Introduction. Archives, artefacts et images dans les mondes africains et ailleurs
Anthropologue, maître de conférences

(Université Paris Nanterre)

"Phantômes du fleuves Congo 2" © Nyaba Ouedraogo

Phantômes du fleuves Congo 2, 2013

Transmises par des media1 de toutes sortes (artefacts, écrits, images fixes et animées, bâtiments, lieux, performances, paroles et sons), les représentations du passé liées au colonialisme font l’objet de réévaluations et d’appropriations multiples depuis la fin des empires coloniaux. Elles sont régulièrement contestées, contrées ou détournées, parfois ignorées, que ce soit de façon implicite et peu réflexive ou par une mise à distance argumentée. Les enjeux et les différentes formes de ressaisie du passé colonial sont à l’origine de ce dossier de Passés Futurs2. Au fil de deux numéros, nous interrogeons des productions savantes (ethnologiques, historiographiques ou muséales), artistiques (littéraires, plastiques ou cinématographiques) et populaires (touristiques ou patrimoniales) significatives d’usages passés et présents d’une histoire mise à l’épreuve de sa durée postcoloniale. Par « postcolonial », nous renvoyons à un mouvement d’éloignement d’une époque et d’une expérience, le colonialisme, qui, d’un côté, sont reconnues comme matricielles – ayant forgé les façons de faire et de penser autant des colonisés que des colonisateurs – et qui, de l’autre, sont considérées comme devant être dépassées par une mise en perspective critique de leurs héritages.

Reprise par les acteurs, les collectifs et les institutions qui sont au centre des études de cas présentées dans ce dossier, une liaison généalogique complexe entre colonial et postcolonial est à l’œuvre à travers des attachements, des dénégations et des antagonismes qui actualisent le temps désormais révolu du colonialisme et pourtant encore agissant dans les subjectivités, les pratiques et les corps. Le dossier traite tout particulièrement de productions mémorielles, de créations artistiques ou d’appropriations culturelles qui répètent, transforment ou subvertissent des narrations inhérentes à un passé interprété non seulement comme une conjoncture génératrice de mutations sociales et politiques, mais aussi comme un répertoire de symboles et de signes triés, sélectionnés, manipulés et exposés dans l’espace public à des fins déterminées.

Les récits que véhiculent les différentes manières de penser le legs colonial à partir de ses sources et de ses traces matérielles reflètent l’avènement de quêtes et de questionnements significatifs de notre époque. Ils expriment une condition particulière, faite de continuité avec une période révolue mais aussi d’une relation de non-contemporanéité, voire d’anachronismes performatifs, autrement dit de visions en actes qui réalisent a posteriori le temps écoulé de la domination européenne dans un présent où cette domination a pu prendre d’autres formes et significations. De tels récits sont portés par des individus ou des réseaux d’acteurs et s’organisent selon des intentions qu’il s’agit d’étudier de façon approfondie, afin de comprendre leurs effets politiques et sociaux ainsi que leur éventuelle capacité émancipatoire vis-à-vis des violences du passé, tout en demeurant attentif au fait que l’invention coloniale de l’Afrique produit un incessant travail d’inventaire et de bricolage des fragments du passé dans des champs (patrimonial, muséographique, artistique) certes distincts, mais qui communiquent entre eux.

C’est à une telle étude que ce dossier en deux volumes est consacré à travers une présentation de cas variés dans le temps et dans l’espace. Principalement centrées sur l’Afrique, les contributions s’intéressent à ce que des romans, des films, des rituels, des temples, des musées et des expositions, pour ne citer que ces exemples, suscitent et nous disent du travail de récouvrement postcolonial du colonial. Le bouleversement des manières de vivre et de penser et l’altération des contextes socio-culturels générés par l’impérialisme européen sont ainsi devenus, dans de nombreuses circonstances, la matrice d’une quête des origines censée à la fois expliquer et surmonter la durée du colonial dans les mondes contemporains. Afin de prolonger cette hypothèse qui traverse notre dossier, quelques cas d’étude hors d’Afrique – Inde et Mexique – interrogent la diversité du rapport à l’expérience coloniale et des postures successives qu’un tel rapport a pu induire.

Le colonial, son après et son avant

Poser une distinction entre situation, études et relation postcoloniales nous apparaît être un premier geste nécessaire de clarification3. On peut définir la situation postcoloniale en Afrique comme la période temporelle qui s’ouvre au moment des Indépendances, lorsque les empires coloniaux, fondés sur une domination essentiellement militaire, administrative et commerciale reconnaissent leur souveraineté aux pays africains. Elle se caractérise par la succession ou la cohabitation de pouvoirs politiques, économiques, culturels et religieux dans ces anciens territoires coloniaux devenus États-nations, mais aussi à des niveaux de gouvernance plus petits chevauchant parfois les frontières nationales (royaumes, régions, communautés). Le préfixe « post », toutefois, ne doit pas faire croire que les sociétés africaines auraient, après les Indépendances, fait table rase du legs colonial, dont les mémoires travaillent sans cesse les contextes locaux ainsi que les anciennes métropoles et les mouvements se revendiquant d’une identité diasporique4.

Les études postcoloniales relèvent d’une critique de l’épistémè, au sens foucaldien de l’expression, qui a produit dans les champs scientifiques, intellectuels et artistiques un héritage notionnel et représentationnel combinant ethnocentrisme, logocentrisme et phallocentrisme. Un tel héritage a pu être désigné et critiqué sous les termes de « bibliothèque coloniale »5 ou encore d’« orientalisme »6. Il n’est pas seulement issu de rapports de domination et de différents régimes de gouvernementalité, mais a été transmis par les récits des voyageurs, des historiens et des philosophes depuis la Grèce antique et plus particulièrement à partir du XVIe siècle7. Selon cette perspective critique, une telle formation discursive a participé de la fabrication de réalités empiriques ayant été collectées, triées, classifiées, ordonnées, découpées, cartographiées. Ainsi, d’après le philosophe Valentin-Yves Mudimbe, l’« Afrique » serait devenue l’idée, le nom, de tout un ensemble de « fantasmes » plaqués sur le réel8 : elle est (ou aurait été) l’expression d’une primitivité exotique et d’un immobilisme, figée dans la répétition de la tradition, sans histoire, réservoir de travail et de matières premières9. Prise dans un « substantialisme unitaire »10, elle tend, aujourd’hui encore, à être réifiée en une unité géographique – une sorte de continent insulaire borné par des océans –, socioculturelle et chromatique. Producteur et vecteur de cette violence discursive et physiquement concrète, l’héritage colonial reste à l’œuvre dans les asymétries actuelles d’accès aux sources historiographiques qui permettent d’écrire l’histoire des sociétés africaines.

Enfin, la relation postcoloniale identifie l’après mais surtout le devenir, toujours en cours, d’une liaison plurivoque entre colonisés et colonisateurs ainsi qu’entre leurs descendants réels ou présumés, qu’ils soient installés en Afrique ou ailleurs. Bien entendu, la sujetion subie autrefois et perpétuée après les Indépendances a pris des visages différents selon ce que fut chaque « situation coloniale »11. Les transformations socioéconomiques imposées ont été constitutives d’un moment historique marqué par des rapports de force qui se sont immiscés dans les corps et les affects. Une telle sujetion n’a pas été sans ambiguités, résistances ou contestations politiques, ni sans accomodations ou appropriations culturelles. Elle s’est constamment réajustée au fil des conjonctures et des liens défaits et renoués entre les anciennes métropoles et leurs dépendances d’autrefois. En ce sens, nous proposons d’appréhender la relation postcoloniale comme un phénomène où la critique de la condition de soumission ou de subalternité politique et notionnelle produite par la domination européenne communique avec les usages délibérés ou les projections implicites que des acteurs savants, institutionnels et populaires ont fait et font du passé.

Mémoires et traces

Nous nous intéressons en particulier dans ce dossier à la relation postcoloniale telle qu’elle se donne à voir aujourd’hui et à la manière dont elle est profondément modélée par une expérience de l’histoire : celle de la domination subie, qu’elle ait été vécue, imaginée ou racontée. Une telle expérience partagée est objet d’une mémoire à la fois « communicative » et « culturelle »12.

Appliquée à l’étude du fait colonial, cette distinction entre mémoire « communicative » et mémoire « culturelle » permet de mieux comprendre la manière dont les mémoires sont constamment retravaillées à partir de fragments du passé ou de tentatives partielles d’inventaire, et dont ces processus mémoriels participent aux rapports de force à l’œuvre dans les contextes spécifiques où ils s’élaborent. Les études postcoloniales ont eu un retentissement crucial auprès des chercheurs travaillant sur des sociétés africaines. Elles ont notamment puisé dans le courant historiographique indien des Subaltern Studies, prônant l’écriture de l’histoire des groupes dominés sur la base de leurs actions et de leurs points de vue, jugés irréductibles aux énoncés occidentalo-centrés et à leurs effets de contrôle idéologique concrets dans la formation et la justification des empires coloniaux. Ainsi, dans son introduction à L’Historiographie indienne en débat, tirant les leçons des Subaltern Studies, l’historien sénégalais Mamadou Diouf pose la question de la sortie de la « bibliothèque coloniale » et la transpose aux mondes africains : 

« Pour reprendre la superbe expression de Chakrabarty [à propos de l’historiographie indienne], est-il possible d’écrire une histoire des sociétés non occidentales, en particulier des sociétés anciennement colonisées, en “provincialisant” l’Europe ? Que signifie cette provincialisation dans une conjoncture fortement marquée par la prégnance de la “bibliothèque coloniale”, s’agissant des entreprises de dévoilement de l’histoire africaine ? Ou encore, comment se soustraire aux inventions épistémiques de l’orientalisme comme représentation, construction et/ou invention de l’autre qui ont accompagné le bricolage militaire, administratif et commercial des empires coloniaux ? »13

Les contributions de ce dossier apportent des éléments complémentaires aux interrogations de Diouf. Il s’agit certes de réfléchir aux maniements hétéroclites d’une « bibliothèque » fluctuant entre les pôles extrêmes de son invocation, telle une fondation incontournable, et de sa perception comme une matrice oppressive14, en intégrant notamment des voix autres – désignées ailleurs comme une façon « d’être par soi et pour soi-même »15 ou d’« écritures africaines de soi »16. Il s’agit toutefois aussi d’analyser comment ces voix proposent des récits qui procèdent par altérations successives d’objets, de notions et d’images que les contributeurs de ce dossier placent au centre de leurs recherches. D’ailleurs, comme Mudimbe, Edward Saïd reconnaît que si le travail critique des auteurs africains, antillais et arabes postcoloniaux dépend des « discours occidentaux dominants », cette dépendance n’est là, selon lui, « qu’en apparence (et sûrement pas en parasite) », puisque « leur originalité et leur créativité ont fini par transformer le terrain même des disciplines » et « faire reconnaître les histoires marginalisées, réprimées, oubliées »17.

Altérations et entrelacs

Les débats sur les médiations du passé colonial en Afrique – mais aussi dans d’autres régions du monde – s’élaborent depuis plusieurs décennies en lien avec des cérémonies et des commémorations, des espaces muséaux et du souvenir, des essais engagés et des publications littéraires, des scènes et performances artistiques ou encore des films. Tous sont des « narrations », qui revisitent les classifications coloniales, inventent de nouvelles esthétiques et questionnent les catégorisations acceptées – comme celles d’ethnie, de race, de genre, de classe. Au prisme d’une condition de subalternité encore en cours et/ou à transcender, ces mises en récits et ces pratiques sont censées restituer les actions et les points de vue de groupes anciennement dominés qui mobilisent des media variés (objets, écrits, images ou paroles) tirés du passé colonial mais réinterprétés et recombinés, « remixés »18, détournés ou parodiés. L’« art archivistique »19 illustre par exemple l’usage artistique des archives afin de « tisser une nouvelle relation avec les objets et documents issus du passé »20.

Ces items du passé ne donnent jamais un accès transparent à la période historique en question mais sont intégrés à de nouveaux dispositifs et de nouveaux discours. Ils constituent, dans cette optique, un espace potentiel de recréation et de fictionnalisation de la mémoire, dont certains fragments auraient été oubliés sans pour autant être perdus, et peuvent être réactivés, relus et reconfigurés – une « mémoire-archive » selon le terme d’Aleida Assmann21. Il en va ainsi du travail bien connu de Sammy Baloji sur les dioramas et certains corpus de photographies coloniales du Katanga conservés au musée de Tervuren, que l’artiste plasticien recompose pour produire des œuvres d’art qui dénoncent ou imaginent une sortie de la violence coloniale fondatrice de l’intimité culturelle22.

Sammy Baloji, Sans titre 21

Sammy Baloji, Sans titre 21 (série Mémoire), 2006, épreuve au jet d’encre, 60 x 164 cm, Musée des beaux-arts du Canada, acquis en 2017.

D’autres exemples de ces formes de recréation mémorielle, issus d’études en anthropologie sociale et en histoire de l’art, sont donnés dans l’ouvrage collectif Reclaiming Heritages. Alternatives Imaginaries of Memory in West Africa. Partant de ses recherches en Sierra Leone, Paul Basu y montre comment plusieurs mondes mémoriels (« mnemonic worlds »23) peuvent cohabiter, se superposer, se négocier sans produire nécessairement des formes de créolisation du souvenir. Examinant les passés de l’esclavage, du colonialisme, des cultes anciens et des guerres civiles ou ethniques, les autres contributeurs de cet ouvrage interrogent également l’institution en Afrique de l’Ouest d’héritages culturels et commémoratifs au sein desquels plusieurs époques historiques et perspectives interprétatives se cumulent et interagissent dans une entreprise volontaire ou inconciente de re-sémantisation de matériaux hétéroclites24.

D’une manière plus générale, les media retravaillés, transformés et insérés dans une œuvre artistique contemporaine ou selon une logique sociale de réappropriation culturelle relèvent d’une variété de supports et de registres discursifs. On exhume des cartons des plaques de verre, des photographies et des films, qu’ils soient conservés dans des institutions patrimoniales ou retrouvés dans des fonds privés, mais aussi des textes de toutes sortes (écritures « ordinaires »25, « domestiques », « de soi », comptes rendus de voyage, mémoires, lettres, papiers administratifs, etc.), des sons enregistrés sur le terrain ou encore des émissions radiophoniques. Sur Internet et les réseaux sociaux circule une masse de documents numérisés, de contenus détachés de la matérialité de leurs supports d’origine – parfois classés et inventoriés mais souvent aussi donnés en vrac – parmi lesquels puiser selon les intérêts du moment. Dans les pratiques de ressaisie du passé colonial, les media s’entremêlent et s’alimentent les uns les autres pour être modalisés autrement par de « multiples va-et-vient, combinaisons et interactions »26. Le ressouvenir et l’appropriation du passé et ses reformulations savantes, artistiques ou politiques sont pris dans des jeux d’imbrications réciproques : la parole est travaillée par l’écrit et l’image, l’écrit par la parole et par l’image, l’image par la parole et par l’écrit, au point que la nature même du document se trouve altérée.

Considérées comme des supports de pratiques et de représentations de Soi et de l’Autre dont les biais ethnocentriques et racistes, les visions paternalistes ou encore les relents machistes doivent être dévoilés aux yeux de tous, ce que l’on désigne couramment sous l’expression « archives coloniales » constitue le matériau principal de ces ressaisies du passé. De telles archives sont hétérogènes et leurs usages sont multiples. Il peut s’agir, dans un sens normatif, des archives de l’État colonial conservées aux Archives nationales, dans les anciens pays colonisés ou les anciennes métropoles coloniales. Produits d’une politique du contrôle et de la surveillance, ces archives sont les traces de différentes formes de gouvernementalité et de violence coloniale27. Mais le terme d’archives est de plus en plus détourné du sens classique que lui confèrent les institutions, les archivistes et les historiens, pour désigner finalement tout type de matériaux mobilisables pour la pensée et l’action, y compris les documents privés et familiaux, qui peuvent offrir un autre regard sur l’histoire et susciter de nouvelles formes de relectures et de critiques. Employé au singulier, de manière générique, le terme « archive » inclut toute une variété de supports et de documents dont un individu ou un collectif dispose ou qu’il mobilise pour exercer sa pensée sur le passé et subsume le dispositif même de mise en ordre de la trace et de la mémoire, avec ses acteurs qualifiés, ses procédures et ses institutions28.

L’analyse de ces différentes formes de reprise postcoloniale du passé colonial requiert bien entendu d’éviter l’écueil formaliste et internaliste, qui consisterait à étudier pour elles-mêmes les différentes formes de médiation du passé et leurs bricolages actuels sans rendre compte de leurs logiques de production, d’altération, de remédiation et de transformation, de leurs contextes d’énonciation et de leur mise en circulation ainsi que des acteurs qui se les approprient et en font désormais usage. Ces derniers, créateurs de récits et passeurs de mémoires, ont des profils sociologiques diversifiés : artistes, courtiers culturels et historico-mémoriels, militants et entrepreneurs de causes, érudits, intellectuels amateurs, autodidactes et « du cru » (homespun intellectuals29) mais parfois aussi savants et universitaires, notamment historiens ou ethnologues30. Parmi eux, certains intègrent les matériaux sélectionnés à des dispositifs argumentatifs qui imitent les formes de la production savante. Ils produisent ainsi une histoire que l’on peut dire « en simili », avec leurs propres maisons d’édition et canaux de diffusion, et construisent leur légitimité « par imitation de l’univers historique dominant dont [ils sont] précisément exclu[s] »31.

Devenir et origines

Le rappel d’une période historique qui se prolonge à travers des pratiques érudites, amateures, divulgatives, polémiques ou créatives participe de la fabrication d’appartenances par l’identification à des lignées de descendants, victimes, héros, résistants et « intellectuels en diaspora »32. Comme dans toute production de récits (fondateurs ou réformateurs), la quête des origines façonne l’image que les hommes et les femmes d’aujourd’hui se font d’eux-mêmes et qui inspire leurs consciences et leurs conduites. De telles orientations peuvent parfois s’appuyer sur le souvenir d’un passé pensé comme ayant été ou devant être « radicalement différent du présent et érigé en prototype de la vraie situation à rétablir »33 dans un futur proche. La mémoire est ici vectrice d’une condition de « non-contemporanéité » qui devrait rendre possible « une vie à cheval sur deux temps »34 : celle de l’autrefois à retrouver, avant (ou pendant) la colonisation, et celle de l’après, de la fin de la colonisation et donc de l’avenir à affirmer. Dans cette conjonction des temporalités, la rhétorique d’une mémoire retrouvée, réparatrice de l’oubli de soi-même, joue un rôle crucial. En reprenant Jan Assmann, c’est sous l’aspect « d’une vérité oubliée et par là même gardée intacte »35 qu’une rhétorique de la mémoire permet de reconnaître des foyers présumés d’authenticité auxquels le colonisateur, en tant qu’« ennemi intime »36, n’aurait pas porté atteinte et dont il serait possible de reprendre possession de manière souveraine. L’oubli aurait en quelque sorte protégé les descendants des anciens colonisés du fait d’être devenus des autres eux-mêmes.

L’intérêt porté à l’institution culturelle contemporaine du passé colonial a été l’un des axes de notre réflexion commune. Les actions, créations et discours analysés dans ce dossier mettent en communication diverses formes de fabrication « réparatrice » d’un temps non complètement révolu avec la quête bricoleuse de références et de sources aptes à imaginer ainsi qu’à expliquer la genèse du présent et les ripostes postcoloniales, qu’elles soient artistiques, savantes ou politiques.

Ces jalons posés, les textes réunis restituent à la fois les spécificités locales ou conjoncturelles des cas analysés et leur inscription dans un mouvement mondialisé de mise en cause de la perpétuation et des transformations actuelles des anciens pouvoirs expansionnistes. Nous avons imaginé pour ce premier numéro un itinéraire résolument non-linéaire. Il nous plonge sucessivement dans l’ethnologie griaulienne en pays dogon et l’invention d’une société traditionnelle immuable aux usages politiques et touristiques contemporains de ces approches pseudo-savantes (Anne Doquet & Éric Jolly), dans l’inspiration puisée par le romancier franco-ivoirien Gauz dans les archives et les récits d’explorateurs de la fin du XIXe siècle au service d’une fiction littéraire (Ninon Chavoz), dans l’Orestie d’Eschyle à sa transposition en Afrique dans un film tourné par l’intellectuel, poète et cinéaste Pier Paolo Pasolini au moment des Indépendances politiques (Anne-Violaine Houcke), enfin dans l’histoire de la patrimonialisation de l’art dit traditionnel au Gabon à son instrumentalisation politique contemporaine par l’État gabonais comme emblèmes identitaires stéréotypés (Maxime de Formanoir).

En contrepoint comparatif à ces quatre articles relevant de l’histoire des représentations des mondes africains, un texte est consacré à l’Inde et analyse le développement contemporain d’un activisme artistique à travers l’installation History Project que Vivan Sundaram a réalisée en 1997-1998 au sein du Victoria Memorial de Calcutta (Nicolas Nercam). Un dernier article concerne le Mexique, pays ayant vécu une domination antérieure à celle des sociétés africaines et indiennes. Il s’intéresse à la figure de María Sabina, une « prêtresse » amérindienne, et porte attention à son devenir comme incarnation de la persistance d’un monde ancestral qui aurait échappé à cinq siècles de domination coloniale (Magali Demanget). Ces deux contributions sur l’Inde et le Mexique viennent élargir et enrichir notre réflexion dans une perspective de décloisonnement des aires culturelles, mais aussi de croisement entre généalogies (post)coloniales pouvant être connectées par l’analyse de discours et de pratiques.

Unfold notes and references
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1

Le terme media est utilisé dans le sens que lui donnent les études sur l’intermédialité, en tant que support et dispositif toujours hybride, suivant une approche héritée notamment des travaux de Michael Bakhtine, Julia Kristeva, Roland Barthes ou encore Gérard Genette. Voir Jürgen E. Müller, Texte et médialité, Mannheim, Lehrstuhl Romanistik I. Universität Mannheim, 1987.

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2

Ce dossier fait suite à un séminaire dirigé par Gaetano Ciarcia, Marie-Aude Fouéré et Raphaël Rousseleau qui s’est déroulé à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris entre 2018 et 2020.

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3

Il s’agit d’une démarche heuristique qui n’est pas partagée par tous les chercheurs travaillant sur la problématique du postcolonial. Certains préfèrent appréhender la notion d’une manière plus globale à travers la mise en correspondance implicite entre, par exemple, la « situation » et les « études » postcoloniales. Voir Marie-Claude Smouts (dir.), La Situation postcoloniale, Paris, Presses de Sciences Po, 2007.

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4

Voir par exemple Jean-François Bayart et Romain Bertrand, « De quel legs colonial parle-t-on ? », Esprit, no 12, 2006, p. 134-160.

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5

Valentin-Yves Mudimbe, L’Invention de l’Afrique. Gnose, philosophie et ordre de la connaissance, Paris, Présence africaine, 2021 [1988].

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6

Edward Said, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Paris, Le Seuil, 1980 [1978].

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7

« Le XIXe siècle, le siècle de la colonisation triomphante n’invente rien de neuf. Il hérite d’une idéologie déjà fixée dans ses grandes lignes, fonctionnant autour de quelques relations simples : blanc-non blanc, civilisé-non civilisé, occidental-non occidental, chrétien-païen » (Valentin-Yves Mudimbe, L’Autre face du royaume. Une introduction à la critique des langues en folie, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1973, p. 41).

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8

Valentin-Yves Mudimbe, The Idea of Africa, Bloomington-Indianapolis, Indiana University Press, 1994, p. XV.

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9

À ce propos, il faut rappeler le sens précurseur de la réflexion de Michel Leiris dans L’Afrique fantôme (Paris, Gallimard, 1934). Malgré le fait que le journal de la participation de son auteur à la Mission ethnologique Dakar-Djibouti (1931-1933) soit significatif d’un anti-exotisme pétri de contradictions, il est l’expression d’une vision critique, inédite pour l’époque, des pratiques et des discours reliant le fait colonial à l’imagination littéraire et à la recherche anthropologique.

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10

Jean-Godefroy Bidima, La Philosophie négro-africaine, Paris, PUF, 1995, p. 3.

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11

Georges Balandier, Sociologie actuelle de l’Afrique noire. Dynamique sociale en Afrique centrale, Paris, PUF, 1971.

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12

Jan Assmann, La Mémoire culturelle. Écriture, souvenir et imaginaire politique dans les civilisations antiques, trad. de l’allemand par Diane Meur, Paris, Aubier, 2010 [1992]. Selon Jan Assmann, la mémoire communicative désigne une mémoire transmise d’une génération à l’autre, au quotidien ou lors de temps exceptionnels, qui guide et rassemble les individus d’un groupe, tandis que la mémoire culturelle est une mémoire au long cours qui conserve et édifie (dans tous les sens du mot) des lignes directrices, des images partagées, des figures tutélaires.

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13

Mamadou Diouf, « Introduction. Entre l’Afrique et l’Inde : sur les questions coloniales et nationales. Écritures de l’histoire et recherches historiques », in Mamadou Diouf (dir.), L’historiographie indienne en débat. Colonialisme, nationalisme et sociétés postcoloniales, Paris, Karthala/Sephis, 1999, p. 5- 35. Diouf fait ici référence au chapitre que Dipesh Chakrabarty a rédigé dans cet ouvrage collectif (« Postcolonialité et artifice de l’histoire. Qui parle au nom du passé “indien” ? », p. 73-107). Voir également : Dipesh Chakrabarty, Provincializing Europe. Postcolonial Thought and Historical Difference, Princeton, Princeton University Press, 2000.

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14

L’Invention de l’Afrique convoque la métaphore de la « cage » épistémique (Valentin-Yves Mudimbe, L’Invention de l’Afrique. Gnose, philosophie et ordre de la connaissance, Paris, Présence africaine, 2021 [1988]) pour rendre compte de l’emprise des idées sédimentées sur l’Afrique.

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15

Fabien Eboussi-Boulaga, La Crise du Muntu. Authenticité africaine et philosophie, Paris, Présence africaine, 1977.

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16

Achille Mbembe, « À propos des écritures africaines de soi », Politique africaine, no 77, 2000, p. 16-43.

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17

Edward Saïd, Culture et Impérialisme, Paris, Fayard/Le Monde diplomatique, 2000 [1993], p. 309.

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18

Maëline Le Lay, Dominique Malaquais et Nadine Siegert (dir.), Archive(s) remix. Vues d’Afrique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015.

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19

Hal Foster, « An Archival Impulse », October, vol. 110, 2004, p. 3-22.

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20

Alain Ricard, Ulf Vierke, « Préface », in Maëline Le Lay, Dominique Malaquais et Nadine Siegert (dir.), Archive(s) remix. Vues d’Afrique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015, p. 7-10.

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21

Aleida Assmann, Erinnerungsräume. Formen und Wandlungen des kulturellen Gedächtnisses, Munich, C. H. Beck, 1999.

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22

Maëline Le Lay, « Performer l’archive pour réécrire l’histoire : l’exposition Congo Far West au Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren », in Maëline Le Lay, Dominique Malaquais et Nadine Siegert (dir.), Archive(s) remix. Vues d’Afrique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015, p. 107-124.

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23

Paul Basu, « Palimpsest Memoryscapes: Materializing and Mediating War and Peace in Sierra Leone », in Ferdinand de Jong, Michael Rowlands (dir.), Reclaiming Heritages. Alternatives Imaginaries of Memory in West Africa, London-Walnut Creek, Publications of the Institute of Archaelogy-Left Coast Press, 2007, p. 231-259.

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24

Ferdinand de Jong, Michael Rowlands (dir.), Reclaiming Heritages. Alternatives Imaginaries of Memory in West Africa, London-Walnut Creek, Publications of the Institute of Archaelogy-Left Coast Press, 2007.

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25

Daniel Fabre (dir.), Écritures ordinaires, Paris, P.O.L., 1993.

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26

Gaetano Ciarcia, Éric Jolly (dir.), Métamorphoses de l’oralité entre écrit et image, Paris, Karthala, 2015, p. 14.

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27

Ann Laura Stoler, Au cœur de l’archive coloniale. Questions de méthode, Paris, Éditions de l'EHESS, 2019 [2009].

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28

Carolyn Hamilton et al. (dir.), Refiguring the Archive, Le Cap-Norwell, David Philip-Kluwer Academic Publications, Norwell, 2002 ; Marie-Aude Fouéré, « L’effet Derrida en Afrique du Sud : Jacques Derrida, Verne Harris et la notion d’archive(s) dans l’horizon post-apartheid », Annales HSS, vol. 74, no 3-4, 2019, p. 745-778.

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29

Derek Peterson, Giacomo Macola (dir.), Recasting the Past. History Writing and Political Work in Modern Africa, Athens, Ohio University Press, 2009.

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30

Gaetano Ciarcia (dir.), Ethnologues et passeurs de mémoires, Paris-Montpellier, Karthala-Maison des sciences de l’homme de Montpellier, 2011 ; Céline Labrune-Badiane, Etienne Smith, Les Hussards noirs de la colonie. Instituteurs africains et “petites patries” en AOF (1913-1960), Paris, Karthala, 2018 (notamment p. 18-22).

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31

Sandrine Lefranc, Lilian Mathieu, Johanna Siméant-Germanos, « Les victimes écrivent leur histoire », Raisons politiques, vol. 2, no 10, 2008, p. 5-19 (p. 15).

Retour vers la note de texte 11980

32

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Retour vers la note de texte 11981

33

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34

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35

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