Figures et trames de l’hégélianisme kojévien en France : Bataille, Lacan, Queneau

Entre 1933 et 1939, Alexandre Kojève réorientait la pensée française de l’époque en traduisant et en commentant la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel à l’occasion d’un séminaire à l’École pratique des hautes études. L’auditoire, peu nombreux mais de qualité, comprenait, entre autres, des intellectuels tels que Raymond Aron, Maurice Merleau-Ponty, Éric Weil, mais aussi Jacques Lacan, Georges Bataille, et Raymond Queneau : ce sont ces trois derniers, en raison de la place singulière que chacun a accordée au séminaire de Kojève dans leurs œuvres respectives, qui ont retenu mon attention. La spécificité de la lecture kojévienne de Hegel était de conjuguer existentialisme et marxisme en mettant en avant un Homme considéré d’une part comme « mort qui vit une vie humaine », et d’autre part comme Négativité se déployant dans la Lutte et le Travail. L’humain constitue pour Kojève l’agent d’un scénario historique où la relation Maître-Esclave et le concept de Begierde (« désir de reconnaissance ») jouent un rôle opératoire dans le retournement dialectique entre animalité et humanité. Celui-ci se termine ensuite sur une post-histoire dans laquelle l’être humain, devenu Sage et désœuvré, renoue paradoxalement avec une animalité initiale.

Cette lecture originale a non seulement permis un véritable renouveau des études hégéliennes françaises mais s’est aussi diffusée à des domaines a priori hétérogènes à la philosophie classique, tels que la psychanalyse et la littérature d’avant-garde : en témoigne le rôle majeur, et souvent ignoré, joué par Jacques Lacan, Raymond Queneau et Georges Bataille. Leurs œuvres respectives ont pour point commun leur confrontation avec la réflexion kojévienne et une approche de la pensée, envisagée sous l’angle de l’invention poétique, comme un enjeu à la fois esthétique et éthico-politique. C’est à partir de ce double prisme que je m’attache à dégager les figures et les trames qui unissent et séparent les pensées de Lacan, Bataille et Queneau. Il ne s’agit pas de dresser à partir de leur réflexion un tryptique monographique, mais plutôt de cerner le dialogue qui les réunit et dont leur œuvre porte la trace à travers la fécondation mutuelle des idées et des orientations critiques. Ma thèse n’est donc pas structurée par un parallélisme mais au contraire par l’investigation de différentes combinaisons dialectiques : après avoir étudié les fondements dans une partie intitulée « Kojève avec Bataille/Lacan/Queneau » (on pourra voir dans ce titre une reprise du célèbre article de Lacan « Kant avec Sade »), je poursuis avec les filiations qui en découlent entre Bataille, Lacan, et Queneau. À travers leurs échanges, c’est toute la fécondité de la lecture kojévienne de Hegel telle qu’elle se manifeste singulièrement chez ces trois auteurs qui apparaît et dont je cherche, à travers mon travail, à rendre compte.

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