Race et civilisation au Japon. Les manuels scolaires à l’ère Meiji
professeure d'anthropologie culturelle

(Kyoto university - Institute for research in humanities)

Les catégories que nous utilisons configurent nos perceptions et nos modes de pensée. La façon dont les Japonais perçoivent les autres a changé radicalement avec l’introduction de la terminologie et des hiérarchies raciales en provenance des pays occidentaux à la fin de la période Edo (1603-1868) et au début de l’ère Meiji (1868-1912). Des termes tels que « caucasoïde », « mongoloïde » et « négroïde », ou encore « race blanche », « race jaune » et « race noire », qui continuent aujourd’hui d’être utilisés dans les manuels scolaires et les encyclopédies, sont arrivés au Japon pendant ces périodes en tant que prétendues « connaissances scientifiques ». Les premières de ces catégories ont pour origine Johan F. Blumenbach, un anthropologue allemand, tandis que les secondes ont été élaborées par Georges Cuvier, un naturaliste français. Bien que l’utilisation d’une telle terminologie s’inscrive dans une continuité par rapport aux ouvrages d’origine occidentale, les significations qui lui sont attachées témoignent d’une discontinuité liée à la construction de la nation japonaise moderne et à l’expansion de l’empire. « Race » est un terme contesté et en constante évolution, il convient donc d’examiner attentivement la nomenclature qui lui est associée et les significations qui lui sont attachées en fonction du contexte socio-historique, en particulier lorsque ce concept est évoqué en dehors des cadres intellectuels et des contextes illustratifs occidentaux qui l’accompagnent traditionnellement.

J’ai abordé ailleurs les descriptions de la race et des termes connexes (tels que jinshu, minzoku et shu) qui figurent dans les manuels scolaires pendant la première moitié de l’ère Meiji1. Dans cet article, je présente plus en détail ces différentes descriptions, dont celles qui concernent les groupes minoritaires au Japon au sein de l’empire, en couvrant une période plus longue allant jusqu’à la fin de l’ère Meiji. Dans les manuels de géographie étrangers, surtout durant la première moitié de l’ère Meiji, le thème de la « race » a davantage attiré l’attention que d’autres, tels que la langue et la religion.

Les manuels scolaires, qui exercent une grande influence sur les enfants et les étudiants, reproduisent les connaissances par le biais du système d’éducation publique. Plusieurs études de cas sur la description de la « race » en Amérique du Nord et en Europe ont mis en lumière le rôle important de ces manuels scolaires dans la construction de l’idée de race et dans les politiques d’assimilation imposées aux peuples indigènes2. L’examen de la terminologie relative à la race dans les manuels scolaires japonais à ces différentes périodes permet de corroborer les études de cas menées dans les sociétés occidentales et leurs anciennes colonies. Il apporte aussi un nouvel éclairage sur le rôle des manuels dans la construction du concept de race. À ma connaissance, il n’existe aucune recherche qui analyse spécifiquement la race et les termes connexes dans les manuels scolaires utilisés pour l’éducation nationale pendant l’ère Meiji3.

À travers un examen diachronique de près de 70 manuels scolaires utilisés pendant l’ère Meiji, ainsi que de plusieurs livres de géographie publiés à cette époque et d’autres matériaux connexes, cet article vise à élucider leur contenu relatif à la race pour démontrer les façons dont le gouvernement Meiji a utilisé ce terme dans le cadre de son projet d’expansion de l’empire. L’article explique le processus de production des savoirs et décrit leur circulation pendant et autour de l’ère Meiji. Il démontre comment les discours utilisant ces termes ont ensuite pris un tournant décisif dans une époque d’instabilité nationale et internationale.

Le contexte historique : Avant la restauration de Meiji

Tout d’abord, l’étude historique des significations originales attachées au composé chinois 人種, tant en Chine qu’au Japon, permet d’élucider la manière dont un changement radical de signification s’est produit au cours des périodes mentionnées ci-dessus. Le composé chinois 人種, aujourd’hui prononcé jinshu et qui signifie « race », remonte (au moins) au XIVe siècle. Par exemple, il a été utilisé dans le Shintōshū, un texte médiéval (écrit vers 1358), pour signifier « la semence de l’humanité », ou simplement « les humains ».

Si la couleur de la peau est devenue par la suite un indice de classification raciale, ce n’est pas ce qui a retenu l’attention des Japonais lors de leur première rencontre avec les Européens au milieu du XVIe siècle. La figure 1 est une représentation artistique d’un groupe de Nanban (littéralement « barbares du sud », nom utilisé à l’époque pour désigner les Occidentaux, en particulier les Portugais et les Espagnols) arrivés au Japon à la fin du XVIe siècle4. Il est intéressant de noter que la peau des hommes européens semble essentiellement identique à celle des Japonais, tandis que les femmes japonaises à l’intérieur du bâtiment sont plus pâles que les deux autres groupes. Ici et dans les autres « panneaux Nanban » que j’ai examinés, les caractéristiques physiques que les artistes ont accentuées étaient plutôt les nez proéminents, la barbe et la grande taille des Européens.

Un panneau Nanban

Panneau Nanban (aile droite). Désigné comme « bien culturel important ».

Peintre inconnu. Entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle. 

Parmi les autres étrangers, on trouve les marins et les domestiques représentés sur ces panneaux en noir ou en gris selon qu’ils viennent d’Afrique, d’Asie du Sud ou du Sud-Est. Le fait que les premiers Africains et Asiatiques du sud-est et du sud que les Japonais ont rencontrés étaient subordonnés aux Européens a probablement aussi influencé les préjugés ultérieurs à leur égard.

Cette image diffère peu des représentations des Hollandais qui, après l’élimination du christianisme, furent les seuls Européens autorisés à entrer au Japon pendant la période Edo. Par exemple, la description des missionnaires italiens dans Seiyō kibun (Les Nouvelles de l’Occident, 1715) par Arai Hakuseki5 célèbre intellectuel et homme politique du milieu de la période Edo, correspond étroitement à de telles représentations :

« Ils ont une grande stature, dépassant largement les 1,80 m ; la personne moyenne n’atteint même pas leurs épaules. Ils ont les cheveux noirs coupés courts, les yeux enfoncés et le nez proéminent. Ils portent des vestes marron foncé à manches étroites rembourrées, tissées en soie japonaise6. »

Arai note d’abord leur taille, puis le style et la couleur de leurs cheveux, la forme de leurs yeux, la taille de leur nez et le style de leurs vêtements, mais il ne mentionne jamais la couleur de leur peau.

Ces informations fragmentaires sur les nations et les peuples occidentaux ont fait leur chemin dans les familles d’intellectuels et de samouraïs de la fin de la période Edo. Elles ont contribué à l’éducation cultivée dispensée par les missionnaires chrétiens et les rangaku, ou « études néerlandaises7 ». Nous ne savons pas exactement comment, quand et par qui, la lecture moderne des informations qui ont servi à construire les concepts de race et de classification a été introduite au Japon pendant la période Edo. Néanmoins, on peut supposer que cette lecture accompagnait d’autres formes de connaissances occidentales, recueillies au Japon par l’intermédiaire des missionnaires chrétiens et des « études néerlandaises ».

Les « études néerlandaises » de la période Edo ont apporté également la langue et la culture françaises au Japon. Par exemple, Hyakka zensho (Dictionnaire œconomique) du moine lyonnais Noël Chomel, publié pour la première fois en deux volumes en 1709, a été largement lu au cours du XVIIIe siècle8.

Le premier intellectuel japonais à avoir ostensiblement parlé, par écrit, de 人種 (dont la lecture reste alors inconnue) comme de la traduction du terme « race » et des divisions humaines européennes, est Watanabe Kazan, un peintre de la fin de la période Edo, homme de lettres passionné par les « études néerlandaises ». Dans Shinkiron (Une proposition privée), publié en 1838, trente ans avant la restauration Meiji, s’inspirant des idées de Linné et de Johann F. Blumenbach, il divise les humains en quatre catégories : « Tartares », « Éthiopiens », « Mongols » et « Caucasiens »9. Il déclare aussi : « Les cinq continents de la terre, à l’exception de l’Asie, appartiennent à l’Europe. »

À l’époque où Kazan écrivait sur les affaires étrangères, la Russie, l’Angleterre et l’Amérique devenaient des menaces pour la souveraineté du Japon. En 1806 et 1807, les Russes attaquèrent les bases nord de l’armée shogunale sur les îles Sakhaline (Karafuto) et sur l’île d’Itouroup (Etorofu). À cette même période, des navires anglais naviguèrent dans les eaux territoriales japonaises, effectuant à plusieurs reprises des débarquements illégaux et suscitant des affrontements avec les pêcheurs locaux. Dans son Gaikoku jijōsho (Sur les affaires étrangères), Kazan écrit : « J’ai entendu dire que les Anglais ont trouvé une île près du Japon et y ont débarqué10. » Dans un autre livre, il note : « En Asie, seuls les trois pays, la Chine, la Perse et notre pays, ont évité la “souillure des Occidentaux”11. » Ce passage montre l’anxiété croissante de Kazan quant à l’avenir du Japon. Son regard se porte sur l’expansion du colonialisme européen en Asie et la menace imminente qui plane sur le Japon.

Remplaçant le sens prémoderne de 人種 et s’enracinant sous une forme entièrement nouvelle dans un autre contexte, le nouveau concept de jinshu, classant les êtres humains en différentes races selon des traits phénotypiques visibles tels que la couleur de la peau, atteignit le Japon à travers l’Europe puis les États-Unis. De même que le mot « race » en anglais et en français, ou le mot « Rasse » en allemand, ont chacun un certain nombre de définitions, il n’existe pas de traduction japonaise unique qui puisse rendre compte avec précision du terme original de « race », car sa signification varie selon le contexte et la source. Cependant, la discussion sur les classifications humaines impliquait presque toujours le mot jinshu,人種, devenu le terme générique traduit à partir de « race ».

Dans les anciens textes chinois, le composé 人種 signifie « lignée » ou « lien du sang ». Ceci apparaît dans une phrase de Jingkangzhuanxinlu, publiée pour la première fois en 1127, faisant référence à la lignée de l’empereur chinois qui, selon elle, s’éteindra. Malgré cela, je n’ai pas trouvé, dans mon étude des textes chinois classiques en Chine entre 1750 (c’est-à-dire à peu près à l’époque de la première publication de la thèse de Blumenbach) et 1840 (peu après la publication du Shinkiron de Watanabe Kazan au Japon), d’exemples de l’utilisation de ce mot dans le cadre d’une division de l’humanité en différentes races12. Il est de notoriété publique que les termes chinois renzhong 人種 et mínzú 民族 ont été introduits en chinois depuis le Japon, ainsi que d’autres termes associés à la science et à la civilisation occidentales par Liang Qichao et de nombreux autres intellectuels chinois qui ont étudié au Japon au début du XXe siècle.

Le début de la période Edo a vu l’avènement des « temples-écoles » qui remplissaient la fonction d’enseignement élémentaire, et dont le nombre a augmenté de façon spectaculaire au XIXe siècle, de sorte qu’à la fin de la période Edo, on estime qu’il existait entre trente à quarante mille « temples-écoles » dans tout l’archipel japonais13. En conséquence, les taux d’alphabétisation dans le Japon de la période Edo atteignirent des niveaux aussi élevés que dans certaines parties de l’Europe14.

En 1853, le commodore Mathew Longford Perry arriva au Japon avec quatre imposants navires de guerre américains pour faire pression sur le shogunat de Tokugawa afin qu’il ouvre le pays. Cela mit fin, dès la l’année suivante, à deux siècles de politique isolationniste. Par la suite, un grand nombre d’intellectuels japonais voyagèrent aux États-Unis et en Europe pour acquérir des connaissances occidentales qui incluaient les théories de la race.

La première décennie de l’ère Meiji (1868-1877)

En 1868, l’empereur Meiji, ayant retrouvé son pouvoir impérial après le dernier shogunat, instaura ce qu’on appelle aujourd’hui la « Restauration de Meiji », laquelle consiste en une série de réformes visant l’industrialisation, l’enrichissement du pays, le renforcement de la puissance militaire et ce qu’on a appelé la diffusion de la « civilisation des Lumières » dans la société japonaise. La diffusion à l’échelle nationale de l’instruction élémentaire fut l’une des mesures auxquelles le gouvernement japonais consacra le plus d’énergie.

Conformément à la proclamation de Meiji 5 (1872) du Grand Conseil d’État (Daijōkan), le gouvernement établit au moins une école élémentaire dans chaque district scolaire du Japon.

L’Europe et les États-Unis servaient de modèles à la politique de Bunmei Kaika – « Civilisation et lumières » – du gouvernement Meiji, et la modernisation équivalait pour eux à l’occidentalisation. Il devint impératif pour les autorités japonaises que les manuels scolaires produits pour ce nouveau système scolaire soient similaires dans leur contenu à ceux qui étaient utilisés en Occident.

Il fallut quelques années pour préparer les manuels scolaires pendant le passage du système Edo, dirigé par le Shogun, au gouvernement Meiji, dirigé par l’empereur. Cette énorme tâche de création de matériel pédagogique aboutit à l’utilisation de traductions ou d’adaptations de textes importés d’Europe et des États-Unis, afin de produire les manuels scolaires publiés pendant la première décennie de l’ère Meiji. Dans l’histoire de l’éducation japonaise, cette période est donc appelée « l’ère des manuels scolaires traduits ».

Entre la fin de la période Edo et le début de l’ère Meiji, en particulier entre les années 1850 et 187015, les intellectuels japonais ont traduit un grand nombre de livres occidentaux. Aux yeux du ministère de l’Éducation, la géographie était considérée comme un sujet particulièrement important. Selon le « Tableau des règlements de l’enseignement élémentaire » promulgué à l’époque de Meiji 5 (1872), la lecture des noms géographiques devait être introduite au niveau 5 de la division inférieure (7 ½ ans) et la lecture de la géographie en table ronde au niveau 3 (8 ½ ans) ; à partir du niveau 3 jusqu’au niveau 1 de la division supérieure (13½ ans), on consacrait plus de temps à la géographie qu’à toute autre matière, hormis l’arithmétique et la calligraphie16.

 

En raison de la rareté des livres de géographie produits au Japon à l’époque, le « Règlement pour l’enseignement élémentaire » (shōgaku kyōsoku) désignait cinq livres comme manuels de géographie. Parmi ceux-ci, trois livres étaient principalement composés de traductions de manuels de géographie étrangers et les deux autres portaient sur la géographie intérieure japonaise. Sekai kunizukushi, un best-seller d’un million d’exemplaires à l’époque, et Yochishiryaku, qui fut tiré à 150 000 exemplaires en 1874-1875 (et tiré ultérieurement pour de nouvelles éditions), ont exercé une influence énorme. Leurs extraits consacrés à la race et à des sujets connexes sont devenus les modèles d’autres manuels de géographie mondiale produits au début de l’ère Meiji.

Uchida Masao, l’auteur de Yochishiryaku, était un bureaucrate du ministère de l’Éducation. Il a rassemblé des manuels scolaires et des livres occidentaux de géographie à la fin de la période Edo tout en étudiant à l’étranger, aux Pays-Bas, puis en voyageant dans le monde entier. Yochishiryaku17 est en partie basé sur les articles parus dans Le Tour du Monde : nouveau journal des voyages, un journal populaire français publié au milieu du XIXe siècle, puisque près de la moitié des illustrations figurant dans le livre sont des copies de celles de ce journal18.

Le nom de Gōrudosumisu est cité par Uchida dans son introduction comme celui de l’auteur de l’un des ouvrages majeurs consultés pour l’élaboration de Yochishiryaku. Ce nom fait référence à celui du missionnaire londonien J. Goldsmith (de son vrai nom Richard Philips). Ce dernier est l’auteur de A Grammar of Geography for the Use of Schools, with Maps and Illustrations, une série largement utilisée comme manuels de géographie dans les écoles primaires anglaises19. Le livre original de Goldsmith, en langue anglaise, décrit les populations approximatives des cinq continents sous le titre « Catégories de races », avec des détails relatifs à la zone d’habitation, la population, les caractéristiques physiques et les stades de civilisation des « cinq races » : mongole, caucasienne, éthiopienne, malaise et américain20. Yochishiryaku présente la question des stades de la civilisation. Il classe la Chine, la Sibérie et la Turquie parmi les pays « semi civilisés », et les pays européens et les États-Unis parmi les pays « civilisés ». Il définit les pays « semi civilisés » comme ayant une constitution, des terres dé-privatisées par un souverain, etc.

Fukuzawa Yukichi, auteur de Sekai kunizukushi, collectionna également des livres occidentaux lors de ses voyages à l’étranger à la fin de la période Edo. Bien qu’il ne cite pas les titres des livres qu’il a consultés, Fukuzawa indique dans ses notes explicatives préliminaires qu’il n’a sélectionné et traduit que « des parties importantes des livres de géographie et d’histoire du monde déjà publiés en Angleterre et aux États-Unis » et souligne que « par conséquent, aucune de ses préférences personnelles n’y est incluse ». Cela reflète le contexte dans lequel les manuels scolaires s’appuyant sur la traduction « sont les plus appréciés, tant pour l’éducation à la civilisation que pour les nouveautés qu’ils apportent21 ».

Dans Sekai kunizukushi, Fukuzawa divise les humains en quatre catégories : « chaotique » (konton), « barbare » (ban'ya), « non encore civilisé (mikai) ou à moitié civilisé (hankai) » et « civilisé » (bunmeikaika). Les « personnes les plus inférieures », ou « chaotiques », sont celles qui parfois « mangent de la chair humaine », se battent entre elles, sont analphabètes, sans loi et sans manières. Les « natifs » (dojin) d’Australie et d’Afrique intérieure en sont des exemples. À « un degré au-dessus des sauvages », on retrouve les « barbares » représentés par les Tartares qui vivent dans le nord de la Chine, et les « indigènes » d’Arabie et d’Afrique du Nord. Les Chinois et certains autres Asiatiques sont considérés comme « non encore civilisés (mikai) ou à moitié civilisés (hankai) ». Enfin, les personnes « civilisées » (bunmeikaika) désignent celles qui valorisent les bonnes manières, sont modérées dans leurs émotions et s’engagent activement dans le travail universitaire, les arts et l’agriculture. Les États-Unis, l’Angleterre, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas en sont des modèles22. Fukuzawa proclame :

« Le monde est divisé en cinq races, dont les niveaux d’intelligence ne sont pas les mêmes, tout comme les coutumes et l’industrie des pays23. »

Les idées sur les stades de la civilisation présentées dans Sekai kunizukushi ont servi de base aux discussions qui ont été publiées dans d’autres manuels de géographie japonais, souvent dans la section « Stades de la civilisation » (bunmei no tōkyū) qui comprenait des sous-sections telles que « Barbare », « Sauvage », « Mi-civilisé » et « Eclairé ». Chaque sous-section comportait une définition rudimentaire de l’étape concernée et indiquait les noms de plusieurs pays. Ces sous-sections devaient offrir au lecteur des exemples permettant de visualiser les types de personnes et les origines qui composent chaque catégorie.

S’écartant de la convention des manuels scolaires occidentaux, l’Asie est au centre du premier volume de la série de Fukuzawa, qui fournit une quantité considérable de descriptions et d’illustrations de la Chine et des Chinois. Dans son analyse de la défaite de la Chine contre les Britanniques dans la guerre anglo-chinoise, qui entraîna le versement d’indemnités et le transfert de Hong Kong à la Grande-Bretagne, il soutient que la Chine « finit par s’attirer le mépris des autres pays parce qu’elle manquait de véritables patriotes24 ».

Face à l’empiètement des puissances occidentales, Fukuzawa ressentit l’urgence d’éduquer les femmes et les enfants afin de les encourager à cultiver un esprit patriotique. Il était convaincu qu'il y avait deux scénarios possibles pour l’avenir du Japon. Celui-ci pouvait soit subir le même sort que la Chine, soit atteindre le même niveau de civilisation que les nations occidentales. Pour Fukuzawa, l’avenir du Japon dépendait de la volonté des gens ordinaires, en particulier des enfants qui représentent l’avenir du pays et des femmes qui sont chargées de les élever, de s’intéresser activement aux arts, aux sciences et aux études à domicile. Il explique ainsi sa motivation à traduire et à introduire ces descriptions au Japon :

« On peut facilement imaginer que la source de la fortune et du malheur sous les cieux n’est autre que l’intelligence et la stupidité des gens. Mon seul espoir est que ce livre, Sekai kunizukushi, fasse comprendre aux enfants et aux femmes la formation du monde, ouvre la porte à cette connaissance et établisse ainsi la base du bien-être et du bonheur sous les cieux. »

À l’époque, les traductions de manuels scolaires étrangers étaient « très appréciées, car elles représentaient l’éducation des lumières et de la civilisation25 ».

Les écoles normales ont été créées en même temps que la promulgation du système éducatif à Meiji 5 (1872), date à laquelle la géographie a été intégrée au programme d’études.

Une illustration de la classification raciale

De droite à gauche :

Race blanche, première classe ; Race jaune, deuxième classe ; Race noire, troisième classe.

Bibliothèque principale de l'université de Kyoto.

Horikawa Kensai, Chikyū sanbutsu zasshi, Global Products Compendium, 1872, pour la traduction japonaise.

La figure 2, intitulée « Une illustration de la classification raciale », apparaît dans Chikyū sanbutsu zasshi (Global Products Compendium, M5/1872) et fut traduite d’un livre du géographe français Eugène Cortambert. Les titres en haut de page se lisent de droite à gauche :  Hakushu (Race blanche), Ōshu (Race jaune) et Kokushu (Race noire). Ceux qui figurent en dessous des illustrations se lisent comme suit : Dai-Ittō (première classe), Dai-Nitō (deuxième classe) et Dai-Santō (troisième classe). Alors que l’auteur français ajoute les « Malais », les « Polynésiens » et les « Américains » à la liste des « races générales », ce qui donne « six classifications raciales » au total, les trois précédentes sont considérées comme « les plus fondamentales ». Parmi celles-ci, il positionne la race blanche comme prééminente : « Ils sont les plus intelligents et les plus audacieux dans leurs compétences, et en tant que tels, ils sont considérés à l’heure actuelle comme la civilisation la plus avancée ». Il continue comme suit : « Les membres [de la race jaune] qui vivent à l’est sont civilisés depuis les temps anciens, mais ceux qui vivent au nord sont encore barbares dans leurs coutumes », ce qui fait évidemment la différence entre le niveau de civilisation de la Chine et du Japon oriental d’une part, et celui de l’Asie du Nord d’autre part26.

En 1874 (Meiji 7), le ministère de l’Éducation a publié Hyakka zensho Jinshu-hen (« Volume sur la race de l’Encyclopédie »), une traduction du chapitre « Physical History of Man-Ethnology » de Chambers’s Information for the People, un manuel anglais largement utilisé en Europe et aux États-Unis27. Ce manuel s’inspire des travaux des plus grands spécialistes de la race de l’époque tels que Johann F. Blumenbach (Allemagne), Georges Cuvier (France), James Cowles Prichard (Grande-Bretagne) et Daniel G. Brinton (États-Unis). Il a servi de guide aux enseignants et de modèle pour les discussions sur la race dans les manuels scolaires japonais, ce qui a permis la diffusion du mot jinshu au Japon.

La section sur les « Distinctions raciales » occupe une place importante dans presque tous les livres de géographie que j’ai examinés et qui ont été traduits et publiés au cours des dix premières années qui ont suivi la restauration de Meiji, quel que soit leur pays d’origine. Cette section apparaît au début de la plupart des livres, après une présentation de la population mondiale. Bien que les textes traduits indiquent rarement les années de publication et les titres de leurs sources, nous pouvons déduire, à partir des avant-propos et des notes explicatives des textes, que ce sont les manuels de géographie américains de Cornell et Mitchell, ainsi que les manuels de géographie britanniques de Goldsmith, qui ont été le plus souvent utilisés comme textes sources.

En complément de la liste ci-dessus, le Manuel de lecture de l’école primaire (Meiji 6) de l’École normale représente un autre exemple de manuel scolaire traduit et adapté au début de la période Meiji. Cet ouvrage a été réimprimé dans une grande partie du Japon jusqu’en Meiji 18 (1885) et sa diffusion a été si grande que, dans une enquête du ministère de l’Éducation sur la diffusion des manuels dans chaque préfecture, enquête qui fait l’objet d’un article dans le magazine du ministère de l’Éducation, cet ouvrage arrive classé deuxième après le Glossaire. Le premier chapitre du premier volume de ce manuel de lecture commence par cette phrase que les élèves de l’école élémentaire étaient tenus de réciter de mémoire : « Il existe cinq types de personnes vivant dans le monde : la race asiatique, la race européenne, la race malaise, la race américaine et la race africaine. Les Japonais font partie de la race asiatique ». Selon Nakamura, l’illustration qui accompagne ce passage n’est pas extraite du manuel original de M. Wilson sur lequel se base le Manuel de lecture. Elle est probablement  tirée de High School Geography (1860) de S. S. Cornell (voir  Fig. 3). Dans le Manuel de lecture de l’école élémentaire, cependant, les Chinois ont été remplacés par les Japonais, tandis que position et les attitudes des cinq races ont été modifiées (Nakamura 1984 : 58). L’illustration de Cornell sur les cinq races a également été adaptée pour le premier volume de l’ouvrage de Fukuzawa Yukichi intitulé On Matters Western (Keiō 2) (voir Fig. 4).

illustration of 5 races / On Matters Western

à gauche : Illustration de cinq races dans High School Geography (1860) par S. S. Cornell

à droite : Illustration dans On Matters Western de Fukuzawa  Yukichi (1866)

Au début de la période de Meiji, qui prônait la civilisation (bunmei), les manuels de géographie accordaient une grande attention aux pays européens « civilisés ». Il est intéressant de noter que même si les intellectuels japonais considéraient les Japonais comme plus civilisés que les Chinois, leurs publications consacrées aux étapes de la civilisation, basées sur les manuels occidentaux, ne situent pas explicitement le Japon dans la catégorie des pays civilisés ou à moitié civilisés (catégorie utilisée pour décrire la Chine et certains autres pays asiatiques). En conséquence, la plupart des lecteurs de ces livres ne connaissaient pas la façon dont le Japon se situait dans les différents stades de civilisation du point de vue occidental.

La deuxième décennie de l’ère Meiji (1878-1887)

Les textes déjà traduits ont continué à donner le ton au début de la deuxième décennie de la période Meiji. Bankoku chirishi (« Géographie du monde »), publié en 1877 (Meiji 10)28, mentionne comme sources d’information « l’atlas scolaire d’Augustus Mitchell (Model Geography), avec des extraits traduits du texte de géographie américain de Harper, du texte de géographie anglais de Goldsmith et d’autres » (« Note au lecteur »). De même, Bankoku chishi kaitei (« Guide de la géographie mondiale ») (Meiji 11)29 a également été publié en tant que « traduction ». Tous deux utilisent une « classification raciale » en cinq parties reposant sur Blumenbach, et tous deux énumèrent les « quatre degrés de civilisation » en tant que « barbare, sauvage, à moitié civilisé et éclairé », avec des définitions et des exemples donnés pour chacun. Cela s’exprime également de manière symbolique dans le titre de Bankoku chishi kaitei : le mot kaitei « guide » signifie également « rang ou grade ».

Les manuels scolaires du milieu de la deuxième décennie Meiji reflètent la situation intérieure du Japon, car le système éducatif abandonne les textes qui ne sont que des traductions d’originaux occidentaux. Le contenu de ces manuels était censé susciter un intérêt pour la géographie, par exemple, en soulignant l’importance « d’étudier les coutumes et les manières des Occidentaux aux yeux bleus et à la barbe rouge, des Chinois portant la “queue de cochon” et des autres étrangers qui vont et viennent dans nos ports et lieux de commerce international30 ».

Avec le « Règlement général pour l’enseignement élémentaire » adopté en Meiji 14, l’introduction de la géographie a été déplacée à l’école primaire de niveau moyen. En termes de contenu, les élèves devaient commencer par la géographie de la région entourant leur école, puis étudier d’abord la géographie du Japon et ensuite les grandes lignes de la géographie des autres pays. Au niveau supérieur de l’école primaire, les élèves étudiaient des thèmes tels que la Terre et sa surface, la biologie et les produits primaires de diverses nations.

Dans Bankoku chishiryaku, Shukan, Chiri sōron (« Abrégé de la géographie mondiale », Volume 1 - Introduction à la géographie, Meiji 15 [1882]) le genre humain est divisé en cinq races, illustrées comme suit31 (voir la Fig. 5).

Bankoku chishiryaku, Shukan, Chiri sōron

Fig. 5 : En haut, de droite à gauche : Caucasien, Mongol. En bas, de droite à gauche : Américain, Malaisien, Éthiopien, in Bankoku chishiryaku, Shukan, Chiri sōron, University of Tsukuba Library, Meiji 15.

Les manuels scolaires publiés de Meiji 10 à Meiji 20 reflètent un glissement vers une vision nippocentrique à la fois du monde en général et des tendances sociales intérieures du pays. Comme « le nombre de pays avec lesquels le Japon conclut des traités et des échanges commerciaux continu[ait] à augmenter », il y avait un intérêt accru à connaître les dispositions et les coutumes des nombreux Occidentaux et Chinois que l’on pouvait désormais croiser dans les villes portuaires du Japon. La section sur la « race » dans Chigaku shinpen (« Géographie - Nouvelle édition ») (Meiji 22) commence ainsi : « Avez-vous déjà vu un Occidental ? Leurs cheveux sont jaunes, leur peau est pâle, leurs yeux sont enfoncés et leur nez est proéminent ». Nous pouvons donc supposer qu’à cette date, les chances pour le citoyen moyen de voir des Occidentaux ou des Chinois avaient augmenté, du moins dans certaines régions du Japon32. Bankoku chishi (« Géographie mondiale ») (Meiji 24) mentionne également des « étrangers qui s’installent dans des endroits comme Yokohama et Kobe33 ».

Les années 10 de l’ère Meiji ont suscité une nouvelle attente d’une pédagogie japonaise indépendante. C’est à cette époque que le patriotisme a été introduit dans l’enseignement de la géographie par la notion de « lignée ininterrompue », dans le but de renforcer les fondations d’un État-nation centré sur l’empereur. Par exemple, dans Shinsen chiri shōshi [« Nouvelle brochure sur la géographie », 1879], on trouve la phrase suivante : « Les empereurs du Japon sont une seule lignée ininterrompue (bansei ikkei)34. » De même, les auteurs de Yochishiryaku (1879) affirment qu’il y a eu cent vingt-trois générations d’empereurs depuis l’empereur Jinmu35.

Cité comme texte source dans Bankoku chirishi (1877) et d’autres manuels, Haruperu-shi no chishi [« Le manuel de géographie de M. Harper »] semble faire référence à Harper's School Geography, With Maps and Illustrations36. Dans les éditions de 1878 et 1886 de ce dernier, « Conditions of Society » propose de diviser les gens (et leurs nations respectives) en cinq étapes en fonction de leur « condition sociale » : sauvages, barbares, nations à moitié civilisées, nations civilisées et nations éclairées. Ici, le concept d’» éclairé » élargit celui de « civilisé ». On les distingue de la manière suivante :

« Les nations civilisées sont celles qui font du commerce, pratiquent l’art de l’écriture et ont réalisé des progrès considérables dans leurs connaissances et leur moralité. Les nations éclairées sont les nations civilisées qui connaissent une stricte division du travail, ont établi des systèmes généraux d’éducation et ont fait les plus grands progrès en matière de connaissances et de moralité37. »

À la suite de ces définitions, celle-ci précise : « Les nations éclairées et civilisées sont presque toutes caucasiennes38. » Là encore, la place du Japon dans cette classification n’est pas mentionnée.

Il convient de noter que mes recherches n’ont permis de trouver aucun passage contenant le mot minzoku comme traduction de « race » dans les manuels de géographie du début de la période Meiji.

La troisième décennie Meiji (1888-1897)

La création de l’État-nation dans les années 20 de l’ère Meiji constitue un tournant important dans l’histoire du Japon moderne. La Constitution de l’Empire du Japon fut promulguée en Meiji 22 (1889), la première session de la Diète impériale et le Rescrit impérial sur l’éducation ont eu lieu l’année suivante. La première guerre sino-japonaise éclata peu après, en 1894 (M27), et prit fin l’année suivante.

Dans cette décennie, une nouvelle approche pédagogique voit le jour, qui lie la géographie à la prospérité et à la force de l’État. Cette approche est explicitement décrite dans les « Principes fondamentaux de l’éducation » de 1891. Son programme de formation morale, en particulier, met l’accent sur « l’encouragement du respect vis-à-vis de l’Empereur et de l’esprit patriotique, et sur l’énonciation des principes essentiels du devoir envers la nation ». En ce qui concerne les géographies japonaise et étrangère, il préconise « d’enseigner les éléments essentiels pour faire comprendre les aspects importants de la vie du peuple, tout en encourageant l’esprit patriotique ».

Cette insistance sur l’importance de l’esprit patriotique marque l’émergence d’une nouvelle tendance, qui diffère de celle que l’on trouve au début de la période de Meiji. Les « Principes fondamentaux » repositionnent l’enseignement de la géographie comme suit : « La géographie doit enseigner d’abord les océans, les continents et les cinq zones climatiques, puis la topographie, le climat, les produits et les races de chaque continent, et fournir les connaissances de base de la géographie de la Chine, de la Corée et de tout autre pays occupant une position importante vis-à-vis du Japon » (ministère de l'Éducation, 1891). 

Ici, la « race » revêt la même importance que la topographie, le climat et les produits nationaux. En outre, l’enseignement des bases de la géographie des pays présentant un intérêt pour le Japon, dont la Chine et la Corée (qui seront bientôt toutes deux partiellement sous la domination coloniale japonaise), semble avoir un lien avec la promotion de l’esprit patriotique mentionnée ci-dessus.

Au début de la période de Meiji, les livres et manuels de géographie étrangers traduits en japonais constituaient la majorité des manuels scolaires, mais l’ouvrage Géographie mondiale pour le collège (Meiji 29) critiquait ces livres en les qualifiant de « destinés aux élèves occidentaux, et inappropriés aux élèves de notre nation ». Une nouvelle approche fut cependant proposée : « Plutôt que d’étudier les différents pays du monde, [nos élèves] devraient apprendre en quoi notre empire leur est supérieur, et en étudiant ses caractéristiques naturelles et géographiques, apprendre à quel point celles-ci sont belles, et à quel point son climat est doux39. » Notons ici que l’étude de la géographie mondiale met l’accent non plus sur la connaissance des pays étrangers, mais sur la reconnaissance de la « supériorité » et de la « beauté » du Japon. 

Cet élargissement de l'esprit patriotique a été renforcé par le discours sur la « lignée » que l'on trouve dans des livres comme Nihonteikoku seijichiri (« Géographie politique de l’empire japonais », Meiji 26) : « Les races de notre empire ont toutes leurs origines dans la même lignée japonaise, et se rejoignent donc dans le concept du peuple japonais40. »

La troisième décennie a vu l’adoption d’un nouveau modèle, différent de celui du début de la période de Meiji, lequel s’était articulé autour de la classification des races du monde en cinq groupes, établie par Blumenbach. Ce nouveau modèle situait manifestement la « race aryenne » dans la « race caucasienne41 ». Contrairement aux ouvrages traduits du début de la période de Meiji, qui citent leurs sources, même de manière incomplète, les manuels de cette période ne fournissent pas de références claires quant aux sources de définition de la race aryenne ni quant au terme lui-même. Cependant, on constate l’influence des études raciales européennes de la fin du XIXe siècle, qui ont encore subdivisé et stratifié la race européenne. C’est également en Meiji 28 (1895) que l’économiste, historien et membre de la Chambre basse Taguchi Ukichi a présenté son « Nihonjinshuron (Sur la race japonaise) », qui s’appuie sur des preuves linguistiques pour affirmer que le peuple japonais appartient à la famille des langues aryennes42.

Comme on l’a indiqué, les manuels du début de la période de Meiji ne contiennent pas ou peu de références aux étapes de la civilisation et de l’éveil du peuple japonais lui-même. Mais les années 20 de l’ère Meiji ont vu émerger des textes qui s’écartent des théories raciales européennes centrées sur les travaux de Blumenbach et de Cuvier, en décrivant les races mongoles ou japonaise comme aussi éclairées et civilisées que la race caucasienne :

« [Après avoir proposé une classification raciale quintuple qui inclut la race asiatique, la race européenne, etc.] Alors que les Européens et les Asiatiques sont intellectuellement les plus avancés parmi les cinq races, et sont soit civilisés soit à moitié civilisés, les trois autres races sont généralement ignorantes et les gens sont en grande partie non civilisés ou barbares43. »

« [Parmi les races jaunes], nous, Japonais et Chinois, sommes les plus avancés. »

« [La race blanche] comprend certaines nations qui sont intellectuellement supérieures et les plus vigoureuses du monde44. »

Comme on peut le remarquer dans les citations ci-dessus, les livres dans lesquels les « Chinois » sont classés avec les Japonais au sommet de la race mongole, coexistent avec les livres d’autocélébration manifeste dans lesquels le Japon se vante de sa propre supériorité ou beauté.

« La Chine, l’Inde et la Perse ont connu de grandes civilisations dans les temps anciens, créant de grandes choses dont les pays voisins ont également profité, et produisant des héros indomptables les uns après les autres... mais récemment, leur pouvoir a décliné... Aujourd’hui, il n’y a que dans notre grande nation, dans le seul Japon, en tant que monarchie constitutionnelle de lignée impériale ininterrompue, que le pouvoir augmente de jour en jour, que la culture progresse chaque mois et que le système politique national est qualifié45 (...) ».

Et plus loin : « Ceux des races caucasienne et mongole, qui vivent dans les zones tempérées de l’hémisphère nord, sont les plus civilisés, les plus vigoureux46 (...) ».

Ainsi, de nombreux manuels ont placé le Japon au sommet de la « race jaune » en soulignant sa supériorité relative par rapport aux autres peuples appartenant à cette même race47. En rejetant le schéma d’opposition binaire « races blanches contre races de couleur », jugé évident en Europe et en Amérique, et en regroupant la « race caucasienne » et la « race mongole » (ou « race asiatique »), cette toute nouvelle interprétation postule l’existence de ces deux races et des « trois autres races ».

Au début de l’ère Meiji, des arguments avaient déjà été avancés pour lier la race au degré de civilisation, et cette tendance s’est poursuivie pendant la troisième décennie. Par exemple, la citation suivante, tirée du premier volume de Shōgaku bankoku chishi shukan (« Géographie du monde à l’école primaire »), montre que la classification en « quatre étapes », telle qu’elle est présentée dans les manuels scolaires occidentaux importés au début de l’ère Meiji, a été maintenue pendant cette période.

« En comparant l’état d’intelligence et de civilisation des peuples des différents pays du monde, nous pouvons diviser leur niveau de progrès en quatre étapes : civilisé, mi-civilisé, non civilisé et barbare48. »

« Au sein des cinq races, les deux races d’Europe et d’Asie sont avancées dans leurs connaissances et sont civilisées ou à moitié civilisées, tandis que les trois autres races sont généralement ignorantes et peu éclairées, un grand nombre de leurs habitants étant des sauvages non civilisés49. »

Au début de cette section sur la « race (jinshu) », après avoir affirmé que l’apparence des Chinois n’est pas si différente de la nôtre (celle des Japonais), on trouve la phrase suivante : « Avez-vous déjà vu un Occidental ? Leur peau est pâle, leur nez proéminent, et leur apparence est généralement différente de la nôtre. » Ici, la couleur de peau « pâle » et les nez « proéminents » sont donnés comme exemples de caractéristiques raciales50.

C’est à la fin des années 1880 que le terme minzoku a commencé à apparaître et à circuler dans son sens contemporain51. La création de la revue Nihonjin (Les Japonais) et du journal Nihon (Japon) en 1888, six ans avant le déclenchement de la guerre sino-japonaise (1894-1895), a contribué à la diffusion nationale du terme minzoku (« nation », « groupe ethnique » ou « peuple ») tel qu’il est compris aujourd’hui. Ce terme, du moins à ses débuts, était inséparable de la « nation » et du « nationalisme » japonais.

La quatrième décennie de la période Meiji (1898-1907)

Le ministère de l’Éducation a de nouveau révisé la loi régissant les écoles élémentaires en Meiji 33 (1900), en décrétant la gratuité de l’enseignement obligatoire dans les écoles élémentaires publiques. Le taux de fréquentation a ainsi atteint 90 %52. Cependant, 40 % des élèves de l’école élémentaire échouaient ou quittaient l’école sans avoir obtenu leur diplôme, et beaucoup d’entre eux abandonnaient avant d’avoir terminé leur scolarité obligatoire afin d’aider financièrement leur famille. Cette nouvelle loi instituait la géographie comme un cours pour l’école élémentaire supérieure (école intermédiaire), en la retirant du programme de l’école élémentaire ordinaire. La loi sur la formation des enseignants de Meiji 30 établit la section de géographie/histoire au sein du programme principal des écoles normales, ce qui constituait le prototype de l’enseignement de la géographie. Alors que la géographie japonaise et la géographie étrangère étaient traitées séparément dans le cadre de la loi Meiji 23 de l’école primaire, elles étaient regroupées ici en une seule classe de « géographie ».

Climat et civilisation

À côté de données telles que l’apparence extérieure et la langue, le climat devint un critère supplémentaire de classification. Le passage suivant tiré du manuel de Meiji 34, Géographie pour le niveau intermédiaire-Pays étrangers, enseigne que le climat, à côté des différences comme l’intelligence innée et le niveau de civilisation, est également un déterminant important dans la « capacité de reproduction raciale » : « La capacité de reproduction raciale est régie non seulement par l’intelligence naturelle et le climat, mais aussi par le degré de civilisation, la constitution individuelle, les coutumes sociales et les pratiques culturelles. » De même, « dans les climats tempérés, le travail acharné est toujours récompensé par un résultat proportionné, car l’esprit et le corps se développent parallèlement à l’énergie consacrée aux arts et à l’étude53 ».

À partir du milieu de la troisième décennie de l’ère Meiji, le climat apparaît comme associé à la race54. Au cours de la quatrième décennie, des passages plus longs apparaissent sur la question :

« [Après avoir énuméré les cinq races – caucasienne, mongole, “éthiopienne”, malaise et américaine] … Un climat modéré est le milieu le plus propice à la pleine réalisation de la reproduction et du développement de l’espèce humaine... Il est évident que les régions subtropicales correspondent à ce milieu et que la majorité des nations civilisées et éclairées vivent sous ces latitudes55 ».

 

Ces textes établissent un lien étroit entre la race et le climat et, comme le montrent les passages ci-dessous, les zones tempérées sont considérées comme le climat le plus propice à la reproduction et à la croissance de l’espèce humaine. Ces textes formulent l’idée que la majorité des peuples civilisés et éclairés vivent en fait dans des zones tempérées, et affirment que, parce que les Japonais vivent dans un climat tempéré comme les peuples d’Europe occidentale et des États-Unis, ils doivent donc être également civilisés et éclairés.

On trouve également des passages qui considèrent la forme de gouvernement du Japon comme une preuve de son progrès national : « Notre pays est le seul à pouvoir se targuer d’une autocratie, même parmi les grandes nations d’Europe56. »

Minorités et régime impérial

Durant les années 30 de l’ère Meiji, après la première guerre sino-japonaise, le nationalisme exacerbé et la pensée suprémaciste Yamato se concrétisent dans la description des minorités qui vivent sous la domination impériale japonaise, à savoir les Aïnous, les habitants des îles Ryūkyū et les peuples de Taïwan. Le texte suivant est tiré du manuel intitulé La Géographie de notre pays pour le collège datant de Meiji 34  :

« Alors que les habitants de notre nation appartiennent tous à la race jaune (jinshu), ils peuvent être divisés en cinq groupes raciaux (shuzoku) selon leur langue, leurs coutumes, leur disposition et leur apparence : la race Yamato (shu), la race Ryūkyū, la race Aïnou, la race Han et la race taïwanaise.57 »

En d’autres termes, s’ils sont du même jinshu, leur shu dépend de leur langue, de leurs coutumes, de leur apparence et ainsi de suite, ce qui positionne le shu comme un concept subordonné au jinshu. Le texte poursuit en faisant l’éloge de la « race Yamato58 ».

Le livre est ouvertement méprisant envers les Aïnous : « Bien qu’audacieux par nature, ils sont une race ignorante et non civilisée [shuzoku], et sont plutôt à plaindre59. » Sur la « race Ryūkyū », cependant, le texte ne porte pas de jugement : « La science raciale n’a pas encore pu déterminer s’il s'agit ou non d’une race distincte ». Quant à la « race Han », « ils résident à Taïwan, venant en grande partie des régions du Fujian et du Guangdong sous la dynastie Ming ». Les « aborigènes taïwanais », en revanche, sont décrits comme suit : « Leurs coutumes et pratiques ne diffèrent guère de celles des Chinois, et les tribus sont en grande partie sauvages et sanguinaires60. »

Le manuel Géographie élémentaire pour le collège : le Japon (Meiji 33)61 aborde également les Aïnous, les Taïwanais, et les habitants des Îles Ryūkyū ainsi que la race Yamato. Ce texte différencie les races des Taïwanais, des habitants des Îles Ryūkyū et des Aïnous vivant sous la domination impériale de la puissante race Yamato, et indique que ces autres races, conquises par les Yamato, ont modifié leurs coutumes et sont donc devenues presque la même race.

Dans le manuel Géographie pour l’enseignement général « la race [shuzoku] indo-germanique » est décrite comme celle « ayant la civilisation la plus avancée », tout en affirmant que la « civilisation caractéristique de la race mongole a atteint à un moment donné des degrés élevés, mais qu’elle est maintenant tombée derrière la race caucasienne (...) et c’est à cette race (jinshu) mongole que notre peuple (shuzoku) Yamato appartient62 ».

Ainsi, la notion scientifique de classement des civilisations en fonction de leur supériorité ou infériorité relative, importée au début de la période Meiji, s’est transformée en un moyen de justifier le contrôle colonial des populations minoritaires au sein de l’empire japonais63.

La cinquième décennie Meiji (1908-1912)

Le traité de Portsmouth (1905), qui mit fin à la guerre russo-japonaise, accorda au Japon le contrôle colonial exclusif de l’empire coréen. Par la suite, le Japon continua l’expansion de son empire colonial en envahissant militairement les nations asiatiques voisines. C’est dans le volume II de l’ouvrage Géographie élémentaire pour le niveau supérieur qu’apparaît la phrase suivante qui fait l’éloge de l’empire du Japon  : « favorisé d’avoir à sa tête un empereur à la lignée ininterrompue, rempli de loyauté envers son unique souverain et d’amour de la patrie64 ».

Selon l’historien des idées japonais Shin’ichi Yamamuro, un « discours d’harmonie Est-Ouest » visant à la fois l’Occident et l’Orient est apparu au Japon après la guerre russo-japonaise de 1904-1905, et certains ont commencé à vanter l’idée que le Japon avait pour mission d’éclairer le reste de l’Asie de l’Est en sa qualité de leader de la civilisation asiatique65. Cette idée paternaliste selon laquelle le Japon avait pour mission d’apporter la civilisation au reste de l’Asie relevait d’une mentalité colonialiste. Elle déboucha sur une expansion impérialiste visant à transformer les peuples colonisés de Taiwan et de Corée en sujets de l’empereur.

« Ethnicité (minzoku) »

Le mot minzoku est pratiquement absent des manuels de géographie datant de la première moitié de la période Meiji, mais il apparaît dans Introduction à la géographie (Meiji 36)66 citée ci-dessus : « C’est à cette race (la race mongole) que notre peuple (minzoku) Yamato appartient67. »

Bien que cela dépasse le cadre de cet article, il convient de souligner que, de la guerre russo-japonaise (1904-1905) à la Première Guerre mondiale, l’agression japonaise en Asie et l’expansion de l’empire japonais se sont déroulées parallèlement à une forte augmentation du nombre de pages consacrées à la géographie étrangère dans les manuels scolaires japonais.

De « Quitter l’Asie, entrer en Europe » à la construction de l’empire japonais

Cet article a examiné les descriptions de la race (jinshu) et des termes connexes dans les livres et manuels de géographie japonais de la fin de la période Edo jusqu’à la fin de la période Meiji. Il a mis en lumière la transformation qui s’est produite à la fois dans le contenu des manuels de géographie concernant les pays étrangers et dans le rôle qu’ont joué ces ouvrages. Des manuels d’abord similaires aux ouvrages d’importation ont subi un changement radical avec l’expansion de l’empire japonais au milieu de cette période.

Après la première guerre sino-japonaise, le Japon a commencé à nourrir un sentiment de supériorité, non seulement vis-à-vis de la Chine mais aussi de toute l’Asie. Wang Ping, qui a écrit sur les changements dans la perception qu’a eue le Japon de la Chine, soutient que la victoire du Japon dans la première guerre sino-japonaise a été un moment décisif : « [Après la guerre,] il était facile pour le Japon de remplacer le modèle “Civilisation = l’Occident vs. les barbares = l’Orient”, par “Japon = civilisation = l’Occident vs. la Chine = les barbares = l’Orient”68 ».

Tout au long de la période Meiji, les dichotomies et positionnements raciaux décrits dans les manuels montrent une transformation importante dans l’épistémologie japonaise sur la race : la dichotomie originale « les races blanches contre les races de couleur » est devenue « les races blanche et mongole contre d’autres races », puis « la race blanche, la race chinoise et la race japonaise contre d’autres races », et enfin « la race blanche et la race Yamato contre toutes les autres races ».

Ces concepts ont ensuite été utilisés à partir du milieu de la période Meiji pour évaluer la dynamique du pouvoir entre le Japon et d’autres pays, et pour inculquer l’idée que les Japonais étaient à un niveau de civilisation égal à celui des Blancs. En même temps, ils ont servi d’outil central pour renforcer le contrôle colonial d’autres régions d’Asie et des peuples minoritaires environnants comme les Aïnous, le peuple Ryūkyū et les peuples indigènes de Taïwan, tout en mobilisant les discours au sujet de la famille impériale et de la lignée japonaise pour accroître la conscience ethnique et nationale.

Au Japon, le concept de « race » (jinshu) a été interprété et transformé en stades supposés de civilisation, devenant un marqueur non-physique et invisible. Le stade le plus élevé était considéré comme atteignable par les pays les moins bien classés, en particulier par le Japon. La couleur de la peau et la forme de la tête, qui étaient des marqueurs et des dispositifs visibles et essentiels utilisés pour justifier le colonialisme en Europe et aux États-Unis, ont été remplacés par l’indice invisible de la « civilisation ».

Déplier la liste des notes et références
Retour vers la note de texte 9830

1

Yasuko Takezawa, « Translating and Transforming ‘Race’: Early Meiji Period Textbooks », Japanese Studies 35 (1), 2015, p. 5-21.

Retour vers la note de texte 9765

2

Voir : Christine Rogers Stanton, « The Curricular Indian Agent: Discursive Colonization and Indigenous (Dys)Agency in U.S. History Textbooks », Curriculum Inquiry 44 (5), 2014, p. 649-676 ;

J. A. Mangan, The Imperial Curriculum: Racial Images and Education in the British Colonial Expérience, Londres et New York, Routledge, 2012 (1993) ;

Marta Araújo, Silvia Rodríguez Maeso, « History Textbooks, Racism and the Critique of Eurocentrism: Beyond Rectification or Compensation », Ethnic and Racial Studies 35 (7), 2012, p. 1266-1286 ;

M. Spearman, « Race in Elementary Geography Textbooks: Examples from South Carolina, 1890–1927 », in C. Woyshner et C.H. Bohan (éd.), Histories of Social Studies and Race, New York, Palgrave and Macmillan, 2012, p. 115-134 ;

Gilmer Blackburn, Education in the Third Reich: Race and History in Nazi Textbooks, Albany et New York, SUNY Press, 1985 ;

A. M. C. Maddrell, « Discourses of Race and Gender and the Comparative Method in Geography School Texts 1830–1918 », Environment and Planning D: Society and Space 16 (1), 1998, p. 81-103.

Retour vers la note de texte 9766

3

La plupart des documents examinés dans cet article proviennent de la collection de livres rares de l’Université de Tsukuba (anciennement École normale supérieure de Tokyo), de la bibliothèque de l’Université de Kyoto, du Centre de recherche sur les manuels scolaires (Tokyo) et de la collection numérique moderne de la bibliothèque nationale de la Diète.

Retour vers la note de texte 9767

4

Le caractère ban vient de Chine. Il se réfère aux autres peuples et est associé à d’autres caractères signifiant les quatre points cardinaux. Comme les navires européens venaient du sud, leurs passagers furent appelés nanban.

Retour vers la note de texte 9768

5

Dans ce texte, l’ordre des noms des personnages historiques japonais se fonde sur l’usage japonais selon lequel le nom de famille précède le prénom. Les autres noms propres japonais sont présentés selon l’usage occidental.

Retour vers la note de texte 9769

6

Arai Hakuseki, « Seiyōkibun [Nouvelles de l’Ouest] », in Mishima Saiji (dir.), Nanbankibunsen [Une anthologie de Nanban], Tokyo, Shūhōkaku, 1926 (1715), p. 7-8.

Retour vers la note de texte 9770

7

Les rangaku ou « études néerlandaises » désignent l’étude des savoirs obtenus par l’intermédiaire des marchands néerlandais résidant à Nagazaki, dans l’île de Deijima, et des livres traduits en japonais.

Ces études ont apporté au Japon des éléments du savoir occidental, en particulier en sciences et en médecine.

Retour vers la note de texte 9771

8

Takahashi Kunitarō, « Oranda wo tsūjite inyū sareta Furansu bunka », in Ogata Tomio (dir.), Rangaku to Nihon bunka [Études hollandaises et culture japonaise], Tokyo, University of Tokyo Press, 1971, p. 167-169.

Retour vers la note de texte 9772

9

Watanabe Kazan, « Shinkiron [Une proposition privée] », in Satō Shōsuke, Uete Michiari, Yamaguchi Muneyuki (dirs.), Watanabe Kazan, Takano Chōei, Sakuma Shōzan, Yokoi Shōnan, Hashimoto Sanai, Nihonshisōtaikei 55 [Watanabe Kazan, Takano Chōei, Sakuma Shōzan, Yokoi Shōnan, Hashimoto Sanai, Système de pensée japonais 55], Tokyo, Iwanami shoten, 1971 (1838), p. 69.

Retour vers la note de texte 9773

10

Watanabe Kazan, « Gaikoku jijōsho [Sur les affaires étrangères] », in Satō Shōsuke, Uete Michiari, Yamaguchi Muneyuki (dirs.), Watanabe Kazan, Takano Chōei, Sakuma Shōzan, Yokoi Shōnan, Hashimoto Sanai, Nihonshisōtaikei, p. 31.

Retour vers la note de texte 9774

11

Watanabe Kazan, « Saikō seiyō jijōsho [Sur les affaires occidentales - révisé] », in Satō Shōsuke, Uete Michiari, Yamaguchi Muneyuki (dirs.), Watanabe Kazan, Takano Chōei, Sakuma Shōzan, Yokoi Shōnan, Hashimoto Sanai, Nihonshisōtaikei 55, p. 49.

Retour vers la note de texte 9775

12

J’ai recherché dans la base de données des livres anciens classiques chinois, qui contient plus de dix mille titres de livres chinois, de l’époque pré-Qin (778-206 avant J.-C.) à la période républicaine (1912-1949), des exemples de ce composé figurant dans des ouvrages imprimés en Chine entre 1750 et 1840. Voir Li Gāng, Jingkangzhuanxinlu 靖康傳信錄 (Comptes rendus des histoires transmises à l’ère Jingkang, Ginza, Yamashiroya Masakichi, 1865 [1127]).

Retour vers la note de texte 9776

13

Nakamura Kikuji, Kyōkasho no shakaishi : Meijiishin kara haisen made [Histoire sociale des manuels scolaires : De la restauration de Meiji à la défaite de la guerre], Tokyo, Iwanami shoten, 1992, p. 2-3.

Retour vers la note de texte 9777

14

Ronald Dore, Education in the Edo Period, Berkeley/Los Angeles, University of California Press, 1965;

Herbert Passin, Education and Japan’s Modernization, Teachers College, Columbia University, 1965.

Citation tirée de Saitō Yasuo, « Shikijinōryoku, shikijiritsuno rekisjitekisuii: Nihon no keiken [Changements historiques en matière d’alphabétisation et de taux d’alphabétisation – l’expérience japonaise] », Kokusaikyōryokuronshū 15 (1), 2012, p. 51-62.

Retour vers la note de texte 9778

15

Katō Shūichi attribue cette performance à la pratique alors courante consistant à emprunter les termes correspondants traduits et déjà utilisés en chinois pour l’introduction de mots européens et américains en japonais. Katō Shūichi, « Meiji shoki no honyaku [Traduction au début de la période Meiji] », in Katō Shūichi, Maruyama Masao, Honyaku no shisō [Philosophie de la traduction] Tokyo, Iwanami shoten, 1991, p. 342-380.

Voir aussi Andre Haag, « Maruyama Masao and Katō Shūichi on Translation and Japanese Modernity », Review of Japanese Culture and Society 20, 2008, p. 15-46.

Retour vers la note de texte 9779

16

Contrairement au système actuel dans lequel le nombre de cours augmente au fur et à mesure que les élèves passent d’une classe à l’autre, pendant la période Meiji, le nombre a tout d’abord été élevé puis a diminué. Les cours de calligraphie s’arrêtent au niveau 8 de la division supérieure (10 ans). Ministry of Education, « Chart of Regulations for Elementary Education », (Addendum to the Ministry of Education Notification of November 10, 1872 - Meiji 5), [en ligne].

Retour vers la note de texte 9780

17

Ouvrage ayant servi de manuel scolaire pour les élèves de l’école primaire jusqu’au collège, et de livre éducatif pour les adultes.

Retour vers la note de texte 9781

18

Masuno Keiko, « Mieru minzoku mienai minzoku: Yochishiryaku no sekaikan [Race visible, race invisible, Cosmologie de Yochishiryaku] », in Kanagawa Daigaku 21 seiki COE program  (dir.), Hanga to shashin: 19seiki kōhan dekigoto to image no sōshutsu [Gravures sur bois et photographies : La fin du XIXe siècle - La création d’événements et d’images], 2006, p. 50-51.

Retour vers la note de texte 9782

19

Ces manuels scolaires de géographie étaient généralement disponibles en plusieurs versions ou comportaient des ouvrages similaires avec des titres différents. O. F. G. Sitwell, Four Centuries of Special Geography, Vancouver, University of British Columbia Press, 1993.

Retour vers la note de texte 9783

20

J. Goldsmith, W. Webster, A Grammar of Geography for the Use of Schools, with the Maps and Illustrations, Londres, William Tegg, 1868.

Retour vers la note de texte 9784

21

Tokyo Shoseki Co. Ltd. Company History Editorial Committee, Kyōkasho no hensen: Tokyo shoseki gojūnen no ayumi  [Tokyo Shoseki - 50 ans de progrès], Tokyo, Tokyo shoseki kabushiki gaisha, 1959, p. 13.

Retour vers la note de texte 9785

22

Fukuzawa Yukichi, « Sekai kunizukushi [Compte des pays du monde] », Nakagawa Shinya (dir.), Fukuzawa Yukichi chosakushū dai 2 kan [L’œuvre complète de Fukuzawa Yukichi, Vol. 2], Tokyo, Keio gijuku daigaku shuppankai, 2002, p. 64.

Retour vers la note de texte 9833

23

Fukuzawa Yukichi, « Sekai kunizukushi [Compte des pays du monde] », Nakagawa Shinya (dir.), Fukuzawa Yukichi chosakushū dai 2 kan [L’œuvre complète de Fukuzawa Yukichi, Vol. 2], Tokyo, Keio gijuku daigaku shuppankai, 2002, p. 27.

Retour vers la note de texte 9834

24

Fukuzawa Yukichi, « Sekai kunizukushi [Compte des pays du monde] », Nakagawa Shinya (dir.), Fukuzawa Yukichi chosakushū dai 2 kan [L’œuvre complète de Fukuzawa Yukichi, Vol. 2], Tokyo, Keio gijuku daigaku shuppankai, 2002, p. 97.

Retour vers la note de texte 9835

25

Tokyo Shoseki Co. Ltd. Company History Editorial Committee, Kyōkasho no hensen, 1959, p. 13.

C’est ce qui ressort du passage suivant de la note préliminaire, dans les « points essentiels » extraits des textes de géographie occidentale, « sans interpolation de mon propre point de vue ». Fukuzawa, « Sekai kunizukushi », note préliminaire.

Retour vers la note de texte 9786

26

Eugène Cortambert, Chikyū sanbutsu zasshi [Compendium des produits mondiaux], trad. par Horikawa Kensai, publié par Izumiya Hanbei 1872 (Meiji 5), p.1-3.

Retour vers la note de texte 9787

27

Akiyama Tsunetarō, Hyakkazensho Jinshuhen [Encyclopédie, Volume sur la race], trad., Tokyo, Monbushō, 1874 (Meiji 7) ; William Chambers et Robert Chambers, Chambers’s Information for the People: New and Improved Edition, Philadelphia, J.B. Lippincott & Co., 1867.

Retour vers la note de texte 9788

28

Uchida Yoshikazu, Chigaku shinpen [Géographie - Nouvelle édition], Tokyo, Kinkōdōshoseki, 1877 (Meiji 10).

Retour vers la note de texte 9789

29

Miccheru, Bankoku chishi kaitei [Guide de la géographie mondiale], Tokyo, Ejima Ihei, 1878 (Meiji 11).

Retour vers la note de texte 9790

30

Yamada Yukimoto, Shinsen chiri shōshi kan-ni [Brochure sur la géographie - nouvellement compilée, vol.2], Tokyo, Kōfūkan, 1879 (Meiji 12).

Retour vers la note de texte 9791

31

Shihan gakkō, Bankoku chishiryaku, Shukan, Chiri sōron, Tokyo, Ministère de l’éducation, 1874 (Meiji 7).

Retour vers la note de texte 9792

32

Uchida Yoshikazu, Chigaku shinpen [Géographie - Nouvelle édition], Tokyo, Kinkōdōshoseki, 1877 (Meiji 10).

Retour vers la note de texte 9793

33

HATA Masajirō, Chūtōkyōiku bankokuchishi [Géographie mondiale pour le collège], Tokyo, Hakubunkan, 1891 (Meiji 24).

Retour vers la note de texte 9794

34

Yamada Yukimoto, Shinsen chiri shōshi kan-ni [Brochure sur la géographie - nouvellement compilée, vol.2], Tokyo, Kōfūkan, 1879 (Meiji 12).

Retour vers la note de texte 9795

35

Yamada Yukimoto, Shinsen chiri shōshi kan-ni [Brochure sur la géographie - nouvellement compilée, vol.2], Tokyo, Kōfūkan, 1879(Meiji 12).

Les historiens ont montré que ce discours était l’une des « traditions inventées » de la période Meiji.

Retour vers la note de texte 9796

36

Ritter Harper et Humbolt Harper, Harper's School Geography with Maps and Illustrations, New York, Harper & Brothers, 1886. Cette mention dans Bankoku chirishi suppose qu’une édition de la Harper's School Geography a été publiée avant 1877, mais je ne suis pas encore en mesure de le confirmer.

Retour vers la note de texte 9797

37

Ritter Harper et Humbolt Harper, Harper's School Geography with Maps and Illustrations, New York, Harper & Brothers, 1886. p. 18.

Retour vers la note de texte 9798

38

Ritter Harper et Humbolt Harper, Harper's School Geography with Maps and Illustrations, New York, Harper & Brothers, 1886. Geography p. 19.

Retour vers la note de texte 9799

39

Noguchi Yasuoki, Chūgaku bankokuchishi jōkan, Tokyo, Seibidō, 1896 (Meiji 29), p. 2-3.

Retour vers la note de texte 9800

40

Yazu Masanaga, Nihonteikoku seijichiri, Tokyo, Maruzenshōsha, 1893 (Meiji 26), p. 47.

Retour vers la note de texte 9801

41

Jonsuton Keisu, Chūtōkyōiku Joshi chirikyōkasho dai-i-chitsu [Niveau d’enseignement intermédiaire - Manuel de géographie de Johnston, première partie], Tokyo, Uchida rokakuho publishing co., 1888-1890.

Contient la note explicative suivante : « Les Aryens » « sont venus d’Asie centrale et se sont répandus parmi les ethnies dans toutes les directions » (p.150) ; la « race aryenne [jinshu] » apparaît également dans Noguchi Yasuoki, Chūgaku bankokuchishi jōkan, Tokyo, Seibidō, 1896 (Meiji 29).

Retour vers la note de texte 9802

42

Taguchi Ukichi, « Nihonjinshuron [Sur la race japonaise] », in Rakutenroku [Un bilan d’optimisme], 1898 (Meiji 31) ; Taguchi Ukichi, « Kokugogakuyori kansatsushitaru jinshu no shodai [La première génération de la race telle qu’elle est observée dans la philologie japonaise] », Shigakuzasshi 12(6), 1901 (Meiji 34), p. 1-28.

Retour vers la note de texte 9803

43

Hata Masajirō, Chūtō kyōiku, Tokyo, Hakubunkan, 1891(Meiji 24), p. 20.

Retour vers la note de texte 9804

44

Kinkōdōshosekigaishahenshūjo (dir.), Shōgaku bankoku chishi shukan [Ecole élémentaire - Géographie du monde, vol. 1], Tokyo, Kinkōdō, 1894 (Meiji 27), p. 37-38 ; Miyake Yonekichi, Chūgaku gaikoku chisi zen [Collège - Géographie étrangère, complet], Tokyo, Kinkōdō, 1896 (Meiji 29), p. 27-28.

Retour vers la note de texte 9805

45

Takashiro Yogorō (dir.), Bankoku shinchishi kannojō [Nouvelle géographie du monde, vol.1], Tokyo, Shishodō, 1894 (Meiji 27), p. 47.

Retour vers la note de texte 9806

46

Yamada Yukimoto (dir.), Shin chishi [Nouvelle géographie], Uehara Saiichirō, 1893 (Meiji 26), p. 8.

Retour vers la note de texte 9807

47

Outre ce qui précède, d’autres ouvrages décrivent la « race » [jinshu]. Il s’agit notamment de Nakamura Goroku (dir.), Chūtō chiri bankokushi [Géographie du monde pour le niveau intermédiaire], Meiji 25 ; Matsushima Takeshi, Kinsei shōchirigaku gaikoku no bu [Géographie moderne pour le niveau élémentaire : pays étrangers], 1895 (Meiji 28) ; Miyake Yonekichi, Chūgaku gaikoku chisi zen [Collège - Géographie étrangère, complet], Tokyo, Kinkōdō, 1896 (Meiji 29 ; Noguchi Yasuoki, Chūgaku bankokuchishi jōkan, Tokyo, Seibidō, 1896 (Meiji 29). Certains d’entre eux emploient également le terme shu à côté de jinshu.

Retour vers la note de texte 9808

48

Shōgaku bankoku chishi shukan [Géographie du monde à l’école primaire] (Meiji 27 : 39).

Retour vers la note de texte 9809

49

Kōtō shōgaku bankoku chiri (« Géographie mondiale pour l’École primaire supérieure ») (Meiji 26 : 64).

Retour vers la note de texte 9810

50

Shibue Tamotsu, Kōtō shōgaku bankoku chiri, Tokyo, Hakubunkan, 1893 (Meiji 26), p. 61.

Retour vers la note de texte 9811

51

Yun Koncha, Minzoku gensō no satetsu [L’échec de l’illusion de l’ethnicité], Tokyo, Iwanami shoten, 1994.

Retour vers la note de texte 9812

52

Archives nationales « l’éducation à l’ère Meiji » [en ligne].

Retour vers la note de texte 9813

53

Yokoyama Matajirō, Chūtō chibungaku [Géographie physique pour le niveau moyen], Tokyo, Hōeikan, 1900 (Meiji 33)

Retour vers la note de texte 9814

54

Voir aussi : Matsushima Takeshi, Kinsei shōchirigaku gaikoku no bu [Géographie moderne pour le niveau élémentaire : Pays étrangers], Tokyo, 1895 (Meiji 28) ; Ono Masayoshi et Muraki Kangō, Chūtō shinchiri gaikoku no bu [Géographie des pays étrangers à l’école intermédiaire], Tokyo, Rokumeikan, 1901(Meiji 34), p. 287.

Retour vers la note de texte 9815

55

Nakamura Goroku (dir.)., Chūtō chiri chirigaku [Géographie pour le niveau moyen], Tokyo, Bungakusha 1891 (Meiji 24), p. 53-54.

Retour vers la note de texte 9816

56

Yamanoue Manjirō, Saikin tōgōgaikokuchiri chūgakuyō jō [Géographie étrangère intégrée récemment pour les écoles intermédiaires], Tokyo, Dainippon tosho kabushikigaisha, 1906 (Meiji 39), p. 11.

Retour vers la note de texte 9818

57

Satō Denzō (dir.), Chūgaku honpō chiri kyōkasho [Manuel scolaire de géographie japonaise pour le collège], Tokyo, Rokumeikan, 1901 (Meiji 34), p. 26.

Retour vers la note de texte 9819

58

Satō Denzō (dir.), Chūgaku honpō chiri kyōkasho [Manuel scolaire de géographie japonaise pour le collège], Tokyo, Rokumeikan, 1901 (Meiji 34), p. 26-27.

Retour vers la note de texte 9820

59

Satō Denzō (dir.), Chūgaku honpō chiri kyōkasho [Manuel scolaire de géographie japonaise pour le collège], Tokyo, Rokumeikan, 1901 (Meiji 34), p. 27.

Retour vers la note de texte 9821

60

Satō Denzō (dir.), Chūgaku honpō chiri kyōkasho [Manuel scolaire de géographie japonaise pour le collège], Tokyo, Rokumeikan, 1901 (Meiji 34), p. 28.

Retour vers la note de texte 9822

61

Le texte reflète l’esprit du temps de la période Meiji en plaidant pour la supériorité du peuple Yamato tout en soulignant le respect pour la famille impériale. Bungausha (dir.), Chūtō shōchiri honpō no bu, Tokyo, Bungakusha, 1900 (Meiji 33), p. 17-18.

Retour vers la note de texte 9823

62

Yamazaki Naokata, Chirigaku tsūron [Manuel de géographie pour l’enseignement général : Une introduction à la géographie], Tokyo, Kaiseikan, 1903 (Meiji 36).

Retour vers la note de texte 9824

63

De plus, les textes suivants publiés dans les Meiji 30 contiennent également des passages concernant la race [jinshu] : Yamazaki, Chirigaku tsūron ; Wakimizu Tetsugorō, Chiri kyōkasho : Gaikoku [Manuel de géographie : pays étrangers], Tokyo, Kinkōdōshoseki, 1904 (Meiji 37) ; Gaikoku shinchiri [Nouvelle géographie étrangère], Tokyo, Sanseidō, 1905 (Meiji 38).

Retour vers la note de texte 9825

64

Ministère de l’Éducation, Kōtō Shōgaku chiri Kan-ni (Géographie pour le collège Vol. 2) Tokyo, Nihonshoseki, 1912, p. 48.

Retour vers la note de texte 9929

65

Yamamuro, Shin'ichi, Shisō kadai toshiteno Ajia (L’Asie en tant que sujet de la pensée intellectuelle), Tokyo, Iwanami shoten, 2001, p. 50-53.

Retour vers la note de texte 9826

66

Yamamuro, Shin'ichi, Shisō kadai toshiteno Ajia (L’Asie en tant que sujet de la pensée intellectuelle), Tokyo, Iwanami shoten, 2001, p. 50-53.

Retour vers la note de texte 9827

67

Yazu Masanaga et Akaboshi Yoshito, Kōtō chiri Yōroppashū no bu (Géographie de niveau supérieur - Europe), Tokyo, Maruzenshōsha, 1910 (Meiji 43), p. 17.

 

Retour vers la note de texte 9829

68

Wang Ping, « Nihonjin no Chūgokukan no rekishiteki hensen ni tsuite » [Sur les changements historiques dans la perception des Japonais vis-à-vis de la Chine], Hiroshima Daigaku Management Kenkyū 4, 2004, p. 264.