principal instrument de diffusion. Son « examen de conscience », il l’avait fait en 1933, et c’était celui « d’un historien » ; celui de Bloch, reprenant la même formule, viendra en 1940, mais ce sera celui « d’un Français ».

L’année 1941 fut aussi celle de la grave « crise » des Annales, dont la correspondance entre les deux directeurs de la revue permet de suivre les étapes. Pour Febvre, il était inconcevable que les Annales cessassent de paraître, même si c’était au prix d’une demande d’autorisation, même si c’était au prix de la disparition (provisoire) du nom de Bloch comme directeur et d’une modification du titre. Bloch ne pouvait accepter cette « mise au pas25 », alors que, pour Febvre, le combat pour l’histoire devait primer : « les Annales veulent continuer à paraître », écrivait-il26. Ne pas se taire, maintenir, était la meilleure façon de ne pas accepter la défaite, et y répondre passait, plus que jamais, par un faire de l’histoire, de la bonne histoire s’entend ; c’était sa « mobilisation » à lui, sa façon de concevoir son « devoir ». Questionner ici le bien-fondé de sa position n’est pas mon propos.

 

Entre août et octobre 1941, Fernand Braudel prononce vingt conférences sur l’histoire destinées à ses camarades de l’Oflag XIIB de Mayence ; il les reprend, en 1943-1944, à Lübeck où il a été déplacé. En les rédigeant, probablement fin 1944, il a le projet d’en faire un livre, avec comme titre possible L’Histoire, mesure du monde27. Finalement non publié après son retour, ce livre n’en demeure pas moins présent dans ses réflexions sur l’histoire. La meilleure preuve en est qu’on en retrouve plusieurs passages dans sa leçon inaugurale au Collège de France intitulée « Positions de l’histoire en 195028 ». « Est-il possible, demandait-il dans l’avant-propos du livre, de comprendre et d’agir, voire de se libérer sur le plan politique et sur les autres, sans tenir compte de ses leçons [de l’histoire], de ses avertissements et de sa mesure29 ? » Mais, pour cela, encore fallait-il ne pas se tromper d’histoire. Intitulée « Pour une histoire profonde : Recherche d’une méthode », la première partie de l’ouvrage projeté se voulait « un long plaidoyer30 » en faveur de cette histoire que son auditoire ne connaissait pas. Il ne s’agissait nullement d’une promenade historiographique.

Le but était clair : « J’ai la prétention, écrit-il, dès la première phrase, de vous expliquer le monde présent, au-delà des circonstances que nous vivons, au-delà des remous qu’elles entraînent… ». Pour cela, il faut faire confiance à une histoire, « outil de connaissance, instrument de mesure », c’est-à-dire à une histoire qui soit « grande » et « profonde », la seule capable « d’aller au-delà »31. « Profonde », comprendre une histoire sociale ; « Grande », « signifie une histoire qui vise au général, capable d’extrapoler les détails, de dépasser l’érudition et de saisir le vivant. » « Chaque époque, ajoutait-il, a peut-être l’histoire qu’elle mérite, la lampe historique qui convient à sa vue et à sa marche. Les époques heureuses et trop paisibles se contentent de lampes minuscules. Il faut les grands cataclysmes, les malheurs où l’homme et les peuples ressentent d’instinct le tragique du destin, pour que la grande histoire puisse jeter ses lumières, devenues nécessaires et sans doute bienfaisantes. Grande histoire, mais aussi histoire profonde […] J’entends par là, avec quelques autres historiens d’aujourd’hui et d’hier, une histoire des hommes vues dans ces réalités collectives, dans l’évolution lente des structures selon le mot à la mode aujourd’hui : structures des Etats, des économies, des sociétés, des civilisations32… .» Dans la seconde partie du livre, il introduisait encore une autre profondeur à prendre en charge : celle des « faits géographiques », qui relève, selon le néologisme qu’il propose, d’une « géohistoire », entendue comme l’action des « facteurs physiques et biologiques sur la vie sociale et cela tout au long des âges »33. Par les contraintes qu’elle fait peser, la géohistoire est assurément une « histoire qui ne bouge pas ou qui bouge assez peu. » Voilà l’histoire qui peut se revendiquer comme « science » et qui doit permettre de comprendre l’actuel, tout en diminuant, c’est important, « la part de l’homme »34.

À ce point, Braudel est tout proche des formulations fameuses sur l’étagement des trois temps (géographique, social, individuel), tels qu’ils apparaissent dans la préface de La Méditerranée, avec au plus profond « l’histoire quasi immobile, lente à couler et à se transformer, celle de l’homme dans ses rapports avec le milieu35 ». D’où il suit que les hommes font moins l’histoire qu’ils ne sont faits par elle. À l’orgueilleuse parole unilatérale de Treitschke : « Les hommes font l’histoire », il opposera, en 1950, « Non, l’histoire fait aussi les hommes et façonnent leur destin – l’histoire anonyme, profonde et souvent silencieuse36 ». De fait, en même temps qu’il plaide oralement pour l’histoire, celle qui va être associée à son nom, il est en train d’écrire et de réécrire solitairement La Méditerranée qu’il soutiendra comme thèse en 1947, avant de la publier en 1949. Un dossier relié dans l’enceinte du camp en atteste, s’il en était besoin, portant de sa main cette étiquette :

  1. « Deux conférences. Notes prises par auditeurs (sans intérêt)
  2. Notes complémentaires pour introduction et première partie de la Méditerranée. »

S’il faut un « cataclysme » pour que la grande histoire puisse jeter ses lumières, nous sommes en droit de penser que les conférences sont la réponse immédiate à celui qui vient d’avoir lieu et qui, du jour au lendemain, a fait de ces officiers des vaincus. Oui, il existe une histoire qui a la capacité d’expliquer « l’actuel », mais il faut commencer par se détacher des illusions de l’événement et des fausses évidences de l’histoire politique pour aller vers une histoire profonde. Mise en forme au même moment que les conférences, La Méditerranée peut se lire comme la réponse différée et indirecte à la défaite. Elle en est la métabolisation ou, pour parler comme Koselleck, la transmutation sous la forme d’un « gain cognitif ». On passe, en effet, de Philippe II, qui en réalité ne fait pas l’histoire, à la Méditerranée dans le rôle du personnage central d’un drame où se joue lentement, entre XVIe et XVIIe siècle, la fin de sa primauté, sa décadence, au profit d’un nouveau personnage qui entre en scène : l’Atlantique. Cette Méditerranée, « noyée maintenant dans le royaume des ombres », écrit-il dans la conclusion, l’a fait rêver à tout ce que l’eau des mers a pu porter d’aventure humaine […] Il me semble que l’Atlantique est au centre du monde actuel – mais pour combien de temps encore – un peu comme la Mer Intérieure était jadis au cœur du Vieux Monde37 ». On va bien d’une défaite à une autre.

Au cours de l’année 1941, Marc Bloch, qui a finalement accepté que les Annales continuent sous un autre nom et sans le sien sur la couverture, travaille à l’Apologie. Dans une longue lettre du 17 octobre 1942, il assure Febvre qu’il ne lui garde « aucune rancune » de cette décision. Pour en témoigner, il joint les quelques lignes qui figureront en tête du livre, s’il est publié un jour : « À Lucien Febvre. En matière de dédicace ». Il évoque leur « combat » commun pour « une histoire plus large et plus humaine », eux qui sont « les vaincus provisoires d’un injuste destin », et en attendant que leur « collaboration » reprenne « publique » et « libre », comme par le passé38. Il vaut la peine de noter que le manuscrit de cette dédicace est daté du 10 mai 1941 ; pourtant, le 7 mai 1941, il écrivait encore à Febvre qu’il ne pouvait « admettre aucune apparence de mise au pas ». Mais il n’enverra le texte au dédicataire futur que dans sa missive du 17 octobre 1942, un an et demi plus tard.

Le 2 mars 1943, il écrit encore à Febvre « pour moi, mon cou est toujours dans mon livre, et je n’en vois pas le bout ». De fait, il précise qu’aux quatre premiers chapitres rédigés (dont il joint le plan), il doit encore en ajouter plusieurs, dont un sur les causes et la prévision, ainsi qu’une conclusion sur l’événement (« le délicat et peu durkheimien chapitre sur l’événement »). Il est donc encore loin du « bout ». De ces chapitres importants, potentiellement les plus novateurs et auxquels il tient, n’existent que quelques fragments39. Or, au moment où il écrit ces lignes, il vient de rejoindre Franc-Tireur : il va s’installer à Lyon et passer dans la clandestinité. Pour l’heure, c’en est donc fini non seulement de l’Apologie, mais aussi du Métier d’historien. Faire de l’histoire ne suffit pas, ne lui suffit plus : l’action le requiert ; faire l’histoire, y contribuer du moins. C’est dans cette même lettre, décidément de première importance, qu’il rapporte la phrase sur « les défaites plus fécondes que les victoires ». Il ne pense alors, avons-nous observé, ni à L’Étrange défaite ni même au Métier d’historien, mais au besoin d’une révolution universitaire à laquelle il est en train de travailler. Être de « bons ouvriers » dans « la craintive quiétude de leurs ateliers » (même en s’employant à dégager les gains cognitifs de la défaite) n’est pas, n’est plus ou n’est pas encore ce que l’heure demande, l’enjeu est plutôt comment être de « bons citoyens ? », alors qu’ils ne l’ont « pas toujours été assez » dans l’entre-deux-guerres40. « Adeptes des sciences de l’homme ou savants de laboratoire, peut-être, juge-t-il, fûmes-nous aussi détournés de l’action individuelle par une sorte de fatalisme, inhérent à la pratique de nos disciplines. Elles nous ont habitués à considérer, sur toutes choses, dans la société comme dans la nature, le jeu des forces massives. Devant ces lames de fond, d’une irrésistibilité presque cosmique, que pouvaient les pauvres gestes d’un naufragé ? C’était mal interpréter l’histoire41. » Reconnaître le jeu des forces massives, plaider pour une histoire « profonde » ne doit pas détourner de l’action individuelle. Telle est l’ultime singularité de L’Étrange défaite.

Dans un de ses Carnets, entamé en 1940, on lit : « cette phrase de Lamennais, qui aujourd’hui (juin 1943) rend un son si actuel : “Mon enfant, il manque toujours quelque chose à la belle vie qui ne finit pas sur le champ de bataille, sur l’échafaud ou en prison42 ».

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    Marc Bloch, lettre du 2 mars 1943, Marc Bloch, Lucien Febvre, Correspondance, édition établie et annotée par Bertrand Müller, III, Les Annales en crise (1938-1943), Paris, Fayard, 2003, p. 239.

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    2

    Marc Bloch, L’Étrange défaite, Témoignage écrit en 1940, préface de Stanley Hofffmann, Paris, Gallimard « Folio histoire », 1990, p. 29, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, édition annotée par Etienne Bloch, préface de Jacques Le Goff, Paris, Armand Colin, 1997, p. 37.

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    3

    Reinhart Koselleck, « Mutation d’expérience et changement de méthode, Esquisse historico-anthropologique » (traduit par Alexandre Escudier), in L’Expérience de l’histoire, édité par Michael Werner, Paris, EHESS, Gallimard, Seuil, 1997, p. 206.

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    4

    Reinhart Koselleck, « Mutation d’expérience et changement de méthode, Esquisse historico-anthropologique » (traduit par Alexandre Escudier), in L’Expérience de l’histoire, édité par Michael Werner, Paris, EHESS, Gallimard, Seuil, 1997, p. 238.

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    5

    Reinhart Koselleck, « Mutation d’expérience et changement de méthode, Esquisse historico-anthropologique » (traduit par Alexandre Escudier), in L’Expérience de l’histoire, édité par Michael Werner, Paris, EHESS, Gallimard, Seuil, 1997, p. 239.

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    6

    Reinhart Koselleck, « Mutation d’expérience et changement de méthode, Esquisse historico-anthropologique » (traduit par Alexandre Escudier), in L’Expérience de l’histoire, édité par Michael Werner, Paris, EHESS, Gallimard, Seuil, 1997, p. 247.

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    7

    Raymond Aron, « Méditations sur la défaite », repris dans Marc Bloch, L’Histoire, la Guerre, la Résistance, édition établie par Annette Becker et Etienne Bloch, « Quarto », Paris, Gallimard, 2006, p. 1013-1020.

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    8

    Marc Bloch, L’Étrange défaite, Témoignage écrit en 1940, préface de Stanley Hofffmann, Paris, Gallimard « Folio histoire », 1990, p. 184.

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    9

    Ernest Renan, La Réforme intellectuelle et morale de la France, Œuvres complètes I, Paris, Calmann-Lévy, 1947, p. 325.

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    10

    Ernest Renan, La Réforme intellectuelle et morale de la France, Œuvres complètes I, Paris, Calmann-Lévy, 1947, p. 331.

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    11

    Hippolyte Taine, Les Origines de la France contemporaine, I, « Bouquins », Paris, Robert Laffont, 1986, Introduction, p. XXVII.  

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    12

    Marc Bloch, L’Étrange défaite, Témoignage écrit en 1940, préface de Stanley Hofffmann, Paris, Gallimard « Folio histoire », 1990, p. 160.

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    13

    Hippolyte Taine, Les Origines de la France contemporaine, I, « Bouquins », Paris, Robert Laffont, 1986, p. 5.

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    14

    Marc Bloch, L’Étrange défaite, Témoignage écrit en 1940, préface de Stanley Hofffmann, Paris, Gallimard « Folio histoire », 1990, p. 55, 67.

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    15

    Marc Bloch, L’Étrange défaite, Témoignage écrit en 1940, préface de Stanley Hofffmann, Paris, Gallimard « Folio histoire », 1990, p. 158.

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    16

    Marc Bloch, L’Étrange défaite, Témoignage écrit en 1940, préface de Stanley Hofffmann, Paris, Gallimard « Folio histoire », 1990, p. 159, 207.

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    17

    Marc Bloch, L’Étrange défaite, Témoignage écrit en 1940, préface de Stanley Hofffmann, Paris, Gallimard « Folio histoire », 1990, p. 150.

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    18

    Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, édition annotée par Etienne Bloch, préface de Jacques Le Goff, Paris, Armand Colin, 1997,  p. 37.

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    19

    Marc Bloch, Histoire et historiens, textes réunis par Etienne Bloch, Paris, Armand Colin, 1995, p. 42. Carnet daté de 1906 « Méthodologie historique », p. 3-7.

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    20

    Bloch à Febvre, lettre du 29 septembre 1942, Marc Bloch, Lucien Febvre, Correspondance, édition établie et annotée par Bertrand Müller, III, Les Annales en crise (1938-1943), Paris, Fayard, 2003, p. 213 : « Drôle de livre, décidément, que celui que j’écris, poussé -ce qui me rassure un peu - par un besoin intérieur dont j’ai renoncé à discuter le bien-fondé. »

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    21

    Massimo Mastrogregori, « Le manuscrit interrompu : Métier d’historien de Marc Bloch », Annales ESC, 1, 1989, p. 147-159 ; Marleen Wessel, « Réflexions pour le lecteur curieux de méthode. Marc Bloch et l’ébauche originelle du Métier d’historien », Genèses, 1991, n.° 3, p. 154-161.

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    22

    Lucien Febvre, Combats pour l’histoire, Paris, Armand Colin, 1954, p. 9.

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    23

    Lucien Febvre, Combats pour l’histoire, Paris, Armand Colin, 1954, p. 29.

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    24

    Lucien Febvre, Combats pour l’histoire, Paris, Armand Colin, 1954, p. 41.

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    25

    Bloch à Febvre, lettre du 7 mai 1941, Marc Bloch, Lucien Febvre, Correspondance, édition établie et annotée par Bertrand Müller, III, Les Annales en crise (1938-1943), Paris, Fayard, 2003, p. 136.

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    26

    Febvre à Bloch, lettre du 13 avril 1941, lettre du 29 septembre 1942, Marc Bloch, Lucien Febvre, Correspondance, édition établie et annotée par Bertrand Müller, III, Les Annales en crise (1938-1943), Paris, Fayard, 2003, p. 116.

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    27

    Les conférences ont été reprises en 1943-1944, alors que Braudel est prisonnier à Lübeck, et rédigées probablement fin 1944. Il pensait alors en faire un livre. Elles n’ont été publiées qu’en 1997 par Paule Braudel et Roselyne de Ayala, voir, en dernier lieu, Fernand Braudel, L’Histoire, mesure du monde, Conférences de la captivité, Paris, Éditons de la Maison des sciences de l’homme, 2025.

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    28

    Dans l’introduction du livre de Fernand Braudel, L’Histoire, mesure du monde, Conférences de la captivité, Paris, Éditons de la Maison des sciences de l’homme, 2025, Maurice Aymard en dresse le relevé p. 28.

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    29

    Fernand Braudel, L’Histoire, mesure du monde, Conférences de la captivité, Paris, Éditons de la Maison des sciences de l’homme, 2025, p. 45.

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    30

    Fernand Braudel, L’Histoire, mesure du monde, Conférences de la captivité, Paris, Éditons de la Maison des sciences de l’homme, 2025, p. 46.

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    31

    Fernand Braudel, L’Histoire, mesure du monde, Conférences de la captivité, Paris, Éditons de la Maison des sciences de l’homme, 2025, p. 50.

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    32

    Fernand Braudel, L’Histoire, mesure du monde, Conférences de la captivité, Paris, Éditons de la Maison des sciences de l’homme, 2025, p. 51.

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    33

    Fernand Braudel, L’Histoire, mesure du monde, Conférences de la captivité, Paris, Éditons de la Maison des sciences de l’homme, 2025, p. 92.

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    34

    Fernand Braudel, L’Histoire, mesure du monde, Conférences de la captivité, Paris, Éditons de la Maison des sciences de l’homme, 2025, p. 94, 104.

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    35

    Fernand Braudel, La Méditerranée à l’époque de Philippe II, Paris, Armand Colin, 1949, Préface de première édition, p. 13.

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    36

    Fernand Braudel, « Positions de l’histoire en 1950 », Ecrits sur l’histoire, Paris, Flammarion, p. 21.

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    37

    Fernand Braudel, La Méditerranée à l’époque de Philippe II, Paris, Armand Colin, 1949, p. 1009 (la conclusion est datée de décembre 1948).

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    38

    Bloch à Febvre, lettre du 17 octobre 1942, Marc Bloch, Lucien Febvre, Correspondance, édition établie et annotée par Bertrand Müller, III, Les Annales en crise (1938-1943), Paris, Fayard, 2003, p. 221, 224.

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    39

    Ce fragment sur la prévision est important : « Enveloppés dans une épouvantable tragédie, où nous ot précipité nos propres folies, nous avons peine à nous comprendre nous-mêmes. Nous voudrions, surtout, prévoir notre destin et, peut-être, le diriger un peu Dans ce désarroi et cette soif de savoir ou de deviner, nous nous tournons naturellement vers le passé. Un vieux penchant nous incline à espérer que, convenablement sollicité, il se révélera capable de nous livrer les secrets du présent et d’entrouvrir, du moins, ceux de l’avenir », cité par Peter Schöttler, Marc Bloch, Une biographie intellectuelle, Paris, Gallimard, 2026, p. 444.

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    40

    Marc Bloch, L’Étrange défaite, Témoignage écrit en 1940, préface de Stanley Hofffmann, Paris, Gallimard « Folio histoire », 1990. p. 205.

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    41

    Marc Bloch, L’Étrange défaite, Témoignage écrit en 1940, préface de Stanley Hofffmann, Paris, Gallimard « Folio histoire », 1990, p. 204-205.

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    42

    Marc Bloch, L’Étrange défaite, Témoignage écrit en 1940, préface de Stanley Hofffmann, Paris, Gallimard « Folio histoire », 1990, p. 302.

    Pour citer cette publication

    Hartog, François (dir.), « Les « étranges défaites » dans l’histoire », Politika, mis en ligne le 05/06/2026, consulté le 10/06/2026 ;

    URL : https://www.politika.io/fr/article/etranges-defaites-lhistoire